Halte aux « spéculateurs de la faim » !

A l’approche du sommet du G7 qui se tiendra du 26 au 28 juin en Allemagne, foodwatch et le CCFD-Terre Solidaire appellent à une réglementation stricte de la spéculation sur les denrées alimentaires, alors que des pays tels que l’Éthiopie, le Nigeria, le Soudan du Sud ou encore le Brésil

Depuis le début de la guerre en Ukraine, fonds de placement, banques et traders ont intensifié la spéculation sur le blé et autres denrées de base. Cela n’a échappé à personne : ces dernières semaines, les prix des denrées alimentaires ont augmenté massivement dans le monde entier et la note au supermarché a considérablement enflé. Les prix, entraînés notamment par la spéculation, sont à des niveaux historiquement jamais atteints. À cette occasion, une pétition est lancée à l’attention d’Emmanuel Macron, des responsables des pays du G7 et de la Commission européenne.

 
 
 

Les marchés agricoles et alimentaires s’affolent pour deux raisons : d’une part, les entreprises et les négociants craignent une pénurie de blé, d’huiles végétales et d’engrais phosphatés en provenance de la région de la mer Noire ainsi que de pétrole et de gaz naturel en provenance de Russie en raison de l’invasion de l’Ukraine. D’autre part, les paris financiers sur la hausse des prix des matières premières aggravent la flambée des prix des denrées alimentaires.

  • Sur le marché mondial, le blé coûte actuellement presque 50% de plus qu’en début d’année.
  • Selon les Nations unies, les prix des aliments ont augmenté de 20% depuis le début du conflit. Ce pic fait suite à une hausse de 34% l’an dernier et amène les prix de l’alimentation à leur plus haut niveau depuis 1990.
  • La panique qui s’empare des marchés est « la véritable cause » de la hausse des prix, affirme le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté, Olivier De Schutter. Selon lui, nous sommes passés de 150 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë avant le début de la guerre en Ukraine à 280 millions.
  • Deux grands fonds d’investissement agricoles ont déjà investi près de 1,2 milliard de dollars en 2022, ce qui est six fois plus que sur toute l’année 2021.
  • Une grave crise de la faim se profile, avertissent les Nations unies : en raison de la hausse mondiale des prix, le Programme alimentaire mondial (WFP) de l’ONU fait face à une hausse de 50% par rapport à 2019 (+ 71 millions de dollars) pour couvrir ses opérations mondiales.
  • Le niveau de spéculation sur les marchés du blé américain est au niveau de celui qui a provoqué les émeutes de la faim en 2008-2009.

« Le G7 doit aborder la question de la spéculation alimentaire lors de son sommet ! Depuis l’attaque contre l’Ukraine, la spéculation a augmenté de façon spectaculaire. Elle aggrave la hausse des prix des denrées alimentaires de manière fatale. Les investisseurs en bourse s’enrichissent en pariant sur le maïs et le blé, tandis que les habitants de pays comme le Yémen ou l’Éthiopie n’ont plus les moyens de se procurer des aliments de base. Ces paris aux dépens des plus pauvres doivent cesser », insiste Karine Jacquemart, directrice générale de foodwatch France.

Pour Jean-François Dubost, directeur du plaidoyer au CCFD-Terre solidaire : « Les initiatives et déclarations internationales se multiplient sur la crise alimentaire mondiale. Mais dans les solutions avancées, il ya un grand absent : la régulation des marchés agricoles et en particulier la lutte contre la spéculation. Pourtant, on observe déjà qu’un certain nombre d’acteurs comme des fonds d’investissement ou des traders se sont rués sur les principales places boursières de matières premières agricoles. Les Etats membres du G7 doivent prendre des mesures fortes empêcher ces ‘profiteurs de la faim’ de sévir ! Il serait indécent qu’une poignée de spéculateurs s’enrichisse pendant que des millions de personnes vont tomber en insécurité alimentaire ».  

Pour foodwatch et le CCFD-Terre Solidaire, il est primordial que lors de leur réunion, les chefs d’État du G7 se mettent d’accord sur des règles communes plus strictes pour mettre un terme à la spéculation sur les bourses de matières premières. La pétition mise en ligne par foodwatch et le CCFD-Terre Solidaire leur est directement adressée en leur demandant d’introduire des limites strictes pour les transactions spéculatives sur les matières premières alimentaires. Ces « limites de position » déterminent le nombre, le montant et le volume des contrats que les investisseurs sont autorisés à faire sur certaines matières premières.

« Aujourd’hui, les limites en vigueur sont bien trop laxistes pour limiter efficacement la spéculation alimentaire », critique foodwatch. Un certain degré d’opérations sur les marchés financiers des matières premières agricoles est important, afin que les agriculteurs et les entreprises agricoles puissent se protéger contre les fluctuations des prix sur les marchés à terme. Cependant, les paris financiers ne remplissent plus cette fonction initiale et visent des profits déconnectés de la réalité du marché. « Le volume des transactions spéculatives sur les bourses de matières premières a augmenté de façon spectaculaire depuis le début de la guerre en Ukraine », souligne le CCFD-Terre Solidaire.

Dans son rapport « Les spéculateurs de la faim » (2011), foodwatch avait déjà publié des recherches approfondies sur la spéculation alimentaire et appelé à une régulation efficace.

 
 
 

Sources

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