Niger, le bras de fer Hama /Mohamed Bazoum

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Lors d’une conférence de presse qui a fait monter la température au Niger, le chef de file de l’opposition, Hama Amadou, a engagé un bras de fer contre son adversaire, le candidat investi par le parti rose au pouvoir, Bazoum Mohamed.

Répondant aux questions des journalistes le 22 septembre, il a notamment répondu aux questions portant sur le risque d’inéligibilité qu’il encourt en raison de la peine d’emprisonnement d’un an à laquelle il a été condamné dans l’affaire dite des bébés importés. Il a, une nouvelle fois, affirmé que le juge d’appel ne l’avait pas privé de ses droits civils et politiques et que cette privation ne pouvait être appliquée de plein droit, sans violer le code pénal.

Mais Hama Amadou s’est également fait menaçant, notamment à l’endroit de la cour suprême qui doit examiner les candidatures dans les prochains jours. « Je le dis clairement pour que la Cour Constitutionnelle l’entende : des résultats falsifiés ou des annulations de votes programmées ou des vols sur lesquels on ferme les yeux, admettez que nous serions de grands imbéciles d’accepter que ça passe comme une lettre à la poste. Nous n’avons pas cette intention. Et ceux qui considèrent que nous sommes inertes verront alors que nous ne sommes pas inertes. »

Il en a appelé au peuple nigérien pour l’inviter non seulement à la désobéissance civile mais à « l’action civile, pour changer une situation qui ne peut plus perdurer. »

« Ce qui s’est passé au Mali pourrait se reproduire au Niger », a-t-il ajouté, précisant qu’il évoquait non pas le coup d’Etat militaire mais le mouvement de protestation populaire qui y a conduit. « Bien sûr que je parle de l’action que le M5-RFP a créé au Mali. Si quelqu’un a une idée autre que celle-là, la personne n’a qu’à corriger. Il est évident que si le peuple n’est pas d’accord avec quelque chose, le peuple peut réagir et créer les conditions pour que la vérité s’impose. Si le peuple le veut, les décisions mal prises par la Cour Constitutionnelle seront annulées. »

« Nous devons revenir aux vraies règles démocratiques, à la transparence, à une gouvernance d’intérêt national et non une gouvernance de clan. C’est l’affaire du peuple. Ce n’est pas l’affaire de quelqu’un d’autre. Donc si les gens croient que je pense aux militaires, ils n’ont qu’à enlever ça de leur tête. Je suis un politicien, je suis un civil et toutes mes actions s’inscrivent dans le cadre civil », a-t-il dit.

Il a déclaré souhaiter affronter Bazoum Mohamed dans les urnes. « Les gens disent : ‘on veut que Bazoum soit éliminé.’ Pourquoi ? Je sais que si je suis en lice face à Bazoum, je vais battre Bazoum. Il suffit simplement qu’on parle tous les deux, on verra qui est le plus sage. Je n’ai pas ce problème. Les gens qui croient qu’on cherche le pouvoir pour se venger de Tarayya (ndlr : le parti au pouvoir), ils se trompent. Et les gens de Tarayya qui entretiennent ce mythe-là, il faut qu’ils l’abandonnent. »

Il a également ironisé sur la sympathie de la France prêtée à son rival socialiste. « Si nous, Nigériens, nous continuons à entretenir le mythe de la main invisible qui vient de l’extérieur pour nous imposer nos choix, ça veut dire que nous reconnaissons implicitement que nous sommes encore des enfants sous tutelle. On continue toujours : ‘la France, la France’. Mais écoutez, si vous voulez être des esclaves, la France accepte de vous vendre ! Soyez des hommes libres ! » 

Le fondateur du parti Lumana a gardé une pique pour le diplomate onusien Ibn Chambas, récemment venu en mission de conciliation à Niamey. « Quand monsieur Chambas arrive ici pour vous réunir, c’est juste pour sacrifier à un devoir, aller dire à l’ONU : ‘globalement, il n’y a pas d’agitation, donc ça va aller.’ »

Mais, a-t-il conclu, toujours menaçant : «  Il faut faire attention aux ciels trop calmes. D’un coup la tornade peut surgir. »

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