IBK à Paris : des attentes économiques fortes

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Le principal enjeu de la visite d’Etat qu’effectue du 20 au 22 octobre le président malien Ibrahim Boubacar Keïta à Paris reste économique : 300 millions d’euros d’aide au développement, principalement pour le Nord du Mali, sont attendus.

La visite d’Etat du président malien Ibrahim Boubakar Keita, IBK, est depuis une semaine largement commentée par les médias du pays, mais aussi par la classe politique. Une des princiales forces de l’opposition, le Parti pour la renaissance nationale (PARENA) de Tiébilé Dramé (encore lui pourrait-on dire) s’est fendu d’un communiqué dans lequel il propose au président maien d’ajouter à son programme  une « visite, au nom de tout le Mali, à la famille de Damien Boiteux, première victime française de l’Opération Serval, qui incarne le sacrifice ultime consenti par la jeunesse et le peuple français pour la liberté du Mali. »

Il est impossible de dire que ce genre de déplacement est anodin, surtout  dans le contexte  des relations entre les deux pays marquées  ces dernières années par l’intervention française au nord du Mali pour stopper l’avancée vers Bamako des hordes de barbares d’Alqaida au Maghreb islamique (AQMI), du Mouvement pour le jihad et l’unicité en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et d’Ançar Eddine.

Conférence à la Sorbonne, dîner d’Etat à l’Elysée, rendez-vous à Matignon, rencontres avec des personnalités politiques et d’autres officiels, visite à Verdun pour rendre hommage à son grand-père tué pendant la seconde Guerre mondiale, réception au Medef…Ainsi se présente le programme d’une visite d’Etat qui, faut-il l’ajouter, n’en finit pas de faire du bruit ici au Mali.

33 millions d’euros d’aide au développement

Le volet le plus grand de ce voyage présidentiel est économique. A l’issue de la rencontre de l’OCDE présidée par Hollande et IBK, le 22 octobre, il est attendu l’annonce au profit du Mali d’une somme de 33 millions d’euros offerte  par Paris,  en plus de celle de 300 millions d’euros de prêts et aides accordés en mai 2013 au sommet des donateurs à Bruxelles. Cette somme sera injectée, en grande partie, dans le développement des régions du nord du pays durement affectées par la crise multidimensionnelle que le pays a connue. Pour beaucoup, cela montre un engagement de plus en plus fort de la France au Mali, surtout dans la partie nord du pays où les conditions pour la réconciliation et la paix sont en train  d’être réunies. La CMA et les milices de la Plateforme pro-gouvernementale, qui s’affrontaient, ayant fait la paix- une paix qualifiée de tribale.

Mais il reste au Nord du Mali, les vrais ennemis de la paix que  sont les djihadistes. Chassés par l’opération française Serval en 2013, tout se passe comme si les djihadistes ont profité des négociations de paix pour se renforcer davantage au nord du pays où ils continuent à semer la terreur. Pourtant, les forces françaises de Barkhane y sont présentes pour faire la guerre aux terroristes.

Que fait  Barkhane dans le nord ?

Il y a deux ans, l’opération Serval avait repoussé les djihadistes dans leurs derniers retranchements. En août 2014, « Serval » a été remplacée par « Barkhane », l’opération dont l’objectif est la lutte contre le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne. Pourtant, au nord du pays, nombreux sont ceux qui n’en finissent pas de se demander où sont les forces de Barkhane. « En fait,  barkhane est invisible. Nous ne les voyons pas. Ils sont dans leurs camps ou je ne sais où. », confie un blogueur, originaire de la région de Gao. De plus, il y a quelques mois, au cours d’une enquête sur la guerre contre le terrorisme, un confrère néerlandais confiait ceci à propos de Barkhane : « Eux, ce sont les boss. Ils ne parlent pas, ne communiquent pas, ne rendent  compte à personne ici. » Le journaliste, « à la recherche de ce qui est racontable » sur la guerre contre le terrorisme au Mali, s’était heurté au silence des forces françaises. Encore plus important, dans l’opinion publique nationale, des voix s’élèvent de plus en plus pour savoir ce que font les forces françaises au nord du Mali pendant que les attentats et les embuscades se poursuivent. Elles vont jusqu’à accuser Barkhane d’avoir empêché les Forces armées maliennes (Famas) de rentrer à Kidal, parce qu’elles y sont pour assurer la mainmise de la France sur cette partie qu’on présente comme étant désertique, miséreuse, mais dont on dit  le sous-sol assez riche en  gisements, en  terres rares et pierres précieuses

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