G5 Sahel, l’ONU face aux exactions des armées nationales

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Le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit, en vidéoconférence, ce vendredi 5 juin 2020, afin d’examiner les développements sur le terrain de la force conjointe du G5 Sahel et surtout les graves exactions commises contre des civils par les Forces de Défense et de Sécurité des armées nationales du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Cette importante réunion du Conseil de Sécurité sera présidée par la France, qui exerce la présidence tournante durant le mois juin, suivie par l’Allemagne, en juillet. L’implication de la France dans les conflits sahéliens et sa présence militaire avec la Force Barkhane de 5100 militaires, devrait lui permettre d’exercer une présidence active du Conseil de sécurité et de faire notamment légitimer à nouveau sa présence au Sahel.

Étant donné la proximité des politiques étrangères de la France et de l’Allemagne, notamment concernant la lutte contre le terrorisme, la sécurité internationale et les conflits en Afrique, le Conseil de sécurité devrait connaître une certaine continuité dans ses travaux, durant ce bimestre. A titre d’exemple, la France et l’Allemagne ont lancé une initiative de renforcement des capacités militaires des États du G5 intitulé « le Partenariat pour la stabilité, la sécurité au Sahel »( P3S).

Des États en décomposition 


Le Conseil de sécurité avait rappelé, le 11 février 2020, que la lutte contre le terrorisme et la résolution des conflits en Afrique de l’ouest devait s’inscrire dans  » une démarche globale » mais reposait sur « une appropriation nationale » des États concernés. Il est désormais admis que la résolution des conflits au Burkina Faso, au Mali et au Niger passe par la voie politique avec une plus forte implication des autorités nationales.

Depuis la réunion de Pau, le 13 janvier 2020, et du Sommet du G5 Sahel de Nouakchott, du 25 février 2020, les opérations militaires de la Force Barkhane et de la Force conjointe du G5 ont connu d’incontestables succès dans leur combat contre les djihadistes et autres terroristes. La « Coalition pour le Sahel » pour rendre cohérents les volets de l’action internationale et « l’Alliance pour le Sahel » pour la coordination des partenaires au développement, se mettent en place progressivement.

Des populations civiles malmenées

En revanche, du côté de l’insécurité des populations, que ce soit avec la pandémie du Covid-19 et des confrontations intercommunautaires, la situation s’est dégradée. Plus grave est la multiplication des exactions, des violations aux droits de l’homme perpétrées par des éléments des armées nationales du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Cette nouvelle donne des conflits sahéliens risque fort de provoquer une hostilité grandissante des populations envers les États et inversement une certaine bienveillance envers les djihadistes qui ne manquent pas d’utiliser ces nouvelles failles d’États corrompus qui s’accomodent de l’impunité et laissent leurs services publics en jachère. Les plaidoyers pro domo de leurs dirigeants ne trompent plus personne, d’autant que des scandales financiers concernant notamment les appuis internationaux alimentent leur rejet par les citoyens.

Des armées en accusation

Par une note du 30 avril 2020, la Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation du Mali (MINUSMA), dont le mandat est renouvelable fin juin 2020, a documenté 101 exécutions extra judiciaires commises dans le centre du Mali, 32 cas de tortures, 32 cas de disparitions forcées et une centaine d’arrestations arbitraires. Les exactions visent directement l’Armée malienne. Des incursions de l’Armée nigérienne en territoire malien avec des exécutions sommaires de civils ont également été documentées par la MINUSCA. 

Au Burkina Faso, c’est le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) qui a documenté les exactions des Forces de Défense et de Sécurité contre des réfugiés maliens et Human Rights Watch a rapporté que le 9 avril 2020, à Djibo, 32 civils ont été exécutés, des dizaines d’autres torturés et une centaine arrêtés arbitrairement.

Au Niger, les Forces Armées Nationales sont impliquées dans des massacres de plus en plus nombreux, à mesure que ces militaires subissent des attaques dans leur garnison ou sur le terrain avec de cuisantes défaites. La principale documentation retenue est celle de la disparition de 102 civils dans la région de Tilleberi, suite à une attaque des djihadistes.

Crimes de guerre

Le Conseil de sécurité ne pourra pas rester insensible à ces graves accusations qui sont bien des crimes de guerre et non plus des actions anti terroristes. La responsabilité des États concernés est en cause. Le ministre des affaires étrangères mauritanien, Ismael ould Cheikh Ahmed, en sa qualité de représentant de la Mauritanie, qui exerce actuellement la présidence du G5 Sahel, aura la lourde tâche de faire le point sur les  » appropriations nationales  » du Burkina Faso, du Mali et du Niger d’autant que le Niger est membre non permanent du Conseil de sécurité


Ce même vendredi 5 juin 2020, une manifestation monstre est programmée à Bamako, par l’opposition malienne, pour demander la destitution du président Ibrahima Boubacar Keïta, sorti vainqueur des élections législatives du 19 avril 2020, alors que Soumaïla Cissé, leader de l’opposition avait été enlevé le 25 mars et n’a toujours pas réapparu. Au Mali, comme dans beaucoup d’États, les élections ne sont plus que des mirages de la démocratie permettant de maintenir au pouvoir des dictateurs qui font le lit des oppositions armées et du djihadisme dans les États du G5 Sahel. 

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