Festival de Cannes 2021, l’Algérie et le Maroc s’affrontent en compétition officielle. 

 
Sélectionné pour la prochaine édition du  festival de Cannes, « Haut et fort », le nouveau et très attendu film du réalisateur franco-marocain Nabil Ayouche  concourt pour la très convoitée Palme d’or avec, comme autres challengers de taille, « Le marin des montagnes » de l’algéro-brésilien Karim Aïnouz.
 
« Haut et fort », le nouveau et très attendu film du réalisateur franco-marocain Nabil Ayouche 
 
 
En matière de soft-power Thierry Frémaux, le puissant délégué du Festival de Cannes vient de prouver qu’il peut être bien plus efficace que les conseillers culturels envoyés en sinécure dans les pays du Maghreb. Intégrant en compétition officielle les nouveaux films de Nabil Ayouche et de Karim Aïnouz, Thierry Frémaux  les a de facto réhabilités dans leurs pays d’origine. 
 
En Algérie Karim Aïnouz, était un total inconnu avant l’annonce de sa sélection dans la section compétitive du plus prestigieux festival de cinéma. Le cas de Nabil Ayouche est encore plus cocasse. Vilipendé au Maroc, menacé de mort depuis qu’il réalisé le très courageux « Much Loved »- sur la prostitution à Marrakech, le talentueux cinéaste qui a grandit à Sarcelles, est aujourd’hui porté aux nues par la presse marocaine. Il faut dire que cette sélection est historique : « Haut et fort » sera le 1er long-métrage marocain à être en compétition officielle à Cannes. 
 
menacé de mort depuis qu’il réalisé le très courageux « Much Loved »- sur la prostitution à Marrakech, le talentueux cinéaste marocain est désormais porté aux nues
 
PARDONNER ET AVANCER. 
 
La vieille rivalité entre les deux grands pays du Maghreb, et néanmoins frères ennemis, fait augmenter la tension. 
Pour le royaume chérifien c’est une occasion inespérée pour décrocher la suprême récompense que l’Algérie a. obtenue en 1975 avec « Chronique des années de braise » de Mohamed Lakdar Amina. 
 
Le retournement de situation est tel que même le site marocain Media 24 est obligé de le reconnaître en allant interrogé l’heureux sélectionné: « De pestiféré à Much Loved, vous allez cette fois-ci être porté aux nues par tous les Marocains et faire l’unanimité y compris par les autorités qui avaient censuré ce film jugé anti-marocain… ». La sage réponse de Nabil Ayouche est tout aussi inattendue : « Avec le temps, je pense que mes détracteurs ont pris du recul et ont fini par comprendre le sens de ma démarche cinématographique qui n’était absolument pas de casser mon pays. Partant de ce constat, il y a lieu de pardonner et d’avancer ». Oublié donc les insultes, les menaces et les attaques anti-sémites – la mère de Nabil Ayouche est une française de confession juive. 
 
Karim Ainouz fait partie des rares cinéastes internationaux à avoir filmé les premières marches du Hirak
 
Contrairement à Nabil Ayouche, qui a réalisé plusieurs films au Maroc, Karim Aïnouz, cinéaste né à Fortaleza au Brésil, réalise avec « Le Marin desMontagne », son premier film en Algérie. Arrivé à Alger en plein Hirak, pour découvrir et mieux connaître le pays d’origine de ses parents, il fait partie des rares cinéastes internationaux à avoir filmé les premières marches du mouvement de protestation civique contre le 5ème mandat de Bouteflika. Le titre original du film « O « Marinheiro das Montanhas », veut bien dire en portugais, le marin des montagnes, mais pour des raisons strictement commerciales le distributeur français du film voulait le sortir sous le titre de « Algérien par accident ».  Cela a provoqué la colère des autorités algériennes qui ont donné les autorisations de tournage à Karim Aïnouz. 
Tout aussi conciliant que son homologue franco-marocain, le cinéaste brésilien d’origine algérienne a expressément demandé au distributeur français de conserver le titre original.
 
POLÉMIQUES FOIREUSES SUR TAPIS ROUGE
 
Depuis, tout va bien, même le directeur de la cinémathèque d’Alger, Salim Amghar, tristement connu pour son zèle à dresser des listes noires de cinéastes algériens critiques vis à vis du régime, salue la sélection du film de Karim Aïnouz : « Malgré tout L’Algérie est présente en sélection officielle à Cannes » a-t-il posté. 
Donc tout va bien, sans avoir vu les films en question, la presse marocaine supporte celui de Nabil Ayouche et la presse algérienne défend celui de Karim Aïnouz… Que le meilleur gagne, et basta ?
 
Non, ce serait trop simple ! Depuis que le réalisateur Karim Aïnouz a dévoilé l’affiche et le synopsis de son film « Le Marin des montagnes » sur son compte Facebook, une folle et très révélatrice polémique enflamme la toile algérienne. Karim Aïnouz présente son film comme « Kabylo-brésilien », au lieu d’ »Algéro- brésilien ». A la grande joie des kabyles -proches ou pas du MAK (Mouvement de l’autonomie de la Kabylie), et au grand dam des nationalistes. 
En attendant la 74 ème édition du Festival de Cannes qui aura lieu du 6 au 17 juillet 2021, on assiste plutôt médusés qu’amusés au festival des polémiques foireuses et des rancoeurs fratricides du grand Maghreb. Pas terrible. 
 
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Karim Aïnouz présente son film comme « Kabylo-brésilien », au lieu d’ »Algéro- brésilien ». D’où une polémique absurde
 
 
 
 

 

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