MondafriqueMondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone2026-03-06T15:53:35Zhttps://mondafrique.com/feed/atom/WordPresshttps://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpgLa rédaction de Mondafriquehttps://mondafrique.com/?p=1482362026-03-06T15:53:35Z2026-03-06T15:53:34Z La récente visite à Bangui du président portugais Marcelo Rebelo de Sousa a mis au grand jour une réalité dérangeante que la présidence centrafricaine peine désormais à masquer : Faustin-Archange Touadéra n’est plus maître de ses décisions. Pire encore, il apparaît comme l’otage docile de ses “protecteurs” de la milice russe Wagner, devenue la véritable […]
La récente visite à Bangui du président portugais Marcelo Rebelo de Sousa a mis au grand jour une réalité dérangeante que la présidence centrafricaine peine désormais à masquer : Faustin-Archange Touadéra n’est plus maître de ses décisions. Pire encore, il apparaît comme l’otage docile de ses “protecteurs” de la milice russe Wagner, devenue la véritable autorité de fait dans la capitale centrafricaine.
Officiellement, la visite du chef d’État portugais, les 24 et 25 février, devait être une étape de courtoisie diplomatique centrée sur la coopération bilatérale et la présence du contingent portugais au sein de la Minusca. Mais derrière les sourires contraints et les poignées de main convenues, la tension fut palpable. En cause : le sort de Joseph Figueira Martin, chercheur belgo-portugais arrêté en 2024 à Zémio par les mercenaires de Wagner alors qu’il travaillait pour l’ONG américaine FHI360. Depuis, il croupit dans les geôles du camp de Roux, victime d’un procès expéditif soldé par dix ans de travaux forcés pour des accusations improbables d’atteinte à la sécurité de l’État.
Lisbonne, convaincue d’avoir obtenu l’accord personnel de Touadéra pour sa libération, avait même dépêché un avion pour rapatrier son ressortissant. Mais à la dernière minute, les Russes ont opposé une fin de non-recevoir. L’ordre venait d’ailleurs , et non du palais de la Renaissance. Un camouflet humiliant pour le président centrafricain réduit au rôle de figurant dans son propre pays.
Menaces de mesures de rétorsion
Furieux, Marcelo Rebelo de Sousa aurait menacé son homologue centrafricain de mesures de rétorsion : retrait du contingent portugais de la Minusca, gel de la coopération bilatérale et pression sur Bruxelles pour enclencher des sanctions ciblées contre le régime. Il a quitté Bangui précipitamment, boudant le dîner officiel prévu en son honneur.
Cette séquence révèle une vérité que nul ne peut plus ignorer à Bangui comme à l’étranger : la souveraineté centrafricaine n’est plus qu’un slogan creux. Faustin-Archange Touadéra, jadis présenté comme un président habile et consensuel, n’est plus qu’un pantin suspendu aux fils de Moscou. Tandis que les mercenaires russes dictent la politique sécuritaire du pays, contrôlent ses ressources minières et verrouillent jusqu’aux cellules de ses prisons, le chef de l’État n’assume plus que la mise en scène.
La visite manquée du président portugais aura eu au moins un mérite : celui de rappeler, preuves à l’appui, que le pouvoir à Bangui ne se trouve plus au palais présidentiel mais bien dans les casernes de Wagner.
]]>0La rédaction de Mondafriquehttps://mondafrique.com/?p=1482112026-03-06T14:04:24Z2026-03-06T13:54:23ZAprès un ordre d’évacuation inédit visant toute la banlieue sud de Beyrouth, des dizaines de milliers d’habitants ont fui dans la panique. Au lendemain des bombardements israéliens, le Liban fait face à un déplacement massif de population et à une crise humanitaire incertaine. Jeudi, en fin d’après-midi, l’armée israélienne a lancé un avertissement d’une ampleur […]
]]>Après un ordre d’évacuation inédit visant toute la banlieue sud de Beyrouth, des dizaines de milliers d’habitants ont fui dans la panique. Au lendemain des bombardements israéliens, le Liban fait face à un déplacement massif de population et à une crise humanitaire incertaine.
Jeudi, en fin d’après-midi, l’armée israélienne a lancé un avertissement d’une ampleur inédite aux habitants de la banlieue sud de Beyrouth. Dans un message diffusé sur le réseau X, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a appelé les habitants de plusieurs quartiers, notamment Haret Hreik, Bourj el-Barajneh, Hadath et Chiyah, à évacuer immédiatement leurs domiciles afin de préserver leur vie.
Les instructions étaient précises. Les habitants de Bourj el-Barajneh et Hadath étaient invités à se diriger vers l’est en direction du Mont-Liban par l’axe Beyrouth-Damas. Ceux de Haret Hreik et Chiyah devaient rejoindre soit le nord du pays vers Tripoli, soit l’est par l’autoroute rapide du Metn. L’armée israélienne insistait également sur un point essentiel. Toute tentative de se diriger vers le sud exposerait les civils à un danger immédiat.
Dans les conflits récents, les avertissements israéliens concernaient le plus souvent un immeuble précis ou un périmètre limité. Cette fois, ce sont des quartiers entiers, où vivent des centaines de milliers de personnes, qui ont été appelés à se vider en quelques heures.
La réaction de la population a été immédiate. Dans plusieurs rues, des tirs en l’air ont été entendus pour alerter les habitants de l’imminence des frappes. Très rapidement, d’immenses embouteillages se sont formés aux abords de la banlieue sud. Des colonnes de voitures ont quitté Haret Hreik, Bourj el-Barajneh, Hadath ou encore Chiyah.
Au-dessus de la capitale, le bruit des drones et des avions de chasse israéliens était clairement audible. Quelques heures plus tard, les bombardements commençaient.
Frappes, affrontements et escalade militaire
Dans la soirée de jeudi, l’armée israélienne a mis ses menaces à exécution en menant une série de raids aériens violents sur différents quartiers de la banlieue sud. Les explosions ont été entendues dans toute la capitale.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, de nouvelles frappes ont provoqué des incendies et d’importants dégâts matériels. Aucun bilan précis des victimes n’était encore disponible dans l’immédiat.
D’autres frappes ont visé la Békaa et le sud du Liban. Jeudi matin déjà, plusieurs attaques avaient touché différentes régions du pays. Dans le sud, six membres de deux familles ont été tués dans des bombardements sur leurs villages, selon l’Agence nationale d’information. Dans l’est, une frappe contre une voiture sur la route menant à Zahlé a fait deux morts. La veille, trois personnes avaient été tuées dans deux frappes visant des voitures près de la route de l’aéroport de Beyrouth.
Depuis le début de l’escalade, le ministère libanais de la Santé recense au moins 123 morts et 683 blessés. Les autorités évoquent également près de 90 000 déplacés.
Cette nouvelle phase du conflit intervient après une attaque du Hezbollah contre Israël lundi. Le mouvement chiite affirmait vouloir venger la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Israël a immédiatement répliqué par une campagne de frappes massives.
Sur le terrain, les combats semblent s’intensifier. Le Hezbollah affirme avoir mené plusieurs attaques contre le nord d’Israël et a appelé les habitants des zones proches de la frontière à évacuer. Le mouvement a également signalé pour la première fois des affrontements directs avec des soldats israéliens entrés dans le village de Khiam.
Parallèlement, l’armée israélienne poursuit sa progression dans le sud du Liban. Israël affirme avoir pris le contrôle de nouvelles positions afin de créer une zone tampon. Selon une source diplomatique citée à Beyrouth, les autorités libanaises ont été informées qu’Israël pourrait chercher à contrôler une bande de territoire de dix à quinze kilomètres de profondeur au nord de la frontière.
Les appels à l’évacuation visant une vaste partie du sud du Liban, représentant environ huit pour cent du territoire national, suscitent de vives critiques. L’organisation Human Rights Watch estime qu’ils pourraient être fortement susceptibles de violer les lois de la guerre.
Un déplacement massif et un pays sous pression
Au lendemain de ces événements, vendredi, les conséquences humanitaires deviennent visibles.
Selon des estimations relayées par des sources humanitaires, plus de 83 847 personnes avaient déjà quitté le Liban-Sud avant même le dernier ordre d’évacuation visant la banlieue sud de Beyrouth. Ce chiffre représente plus de 18 000 familles. À cela s’ajoutent environ 65 000 déplacés internes enregistrés depuis 2024.
L’évacuation de la banlieue sud a amplifié ce mouvement. En quelques heures, des quartiers entiers se sont vidés. Des rues habituellement saturées de circulation sont devenues presque silencieuses.
La majorité des habitants a cherché refuge dans les régions les plus accessibles, notamment dans le Mont-Liban. Baabda, Aley, le Chouf ou certaines zones du Metn ont accueilli une grande partie des déplacés. Beaucoup de familles de la banlieue sud possèdent en effet des résidences secondaires dans ces régions ou disposent de proches capables de les héberger temporairement.
Mais ces réseaux de solidarité, traditionnellement la première ligne de secours dans les crises libanaises, commencent à atteindre leurs limites.
Face à l’afflux de déplacés, la ministre des Affaires sociales libanaise, Hanine Sayed, a annoncé que l’ensemble des écoles et universités publiques du pays seraient ouvertes afin d’être transformées en centres d’hébergement d’urgence.
Le gouvernement libanais appelle également les familles déplacées à se diriger vers le nord du pays, notamment vers l’Akkar et le Liban-Nord, ainsi que vers la Békaa où des capacités d’accueil sont en cours de mobilisation.
Plusieurs infrastructures pourraient également être utilisées pour accueillir les déplacés. La Cité sportive de Beyrouth, la gare routière Charles Hélou et la piscine olympique de Dbayeh figurent parmi les sites envisagés.
Dans les faits, le réseau scolaire public constitue la principale infrastructure mobilisable rapidement. Mais de nombreuses écoles ne sont pas adaptées pour accueillir des familles sur une longue durée. Les problèmes d’accès à l’eau, aux sanitaires ou encore la gestion des espaces de vie compliquent la situation.
Par ailleurs, 399 établissements avaient déjà été mobilisés lors des précédentes vagues de déplacements liées aux bombardements dans le sud du Liban. Leur disponibilité est donc aujourd’hui partiellement réduite. Les autorités évoquent encore quarante-deux centres susceptibles d’être activés si la situation continue de se détériorer.
« Le Liban n’a pas choisi cette guerre »
Vendredi, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a alerté la communauté internationale sur la gravité de la situation.
Lors d’une rencontre avec les ambassadeurs arabes et étrangers accrédités au Liban, il a mis en garde contre le risque d’un désastre humanitaire provoqué par les déplacements massifs de population.
Le chef du gouvernement libanais a également tenu à rappeler la position officielle de l’État. Le Liban, a-t-il affirmé, n’a pas choisi cette guerre.
Il a insisté sur un principe qu’il juge essentiel dans le contexte actuel. La décision de faire la guerre ou la paix doit rester entre les mains de l’État libanais.
Cette déclaration intervient alors que le pays a été entraîné dans le conflit à la suite d’une attaque du Hezbollah contre Israël. Une décision qui illustre une nouvelle fois le décalage profond entre la stratégie du mouvement armé et celle des institutions libanaises.
En agissant de manière autonome, le Hezbollah a de facto engagé le Liban dans une confrontation régionale sans que l’État n’ait eu son mot à dire. Pour de nombreux responsables politiques, cette logique de décision unilatérale place aujourd’hui le pays dans une situation extrêmement dangereuse.
Plusieurs initiatives diplomatiques avaient pourtant été évoquées ces dernières semaines. Des propositions françaises avaient notamment été discutées. Elles prévoyaient la remise progressive des armes du Hezbollah à l’État libanais en échange d’un arrêt des frappes israéliennes et d’un mécanisme international de sécurité le long de la frontière.
Ces propositions n’ont jamais été concrétisées. Le Hezbollah a continué d’agir selon sa propre logique stratégique, au risque d’entraîner le pays dans une spirale de confrontation qu’il ne contrôle plus.
Dans ce contexte, certains responsables libanais estiment que le mouvement chiite agit désormais comme un acteur militaire autonome qui engage le pays dans la guerre sans assumer les conséquences politiques, économiques et humaines de ses décisions.
Une banlieue sud vidée et un avenir incertain
Vendredi matin, au lendemain de l’évacuation, la banlieue sud de Beyrouth offre un visage inhabituel. Des quartiers entiers se sont vidés de leurs habitants.
Mais les bombardements ne se sont pas arrêtés pour autant.
Depuis l’aube, les frappes israéliennes continuent de viser la Banlieue sud de Beyrouth par vagues successives. Les explosions résonnent dans une zone largement désertée, où de nombreuses familles ont quitté leurs maisons dans la précipitation.
Pour les dizaines de milliers de déplacés, l’attente commence. Beaucoup ignorent combien de temps durera leur exil temporaire. D’autres redoutent déjà l’état dans lequel ils retrouveront leurs logements.
Le Liban a connu de nombreux déplacements de population au cours de son histoire récente. Mais l’ampleur et la rapidité de l’évacuation de la banlieue sud marquent une étape supplémentaire dans la guerre en cours.
Alors que les bombardements se poursuivent et que les routes restent encombrées de familles en fuite, une question demeure. Combien de temps le pays pourra-t-il absorber ces vagues de déplacements successives si les frappes et les ordres d’évacuation continuent de se multiplier.
]]>0Patricia Bechardhttps://mondafrique.com/?p=1480832026-03-06T13:56:34Z2026-03-06T06:00:00ZDes scènes de la Goutte d’Or aux planches d’Accra, l’Afrique culturelle se déploie cette semaine en archipel vivant. Conakry s’invite à Paris avec Africapitales, les réalisatrices du Maghreb prennent l’écran au Chaplin Denfert, la Fashion Week Africa rallume les silhouettes, tandis que Rocé et Jann Halexander portent, chacun à leur manière, une mémoire diasporique en […]
]]>Des scènes de la Goutte d’Or aux planches d’Accra, l’Afrique culturelle se déploie cette semaine en archipel vivant. Conakry s’invite à Paris avec Africapitales, les réalisatrices du Maghreb prennent l’écran au Chaplin Denfert, la Fashion Week Africa rallume les silhouettes, tandis que Rocé et Jann Halexander portent, chacun à leur manière, une mémoire diasporique en mouvement.
Du 6 au 15 mars 2026, Africapitales consacre sa cinquième édition à Conakry. Dix jours de spectacles, expositions, rencontres littéraires, cinéma et concerts investissent la Goutte d’Or et plusieurs lieux parisiens pour célébrer la vitalité culturelle guinéenne.Africapitales
Du 6 au 15 mars 2026, le festival Africapitales met Conakry à l’honneur. Après Bamako, Kigali, Cotonou et Dakar, la capitale guinéenne devient, le temps de dix jours, le centre d’une programmation pluridisciplinaire déployée entre le Lavoir Moderne Parisien, l’Institut des Cultures d’Islam, la Fondation Lucien Paye, FGO-Barbara, Le Louxor, La Scène Barbès et plusieurs structures partenaires du nord parisien.
Initié par la compagnie Graines de Soleil et porté par Khalid Tamer, Africapitales se définit comme une « hyper-rencontre » entre artistes africains, diasporas et publics européens. L’ambition est claire : créer des circulations durables entre capitales africaines et Paris, favoriser la diffusion d’œuvres contemporaines et interroger les récits culturels à l’œuvre sur le continent.
Cette édition 2026 s’inscrit dans un contexte particulier : en octobre 2025, Conakry a intégré le Réseau des villes créatives de l’UNESCO dans la catégorie Littérature. Une reconnaissance qui souligne la vitalité d’une scène marquée par l’oralité, les traditions griotiques et les dynamiques contemporaines du livre, notamment autour des 72 Heures du Livre.
Dix jours pour parcourir la scène guinéenne
La soirée d’ouverture, vendredi 6 mars, se déploie entre le Lavoir Moderne Parisien (LMP) et l’Institut des Cultures d’Islam (ICI). Au programme : inauguration officielle, vernissage des expositions, puis veillée de conte à l’ICI avec Petit Tonton et son spectacle Hirdhè, avant un temps musical au LMP.
Les arts visuels occupent une place centrale durant toute la durée du festival. La photographe suisse-guinéenne Namsa Leuba présente deux séries, The Kingdom of Mountains et Ya Kala Ben, explorant hybridité culturelle, rituels et esthétiques contemporaines. À ses côtés, l’artiste Mélissa Diallo expose un travail plastique autour des questions de mémoire et d’identité. Le Lavoir Moderne Parisien est transformé par la scénographie du collectif guinéen Scénoraba, qui investit l’ensemble du théâtre en espace immersif.
La littérature est à l’honneur samedi 7 mars à la Fondation Lucien Paye, avec une journée consacrée à Conakry ville créative en littérature. Deux tables rondes interrogent l’histoire du livre en Guinée, les politiques culturelles et les perspectives contemporaines. La rencontre est organisée en partenariat avec L’Harmattan Guinée.
Africapitales
La musique se déploie sur plusieurs scènes. Samedi 7 mars à FGO-Barbara, Queen Rima et Niariu incarnent la vitalité d’une nouvelle génération. Queen Rima, figure majeure du dancehall féminin guinéen et lauréate du Prix Découvertes RFI, partage l’affiche avec Niariu, artiste franco-guinéenne aux accents Afro R&B. Un autre concert est prévu vendredi 13 mars au Poulpe avec Mamady Diabaté.
Le théâtre et la performance occupent également une place importante. Les 10 et 11 mars, Hakim Bah présente 8 novembre, une lecture musicale autour de la mémoire politique guinéenne, accompagnée par Victor Pitoiset. Le 14 mars, la conférence performée Une histoire panafricaine, portée par Elara Bertho et Armand Gauz, revient sur la présence de Miriam Makeba et Stokely Carmichael en Guinée à la fin des années 1960, mettant en lumière les circulations intellectuelles et militantes du panafricanisme.
Africapitales
Le conte traverse le festival avec Petit Tonton, figure majeure de la transmission orale. Outre Hirdhè, il propose le spectacle Ingratitude le 8 mars au LMP, ainsi qu’un atelier conte dans le cadre du Café des enfants organisé avec Home Sweet Mômes.
Le cinéma guinéen bénéficie d’un focus spécifique. Le 12 mars au Louxor, projection de Au cimetière de la pellicule de Thierno Souleymane Diallo, en présence du réalisateur, suivie d’un débat. Le 14 mars au LMP, Il va pleuvoir sur Conakry de Cheick Fantamady Camara est présenté, suivi d’un atelier Ciné-Cercle organisé par le collectif Mind the Gap.
La danse est représentée par un atelier de danse guinéenne animé par Aïssata Kouyaté, le 7 mars à FGO-Barbara, ouvert à tous les niveaux. L’écriture trouve sa place avec un atelier animé par Hakim Bah le 14 mars à la Bibliothèque de la Goutte d’Or.
Le festival s’ouvre aussi à la mode et à l’humour. Le 15 mars au LMP, Barbi Black présente un défilé en partenariat avec les étudiants du Master Industries Culturelles de l’Université Paris 8. Le même jour, à La Scène Barbès, l’humoriste Bappa Oumar joue L’Étranger, un spectacle autobiographique interrogeant les notions d’appartenance et d’identité.
Enfin, la gastronomie n’est pas oubliée : un repas solidaire guinéen est proposé le 14 mars à la ressourcerie Le Poulpe.
Au-delà de la diversité des disciplines, Africapitales #5 affirme une ligne cohérente : donner à voir la complexité historique et culturelle de Conakry, faire dialoguer héritage et création contemporaine, et offrir à la jeunesse guinéenne une scène de visibilité à Paris. Entre mémoire politique, scènes urbaines, arts visuels et littérature, le festival compose un panorama dense d’une capitale en mouvement.
Informations pratiques
Africapitales #5 : Conakry à Paris Du 6 au 15 mars 2026 Lieux principaux : Lavoir Moderne Parisien (35 rue Léon, 75018), Institut des Cultures d’Islam (19 rue Léon, 75018), Fondation Lucien Paye (45 bis boulevard Jourdan, 75014), FGO-Barbara (1 rue Fleury, 75018), Le Louxor (170 boulevard Magenta, 75010), La Scène Barbès (11 rue d’Oran, 75018), Le Poulpe (4 bis rue d’Oran, 75018). Programmation détaillée : www.lavoirmoderneparisien.com et africapitales.org Certains événements sont gratuits, d’autres payants sur réservation selon les lieux.
Akwaaba Festival 2026 : Accra célèbre la culture ghanéenne
Du 5 au 7 mars 2026, le National Theatre d’Accra accueille l’Akwaaba Festival 2026. Pendant trois jours, concerts, artisanat, gastronomie et traditions se rencontrent pour célébrer la vitalité culturelle du Ghana et la richesse de son héritage panafricain.
Akwaaba Festival
Du 5 au 7 mars 2026, la capitale ghanéenne vibrera au rythme de l’Akwaaba Festival 2026. Organisé au National Theatre d’Accra, cet événement culturel de trois jours promet de rassembler artistes, artisans, entrepreneurs culturels et passionnés autour d’une célébration vivante du patrimoine ghanéen et panafricain.
Pensé comme un espace de rencontre et de découverte, le festival met en lumière la diversité des expressions culturelles du Ghana. Musique, danse, arts visuels et gastronomie y dialoguent dans une programmation ouverte à tous les publics. L’objectif est clair : offrir une vitrine à la créativité locale tout en valorisant les traditions qui façonnent l’identité culturelle du pays.
Placée sous le thème « Welcome to Ghana », l’édition 2026 entend également accueillir un public international. En invitant visiteurs, créateurs et acteurs culturels venus d’horizons différents, l’événement se veut un lieu d’échanges où se croisent initiatives artistiques, savoir-faire artisanaux et expressions contemporaines.
Trois jours de culture, d’artisanat et de gastronomie
Durant ces trois journées, les visiteurs pourront découvrir une programmation riche mêlant concerts, performances artistiques et expositions. Des artisans et créateurs présenteront leurs œuvres à travers des stands consacrés à l’art et à l’artisanat ghanéens. Textiles traditionnels, accessoires et objets décoratifs permettront d’explorer l’esthétique et les techniques qui traversent les cultures locales.
Akwaaba Festival
La musique occupera également une place centrale dans le festival. Concerts et performances rythmeront les journées et les soirées, offrant un aperçu de la scène artistique ghanéenne et de ses influences multiples. Des formes musicales traditionnelles aux expressions plus contemporaines, la programmation reflète la diversité d’une culture en constante évolution.
Au-delà des arts visuels et de la musique, l’Akwaaba Festival mettra aussi à l’honneur la gastronomie locale. Un grand espace culinaire réunira boissons traditionnelles et spécialités issues des différentes régions du pays. Ce marché alimentaire permettra aux visiteurs de découvrir la richesse des cuisines indigènes, dans une atmosphère conviviale et festive.
L’événement vise également à soutenir les entrepreneurs culturels et les créateurs locaux. En réunissant artistes, artisans et acteurs économiques du secteur culturel, le festival offre une plateforme de visibilité et d’échanges. Il encourage ainsi la circulation des idées, des talents et des projets au sein d’un écosystème créatif en pleine expansion.
L’Akwaaba Festival 2026 est organisé par Ceejay Multimedia en partenariat avec la MUSIGA, l’Union des musiciens du Ghana. Ensemble, ces organisations souhaitent renforcer la place des industries culturelles dans le paysage artistique national et promouvoir les talents ghanéens auprès d’un public plus large.
Les inscriptions sont d’ailleurs ouvertes pour les exposants et les vendeurs souhaitant participer au festival. Artisans, créateurs et entrepreneurs peuvent ainsi rejoindre cette plateforme culturelle qui ambitionne de devenir un rendez-vous incontournable de la scène artistique locale.
Akwaaba Festival
En réunissant musique, arts visuels, artisanat et gastronomie, l’Akwaaba Festival se présente comme une célébration de la créativité et de l’héritage culturel du Ghana. Dans un contexte où les industries culturelles jouent un rôle croissant dans les économies africaines, ce type d’événement contribue également à soutenir les artistes et les producteurs culturels tout en renforçant les liens entre traditions et modernité.
Pendant trois jours, Accra se transformera ainsi en un espace de rencontres, de découvertes et de célébration culturelle, où le public pourra explorer la richesse et la vitalité des expressions artistiques ghanéennes.
Informations pratiques Lieu : National Theatre, Accra (Ghana) Dates : du 5 au 7 mars 2026 Organisation : Ceejay Multimedia, en partenariat avec la MUSIGA
À Paris, les femmes cinéastes du Maghreb prennent l’écran
Du 4 au 9 mars 2026, le cinéma Chaplin Denfert à Paris consacre un cycle aux réalisatrices du Maghreb. Projections, débats et rencontres accompagnent cette programmation qui met en lumière les voix féminines du cinéma nord-africain.
La Nouba des Femmes du Mont Chenoua
Chaque mois de mars, conférences, rencontres et manifestations culturelles rappellent les luttes et les avancées liées aux droits des femmes. En 2026, le cinéma s’invite à ces célébrations avec un cycle dédié aux réalisatrices du Maghreb. Intitulée « Femmes cinéastes des pays du Maghreb », cette programmation spéciale se déroule du 4 au 9 mars au cinéma Chaplin Denfert, dans le 14ᵉ arrondissement de Paris.
Organisé en marge de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, l’événement propose plusieurs projections accompagnées de discussions avec le public. L’initiative entend mettre en lumière les réalisatrices d’Afrique du Nord et rappeler leur rôle dans l’évolution du cinéma maghrébin.
Au programme figurent plusieurs films récents signés par des réalisatrices reconnues. Le cycle s’ouvre notamment avec La Mère de tous les mensonges, documentaire de la cinéaste marocaine Asmae El Moudir, qui interroge les mémoires familiales et collectives. La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania est également à l’honneur avec le court métrage Peau de colle et le long métrage La Belle et la Meute, film salué dans de nombreux festivals pour son regard sur les violences faites aux femmes.
La mère de tous les mensonges
La programmation se poursuit avec Aucune rue ne portera ton nom, court documentaire de Nadia Salem, ainsi que 10949 Femmes, documentaire de Nassima Guessoum consacré aux femmes engagées dans la guerre d’indépendance algérienne. Certaines projections seront suivies de débats animés avec la participation des réalisatrices, offrant au public l’occasion de prolonger la réflexion sur les thématiques abordées.
Créé en 2009 sous l’impulsion de l’association culturelle Coup de Soleil, le festival Le Maghreb des films s’est donné pour mission de promouvoir le cinéma maghrébin auprès du public francophone. Chaque année, ce rendez-vous parisien explore les dynamiques artistiques et politiques qui traversent les cinématographies d’Algérie, du Maroc et de Tunisie.
L’édition 2026 met particulièrement à l’honneur deux réalisatrices tunisiennes : Kaouther Ben Hania, figure majeure du cinéma contemporain, et Salma Baccar, pionnière du cinéma maghrébin. Ce choix reflète la volonté du festival de rappeler la contribution des femmes dans un secteur longtemps dominé par les hommes.
Des pionnières aux nouvelles générations
L’histoire du cinéma maghrébin s’est construite dans le contexte des indépendances nationales : 1956 pour le Maroc et la Tunisie, 1962 pour l’Algérie. Avant cette période, la production cinématographique dans la région relevait largement d’un cinéma colonial, réalisé principalement par des cinéastes européens et rarement par des créateurs locaux.
Aucune rue ne portera ton nom
Dans ce paysage dominé par les hommes, les premières femmes cinéastes du Maghreb apparaissent à la fin des années 1960. En Tunisie, Sophie Ferchiou devient la première Maghrébine à réaliser un documentaire avec Chéchia en 1966. Deux ans plus tard, Salma Baccar signe le court métrage L’Éveil et s’impose comme l’une des figures fondatrices du cinéma tunisien.
Salma Baccar poursuivra ce parcours en réalisant Fatma 75, considéré comme le premier long métrage signé par une cinéaste maghrébine. Son œuvre aborde déjà la condition féminine dans une société en transformation, marquée par les réformes progressistes mises en place en Tunisie après l’indépendance.
En Algérie, la romancière et cinéaste Assia Djebar marque un tournant en 1978 avec La Nouba des femmes du Mont Chenoua, film récompensé à la Mostra de Venise. Au Maroc, Farida Ben Lyazid devra attendre plusieurs années après son premier scénario pour réaliser en 1988 Une Porte sur le ciel, œuvre devenue une référence du cinéma marocain.
Aujourd’hui, une nouvelle génération de réalisatrices poursuit cet héritage en explorant des thèmes liés à la mémoire, aux identités et aux transformations sociales.
10949 Femmes
Malgré ces avancées, les femmes restent minoritaires dans l’industrie cinématographique africaine. Selon le rapport « Statistiques de l’industrie cinématographique africaine », publié en février 2026 par l’organisation Wifitalents, les réalisatrices représentent moins de 15 % des effectifs du secteur au Maroc. À l’échelle du continent, seulement 10 % des films produits sont réalisés par des femmes, tandis qu’elles ne constituent qu’environ 30 % des professionnels de l’industrie cinématographique.
Ces chiffres illustrent les inégalités persistantes dans un secteur encore largement masculin. Pourtant, les réalisatrices maghrébines se distinguent par des œuvres souvent marquées par des prises de position fortes et des regards singuliers sur les sociétés nord-africaines.
Le cycle proposé au cinéma Chaplin Denfert s’inscrit dans cette dynamique. En mettant à l’honneur les réalisatrices du Maghreb, il rappelle que le cinéma peut être un espace de réflexion sur les transformations sociales, les mémoires collectives et les aspirations à davantage d’égalité dans la région.
Informations pratiques Lieu : Cinéma Chaplin Denfert Adresse : 24 place Denfert-Rochereau, Paris 14ᵉ Dates : du 4 au 9 mars 2026 Certaines projections seront suivies de débats avec les réalisatrices.
À Paris, la fashion Week Africa celebre la creativite du continent
Le 7 mars 2026, Paris accueille une nouvelle édition de la Fashion Week Africa Paris. Défilés, artisanat, performances artistiques et gastronomie se réunissent pour mettre en lumière la créativité africaine et les talents de la diaspora au cœur de la capitale.
Fashion Week Africa
Le 7 mars 2026, l’Espace MAS, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, accueillera une nouvelle édition de la Fashion Week Africa Paris, un événement dédié à la promotion des créateurs africains et des cultures du continent. Pensée comme une immersion dans l’univers de la mode africaine contemporaine, cette journée entend réunir designers, artistes et public autour d’un programme mêlant défilés, artisanat et performances artistiques.
Si Paris demeure l’une des capitales mondiales de la mode, les initiatives mettant à l’honneur les créateurs africains et afro-diasporiques s’y multiplient depuis plusieurs années. La Fashion Week Africa Paris s’inscrit dans cette dynamique, avec l’ambition de créer une plateforme de visibilité pour des talents encore trop peu représentés dans les circuits traditionnels.
Au cœur de l’événement figure le Grand Défilé Africain, présenté comme le moment phare de la journée. Des créateurs venus de différents horizons du continent et de la diaspora y dévoileront leurs collections, dans un dialogue entre traditions textiles et influences contemporaines. Wax, bogolan, kente ou encore broderies artisanales côtoieront ainsi des silhouettes modernes, témoignant de la vitalité d’une mode africaine en pleine transformation.
Fashion Week Africa
Au-delà des défilés, la manifestation se veut également un espace de rencontre et de découverte culturelle. Les visiteurs pourront explorer un univers mêlant artisanat, design, musique et gastronomie, dans une ambiance immersive inspirée des cultures africaines. L’événement entend ainsi dépasser le simple cadre d’un défilé de mode pour proposer une expérience culturelle plus large.
L’initiative s’inscrit dans le travail de structures et de collectifs engagés dans la promotion de la création africaine à Paris. À travers ce type de rendez-vous, leurs organisateurs cherchent à soutenir l’émergence de designers, d’artisans et d’entrepreneurs culturels issus du continent africain ou de sa diaspora.
La mode africaine connaît depuis plusieurs années une visibilité croissante sur la scène internationale. Des créateurs comme Imane Ayissi, Thebe Magugu ou Kenneth Ize ont contribué à faire entrer l’esthétique africaine dans les circuits de la mode mondiale. Dans ce contexte, des événements comme la Fashion Week Africa Paris participent à structurer des réseaux et à créer des espaces de rencontre entre créateurs, professionnels et public.
Installé dans le 13ᵉ arrondissement, l’Espace MAS accueillera ainsi, le temps d’une journée, une célébration de la créativité africaine contemporaine. Entre défilés, performances artistiques et rencontres culturelles, la Fashion Week Africa Paris entend offrir un aperçu de la richesse et de la diversité des expressions stylistiques venues du continent.
Informations pratiques:
Fashion Week Africa Paris 2026 Date : 7 mars 2026 Horaire : 11h – 18h Lieu : Espace MAS, 10 rue des Terres-au-Curé, 75013 Paris Tarifs :10 € en ligne et 15 € sur place Billetterie : dreamteamafrica.com/fashion-week-africa-paris
Rocé fait vibrer le New Morning le 11 mars
Le 11 mars 2026, le rappeur franco-algérien Rocé investit la scène du New Morning à Paris. Entre hip-hop engagé, influences soul-jazz et mémoire afro-diasporique, l’artiste y présentera les titres de son sixième album studio, « Palmier ».
Rocé au New Morning
Le 11 mars 2026, le New Morning à Paris accueillera Rocé pour un concert attendu qui marque une nouvelle étape dans le parcours de l’un des rappeurs les plus singuliers de la scène francophone. L’artiste franco-algérien y présentera les titres de son sixième album studio, Palmier, un projet qui prolonge et transforme son rap engagé en y introduisant des textures plus lumineuses, aux accents soul et jazz.
Depuis ses débuts, Rocé s’est imposé comme une figure à part dans le paysage du hip-hop français. Rappeur, compositeur et violoniste, il a bâti une œuvre attentive à la mémoire musicale des diasporas africaines et aux histoires politiques qui traversent ces héritages. Son travail mêle réflexion historique, recherche sonore et écriture poétique, dans une approche où le rap devient à la fois espace d’expression artistique et outil de transmission.
Avec Palmier, Rocé poursuit cette démarche en explorant une palette musicale plus ample. L’album tisse des liens entre hip-hop, soul et jazz, tout en conservant la dimension narrative et engagée qui caractérise son œuvre. Instruments acoustiques, textures orchestrales et mélodies fluides composent un univers sonore où l’histoire, l’art et le rythme se répondent.
Parmi les collaborations marquantes du disque figure notamment la chanteuse Natacha Atlas, dont la voix apporte une dimension supplémentaire à ce dialogue entre influences musicales. L’album s’inscrit ainsi dans la continuité d’un travail de recherche et de transmission que Rocé développe depuis plusieurs années autour des circulations culturelles afro-diasporiques.
Rocé
Un trio entre hip-hop, soul et jazz
Sur scène, Rocé défendra ce nouvel album dans une formation en trio qui promet une expérience musicale dense et organique. À ses côtés, la saxophoniste Nathalie Ahadji et la DJ Juicy Fruit accompagneront sa voix sur des arrangements mêlant improvisation jazz, textures soul et rythmes hip-hop.
Cette configuration permet à Rocé de proposer un concert à la fois intime et puissant, où la parole, la musique et le rythme se répondent en permanence. Le saxophone de Nathalie Ahadji apporte une dimension mélodique et expressive, tandis que Juicy Fruit construit un paysage sonore où se croisent samples, beats et textures électroniques.
L’ensemble crée une atmosphère musicale qui oscille entre la douceur de la soul et la précision rythmique du hip-hop. Les influences évoquées par l’artiste situent d’ailleurs cet univers à la croisée de deux figures majeures : la sensualité musicale de Sade et la rigueur rythmique du rap de Rakim.
Au fil de ses projets, Rocé a développé une approche singulière du hip-hop, nourrie par les archives sonores, les musiques diasporiques et les traditions musicales afro-atlantiques. Son travail de recherche autour des voix et des musiques oubliées s’est notamment exprimé à travers plusieurs projets consacrés aux archives du rap et de la musique noire francophone.
Cette dimension historique traverse également ses concerts, où le rap devient un espace de dialogue entre passé et présent. Sur scène, les textes de Rocé se déploient dans un univers musical ouvert, où les influences se croisent sans hiérarchie entre tradition et modernité.
Le concert du 11 mars au New Morning s’inscrit ainsi dans la continuité d’un parcours artistique exigeant, où le rap se nourrit de multiples héritages musicaux. Entre engagement politique, exploration sonore et mémoire culturelle, Rocé propose une musique qui interroge les histoires collectives tout en restant profondément ancrée dans le présent.
Informations pratiques Lieu : New Morning, Paris Date : 11 mars 2026 Artistes :Rocé – voix : Nathalie Ahadji – saxophoneJuicy Fruit – DJ
Jann Halexander en concert à La Camilienne avec Cœur Canari
Chanteur, auteur et performeur à la plume acérée, Jann Halexander poursuit son exploration musicale entre confidences personnelles et regards sur le monde. Le 13 mars prochain, il présentera à Paris Cœur Canari, un concert inspiré de la chanson éponyme extraite de l’album Libreville Confidentiel, né de son récent séjour au Gabon.
Jann Halexander
Souvent surnommé le « Jacques Brel gabonais », l’artiste s’est fait connaître par des titres marquants comme C’était à Port-Gentil, Le poisson dans mon assiette ou encore Rester par habitude. Des chansons qui mêlent ironie, mélancolie et poésie, dans une écriture incisive qui lui vaut depuis plus de vingt ans un public fidèle.
Pour cette soirée, Jann Halexander sera entouré de plusieurs musiciens : Bertrand Ferrier au piano et à la clarinette, Sébastyen Defiolle à la guitare et Naïma aux percussions. La chanteuse Charlotte Grenat participera également au concert en tant qu’invitée.
Coeur Canari
Entre chansons, confidences et fragments de récit – notamment issus de son livre Cœur Canari, journal de son retour au Gabon natal – l’artiste promet une performance où l’intime se transforme en moment de partage avec le public.
Informations pratiques
Date : 13 mars 2026 Lieu : Théâtre La Camilienne Adresse : 12 rue des Meuniers, 75012 Paris Ouverture des portes : 19h30 Concert : 20h Réservations : 06 16 13 98 32 / BilletReduc / Weezevent
]]>0La rédaction de Mondafriquehttps://mondafrique.com/?p=1481132026-03-05T15:30:27Z2026-03-06T05:25:00ZLe Dictionnaire des services secrets algériens élaboré par le journaliste Adlene Meddi (M&M éditions) se propose de rendre intelligible la « boîte noire » du pouvoir algérien, d’en cartographier les acteurs et d’en saisir les logiques. Un outil précieux pour quiconque s’intéresse à la politique algérienne. Par Selim Jaziri Quiconque s’intéresse à la politique algérienne […]
]]>Le Dictionnaire des services secrets algériens élaboré par le journaliste Adlene Meddi (M&M éditions) se propose de rendre intelligible la « boîte noire » du pouvoir algérien, d’en cartographier les acteurs et d’en saisir les logiques. Un outil précieux pour quiconque s’intéresse à la politique algérienne.
Par Selim Jaziri
Quiconque s’intéresse à la politique algérienne doit se rendre à l’évidence : la réalité du pouvoir n’est pas exercée par les institutions formelles. Les ressorts profonds du pouvoir sont restés « durablement ancrés dans les structures militaires et sécuritaires ». Mais au-delà de cette généralité, cette configuration ne se manifeste que de manière fragmentaire, sous forme de sigles qui peuplent l’imaginaire des Algériens (SM, DRS, GIS, PS…) et de noms d’hommes dépourvus de mandats politiques mais qui exercent la réalité de la puissance par des canaux opaques (Toufik, Khaled Nezzar, Mohamed Lamari, Gaïd Salah, Larbi Belkheir, Mohamed Betchine…).
De la vie de ce pouvoir de l’ombre, on ne perçoit que des éclats : des nominations, des disgrâces qui se devinent après coup, des arrestations et des réhabilitations, l’apparition de nouveaux sigles et la disparition d’autres… En un mot, le pouvoir algérien est une boîte noire qui décourage nombre d’observateurs et probablement d’Algériens eux-mêmes. Le « système » semble une réalité insaisissable et inintelligible.
Le Dictionnaire des services secrets algériens d’Adlène Meddi propose précisément de la rendre intelligible grâce à une cartographie détaillée et un décryptage inédit de ce pouvoir de l’ombre. Il permet d’en retracer la composition et l’histoire et surtout d’en comprendre la logique. La forme du dictionnaire éclate la narration et l’analyse, mais à l’issue d’une lecture somme toute fluide, la description de chacune des pièces du puzzle permet de dégager une vision d’ensemble et en profondeur.
L’autorité de l’État sacralisée
Le pouvoir algérien a été façonné par la lutte de libération nationale (1954-1962). Il en a hérité sa propension au secret et le rôle central de l’armée et des services de renseignement. C’est autour de l’institution militaire que Houari Boumedienne (au pouvoir de 1965 à 1979), chef d’état-major de l’armée des frontières durant la guerre, a structuré le système. Cette histoire a fait de l’État à la fois le produit de la victoire sur le colonisateur et le garant de la préservation de la souveraineté, gagnée au prix du sang des martyrs. L’autorité de l’État est dès lors un patrimoine national à préserver à tout prix. « L’atteinte à l’autorité de l’État », même par des mobilisations pacifiques, «fonctionne comme une catégorie de sécurisation du politique ». La consolidation de l’autorité de l’État est un préalable à toute forme politique.
Toute contestation, décentralisation, expression d’autonomie de la société, toute norme importée de l’étranger, de dissidence discursive est immédiatement interprétée comme une menace pour la souveraineté, voire une trahison. Raison pour laquelle des déclarations sur l’intégrité du territoire (comme ce fut le cas pour Boualem Sansal), la remise en cause de l’unité nationale par le mouvement berbériste, notamment dans sa forme sécessionniste avec la récente proclamation d’indépendance du Mouvement pour l’autodétermination kabyle (le MAK), sont criminalisées.
Surveiller, contrôler, réguler, punir est la respiration naturelle de ce type de pouvoir où le renseignement joue un rôle capital. Cette centralité de l’appareil sécuritaire relativise le rôle des autorités civiles. Le pouvoir est exercé par un ensemble d’acteurs, cercle présidentiel, état-major, services de renseignement, appareils économiques, réseaux régionaux et territoriaux, selon des modalités qui se jouent des hiérarchies, où « les réseaux et les loyautés pèsent autant que les organigrammes ». C’est ce qui explique la plasticité et l’endurance du «système » à l’épreuve des crises. Pour autant, il n’en est pas moins traversé par des rapports de force et des négociations permanentes.
Un monde traversé de luttes
Loin de l’image d’un cabinet noir unifié, où un petit groupe de généraux aux intérêts solidaires déciderait du sort du pays, choisirait et manipulerait les présidents et centraliserait les renseignements, l’univers des services de sécurité est en réalité un monde éclaté, cloisonné et objet de luttes de pouvoir.
Cette « guerre des clans » qui vient périodiquement redistribuer les cartes, a été longtemps contenue dans le huis clos de l’état-major de l’Armée nationale populaire. Mais la présidence, l’armée et les services de renseignement constituent en réalité un ensemble à la fois soudé et concurrentiel au sein duquel les équilibres évoluent. Le choc des émeutes d’octobre 1988, puis les réformes entreprises sous la présidence de Chadli Bendjedid pour limiter et dépolitiser le pouvoir de l’armée, suivies de la « décennie noire » après l’annulation du processus électoral en janvier 1992, ont bouleversé l’appareil sécuritaire et ses relations avec la sphère politique.
La lutte contre le terrorisme a renforcé « la logique sécuritaire comme matrice de gouvernement » et la fameuse DRS (Direction des renseignements et de la sécurité) – créée sous l’impulsion du chef d’état-major Khaled Nezzar en 1990 pour centraliser les services de renseignement et succéder à la non moins fameuse SM (sécurité militaire) – est devenue un pôle de pouvoir largement autonome. Un «Léviathan sécuritaire », incarné par une véritable légende, aussi célèbre qu’entouré de mystère : Mohamed Mediene, alias « Toufik ». Abdelaziz Bouteflika, élu en 1999, a entrepris de démanteler ce pouvoir concurrent pour réaffirmer la centralité de la présidence. Avec l’appui du général Ahmed Gaïd Salah, nommé chef d’état-major en 2004, il s’est attaqué à la DRS jusqu’à sa suppression formelle en 2016.
Des enjeux terre à terre
Derrière l’alibi d’une modernisation des « services », se jouaient en réalité des enjeux plus terre à terre, que décrypte Adlene Meddi, liés à la main mise du clan Bouteflika sur les circuits économiques et à la perspective d’une possible succession à la tête de l’État. C’est sur fond de cette rivalité, apparue au grand jour, entre Gaïd Salah et les réseaux de l’ancienne DRS, que s’est déroulé le hirak. Le long soulèvement populaire de 2019 a permis au chef d’état-major de neutraliser son rival, « Toufik », arrêté en mai 2019, et de se débarrasser du clan Bouteflika.
La disparition de Gaïd Salah en décembre 2019 a permis au successeur de Bouteflika, Abdelmajid Tebboune, sous l’autorité du nouveau chef d’état-major Saïd Chengriha, de mettre un terme « à la polarisation opposant les réseaux dits “gaïdistes” aux anciens cercles du renseignement et de l’état-major ». Le hirak, en revanche, aura fait évoluer les priorités de l’appareil sécuritaire de la lutte contre le terrorisme à la surveillance de la contestation civile.
Les hommes changent, les sigles varient, les priorités évoluent, le « système » se reproduit de crise en crise mais l’État algérien demeure. Le tableau que dessine pièce par pièce Adlene Meddi est bien plus riche et complexe que ce rapide aperçu. Même s’il s’arrête au seuil des questions les plus sensibles et les plus occultes – les relations entre le monde des services et le monde économique, qui justifierait une vaste enquête qui n’est pas le propos de ce livre, et le rôle que l’infiltration des réseaux terroristes, l’un des modes opératoires des services algériens, a pu jouer dans la « décennie noire » (sur lequel on ne peut que spéculer) – ce dictionnaire n’en est pas moins précieux et il a vocation à servir de vade mecum à quiconque veut déchiffrer le pouvoir algérien.
]]>0La rédaction de Mondafriquehttps://mondafrique.com/?p=1482002026-03-06T08:22:15Z2026-03-06T05:00:00ZL’Union africaine, la CEDEAO et plusieurs chefs d’État ont exprimé leur inquiétude quant aux conséquences pour leurs économies de la guerre israélo-américaine en Iran. Un conflit prolongé pourrait fragiliser plusieurs pays du continent. La flambée du pétrole Le premier impact concerne l’énergie. Les tensions au Moyen-Orient ont déjà fait remonter les cours du pétrole au-delà […]
]]>L’Union africaine, la CEDEAO et plusieurs chefs d’État ont exprimé leur inquiétude quant aux conséquences pour leurs économies de la guerre israélo-américaine en Iran. Un conflit prolongé pourrait fragiliser plusieurs pays du continent.
La flambée du pétrole
Le premier impact concerne l’énergie. Les tensions au Moyen-Orient ont déjà fait remonter les cours du pétrole au-delà de 80 dollars le baril et ce n’est pas terminé. Certains analystes envisagent un baril à plus de 100 dollars. Or la plupart des pays africains importent leurs carburants. Une hausse du brut renchérit le transport, l’électricité et la production industrielle. Elle se répercute mécaniquement sur les prix à la consommation où l’énergie et l’alimentation représentent une part importante du budget des ménages.
« L’Afrique subit déjà les conséquences de l’escalade du conflit au Moyen-Orient, avec des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et une hausse des prix de l’énergie », a déclaré le Sud-Africain Cyril Ramaphosa.
Inflation et pression sur les monnaies
La hausse des prix de l’énergie pourrait aussi accentuer les tensions inflationnistes. La plupart des pays africains paient leurs importations en dollars. Lorsque la facture énergétique augmente, la demande de devises progresse et les monnaies locales risquent de se déprécier. Cette pression renchérit encore le coût des importations et peut alourdir la dette extérieure libellée en dollars. Pour plusieurs économistes, un conflit prolongé pourrait ainsi peser sur la croissance et accentuer les fragilités de certaines économies africaines.
Perturbation des routes maritimes
Les inquiétudes portent également sur le commerce maritime. Le conflit menace des routes stratégiques comme le Détroit d’Hormuz, par lequel transite une part importante du pétrole mondial. La mer Rouge et le canal de Suez sont également des axes essentiels pour les échanges entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Toute perturbation dans ces zones peut entraîner une hausse des coûts du transport maritime, des retards de livraison et une augmentation des primes d’assurance. Certaines compagnies ont déjà instauré des surtaxes liées au risque de guerre sur les routes vers l’Afrique.
Un effet inégal selon les pays
Les conséquences de la crise pourraient toutefois varier d’un pays à l’autre. Certains exportateurs de pétrole, comme le Nigeria, l’Angola ou l’Algérie, pourraient bénéficier temporairement de la hausse des cours grâce à des recettes d’exportation plus élevées. Mais la majorité des pays africains, importateurs nets d’énergie, verraient au contraire leur facture énergétique s’alourdir.
Le paradoxe africain
Alors même que l’Afrique est l’un des grands producteurs mondiaux de matières premières, elle reste aussi l’une des régions les plus vulnérables aux chocs internationaux. La raison en est simple : elle produit peu. La plus grande partie de ses ressources est exportée à l’état brut, tandis que le continent importe encore de nombreux produits transformés, carburants ou biens industriels.
Cette dépendance aux marchés mondiaux explique pourquoi les crises géopolitiques, même lointaines, se traduisent souvent par une hausse rapide des prix, une pression sur les monnaies et un ralentissement de la croissance. Autrement dit, même lorsqu’elle n’est pas directement impliquée dans ces conflits, l’Afrique en paie l’addition économique. Une donnée jamais prise en compte par ceux qui décident de la guerre ou de la paix…
]]>0La rédaction de Mondafriquehttps://mondafrique.com/?p=1480562026-03-04T14:35:07Z2026-03-05T08:00:00Z« L’Iran sera incapable de résister longtemps aux frappes aériennes israélo-américaines », affirme le quotidien israélien Haaretz. Plusieurs jours après la décapitation du régime et la mort de l’ayatollah Khamenei, une question domine : combien de temps la République islamique peut-elle encore tenir ? Il est prévisible que le système survive un moment, que les hiérarques survivants arrivent à […]
]]>« L’Iran sera incapable de résister longtemps aux frappes aériennes israélo-américaines », affirme le quotidien israélien Haaretz. Plusieurs jours après la décapitation du régime et la mort de l’ayatollah Khamenei, une question domine : combien de temps la République islamique peut-elle encore tenir ? Il est prévisible que le système survive un moment, que les hiérarques survivants arrivent à se maintenir au pouvoir et que le régime se radicalise, redoute le Wall Street Journal.
Le Moyen-Orient dans la presse anglophone, par Bruno Philip
Aux lendemains de la décapitation de la République islamique d’Iran, à commencer par la « tête suprême », l’ayatollah Khamenei, la question essentielle qui se pose aujourd’hui est de savoir combien de temps peut tenir le régime et quels sont les scénarios plausibles pour les « jours d’après ».
Selon certains experts militaires, il est probable que Téhéran n’ait pas les moyens de résister très longtemps, car l’Iran va arriver, dans un futur relativement proche, à court de munitions. Si l’on en croit l’ancien commandant de la défense aérienne israélienne, le général Pini Yungman, cité dimanche par le quotidien Haaretz, « étant donné que les Iraniens ont déjà tiré entre 150 et 175 missiles sur Israël, en plus de leurs tirs sur les pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, ils en ont donc déjà utilisé environ 250 au total. Cela signifie qu’ils en ont encore assez pour maintenir cette pression pendant quelques jours, mais pas pendant des mois, ni même des semaines. »
L’Iran ayant tiré depuis cet entretien de nombreux missiles sur Israël et les pays voisins du Moyen-Orient, sans compter les drones, les derniers chiffres font penser que le régime de Téhéran a en effet bien dégarni ses stocks : plus de 500 missiles auraient été tirés. Selon le Jerusalem Post, les réserves balistiques iraniennes se monteraient à au moins 2 500, chiffres datant d’avant le début des frappes israélo-américaines.
Les jeux ne sont pas faits, cependant. Même si le régime de Téhéran semble bien être dans la situation d’un navire en perdition par gros temps, le bateau n’a pas encore coulé. Ainsi, le Corps des gardiens de la révolution islamique (pasdaran), véritable cœur du réacteur du système, reste en place et en position de force, au moins au plan politique : il possède une armée de 200 000 soldats, à quoi s’ajoute un million, voire plus, de « basijis », ou volontaires, véritables nervis de la « révolution », prêts à tout pour tuer, punir, réprimer.
Et s’il est évident que tous sont « largement surclassés en termes d’armement » par les États-Unis et Israël, comme le souligne le Wall Street Journal, le quotidien ajoute qu’il « faudra sans doute des semaines, voire des mois, de frappes aériennes supplémentaires et d’autres actions militaires pour paralyser cette organisation ». Résultat, « le régime iranien risque de se maintenir au pouvoir et de devenir encore plus répressif, car les radicaux ayant survécu aux premières frappes américaines et israéliennes pourraient déchaîner les milices armées des pasdarans dans l’espoir de s’accrocher au pouvoir ».
Si l’on fait se télescoper les affirmations de l’expert israélien et les prévisions du WSJ, on peut donc raisonnablement anticiper la situation suivante : l’Iran va être rapidement incapable de continuer à résister aux attaques aériennes faute de missiles, même si les forces de Téhéran les économisent, mais le régime peut survivre en termes de contrôle militaire et politique sur le terrain, compte tenu du fait qu’il est douteux, pour l’heure, que Donald Trump ose envoyer ses « boys » en Iran.
Les figures les plus radicalisées du régime
Quel scénario peut-on donc imaginer pour les semaines à venir et quelle forme pourrait prendre la transition si l’on écarte l’hypothèse d’un écroulement rapide du gouvernement et des institutions qui ont forgé la République islamique depuis son avènement, en 1979 ?
Le Wall Street Journal, dans un article très complet publié dimanche sur son site, estime également que l’actuel gouvernement, actuellement présidé par Massoud Pezechkian, qui a survécu aux frappes israélo-américaines et appelé à venger la mort du « Guide », pourrait « évoluer vers une forme de dictature militaire sous le contrôle des Gardiens de la révolution ». Il est difficile d’imaginer l’émergence d’une figure comme Delcy Rodríguez, la vice-présidente vénézuélienne qui s’est alignée sur la ligne de Washington depuis la capture de Nicolás Maduro lors d’un raid américain début janvier, selon les analystes.
L’article du Journal cite à cet égard l’expert Mohammed Albasha, créateur d’une société de conseil en gestion de risques basée à Washington, qui estime que la mort de Khamenei « renforce les éléments les plus radicaux et militarisés du régime, aucune opposition organisée n’étant prête à saisir cette opportunité ». Il pense par ailleurs que « s’il existe des pragmatiques au sein des Gardiens, ceux-là ne sont peut-être pas prêts à renier une idéologie qu’ils défendent depuis des années », une réalité qui vaut surtout pour les plus âgés, qui ont fait leurs armes comme soldats durant la sanglante guerre Iran-Irak dans les années quatre-vingt.
Kasra Aarabi, chercheuse spécialisée sur les pasdarans, également citée dans le même article, enfonce le clou : « Les Gardiens de la révolution sont une force extrêmement radicalisée et endoctrinée : l’idée qu’ils changent de camp me semble donc improbable. »
Dans le New York Times, Sanam Vakil, la directrice du département Moyen-Orient du think tank londonien Chatham House, nuance le propos mais en arrive à des conclusions similaires : si elle estime que la République islamique « ne va pas survivre » à ces frappes israélo-américaines et que le Moyen-Orient « ne sera plus le même » après le samedi 28 février, le nouveau leadership « post-Khamenei » pourrait tout à fait être encore plus hostile à Washington que ne l’était son prédécesseur, tout particulièrement si le nouveau régime est dominé par les Gardiens de la révolution, même sous l’égide d’un dirigeant plus flexible que l’ayatollah mort sous les bombes.
Il faut dire qu’un tel dirigeant aura fort à faire pour prolonger l’existence d’un système profondément affaibli et qu’il lui faudra se concentrer, estime encore Mme Vakil, « sur les divisions internes du nouveau pouvoir, les questions de sécurité internes et le chaos économique ».
Seule certitude aujourd’hui : le régime, qui se préparait depuis des semaines, voire des mois, à une attaque américaine de plus grande ampleur que celle de la « guerre des 12 jours » en juin 2025, avait élaboré des plans d’urgence en cas de décès de Khamenei.
Pour le Wall Street Journal, les « successeurs potentiels, notamment Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur du régime, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, ne possèdent ni son envergure ni ses relations au plus haut niveau ». Selon le WSJ, « l’une des possibilités envisagées serait de confier la direction du pays à deux hauts dignitaires religieux, épaulés par le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Ejei », si l’on en croit les affirmations de responsables non identifiés contactés par le quotidien new-yorkais.
Mojtaba Khamenei
Deux hommes avaient déjà émergé pour assurer la transition du pouvoir politique en attendant la nomination d’un nouveau « Guide de la révolution » : Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, et Mohammad Bagher Ghalibaf, l’actuel président du Parlement, étaient désormais considérés, en attendant de nouveaux développements, comme les deux hommes forts du régime.
Depuis longtemps pressenti pour succéder à son père, l’ayatollah Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei apparaît désormais comme le candidat pressenti pour reprendre le flambeau après avoir survécu aux frappes israélo-américaines. Second fils du Guide suprême, il n’occupe aucune fonction officielle au sein du gouvernement de la République islamique, mais serait, d’après Reuters, « connu pour entretenir des liens étroits avec les Gardiens de la Révolution ».
]]>0La rédaction de Mondafriquehttps://mondafrique.com/?p=1480722026-03-04T15:38:53Z2026-03-05T06:00:00ZÀ rebours des clichés et des discours catastrophistes, Benoît Chervalier propose dans Ce qu’attend l’Afrique une lecture nuancée des transformations du continent. Entre démographie, souveraineté et mutations économiques, son essai esquisse les contours d’un siècle où l’Afrique comptera davantage que jamais. Une chronique de Karim Saadi L’Afrique n’est pas un bloc homogène. Elle ne parle […]
]]>À rebours des clichés et des discours catastrophistes, Benoît Chervalier propose dans Ce qu’attend l’Afrique une lecture nuancée des transformations du continent. Entre démographie, souveraineté et mutations économiques, son essai esquisse les contours d’un siècle où l’Afrique comptera davantage que jamais.
Une chronique de Karim Saadi
Benoît Chervalier
L’Afrique n’est pas un bloc homogène. Elle ne parle pas d’une seule voix, ne partage ni une histoire unique ni un destin uniforme. Pourtant, dans les imaginaires internationaux, le continent continue souvent d’être appréhendé comme un ensemble monolithique, résumé en quelques images simplificatrices. C’est précisément contre cette vision réductrice que se construit Ce qu’attend l’Afrique, l’essai de Benoît Chervalier publié aux Éditions de L’Aube.
Ancien haut fonctionnaire, entrepreneur et enseignant à l’ESSEC, l’auteur s’appuie sur près de vingt-cinq années d’expérience professionnelle et sur un parcours qui l’a conduit dans plus de quatre-vingts pays, dont une quarantaine en Afrique. Son livre ne se présente pas comme une synthèse académique classique, mais comme une réflexion nourrie d’observations de terrain, d’échanges avec des responsables publics et privés, et de nombreuses années d’enseignement auprès d’étudiants venus du monde entier.
L’ouvrage part d’une question simple : qu’est-ce qu’être africain ? Derrière cette interrogation se dessine une réalité que l’auteur rappelle d’emblée : l’Afrique est faite d’une pluralité de trajectoires historiques, culturelles et politiques. Au milieu du XIXᵉ siècle, le continent comptait près de dix mille royaumes et structures politiques différentes. Cette diversité reste aujourd’hui l’une des clés de lecture indispensables pour comprendre les dynamiques contemporaines.
Une Afrique de paradoxes et de potentialités
L’un des mérites du livre est de cartographier les paradoxes qui traversent le continent. Benoît Chervalier montre comment certaines économies africaines demeurent prises dans un modèle d’extraction des ressources naturelles, sans toujours parvenir à intégrer les chaînes de transformation industrielle.
L’exemple du cacao est devenu emblématique : l’Afrique produit une part majeure des fèves mondiales mais reste marginale dans la fabrication du chocolat. De même, plusieurs pays africains disposent d’importants gisements de cobalt ou de lithium, indispensables aux technologies contemporaines, tout en étant peu présents dans la production des batteries électriques qui en dépendent.
Cette dissociation entre extraction et transformation constitue, selon l’auteur, l’un des défis majeurs du continent. Le véritable basculement ne résiderait pas seulement dans l’exploitation des ressources mais dans la capacité à développer des industries locales créatrices d’emplois et de valeur ajoutée.
La question démographique occupe également une place centrale dans l’analyse. Le continent africain est aujourd’hui le plus jeune du monde et sa croissance démographique est appelée à jouer un rôle déterminant au cours du XXIᵉ siècle. Certains chiffres donnent la mesure de cette transformation : chaque jour, il naît autant d’enfants au Nigeria qu’aux États-Unis et en Europe réunis.
Cette dynamique ouvre à la fois des perspectives et des défis considérables. Les systèmes éducatifs devront absorber des dizaines de millions d’élèves supplémentaires dans les prochaines années. Pour répondre à ces besoins, il faudrait construire des millions de salles de classe et former des millions d’enseignants.
Loin d’être seulement un défi, cette jeunesse peut aussi constituer une formidable réserve d’énergie économique et d’innovation. Plusieurs initiatives technologiques ou entrepreneuriales en témoignent déjà. L’exemple de la société tunisienne Instadeep, spécialisée dans l’intelligence artificielle et rachetée pour plusieurs centaines de millions de dollars, illustre cette capacité d’innovation qui émerge sur le continent.
Mais l’auteur souligne également les contraintes structurelles qui persistent : infrastructures énergétiques insuffisantes, disparités importantes entre pays, inégalités territoriales ou encore fragilités institutionnelles. Autant d’éléments qui expliquent pourquoi les trajectoires africaines resteront probablement diverses et contrastées.
L’Europe et l’Afrique face à un destin partagé
Au-delà de l’analyse économique et démographique, le livre explore aussi les relations entre l’Afrique et l’Europe. Benoît Chervalier insiste sur un point essentiel : les deux continents entrent dans une période où leurs destins seront de plus en plus étroitement liés.
Dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques, l’Afrique devient un acteur incontournable. Sa démographie, ses ressources naturelles, ses marchés émergents et son rôle dans les transitions énergétiques en font un partenaire stratégique pour de nombreuses puissances.
Pour l’Europe, cette proximité géographique et historique crée une relation particulière. Mais l’époque où certains pays européens pouvaient prétendre exercer une influence dominante sur le continent africain semble désormais révolue.
L’auteur souligne que la diversification des partenariats est devenue une réalité. Les pays africains multiplient les relations économiques et diplomatiques avec des acteurs variés : Chine, Turquie, Inde, États-Unis ou encore pays du Golfe. Cette pluralité d’alliances reflète une volonté croissante de souveraineté.
Dans ce contexte, la relation franco-africaine se transforme profondément. Les anciennes logiques de la « Françafrique » appartiennent désormais au passé, même si les héritages historiques continuent d’influencer les perceptions. L’auteur insiste sur la nécessité pour la France et l’Europe de repenser leurs partenariats sur des bases nouvelles : économiques, technologiques, scientifiques et culturelles.
L’un des axes centraux du livre concerne également l’évolution du modèle de coopération internationale. Benoît Chervalier plaide pour dépasser l’opposition traditionnelle entre aide au développement et commerce. Selon lui, l’aide ne peut être efficace que si elle soutient l’investissement, l’entrepreneuriat et la création d’emplois.
Cette idée s’inscrit dans un débat plus large sur les politiques de développement. L’auteur propose de distinguer clairement les logiques de solidarité – notamment dans les situations humanitaires ou climatiques – et celles relevant de l’investissement économique. L’objectif serait de favoriser un partenariat davantage fondé sur l’échange et la création de valeur.
À travers ces analyses, Ce qu’attend l’Afrique esquisse une vision nuancée de l’avenir du continent. L’auteur ne cède ni à l’optimisme naïf ni au pessimisme systématique. Il rappelle que les trajectoires africaines seront multiples et que tous les pays ne suivront pas la même voie.
Certaines économies pourraient connaître des transformations rapides, portées par l’urbanisation, les technologies numériques ou l’industrialisation. D’autres pourraient rester confrontées à des fragilités politiques ou institutionnelles plus durables.
Ce qui semble en revanche acquis, selon lui, c’est que l’Afrique occupera une place centrale dans les équilibres mondiaux des prochaines décennies. Les enjeux démographiques, climatiques, énergétiques et économiques du XXIᵉ siècle y convergent.
Une idée traverse l’ensemble du livre : l’Afrique ne peut être pensée qu’au pluriel. En rappelant la diversité de ses trajectoires, Benoît Chervalier invite à voir dans ce continent non une marge du monde, mais l’un de ses futurs centres de gravité.
Benoît Chervalier, Ce qu’attend l’Afrique, Éditions de L’Aube, 2025, 200 pages.
]]>0La rédaction de Mondafriquehttps://mondafrique.com/?p=1480432026-03-04T12:36:46Z2026-03-05T05:00:00ZQuatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues. Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette […]
]]>Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues.
Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette fois, guère marqué les esprits.
Positions tranchées
Parmi les réactions les plus claires figure celle du Sénégal. Dakar a exprimé sa vive préoccupation face à l’escalade et condamné l’usage de la force, considéré comme une violation du droit international et une menace pour la souveraineté des États. Le gouvernement a appelé à un cessez-le-feu immédiat et au retour au dialogue. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dénoncé une « liquidation du droit international», tout en alertant sur les conséquences économiques potentielles pour l’Afrique.
L’Afrique du Sud a également adopté une position ferme. Pretoria condamne explicitement une violation du droit international et rejette la notion de « légitime défense préventive », restant fidèle à sa diplomatie et à son positionnement au sein des BRICS.
Le Tchad a lui aussi réagi clairement en exprimant sa « profonde tristesse » après la confirmation de la mort du Guide suprême Ali Khamenei, en partageant la douleur du peuple iranien et réaffirmant l’attachement du pays aux principes de paix et de solidarité internationale. Puis, dans un second message, sûrement pour ne pas se mettre à dos les Émirats arabes unis, N’Djamena a condamné avec fermeté la riposte iranienne contre plusieurs pays du Golfe et a qualifié ces attaques d’« inacceptables ».
Le Maroc, lui s’est rangé sans surprise du côté de Washington et de Tel Aviv. Rabat n’a formulé aucune critique des frappes américano-israéliennes et a exprimé sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes. Une posture attendue et cohérente avec son alignement sur les États-Unis et sur Israël depuis la signature des accords d’Abraham.
Le camp des prudents
Dans le camp des prudents, l’Union africaine a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’escalade et appelé à la désescalade, évoquant les risques pour la stabilité mondiale, les marchés énergétiques et la sécurité alimentaire. La CEDEAO a adopté un ton similaire, mettant en garde contre les conséquences économiques pour l’Afrique de l’Ouest. D’autres pays ont réagi de la même manière, comme le Ghana, la Sierra Léone ou la Côte d’ivoire.
L’étrange retenue d’Alger
Plus surprenante est la prudence extrême de l’Algérie. Alger s’est contentée de regretter l’échec des négociations menées à Oman et d’appeler à la retenue, tout en exprimant sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes, sans condamnation directe des frappes initiales. Une position qui tranche avec sa tradition diplomatique de non-alignement affirmé et ses bonnes relations avec Téhéran. La Tunisie s’est alignée sur son voisin.
Le silence bavard de l’AES
Enfin, le silence de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) reste l’un des faits les plus marquants. Un mutisme d’autant plus notable que ces trois pays ont développé une coopération militaire avec l’Iran, notamment dans le domaine des drones. Deux jours avant le déclenchement du conflit, le ministre burkinabè de la Défense se trouvait encore à Téhéran. Cette absence de réaction est parlante, elle signifie que les États de l’AES souhaitent ne pas remettre en cause leur récente reprise du partenariat entre Washington.
Au final, toutes les réactions, quelles soient prudentes ou silencieuses s’expliquent par la volonté de ne pas froisser Washington afin de ne pas subir les foudres de l’imprévisible Donald Trump.
]]>0La rédaction de Mondafriquehttps://mondafrique.com/?p=1480182026-03-04T08:15:15Z2026-03-04T08:00:00ZLes frappes aériennes menées par les États-Unis en coordination avec Israël en Iran surviennent à un moment où Donald Trump, qui avait pourtant promis lors de sa dernière campagne électorale qu’il n’engagerait pas son armée sur des théâtres lointains, fait face à une pression politique croissante liée aux révélations qui s’enchaînent dans l’affaire Epstein. En […]
]]>Les frappes aériennes menées par les États-Unis en coordination avec Israël en Iran surviennent à un moment où Donald Trump, qui avait pourtant promis lors de sa dernière campagne électorale qu’il n’engagerait pas son armée sur des théâtres lointains, fait face à une pression politique croissante liée aux révélations qui s’enchaînent dans l’affaire Epstein. En cas d’enlisement et de pertes importantes dans les rangs de l’armée, le Parti républicain pourrait, lors des élections de mi-mandat, être sanctionné par ses sympathisants. Le décryptage de nos excellents confrères du site The Conversation.
L’embrasement militaire contre l’Iran a eu l’effet d’un électrochoc politique à Washington, offrant à Donald Trump une échappatoire spectaculaire au moment précis où la pression judiciaire et parlementaire menaçait de l’encercler.
Au lendemain des auditions successives de Bill Clinton et de Hillary Clinton devant une commission de la Chambre des représentants consacrée, à l’affaire Epstein les 26 et 27 février, l’exécutif états-unien apparaissait fragilisé par une séquence politique défavorable. Plusieurs responsables du Parti démocrate venaient de réclamer l’audition du président lui-même, estimant que les éléments révélés au cours de ces dépositions justifiaient l’extension de l’enquête. La réapparition dans l’espace public de la question des cinquante-trois pages manquantes d’un ancien dossier judiciaire, impliquant l’accusation formulée par une plaignante mineure de treize ans à l’époque des faits contre l’actuel occupant de la Maison-Blanche, accentuait encore la vulnérabilité politique de la présidence, malgré l’absence de conclusion judiciaire définitive.
La soudaineté de l’opération a immédiatement déplacé l’attention médiatique et politique vers le registre stratégique et militaire. La concomitance entre la séquence des auditions parlementaires et l’engagement armé a nourri les interrogations sur l’articulation entre politique intérieure et action extérieure.
Le président y présente l’opération non comme une démonstration de force, mais comme une entreprise morale visant à « rendre la liberté » au peuple iranien. La rhétorique mobilisée insiste presque exclusivement sur des valeurs positives : liberté, dignité, sécurité des populations civiles, avenir démocratique. En décrivant la mission comme « noble », il ajoute à la logique géopolitique une justification éthique, se positionnant explicitement en protecteur d’un peuple décrit comme victime de l’oppression de ses dirigeants. Cette construction discursive transforme l’intervention militaire en geste de libération, inscrivant « Epic Fury » dans une tradition messianique de politique étrangère où les États-Unis se perçoivent comme porteurs de principes universels et d’une responsabilité particulière en matière de défense des droits fondamentaux de par le monde.
L’insistance sur la libération de l’oppression iranienne constitue le cœur de la nouvelle posture présidentielle. Donald Trump évoque à plusieurs reprises le « droit du peuple iranien à vivre libre », reprenant un vocabulaire rarement associé jusque-là à sa propre doctrine. Il affirme vouloir « ouvrir une ère nouvelle » pour la région, suggérant que l’action militaire pourrait provoquer une transformation politique interne en Iran.
Cette vision, qui fait de l’usage de la force un instrument de délivrance, vise à légitimer l’opération auprès de l’opinion internationale tout en redéfinissant l’image du président sur la scène intérieure. En se posant comme le défenseur d’une population étrangère contre le propre régime de celle-ci, il endosse un rôle de libérateur qui transcende les clivages partisans américains et mobilise un imaginaire politique puissant, fondé sur la promesse d’émancipation et de renouveau historique.
Une place dans l’Histoire ?
Un autre aspect central du discours réside dans la volonté affichée de « faire l’histoire ». Trump inscrit explicitement son action dans une perspective mémorielle, affirmant que cette intervention sera jugée par les générations futures comme un tournant décisif.
Cette projection dans le temps long répond à une logique de présidentialisation du récit national : en se plaçant dans la lignée des dirigeants qui auraient redéfini l’ordre international, il cherche à transformer une décision conjoncturelle en moment fondateur.
La référence implicite aux grandes interventions américaines passées suggère une ambition de marquer durablement la politique étrangère des États-Unis et d’inscrire son mandat dans une chronologie héroïsée. Dans cette optique, la libération supposée du peuple iranien devient non seulement un objectif stratégique, mais aussi un instrument de construction d’une mémoire présidentielle destinée à survivre aux controverses du présent.
Un calcul de politique intérieure
Enfin, cette séquence peut également être interprétée comme une stratégie de communication visant à restaurer une image affaiblie et à préparer les échéances électorales de mi-mandat prévues en novembre.
En déplaçant le débat national vers la sécurité internationale et en adoptant la posture du chef de guerre humanitaire, Donald Trump pourrait chercher à recomposer une coalition électorale autour du patriotisme et du leadership présidentiel. La mise en scène d’une intervention présentée comme libératrice permet de marginaliser les controverses intérieures et de substituer au récit de la fragilité politique celui de la détermination historique. Dans cette perspective, la guerre en Iran ne serait pas seulement un épisode géopolitique, mais aussi un levier destiné à redorer le blason du locataire de la Maison-Blanche et à influencer le rapport de forces électoral à l’approche des élections de mi-mandat.
En effet, l’offensive contre l’Iran intervient en effet à un moment particulièrement sensible du calendrier politique aux États-Unis. En novembre prochain, les élections de mi-mandat détermineront l’équilibre du pouvoir au Congrès pour la seconde moitié du mandat présidentiel. En déclenchant une opération militaire d’ampleur sans autorisation préalable du Congrès, Donald Trump s’expose à une double contestation, institutionnelle et électorale. Plusieurs élus démocrates dénoncent une violation du War Powers Act, estimant que le président n’a pas le droit d’engager le pays dans un conflit sans l’accord du Congrès.
La controverse est renforcée par l’absence perçue d’une menace immédiate justifiant une action préventive, ce qui alimente l’idée d’une guerre de choix plutôt que d’une guerre de nécessité.
Dans ce contexte, l’opération iranienne pourrait devenir un enjeu central de la campagne de mi-mandat, les démocrates cherchant à transformer la question de la légalité et du contrôle parlementaire en argument électoral majeur contre l’administration.
Ralliement autour du drapeau ou rejet d’une intervention qui n’était pas indispensable ?
Sur le plan de l’opinion publique, les premiers indicateurs apparaissent ambivalents et potentiellement dangereux pour la majorité présidentielle. En effet, les conflits extérieurs peuvent produire un effet de ralliement patriotique à court terme, mais ils deviennent rapidement coûteux électoralement lorsque les pertes humaines s’accumulent sans victoire décisive. Trois militaires américains ont déjà été tués depuis le début de l’opération, et la perspective d’un nombre élevé de pertes constitue un facteur susceptible d’éroder le soutien à l’intervention et de fragiliser les candidats républicains dans les circonscriptions les plus disputées.
Si le conflit devait s’enliser ou provoquer une escalade régionale entraînant des attaques meurtrières contre des forces américaines, dont des dizaines de milliers se trouvent actuellement au Proche-Orient, le calcul politique initial pourrait se retourner contre le président. Les pertes militaires renforceraient la position de ceux qui reprochent à l’exécutif d’avoir engagé la vie de soldats sans débat national préalable. Pour les démocrates, l’argument serait stratégique : faire de la crise iranienne le symbole d’une présidence imprudente et d’un contournement des procédures constitutionnelles, afin de mobiliser un électorat inquiet d’un retour à des guerres longues et coûteuses au Moyen-Orient.
Dès lors, les élections de mi-mandat apparaissent comme un test politique indirect de la guerre elle-même. Une défaite républicaine serait interprétée comme une sanction populaire de la décision d’entrer en conflit, tandis qu’un succès pourrait être présenté par la Maison-Blanche comme une validation de la posture de fermeté adoptée face à Téhéran. Le pari de Donald Trump consiste donc à obtenir des résultats stratégiques rapides – ou du moins une perception de succès – avant que la dynamique électorale ne cristallise les critiques. À défaut, l’intervention en Iran pourrait devenir non pas un instrument de consolidation du pouvoir présidentiel, mais le catalyseur d’un rééquilibrage institutionnel imposé par les urnes.
]]>0Patricia Bechardhttps://mondafrique.com/?p=1480322026-03-03T19:16:56Z2026-03-04T06:00:00ZLe 6 mars 2026, FGO-Barbara accueille Tissilawen et Sulafa Elyas pour une soirée entre désert saharien et rives du Nil. Rock touareg et soufisme électro-pop dialoguent dans un concert placé sous le signe des circulations musicales africaines. Le vendredi 6 mars 2026, FGO-Barbara accueille une soirée placée sous le signe des circulations musicales africaines. À […]
Le 6 mars 2026, FGO-Barbara accueille Tissilawen et Sulafa Elyas pour une soirée entre désert saharien et rives du Nil. Rock touareg et soufisme électro-pop dialoguent dans un concert placé sous le signe des circulations musicales africaines.
Le vendredi 6 mars 2026, FGO-Barbara accueille une soirée placée sous le signe des circulations musicales africaines. À l’affiche : le groupe touareg Tissilawen et la chanteuse soudanaise Sulafa Elyas. Deux univers, deux géographies, une même volonté de faire dialoguer héritage et modernité.
Originaire du Tassili N’Ajjer, au sud-est de l’Algérie, Tissilawen — pluriel de « Tassili » — est formé en 2008 à Djanet. Le groupe s’inscrit dans la lignée des grandes formations touarègues comme Tinariwen, Bombino ou encore Othmane Bali, tout en affirmant une identité propre. Leur musique puise dans le répertoire touareg traditionnel, porté par des guitares électriques aux accents blues, mais s’ouvre également au rock, au rap et au reggae.
Leur son, à la fois ample et hypnotique, repose sur des rythmiques répétitives et des mélodies ancrées dans le désert. Les textes évoquent l’identité, la transmission, l’exil et l’attachement au territoire. Comme nombre d’artistes touaregs contemporains, Tissilawen conjugue la mémoire collective et les réalités actuelles, inscrivant le blues saharien dans une dynamique globale. Sur scène, l’énergie des guitares dialogue avec la profondeur des voix, créant un espace sonore à la fois enraciné et ouvert.
En seconde partie de soirée, Sulafa Elyas propose une autre traversée. Chanteuse et oudiste soudanaise, elle s’est formée dès l’enfance dans un univers musical marqué par les traditions du nord du Soudan. Son travail s’inscrit dans une filiation soufie : une attention à la spiritualité, à la poésie et à la dimension intérieure du chant.
Installée à Paris, Sulafa Elyas enrichit aujourd’hui cette base patrimoniale d’influences électro-pop. Le oud, instrument emblématique du monde arabe, dialogue avec des textures contemporaines, des arrangements plus urbains, parfois minimalistes. Sa musique devient ainsi un espace de rencontre entre Khartoum et la scène parisienne, entre mémoire intime et création actuelle. Le résultat est une proposition sensible, où la voix demeure centrale, habitée, portée par une recherche d’équilibre entre fidélité et transformation.
La programmation de cette soirée à FGO-Barbara met en lumière deux trajectoires artistiques distinctes mais convergentes. Tissilawen incarne la vitalité du rock touareg et la permanence d’une culture saharienne en mouvement. Sulafa Elyas explore les résonances du soufisme et les hybridations contemporaines de la scène diasporique.
Au-delà du simple concert, l’événement propose une cartographie musicale qui relie désert algérien et rives du Nil, traditions nomades et métropoles européennes. Une invitation à écouter comment les musiques africaines, loin de se figer, se réinventent en permanence, entre transmission et expérimentation.
Informations pratiques :
Lieu : FGO-Barbara, Paris Date : Vendredi 6 mars 2026 Artistes : Tissilawen & Sulafa Elyas Horaire : 20h00