IBK à Paris, les djihadistes au nord Mali

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Les attaques des groupes djihadistes se sont multipliés dans la zone frontalière entre le Mali et la Mauritanie depuis le début de l’année. Une recrudescence qui intervient six mois après la fin de l’opération Serval et quelques semaines avant la reprise des négociations d’Alger. 

Six mois après la fin de l’opération Serval lancée en janvier 2013 pour chasser les groupes djihadistes du nord Mali, des attaques ont été lancées dans plusieurs localités du centre du pays proches de la frontière avec la Mauritanie. Lundi 5 janvier, des hommes armés ont lancé un assaut contre un camp militaire malien situé à Nampala faisant onze morts paris les soldats maliens et neufs blessés. Le lendemain, les assaillants ont attaqué la mairie de Djoura, à 60 kilomètres plus au sud tuant un civil.

Aqmi, le retour

Des attentats qui signent un véritable retour en force des terroristes dans la zone. En décembre dernier, plusieurs sources locales avaient pourtant déjà fait état de la présence massive de combattants d’Aqmi dans la région de Tombouctou. Un jeune touareg soupçonné d’avoir fourni des informations aux militaires français avait été décapité dans la localité de Zouéra à 80km de Tombouctou en septembre dernier.

Cette recrudescence des attaques terroristes dans cette zone s’explique notamment par la réduction des troupes françaises de Serval dont les effectifs officiellement estimés à 4000 hommes sur le territoire malien ont été ramenés à 3000 soldats déployés sur cinq pays sahéliens (Mauritanie, Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger) dans le cadre de l’opération régionale « Barkhane ». Depuis la fin officielle de Serval, les attaques terroristes dont ont beaucoup souffert les soldats de la force de maintien de la paix de l’Onu au Mali (Minusma) se sont multipliées. Jusqu’à présent, elles s’étaient toutefois principalement concentrées dans la zone de Kidal, bastion touareg situé à l’extrême nord du pays.

Pourtant, selon une source touarègue, les djihadistes n’ont jamais vraiment déserté la zone frontalière entre la Mauritanie et le Mali. « Plusieurs groupes djihadistes ont su maintenir des positions dans cette région notamment grâce au soutien de certains complices peuls qui vivent sur ces terres. »

Par ailleurs, dans un communiqué publié par l’agence privée mauritanienne Al-Akhbar, Aqmi déclarait avoir mené les attaques de janvier pour se venger des autorités maliennes. Les djihadistes accusent les responsables maliens d’avoir livré des informations ayant permis aux forces spéciales françaises de localiser et neutraliser, le 11 décembre dernier, Abderhamane Ould al-Amar Ahmed al-Tilemsi, membre fondateur du Mujao et cadre dirigeant de la faction al-Mourabitoune née de la fusion du Mujao et de la katiba des Signataires par le sang de l’émir Mokhtar Belmokhtar.

Exit Moussa Mara

Une situation alarmante sur le terrain qui rend d’autant plus pressante la recherche d’une issue au conflit alors que les pourparlers d’Alger doivent s’ouvrir de nouveau fin janvier. En nommant Modibo Keïta au poste de premier ministre en remplacement de Moussa Mara le 8 janvier dernier, le président malien IBK donne l’impression d’assouplir sa position jusqu’alors fermement opposée à toute concession vis-à-vis des séparatistes touaregs. Hostile à toute solution fédéraliste, Moussa Mara avait notamment mis le feu aux poudres en se rendant en viste à Kidal en mai dernier provocant de violents affrontements entre les rebelles et l’armée malienne.

A l’inverse, Modibo Keïta, grande personnalité politique malienne passée à la tête de trois ministères depuis les années 1980 fait figure d’homme rassembleur, y compris côté touareg. « C’est l’une des seules personnalités politiques maliennes à s’être prononcée sur la nécessité d’une refondation de l’Etat malien » déclare un haut cadre du Mnla qui dit fonder de nombreux espoirs dans cette nomination. A moins qu’il s’agisse d’un habile coup de communication dont le président malien a le secret. « Jusqu’à présent, IBK a toujours refusé de faire le moindre compromis. Or c’est toujours lui le président du Mali. A-t-il décidé de changer ?  » s’interroge la même source touarègue.

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