Human Rights Watch dénonce la répression postélectorale en Guinée

Linceuls de Souleymane Bah, 29 ans, et Mamadou Diallo (“Fady”), 32 ans, tués par les forces de sécurité à Conakry le 21 octobre 2020, et photographiés le 22 octobre.
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Au moins douze personnes ont trouvé la mort en Guinée dans des violences postélectorales, a déclaré Human Rights Watch jeudi.

L’ONG accuse les forces de sécurité d’être responsables de ces morts ainsi que de dizaines de blessés, dans le cadre de la répression contre les manifestations de l’opposition à Conakry, après le scrutin présidentiel du 18 octobre qui a porté Alpha Condé au pouvoir pour un troisième mandat.

Human Rights Watch note que le principal candidat de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, « a été assigné à résidence de facto, en l’absence d’inculpation, du 20 au 28 octobre. »

« L’un des principaux organes d’information en ligne de Guinée a été suspendu du 18 octobre au 2 novembre, et les réseaux Internet et téléphonique ont été gravement perturbés entre le 23 et le 27 octobre », poursuit Human Rights Watch dans son communiqué.

« Les actions brutales menées contre des manifestants et d’autres personnes à Conakry se sont inscrites dans un contexte de répression généralisée qui a fragilisé la crédibilité des élections », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior à Human Rights Watch.

Le scrutin présidentiel de Guinée a fait l’objet de vives contestations dans le pays, Diallo ayant annoncé sa victoire sur le base d’un décompte effectué par ses militants en possession des procès-verbaux des résultats de tous les bureaux de vote du pays. Diallo a rejeté les résultats officiels, dénoncé la fraude et appelé ses partisans à des manifestations massives. Ses recours devant la Cour Constitutionnelle n’ont pas abouti.

Le droit international et la Constitution guinéenne protègent les droits à la liberté de réunion et d’expression et interdisent l’usage disproportionné de la force par les responsables de l’application des lois, rappelle Human Rights Watch. Les Etats-Unis, la France et l’Union européenne ont condamné les violences postélectorales en Guinée, exhortant les autorités à ouvrir des enquêtes crédibles. La Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples a appelé les forces de sécurité guinéennes à respecter le droit à la vie et à l’intégrité physique prévus par la Charte de l’Union africaine et à éviter de recourir à la force meurtrière pour rétablir l’ordre public.

« Alors que les tensions sont toujours vives et que de nouvelles manifestations sont prévues par l’opposition, les autorités guinéennes devraient faire preuve de vigilance pour prévenir des abus supplémentaires », a conclu Ilaria Allegrozzi.

Le parti du candidat de l’opposition, l’Union des forces démocratiques de Guinée, a publié la liste et les photos de 27 personnes tuées par balles depuis le 19 octobre, dont 18 à Conakry, 3 à Manéah, 3 à Labé, une à Mamou, une à Télimélé et une à Pita.

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