Hamma Hammami, la révélation de la campagne présidentielle tunisienne

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Le chef du Front Populaire, Hamma Hammami, fut le seul candidat aux présidentielles tunisiennes, dont le premier tour a lieu dimanche 23 novembre, à avoir privilégié les problèmes sociaux et économiques de la majorité des tunisiens. Cet homme intègre, courageux et qui a su tempérer ses ardeurs de jeunesse et apparaitre comme consensuel, talonne aujourd’hui le candidat honteux des islamistes, Moncef Marzouki, que les sondages placent à la deuxième place du premier tour des présidentielles. A moins d’une bonne surprise nommée « Hamma »

Hamma_HammamiTunisien de coeur, je fais le rève que le prochain président tunisien soit un homme intègre et courageux, irréprochable pendant les dictatures de Bourguiba et de Ben Ali, en pleine force de l’age et en pleine possession de ses moyens, sans compromissions ni avec les puissances de l’argent sale, ni avec les valeurs salafistes qui gangrènent le pays..

Je fais le rève d’un homme d’Etat qui mette fin à la fracture sociale que n’ont pas su régler les gouvernements successifs, entre les régions de l’intérieur, assomées par la crise et la vitrine touristique et moderne des si jolies régions côtières situées entre Tunis et Sousse. « La Tunisie des oubliés » doit être la seule obsession des gouvernants de demain.

Je fais le rève qu’à la tète de la Tunisie soit élu un homme qui a su dire non aux dérives du mouvement Ennahdha, attteint par le clientélisme, la corruption et la complicité avec des forces salafistes non démocratiques. Le rève d’un candidat qui aura su défendre l’idée d’une Nation musulmane tolérante et ouverte. Quitte à mettre en jeu sa propre sécurité, ainsi que celle de sa famille.

Cet homme ne peut être ni Beji Caid Essebsi, malade et usé, qui n’a jamais montré sous Ben Ali une force de conviction particulière, ni ensuite, lors des quelques mois où il fut le Premier ministre de la transition démocratique, une capacité à commencer à régler les problèmes tunisiens. « Beji » qui ne manque ni d’envergure, ni de charisme, ni de rouerie, n’a pas eu la force d’âme de préparer un héritier, et n’a su que promouvoir son propre fils, retombant dans le népotisme qui fut celui de Leila Trabelsi, feu la Régente de Carthage. Qui plus est, le vieil homme a entretenu dans son entourage des querelles aussi vaines qu’improductives. Beji est un homme du passé, dont l’état de santé risquerait d’obliger la Tunisie à retourner aux urnes dans les mois qui viennent. Ce qui serait une vraie catastrophe.

Cet homme dont la Tunisie a besoin peut encore moins être Moncef Marzouki, un opposant digne et obsiné à Ben Ali, mais un piètre chef d’Etat, nourri par le ressentiment, piégé par la démagogie, et candidat honteux d’un mouvement islamiste en panne d’idées et plombé par son bilan. Les compromissions de Marzouki avec des personnalités salafistes durant la campagne électorale l’ont définitivement discrédité aux yeux de l’opinion publique tunisienne.

Cet homme existe, il s’appelle Hamma Hammami

« Hamma » a su, ces derniers mois, affronter le courant salafiste au péril de sa vie, puisqu’il fait l’objet de menaces de mort, tout comme ses camarades du Front Populaire assassinés durant l’année 2013. « Hamma » a su montrer durant ses interventions sa hauteur de vue, son sens du bien commun et sa capacité à mettre en avant les sujets économiques et sociaux, qui conditionnent la poursuite de l’expéreince démocratique en cours. « Hamma », enfin, a été capable, tout en assumant ses idées de gauche, de tempérer les ardeurs militants d’une partie de ses troupes et de défendre un programme consensuel, mais nourri par les réalités concrètes et les luttes socilaes. Hamma est un homme droit, calme, heureux dans sa vie privée, capable d’humour et attentif aux autres, rassembleur- autant de gages contre les emballements du pouvoir.

La présence d’Hamma Hammami au deuxième tour des présidentielles rehausserait le débat démocratique et obligerait le vieux Beji, qui reste le favori de ce scrutin, à sortir de l’ambiguité et d’un propos convenu sur la nécessité de l’Union Nationale.

La percée d’Hamma Hammami serait le signe tangible de la vitalité de la jeune démocratie tunisienne.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)