Mondafrique https://mondafrique.com/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 20 Feb 2026 18:48:28 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Mondafrique https://mondafrique.com/ 32 32 Eric Pliez: « la lecture commode » de la mort tragique d’Olivier Deranque https://mondafrique.com/limage-du-jour/eric-pliez-la-lecture-commode-de-la-mort-tragique-dolivier-deranque/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/eric-pliez-la-lecture-commode-de-la-mort-tragique-dolivier-deranque/#respond Fri, 20 Feb 2026 14:12:32 +0000 https://mondafrique.com/?p=147474 La mort tragique d'un aciviste d'extrème droite, Quentin Deranque, nous saisit parce qu’elle est celle d’une vie fauchée. Ce drame révèle, une fois encore, ce que la violence politique porte en elle

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La mort tragique d’un aciviste d’extrème droite, Quentin Deranque, nous saisit parce qu’elle est celle d’une vie fauchée. Ce drame révèle, une fois encore, ce que la violence politique porte en elle : la négation de l’autre, et finalement la négation de la République elle-même.
 
Une chronique d’Eric Pliez, maitre du 20eme arrondissement de Paris, auteur d’un livre récent « il existe des maires heureux »
 
Alors que le contexte politique est compliqué, l’auteur, maire du XXe arrondissement de Paris, raconte comment il a découvert que cette fonction élargissait tout, multipliant les moyens d’aider et offrant des leviers dépassent largement ceux du seul champ social. Il dresse le bilan de son premier mandat et explique pourquoi il en sollicite un nouveau en 2026.
 
Il n’est pas de cause qui justifie que l’on frappe, que l’on humilie, que l’on tue. La République ne se défend pas à coups de barre de fer ; elle se défend par le droit. Elle ne triomphe pas par l’intimidation ; elle triomphe par la conviction. Ceux qui cèdent à la violence trahissent la cause qu’ils prétendent servir.
 
Gardons-nous cependant d’une lecture commode, qui consisterait à enfermer cette violence dans un seul camp, à la réduire à l’image caricaturale des « antifas », pour mieux absoudre d’autres dérives. L’honnêteté impose de regarder en face une réalité plus vaste et plus inquiétante : l’extrême droite, dans son histoire comme dans son expression contemporaine, charrie une violence qui n’est pas accidentelle, mais constitutive.
 
L’actualité nous rappelle, avec une régularité glaçante, les ratonnades, les rixes organisées, les blessés et parfois les morts qui jalonnent l’action de groupuscules se réclamant de cette mouvance.
Là où l’idéologie hiérarchise les êtres humains, la violence n’est jamais loin.
 
Oui, les formations de gauche, et notamment celles qui aspirent à gouverner, doivent lever toute ambiguïté. Elles doivent condamner sans réserve les exactions commises en leur nom ou sous leur bannière. On ne transige pas avec la violence ; on s’en sépare clairement.
La clarté est une exigence morale autant que politique.
 

« Le Front Républicain » aux oubliettes

 
Mais la mort du militant Quentin Deranque ne saurait devenir l’alibi d’un reniement plus vaste. Elle ne doit pas servir de prétexte à la droite pour rompre ce que nous appelons le front républicain, c’est-à-dire cette ligne intangible qui sépare les forces attachées aux principes fondamentaux — égalité, dignité, primauté du droit — de celles qui les contestent.
 
Car le danger, aujourd’hui, ne se présente plus toujours sous les traits outranciers d’hier. Il avance parfois en costume sombre et cravate bien nouée ; il siège à l’Assemblée ; il invoque la nation pour mieux exclure, l’ordre pour mieux restreindre les libertés. Sous des apparences policées, il travaille à installer un régime où l’étranger, le différent, le dissident seraient relégués, surveillés, stigmatisés.
 
À nous de tenir ensemble deux exigences : la condamnation absolue de toute violence politique, d’où qu’elle vienne, et la vigilance constante face à ceux qui, sous couvert de respectabilité retrouvée, poursuivent un projet contraire aux valeurs de la République.
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Notre semaine culturelle débute avec la finale du Africa Alive Festival à Francfort https://mondafrique.com/loisirs-culture/notre-semaine-culturelle-debute-avec-le-clap-de-fin-du-africa-alive-festival-a-francfort/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/notre-semaine-culturelle-debute-avec-le-clap-de-fin-du-africa-alive-festival-a-francfort/#respond Fri, 20 Feb 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147351 De Francfort à Nairobi, en passant par Paris, la création africaine s’expose, se projette et se joue sur toutes les scènes. Derniers jours d’Africa Alive, afro-pop de Calema à l’Accor Arena, highlife de Santrofi au New Morning, jazz de Mokhtar Samba au Sunset, cinéma à Kitale et à l’ADIFF : une cartographie vibrante où se […]

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De Francfort à Nairobi, en passant par Paris, la création africaine s’expose, se projette et se joue sur toutes les scènes. Derniers jours d’Africa Alive, afro-pop de Calema à l’Accor Arena, highlife de Santrofi au New Morning, jazz de Mokhtar Samba au Sunset, cinéma à Kitale et à l’ADIFF : une cartographie vibrante où se croisent diasporas, industries culturelles et nouvelles écritures du continent.

 

La 32e édition du Africa Alive Festival se tient à Francfort-sur-le-Main du 29 janvier au 22 février 2026 et s’achèvera dans deux jours. Il reste donc peu de temps pour découvrir, en cours de route, une programmation riche de films africains et d’événements culturels.


Il ne reste que deux jours avant la clôture du Africa Alive Festival 2026. Depuis le 29 janvier, la ville de Francfort accueille la 32e édition de ce rendez-vous incontournable consacré aux cinématographies africaines. Longs métrages, documentaires et courts métrages ont été présentés en version originale sous-titrée, offrant au public allemand un panorama exigeant et diversifié du cinéma du continent.

Cette édition a été marquée par un hommage à Souleymane Cissé, disparu en février 2025. Réalisateur majeur, souvent associé à Ousmane Sembène dans l’histoire du cinéma africain, Cissé a fait l’objet d’une rétrospective réunissant plusieurs de ses œuvres emblématiques.

Parmi les films projetés figuraient La Jeune Fille (1975), qui explore le destin d’une jeune femme rejetée par sa famille après un viol ; Le Vent (1982), centré sur un couple d’étudiants issus de milieux sociaux différents ; et Yeelen (1987), récit initiatique inspiré des traditions bambara, décrivant le conflit entre un père et son fils. À travers ces projections, le festival a rappelé la place centrale de Cissé dans la construction d’un langage cinématographique africain autonome et engagé.

Un focus soudanais et des rencontres culturelles en ville

La programmation 2026 a également mis en avant le documentaire soudanais, avec notamment Khartoum (2025) d’Anas Saeed, Rawia Alhag, Ibrahim “Snoopy” Ahmad et Timeea M Ahmed, ainsi que Soudan, souviens-toi (2024) de la journaliste et réalisatrice Hind Meddeb. Ces films abordent les effets de la guerre civile, les déplacements de population et la fragilité des trajectoires individuelles dans un contexte de conflit.

Les projections ont été accompagnées de discussions permettant d’approfondir les enjeux politiques et sociaux soulevés à l’écran. Le festival s’est ainsi affirmé comme un espace de réflexion autant que de diffusion.

Les séances se sont déroulées dans plusieurs lieux culturels de la ville, notamment le Deutsches Filminstitut & Filmmuseum, le Filmforum Höchst et la Brotfabrik. En parallèle des projections, des concerts, performances, lectures et ateliers ont élargi l’expérience artistique, permettant au public de découvrir d’autres formes d’expression issues du continent africain et de ses diasporas.

À deux jours de la clôture, le Africa Alive Festival offre encore la possibilité de prendre le programme en cours et de découvrir une sélection de films rarement distribués en Allemagne. Pour les spectateurs curieux de cinéma africain contemporain et patrimonial, ces dernières séances constituent une occasion précieuse.

 

Informations pratiques

Dates : du 29 janvier au 22 février 2026 (fin dans deux jours)
Lieu : Francfort-sur-le-Main, Allemagne
 Principaux sites : Deutsches Filminstitut & Filmmuseum, Filmforum Höchst, Brotfabrik
Programme : longs métrages, documentaires et courts métrages africains en version originale sous-titrée, rétrospective Souleymane Cissé, focus sur le Soudan, concerts, performances et ateliers culturels.

Calema à l’Accor Arena : l’afro-pop lusophone en scène le 21 février

Le 21 février 2026, le duo Calema se produira à l’Accor Arena. Originaires de São Tomé-et-Principe et installés au Portugal, António et Fradique Mendes Ferreira se sont imposés comme l’un des groupes afro-pop les plus suivis en Europe.

Le concert parisien s’inscrit dans une trajectoire ascendante. Depuis plusieurs années, Calema enchaîne les tournées à guichets fermés dans l’espace lusophone, notamment au Portugal où le duo a rempli à plusieurs reprises les grandes salles de Lisbonne et Porto. Leur présence à l’Accor Arena confirme leur capacité à fédérer un public élargi, au-delà de la diaspora lusophone.

Leur identité musicale repose sur un croisement maîtrisé entre afro-pop, R&B contemporain, semba angolais et influences zouk et latines. Les productions sont structurées autour de mélodies immédiates, de refrains fédérateurs et de rythmes dansants. Les textes, majoritairement en portugais, explorent les thèmes de l’amour, des relations, de la séparation et du lien aux origines.

Nés à São Tomé-et-Principe avant de grandir au Portugal, les deux frères ont construit un pont culturel entre Afrique lusophone et Europe. Cette double appartenance irrigue leur répertoire. Leurs albums successifs ont consolidé une base de fans importante dans les communautés africaines d’Europe, tout en séduisant un public plus large grâce à une esthétique pop accessible.

Sur scène, Calema privilégie une configuration live complète : musiciens, choristes et dispositif visuel élaboré. Les concerts alternent morceaux rythmés et séquences plus intimistes, portées par des arrangements épurés. L’équilibre entre production contemporaine et présence instrumentale contribue à leur crédibilité scénique.

L’Accor Arena est l’une des plus importantes salles d’Europe qui accueille habituellement des artistes internationaux de premier plan. Pour un duo afro-pop issu d’un petit archipel d’Afrique centrale, y programmer un concert constitue un marqueur fort de reconnaissance institutionnelle et commerciale.

Au-delà de l’événement musical, la trajectoire de Calema témoigne de l’évolution du marché afro-pop en Europe. Longtemps cantonnées à des circuits communautaires ou spécialisés, les musiques africaines et diasporiques investissent désormais des infrastructures majeures.

 

Informations pratiques

Date : samedi 21 février 2026
Lieu : Accor Arena, Paris 12ᵉ
Style : afro-pop, R&B, influences lusophones et afro-caribéennes
Origine : São Tomé-et-Principe / Portugal

 

Kitale Film Week 2026, carrefour du cinéma (22 février- 1 er mars)

Du 22 février au 1er mars 2026, Kitale accueille une nouvelle édition du Kitale Film Week. Ce festival kényan met à l’honneur le cinéma africain et international, entre projections, ateliers et rencontres professionnelles au cœur du comté de Trans Nzoia.

Du 22 février au 1er mars 2026, la ville de Kitale, dans le comté de Trans Nzoia, devient un carrefour cinématographique avec le Kitale Film Week. L’événement, désormais identifié comme un rendez-vous structurant du paysage audiovisuel kényan, s’inscrit dans une dynamique de décentralisation culturelle, loin des grandes capitales.

Contrairement à la majorité des festivals africains concentrés dans les métropoles — Nairobi, Lagos, Le Caire ou Durban — Kitale Film Week assume une implantation régionale. Cette localisation constitue l’un de ses atouts majeurs : élargir l’accès au cinéma d’auteur et aux productions africaines contemporaines à des publics qui en sont souvent éloignés.

La ligne éditoriale du festival privilégie les films africains, tout en restant ouverte à des œuvres internationales. Fictions, documentaires, courts métrages et productions étudiantes composent une programmation éclectique. Les organisateurs mettent l’accent sur des récits ancrés dans les réalités sociales, culturelles et environnementales du continent, tout en favorisant les dialogues interculturels.

Au-delà des projections, le Kitale Film Week se distingue par son volet pédagogique et professionnel. Des ateliers sont proposés aux jeunes réalisateurs, scénaristes et techniciens, avec un objectif clair : renforcer les compétences locales et encourager l’émergence de nouvelles voix. Des tables rondes et panels réunissent également des producteurs, distributeurs et critiques afin d’analyser les défis de l’industrie cinématographique en Afrique de l’Est.

 

Le festival accorde une attention particulière au jeune public. Des séances scolaires sont organisées, permettant aux élèves de découvrir des films africains récents et d’échanger avec des professionnels du secteur. Cette orientation éducative participe à la formation d’une nouvelle génération de spectateurs et de créateurs.

Dans le contexte kényan, marqué par une croissance progressive de la production audiovisuelle, le Kitale Film Week joue un rôle structurant. Les plateformes numériques ont récemment accru la visibilité des œuvres est-africaines, mais la diffusion en salle reste un enjeu. Le festival offre ainsi un espace de projection et de reconnaissance pour des films parfois absents des circuits commerciaux.

La situation géographique de Kitale, à environ 380 kilomètres de Nairobi, renforce la dimension stratégique de l’événement. En s’implantant dans l’ouest du pays, le festival contribue à l’équilibre territorial des initiatives culturelles. Il attire des professionnels et des visiteurs au-delà de la région, créant une dynamique économique et symbolique pour le comté de Trans Nzoia.

L’édition 2026, prévue du 22 février au 1er mars, devrait poursuivre cette ambition : valoriser les talents africains émergents, consolider les réseaux professionnels et offrir au public une programmation exigeante. Dans un paysage continental où les grands festivals jouent souvent un rôle diplomatique et institutionnel, Kitale Film Week propose un modèle plus ancré dans la proximité et l’engagement communautaire.

À travers cette initiative, le Kenya affirme sa volonté de structurer une industrie cinématographique régionale dynamique, en complément des pôles établis. Le festival devient ainsi un espace d’expérimentation et de visibilité pour des œuvres qui interrogent les transformations sociales du continent.

 

Informations pratiques

Dates : 22 février – 1er mars 2026
Lieu : Kitale, Trans Nzoia County
Type : festival de cinéma (films africains et internationaux)
Activités : projections, conférences, ateliers, rencontres professionnelles, séances jeunesse
Public : tout public
Accès : Kitale est accessible par route ou vol domestique depuis Nairobi

 

Santrofi en concert au New Morning le 27 février

Le 27 février 2026, le groupe ghanéen Santrofi investit le New Morning à Paris. Figure du renouveau du highlife, la formation propose un concert ancré dans les traditions ouest-africaines, traversé par des influences afrobeat, afro-caribéennes et funk.

Le collectif Santrofi s’est imposé ces dernières années comme l’un des porte-étendards du highlife contemporain. Né au Ghana, ce genre musical emblématique d’Afrique de l’Ouest, apparu au début du XXᵉ siècle, mêle cuivres, guitares rythmiques, percussions et lignes de basse syncopées. Santrofi en propose une lecture actuelle, nourrie d’afrobeat, de funk et de sonorités afro-caribéennes.

Dirigé par le producteur et bassiste Emmanuel Kwadwo Ofori, le groupe réunit plusieurs musiciens issus de la scène ghanéenne. Sur scène, la formation développe une structure orchestrale dense : section de cuivres, guitare lead inspirée des maîtres du highlife classique, rythmique soutenue et chœurs puissants. L’énergie live constitue l’un des marqueurs de leur identité.

Le concert parisien s’inscrit dans la tournée de promotion de leur album Making Moves, qui revisite l’esthétique highlife des années 1970 tout en intégrant des arrangements contemporains. Les compositions alternent morceaux festifs et titres plus introspectifs, portés par des textes en anglais et en langues ghanéennes.

Santrofi revendique également un dialogue avec la scène afro actuelle. Le collectif a collaboré ou partagé la scène avec plusieurs artistes majeurs du Ghana, dont Black Sherif, Kidi, Yaw Tog et AratheJay. Ces interactions illustrent la circulation des influences entre highlife traditionnel, afro-rap et afro-beat contemporain. Toutefois, ces artistes ne sont pas annoncés comme participants au concert parisien ; il s’agit de collaborations antérieures dans le parcours du groupe.

Le choix du New Morning n’est pas anodin. Salle emblématique du 10ᵉ arrondissement, elle accueille depuis des décennies des artistes de jazz, de musiques du monde et de grooves internationaux. Santrofi y trouve un espace adapté à sa configuration scénique et à son répertoire dansant.

Le public parisien pourra ainsi découvrir un groupe qui contribue à repositionner le highlife sur la scène internationale. Dans un contexte où l’afrobeats domine les classements mondiaux, Santrofi propose une alternative enracinée dans l’histoire musicale ouest-africaine, tout en restant connectée aux dynamiques contemporaines.

Informations pratiques

Date : vendredi 27 février 2026
Heure : 20 h 30
Lieu : New Morning, Paris 10ᵉ
Album récent : Making Moves

Mokhtar Samba & The African Messengers au Sunset le 27 février

Le 27 février 2026 à 20 h 30, le batteur sénégalais Mokhtar Samba se produira au Sunset Sunside Jazz Club à Paris avec son projet The African Messengers. Une performance qui croise jazz moderne, afrobeat et héritage rythmique ouest-africain.

Figure majeure des musiques afro-jazz depuis les années 1980, Mokhtar Samba s’est imposé comme l’un des batteurs africains les plus respectés sur la scène internationale. Né au Sénégal, il s’est installé en France où il a collaboré avec de nombreux artistes de premier plan, naviguant entre jazz, musiques africaines, funk et world music.

Au fil de sa carrière, il a accompagné des musiciens tels que Manu Dibango, Salif Keïta ou encore Jacques Higelin, développant un jeu reconnaissable par sa précision rythmique et sa capacité à fusionner les traditions africaines avec l’improvisation jazz. Son approche repose sur une batterie polyrythmique, inspirée des percussions mandingues et wolof, enrichie d’un langage harmonique et dynamique issu du jazz contemporain.

Avec The African Messengers, Mokhtar Samba dirige un collectif instrumental conçu comme un laboratoire sonore. Le projet articule grooves afrobeat, lignes de basse puissantes, cuivres expressifs et espaces d’improvisation ouverts. L’écriture alterne passages structurés et séquences improvisées, laissant aux musiciens la liberté d’explorer les textures et les dynamiques.

La formation combine héritage africain et modernité jazz. Les compositions s’appuient sur des motifs rythmiques ancrés dans les traditions d’Afrique de l’Ouest, tout en intégrant des harmonies contemporaines et des dialogues entre instruments. La batterie occupe un rôle central, non seulement comme moteur rythmique mais comme véritable voix narrative.

Le concert au Sunset s’inscrit dans la programmation jazz et world de cette salle emblématique du quartier des Halles. Réputé pour accueillir des artistes internationaux et des projets exigeants, le club offre un cadre intimiste propice à l’écoute et à l’interaction entre musiciens et public. Dans cet espace, la dimension improvisée du projet prend toute son ampleur.

La performance promet un équilibre entre énergie groove et sophistication harmonique. L’afrobeat, avec ses cycles rythmiques répétitifs et dansants, rencontre la liberté du jazz, tandis que les arrangements laissent émerger solos et échanges instrumentaux. L’ensemble vise à créer une expérience immersive, où la tradition dialogue avec l’innovation.

À travers ce projet, Mokhtar Samba poursuit un travail entamé depuis plusieurs décennies : affirmer la place des musiques africaines dans le champ du jazz international, non comme simple influence, mais comme matrice rythmique et esthétique à part entière.

 

Informations pratiques

Date : vendredi 27 février 2026
Heure : 20 h 30
Lieu : Sunset (Paris, 1er arrondissement)
Style : jazz, afrobeat, world music

 

Nairobi accueille l’Africa Media Festival 2026 (25-26 février)

Les 25 et 26 février 2026, l’Africa Media Festival réunit à Nairobi journalistes, créateurs, éditeurs et innovateurs venus de plus de 26 pays. Cette quatrième édition interroge la liberté des médias, les modèles économiques et l’impact des technologies émergentes sur les récits africains contemporains.

Organisé par Baraza Media Lab, le festival s’est imposé en quatre ans comme l’un des principaux espaces panafricains de réflexion stratégique sur l’avenir des médias. Ce qui n’était au départ qu’une initiative régionale est devenu une plateforme structurante, réunissant plus de 1 900 participants et plus de 200 intervenants issus du journalisme, de la production audiovisuelle, de la recherche et de l’entrepreneuriat créatif.

Le thème de l’édition 2026 — Resilient Storytelling: Reimagining Media Freedom — donne le ton. Il ne s’agit plus seulement de défendre la liberté de la presse dans l’abstrait, mais d’examiner les conditions concrètes de sa survie : indépendance financière, sécurité des rédactions, pressions politiques, dépendance aux plateformes numériques, désinformation et mutation accélérée des outils technologiques.

Durant deux jours, le Nairobi National Museum accueille panels, ateliers pratiques, démonstrations technologiques et sessions participatives. Les formats varient : interventions courtes dites “Ignite Talks”, discussions ouvertes menées par les participants eux-mêmes, formations techniques sur la narration multimédia ou la sécurité numérique. L’objectif est opérationnel : fournir des outils directement mobilisables par les professionnels.

La programmation 2026 met en avant des figures majeures du secteur. Parmi elles, Will Church, directeur de la liberté des médias chez Thomson Reuters, intervient sur l’évolution des cadres internationaux de protection de la presse. Joy Lusige, journaliste vidéo à ZDF, partage son expérience de production audiovisuelle transnationale depuis l’Afrique de l’Est.

Francesca Ekondaho, coordinatrice Afrique au Pulitzer Center, aborde les opportunités de financement et de collaborations internationales pour les rédactions africaines. Anita Eboigbe, directrice des opérations de Big Cabal Media, analyse les stratégies de viabilité économique dans un marché numérique fragmenté. De son côté, Dr Zippy Okoth, professeure à KCA University, propose une lecture académique des mutations des pratiques médiatiques et de leurs implications sociales.

Plusieurs sessions s’attaquent frontalement à la question de la répression et de la censure. Des représentants du Committee to Protect Journalists et de PEN International participent à une discussion consacrée aux journalistes emprisonnés ou contraints à l’exil. Ces échanges rappellent que la liberté médiatique demeure, dans certains contextes, une question de survie.

L’intelligence artificielle occupe également une place centrale. Ateliers et démonstrations interrogent l’usage éthique des outils génératifs, l’automatisation rédactionnelle et les risques liés aux biais algorithmiques. Des intervenants issus de DW Akademie explorent les stratégies de lutte contre la désinformation, notamment en période électorale.

Au-delà des débats, le festival met l’accent sur les dynamiques collaboratives. Les rencontres informelles, les espaces de réseautage et les ateliers fermés favorisent la naissance de projets transfrontaliers. Dans un environnement où les financements sont incertains et les marchés publicitaires instables, ces alliances deviennent essentielles.

L’événement intègre également les Africa Media Awards, organisés en partenariat avec The Africa Editors Forum et Journalists for Human Rights. Ces distinctions récompensent des travaux journalistiques à fort impact social et introduisent cette année un prix dédié aux créateurs numériques engagés.

En toile de fond, une question traverse l’ensemble des échanges : qui contrôle le récit africain à l’ère des plateformes mondialisées ? Les intervenants examinent la dépendance aux réseaux sociaux dominants, la captation des revenus publicitaires par des acteurs extérieurs au continent et la nécessité de développer des infrastructures locales plus autonomes.

L’Africa Media Festival ne se contente donc pas d’identifier les fragilités du secteur. Il cherche à structurer des réponses : diversification des revenus, coopérations régionales, mutualisation technologique, renforcement des capacités locales. Cette approche pragmatique explique en partie son attractivité croissante.

En réunissant journalistes indépendants, responsables de grandes organisations internationales, entrepreneurs numériques et universitaires, l’édition 2026 confirme Nairobi comme l’un des pôles stratégiques de réflexion sur l’avenir des médias africains. L’enjeu dépasse le cadre professionnel : il concerne la qualité du débat public, la circulation de l’information et la capacité des sociétés africaines à produire et diffuser leurs propres narrations.

Informations pratiques

Dates : 25 et 26 février 2026
Lieu : Nairobi National Museum, Nairobi, Kenya
Public concerné : journalistes, éditeurs, créateurs numériques, producteurs audiovisuels, chercheurs, étudiants et entrepreneurs des médias
Programme et inscriptions : disponibles via le site officiel de l’événement organisé par Baraza Media Lab

 

Black History Month 2026 : les Afro-Andins à l’honneur ( jusqu’au 28 février) 

Encore en cours jusqu’au 28 février, la 7ᵉ édition française du Black History Month célèbre son centenaire en mettant à l’honneur les héritages Afro-Andins. Une programmation nationale qui explore mémoire, histoire et création des communautés noires d’Amérique latine.

Il est encore temps d’en découvrir les temps forts. Du 31 janvier au 28 février 2026, la France accueille la 7ᵉ édition du Black History Month, déclinaison nationale d’une commémoration née aux États-Unis en 1926. Introduit en 2018 à Bordeaux par l’association Mémoires & Partages, l’événement s’est progressivement structuré comme un rendez-vous culturel et mémoriel désormais implanté dans plusieurs villes.

Pour cette année du centenaire, les organisateurs ont choisi de déplacer le regard vers un territoire encore peu exploré dans les programmations européennes : les Andes et les héritages afro-descendants d’Amérique latine.

Le thème « Nos héritages Afro-Andins » met en lumière les communautés noires établies le long de la Cordillère des Andes, du Pérou à la Colombie, en passant par l’Équateur et la Bolivie. À partir du XVIᵉ siècle, des populations africaines déportées ont été intégrées aux économies coloniales andines, notamment dans les mines et les ports. Malgré l’esclavage et la marginalisation, elles ont façonné des expressions culturelles singulières, mêlant traditions africaines, influences autochtones et héritages ibériques.

Musique afro-péruvienne, marimba afro-colombienne, danses rituelles et poésie engagée constituent aujourd’hui encore ce patrimoine vivant. La figure de la chorégraphe et intellectuelle afro-péruvienne Victoria Santa Cruz a servi de référence à plusieurs rencontres, soulignant l’importance d’une affirmation identitaire noire dans l’espace latino-américain.

Ce qui a eu lieu, ce qui reste à voir

L’ouverture officielle s’est tenue le 31 janvier à Bordeaux, berceau du Black History Month français. Tables rondes, projections et performances musicales ont inauguré un mois articulé autour de la mémoire transatlantique et du dialogue interculturel.

À Paris, des projections et débats ont croisé littérature, cinéma et gastronomie afro-colombienne. À Rouen, une visite guidée consacrée aux traces de l’esclavage a rappelé l’ancrage français de cette histoire globale.

Au 20 février, plusieurs rendez-vous demeurent programmés jusqu’au 28 février, notamment des projections-débats et concerts consacrés aux rythmes afro-andins. La clôture, prévue à Poitiers, réunira artistes, chercheurs et public autour des enjeux contemporains de transmission et de reconnaissance.

Sept ans après son lancement en France, le Black History Month confirme son inscription dans le paysage culturel national. En mettant l’accent sur les Andes, cette édition élargit la cartographie mémorielle et rappelle la pluralité des expériences afro-descendantes sur le continent américain.

Informations pratiques :
Black History Month – 7ᵉ édition française
Du 31 janvier au 28 février 2026
Programmation à Bordeaux, Paris, Rouen, Poitiers et dans d’autres villes partenaires.
Détails auprès de l’association Mémoires & Partages et des structures culturelles locales.

 

 

 

 

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De Ben Ali à Kaïs Saïed, plus de différences que de continuité https://mondafrique.com/a-la-une/de-ben-ali-a-kais-saied-plus-de-differences-que-de-continuite/ https://mondafrique.com/a-la-une/de-ben-ali-a-kais-saied-plus-de-differences-que-de-continuite/#respond Fri, 20 Feb 2026 05:08:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147452 En dépit des apparences, Kaïs Saïed n’a pas ramené la Tunisie au temps de Ben Ali. Les différences sont substantielles entre les deux régimes. Mais derrière elles, les structures à l’origine de la dérive autoritaire et de l’injustice sociale demeurent. C’est là que se joue la possibilité de renouer avec une trajectoire démocratique. Par Selim […]

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En dépit des apparences, Kaïs Saïed n’a pas ramené la Tunisie au temps de Ben Ali. Les différences sont substantielles entre les deux régimes. Mais derrière elles, les structures à l’origine de la dérive autoritaire et de l’injustice sociale demeurent. C’est là que se joue la possibilité de renouer avec une trajectoire démocratique.

Par Selim Jaziri

Deux présidents, Ben Ali et Kaïs Saïed, réunis en un seul visage, celui de la contre-révolution. C’est la banderole choc, avec pour slogan «Nous ne refermerons pas la parenthèse de la révolution », sous laquelle quelques centaines de manifestants ont défilé à Tunis à l’occasion du 15ème anniversaire de la chute de Ben Ali, le 14 janvier. L’idée revient souvent en effet que Kaïs Saïed aurait ramené la Tunisie au temps de la dictature d’avant la révolution.

Les partisans du Parti social destourien, héritiers assumés du régime de Ben Ali dont ils défendent toujours le bilan et qui tiennent la révolution pour le fruit d’un complot américain, ne partagent pas cet avis. Leur cheffe de file, Abir Moussi, a été condamnée en décembre dernier à douze ans de prison et c’est au nom de la démocratie qu’ils s’opposent aujourd’hui à Kaïs Saïed.

Naturellement, le parallèle a déplu également aux partisans du Président actuel qui prétend au contraire remettre la révolution sur les rails dont elle aurait dévié depuis 2011. Bien des aspects suggèrent pourtant un retour en arrière : l’ouverture du journal de 20 heures de la chaîne nationale par les faits et dires du Président, les procès d’opposants et l’instrumentalisation de la Justice par le pouvoir, la peur de s’exprimer en public, les restrictions de la vie associative… Mais si le parallèle a le mérite d’alerter sur la régression des libertés depuis 2021, il est simpliste de réduire le régime de Kaïs Saïed à une simple restauration. L’enjeu d’une bonne description du système politique n’est pas simplement théorique. Espérer la répétition du scénario de 2011 et parier sur une chute de Kaïs Saïed pour revenir à la démocratie, comme celle de Ben Ali avait ouvert la voie à la transition, est une illusion. Les différences sont substantielles et les tâches d’un renouveau de la révolution démocratique dépassent de loin le changement d’un dirigeant.

Le discours de légitimation

Ben Ali s’inscrivait dans la suite de la conception de Habib Bourguiba de l’État comme instituteur du peuple et de la nation à composer à partir « d’une poussière d’individus, d’un magma de tribus, tous courbés sous le joug de la résignation et du fatalisme », selon la formule de Bourguiba. Une élite sûre de son droit de gérer l’État se chargeait de faire le bien d’un peuple immature, quitte à mater ses impulsions anarchiques. Les destouriens se réclamaient de la philosophie des Lumières pour justifier la transformation par le haut de la société. La valeur que prétendait ajouter Ben Ali au bourguibisme était d’instituer progressivement une démocratie calquée sur la conception libérale européenne. La répression des islamistes justifiait, aux yeux des partenaires européens notamment, les entorses « temporaires » aux libertés.

Kaïs Saïed porte, lui, des conceptions diamétralement opposées. Son slogan de campagne était « le Peuple veut », inspiré directement de celui de la révolution. Tout son dispositif est censé s’appuyer sur le principe d’une volonté populaire immanente qui se serait exprimée dans les premiers mouvements de la révolution et dont il serait le porte-parole. En son nom, il s’est assigné la mission de restituer au peuple le pouvoir accaparé après la révolution par des fonctionnaires à la solde d’intérêts privés, des élites intellectuelles vendues aux influences étrangères et une classe politique qui s’est substituée à lui par le biais du gouvernement représentatif. La construction de « démocratie par la base » qu’il a instituée par le haut est censée rapprocher le peuple du pouvoir.

Pour restaurer la souveraineté, l’État doit retrouver la vocation « sociale » qu’il a perdue depuis les années 1970, c’est-à-dire redevenir pourvoyeur d’emplois, d’éducation et de santé, mais il doit être purifié de ses éléments corrompus et non-patriotiques. Là encore, Kaïs Saïed estime être le garant de ce redressement de l’État. De sorte qu’il incarne à la fois le peuple et l’État, et toute divergence est suspecte de trahison.

Jusqu’à présent, le ressentiment populaire à l’encontre des bénéficiaires de la transition démocratique et des carences de l’État lui a offert, au moins par défaut, un relatif soutien intérieur. Lors de la présidentielle de 2024, Kaïs Saïed a obtenu quasiment autant de voix qu’en 2019 (2,4 millions contre 2,7), même si la composition de son électorat a changé, désormais plus âgé et plus rural qu’en 2019. Mais la dynamique s’épuise et l’absence politique du « peuple » est à la mesure de son omniprésence dans la rhétorique saiedienne. La défiance populaire accumulée à l’égard de la classe politique n’offre pas davantage de prise à l’opposition démocratique.

Géopolitique du régime

Ces deux discours de légitimité induisent deux bases géopolitiques différentes. Sur ce registre aussi, Ben Ali s’est inscrit dans la continuité de Habib Bourguiba qui a toujours maintenu de bonnes relations avec la France et les États-Unis et tenait le nationalisme arabe pour une lubie régressive. Le régime de Ben Ali tirait une part de sa légitimité de sa reconnaissance par les pays européens et les institutions financières internationales. L’adhésion de la Tunisie au partenariat euro-méditerranéen de Barcelone en 1995 traduisait son adhésion, au moins formelle, à l’idée directrice promue par l’Union européenne d’une démocratisation progressive sous l’effet de la libéralisation économique. Dans les faits, le partenariat bénéficiait aux protégés du Président et permettait au régime de perdurer en donnant un minimum de gages sur ses intentions démocratiques.

Kaïs Saïed fonde au contraire sa légitimité interne sur sa capacité à s’affranchir de la tutelle occidentale, tant en termes de modèle politique que de dépendance financière. Après avoir bénéficié, lors de son coup de force de juillet 2021, du soutien de l’Égypte, des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite qui voyaient en lui le moyen d’écarter Ennahdha du pouvoir, il a revendiqué une affiliation avec ce qu’il reste du « Front du refus » anti-occidental, de Damas à Alger, et il s’est engagé dans un renforcement des relations avec l’Iran.

En contrepartie de l’appui financier et énergétique algérien, Kaïs Saïed a accueilli le chef du Front Polisario, Ibrahim Ghali, à l’occasion de la tenue du Forum économique Japon-Afrique en août 2022, une rupture avec la neutralité jusque-là observée par la Tunisie sur ce contentieux intra-maghrébin. Au prix d’une crise avec le Maroc. En avril 2023, il a éconduit le FMI en adoptant une ligne du « compter sur soi ».

Mais depuis, Bachar el Assad est tombé et Téhéran est plus pressé de négocier la survie de son régime avec les États-Unis que de miser sur les maigres retombées d’une relation avec Tunis. Ce sont paradoxalement le pari américain sur la stabilité et sur la possibilité de renforcer la coopération sécuritaire ainsi que l’appui européen, notamment sous l’influence italienne, en contrepartie du contrôle de la migration clandestine, qui constituent la base géopolitique réelle du régime. Les ressources internationales qu’offrait le grand récit démocratique aux opposants tunisiens sont largement épuisées.

La relation à l’appareil sécuritaire

Dans ce registre, la différence est flagrante. Ben Ali était un pur produit de l’appareil sécuritaire. Il en partageait la culture et la vision, en connaissait toutes les arcanes et toutes les ruses. La symbiose entre le pouvoir politique et les forces de police était telle que le ministère de l’Intérieur apparaissait comme le pivot du régime. Cet « État policier » reposait sur un quadrillage étroit de la vie sociale, notamment à travers les cellules du RCD (le parti du pouvoir) et un réseau d’informateurs. Depuis l’indépendance, ce dispositif a permis, par l’intimidation ou la violence, voire l’usage systémique de la torture, la répression de toute contestation et de toute politisation dissidente.

Kaïs Saïed, lui, est totalement étranger à ce sérail et l’appareil policier dont il a hérité a paradoxalement renforcé sa position au cours de la transition démocratique. Délégitimé en 2011 par son rôle dans la dictature de Ben Ali, il a démontré son utilité grâce à la lutte contre le djihadisme et il a contribué, par la création de syndicats de police, à donner aux forces de sécurité intérieure, désormais instituées en corporation, une expression publique et une capacité à instaurer un rapport de force avec l’État. En érigeant la « police républicaine » en principe, il a permis à cette dernière d’accéder à une autonomie à l’égard du pouvoir politique. Fort de cette position renouvelée, le corps sécuritaire a pu écarter toute forme de contrôle externe et garantir son impunité en échange de sa loyauté.

L’affaiblissement des contre-pouvoirs démocratiques permet aux forces de sécurité de débrider leurs penchants liberticides et de régler leurs comptes. La paranoïa du Président est aisément manipulable par des services qui détiennent l’accès aux renseignements. Mais il s’agit d’une convergence d’intérêts : l’appareil sécuritaire n’est plus le prolongement de la présidence. Le pouvoir ne dispose plus du maillage de la société qui assurait son emprise. Même si le chef de l’État peut certes compter sur l’appui de la Garde nationale et de la Garde présidentielle, on n’est plus en présence d’un « régime policier ». Et la sortie de Kaïs Saïed du jeu politique ne transformera ni les mentalités ni les pratiques de l’appareil sécuritaire.

Les modalités de la répression

La répression sous le régime de Ben Ali, dans le prolongement de celui de Bourguiba, visait essentiellement les deux familles politiques qui contestaient son fondement idéologique et appelaient à étendre la rupture post-coloniale à l’ordre économique et social (pour l’extrême
gauche) et à l’ordre culturel (pour les islamistes). La répression s’élargissait par cercles concentriques à tous ceux qui militaient pour le respect des libertés et la police matait violemment toute rébellion populaire. Le recours à la torture était organiquement lié à la relation de l’État avec la société, mais les incriminations étaient prévisibles et les procès respectaient les formes. Ce qui ne rendait pas la répression plus légitime.

Le pouvoir de Kaïs Saïed ne veut plus éradiquer une idéologie ni une force politique cherchant à conquérir l’État, comme c’était le cas pour Ennahdha. Le pouvoir actuel traque les réseaux d’influence réels ou supposés qui contestent sa légitimité. Les incriminations sont arbitraires, souvent sans rapport avec la politique ; l’interprétation des faits pour établir l’existence de complots est inspirée par la paranoïa. La contrepartie paradoxale de cette méthode, c’est que la torture n’est plus nécessaire. En revanche, les procès n’ont plus besoin des faits et des formes extérieures de la légalité pour condamner. La vérité judiciaire est écrite ailleurs. Si Ben Ali était une sorte de super ministre de l’Intérieur imposant la toute-puissance d’un État démiurge, Kaïs Saïed serait plutôt une sorte de super procureur, qui dicte son récit avec l’aide d’une ministre de la Justice entièrement dévouée à sa cause. Les affaires sont instruites et les verdicts prononcés sur injonction, par des magistrats tenus par la crainte de sanctions, en dépit des garanties constitutionnelles classiques, puisque le chef de l’État s’est arrogé le droit de révoquer tout magistrat « en cas d’urgence, ou d’atteinte à la sécurité publique ou à l’intérêt supérieur du pays » en vertu du décret-loi du 1er juin 2022.

Tributaire des transactions partisanes, la transition démocratique a échoué à renouveler le corps des magistrats et à poser les bases structurantes d’une indépendance judiciaire pour rompre avec une longue tradition d’instrumentalisation politique. Ce discrédit et la persistance des habitudes ont facilité l’offensive de Kaïs Saïed pour transformer le « pouvoir judiciaire » en simple « fonction juridictionnelle» au service de son entreprise politique.

Un pouvoir sans parti

Le pouvoir du régime de Ben Ali, comme celui de Bourguiba, était relayé jusque dans le moindre espace de la société, les quartiers et les entreprises par la présence de cellules du parti de l’État (le Parti socialiste destourien sous Bourguiba, le Rassemblement constitutionnel démocratique sous Ben Ali). Il était à la fois instrument de surveillance, voie incontournable de la promotion sociale et réseau de redistribution clientéliste. Le pouvoir de Kaïs Saïed ne dispose de rien de tel. Les sociétés communautaires, censées porter un modèle économique alternatif mais, surtout, permettre l’accès des exclus du système économique aux ressources publiques (le financement, la terre, l’emploi…) peuvent jouer un rôle dans la constitution d’une base sociale du régime. Mais il s’agit d’un maillage beaucoup plus faible, sans fonction coercitive, aux ressources limitées.

La défiance de Kaïs Saïed à l’égard des partis politiques et le système d’élections par la base qu’il a institué a fait, en revanche, émerger une nouvelle génération politique. Ce nouveau personnel, à la différence des candidats cooptés par le parti quasi-unique sous l’ancien régime, ne doit pas sa position à sa loyauté à l’égard du pouvoir. Même s’il adhère au projet de Kaïs Saïed, il conserve une relative autonomie que certains députés commencent à exprimer en critiquant ouvertement les insuffisances du Président dans la réalisation de ses objectifs. Ce qui a valu au plus virulent d’entre eux, Ahmed Saïdani, d’être arrêté pour « offense » au chef de l’État, le 4 février. Cet espace d’autonomie contrôlé peut, à terme, contribuer à une dynamique de démocratisation.

L’affairisme, la faille du régime

Le discrédit de Ben Ali auprès de la majorité des Tunisiens devait surtout à la rupture du contrat moral qui compensait les difficultés sociales par une redistribution marginale plus ou moins « juste » des faveurs de l’État. Quand la belle famille de Ben Ali, les Trabelsi, a exhibé sans pudeur les signes de sa richesse accumulée en accaparant toutes les opportunités économiques lucratives, au mépris de toute règle légale et administrative, le fondement de la légitimité du régime l’idée que l’État était au service de la construction nationale s’est effondré. Le renouvellement de ce contrat social était le message implicite de la révolution. La transition a échoué sur ce point fondamental.

Kaïs Saïed a capitalisé sur cette frustration et doit son arrivée au pouvoir à son image d’intégrité. Sans lien avec les milieux de l’argent, rien dans son ethos n’indique en effet un rapport intéressé au pouvoir. Tout obsédé qu’il est par les complots, on ne lui conteste pas une forme de sincérité. En revanche, des rumeurs de favoritisme et de népotisme prospèrent sur son frère, Naoufel Saïed, et surtout sur la sœur de son épouse, Atka Chebil, décrite par sa rivale Nadia Akacha, ancienne directrice de cabinet de Kaïs Saïed aujourd’hui condamnée, comme de plus en plus influente au Palais présidentiel. Rien qui atteigne cependant l’ampleur et la visibilité de la prédation des Trabelsi, mais si ces rumeurs venaient à s’amplifier voire à se confirmer, l’effet pourrait être dévastateur pour la présidence de Kaïs Saïed alors que les Tunisiens continuent de voir leur situation se dégrader et les carences de l’État s’accumuler.

Les chantiers de l’après Kaïs Saïed

Le retour à une trajectoire démocratique suppose des transformations qui vont bien au-delà de la question du dirigeant : dépasser la figure du « peuple » comme abstraction rhétorique, asseoir la légitimité du personnel politique, réformer l’appareil sécuritaire et le système judiciaire, transformer le système qui permet la collusion des pouvoirs économique et politique, rechercher un modèle économique qui garantisse à la fois la redistribution et les conditions matérielles de la souveraineté, construire des relations internationales qui préservent l’indépendance des choix nationaux… Rouvrir la parenthèse de la révolution, comme le clamaient les manifestants du 14 janvier, ne pourra pas se limiter au départ de Kaïs Saïed. L’avenir de la Tunisie reste à inventer.

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Côte d’Ivoire : les partis d’opposition en coma dépassé https://mondafrique.com/politique/cote-divoire-les-limites-de-lopposition-a-distance/ https://mondafrique.com/politique/cote-divoire-les-limites-de-lopposition-a-distance/#respond Fri, 20 Feb 2026 05:07:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147320 Peut-on diriger un parti politique à six mille kilomètres de distance ? C’est le débat qui agite en ce moment le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), parti historique fondé en 1946 par feu Félix Houphouët-Boigny et que dirige depuis le 22 décembre 2023 son petit-neveu Tidjane Thiam. Par Venance Konan Pour madame Valérie Yapo, […]

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Peut-on diriger un parti politique à six mille kilomètres de distance ? C’est le débat qui agite en ce moment le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), parti historique fondé en 1946 par feu Félix Houphouët-Boigny et que dirige depuis le 22 décembre 2023 son petit-neveu Tidjane Thiam.

Par Venance Konan

Pour madame Valérie Yapo, ancienne membre de la direction de ce parti qui a toujours contesté l’élection de M. Thiam à la tête du PDCI, au motif qu’il ne remplissait pas la condition de dix ans de présence au bureau politique, exigée pour être candidat, ce dernier – qui vit hors du pays depuis le mois de mars 2025 – devrait démissionner, car on ne peut diriger à distance un parti que l’on préside de surcroît illégalement. « Monsieur Tidjane Thiam n’est pas malade, il n’a aucun procès contre lui, aucun mandat d’arrêt. Pourquoi ne vient-il pas diriger son parti ici ? » s’est-elle interrogée lors d’une conférence de presse. Ce à quoi monsieur Soumaila Brédoumy, porte-parole du parti, a répondu en citant les cas de Félix Houphouët-Boigny qui, dans les années 1950, avait dirigé son parti depuis la France pendant plus deux ans, parce qu’il avait eu maille à partir avec les autorités coloniales de l’époque en Côte d’Ivoire, et Henri Konan Bédié qui, contraint à l’exil en France par le coup d’État qui l’avait chassé du pouvoir fin 1999, est néanmoins demeuré le président du parti.

Dans une interview accordée à une chaîne de télévision, M. Thiam a dit avoir été informé par son frère, le tenant lui-même d’une source policière, qu’il serait mis à l’arrêt s’il remettait les pieds en Côte d’Ivoire. Il lui serait reproché son rôle dans les événements de 2020, lorsque M. Bédié et certains opposants au président Ouattara avaient créé ce qu’ils avaient appelé le Conseil national de transition (CNT). Cet organe était censé diriger le pays après le départ du pouvoir du président Ouattara, à la suite d’une insurrection générale qu’ils étaient accusés d’avoir voulu organiser.

Un parti en crise

Lors de la dernière élection présidentielle, M. Thiam avait annoncé depuis Paris, la « libération » du pays dans une semaine, ce que certains avaient interprété comme un appel à une action de déstabilisation. Cependant, aucune action judiciaire n’est à ce jour engagée contre le président du PDCI. De plus en plus de militants, même parmi ses plus fervents supporters, se demandent donc pourquoi il refuse de rentrer au pays. « On a vu ici Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara affronter l’adversité au péril de leur vie. Si, sur la base d’une simple rumeur d’arrestation il refuse de rentrer, cela pose question sur son courage. »

Ce débat est symptomatique du malaise qui traverse le PDCI depuis l’élection de Tidjane Thiam à sa présidence, et qui s’est accentué lors des dernières élections présidentielles et législatives. Ils sont nombreux ceux qui, à l’instar de madame Valérie Yapo, reprochent à l’ancienne direction du vieux parti d’avoir foulé aux pieds ses propres textes pour imposer Tidjane Thiam. Pour certains, le clan baoulé, l’ethnie des deux premiers présidents du parti –Félix Houphouët-Boigny et Henri Konan Bédié– et qui est aussi celle de la majorité des derniers militants de ce parti, a décidé de prendre tout le pouvoir et de ne pas le partager. En témoignent les déboires de Maurice Kakou Guikahué, d’ethnie Bété, cacique parmi les caciques, longtemps secrétaire exécutif sous la présidence de Bédié, qui a été progressivement mis à l’écart et même privé du parrainage du parti pour se présenter aux dernières législatives, au profit d’un Baoulé. Et la désignation d’un autre Baoulé, Maître Blessy Jean Chrysostome, au poste de président du groupe parlementaire du PDCI à l’Assemblée, n’a fait qu’aggraver les choses, conduisant les trois députés maires d’Abidjan que sont Sylvestre Emmou, Jacque Ehouo et Jean Marc Yacé à refuser de siéger dans ledit groupe.

À cela s’ajoutent les problèmes de nationalité de M. Thiam qui lui ont valu de ne pas pouvoir se présenter à la dernière élection présidentielle. À sa majorité, le petit neveu d’Houphouët-Boigny a pris la nationalité française et ainsi perdu celle de la Côte d’Ivoire, en vertu d’une loi qu’il a candidement avoué n’avoir pas lue. Il aurait pu renoncer à la nationalité française pour reprendre celle qu’il avait à sa naissance, mais il a commencé par contester avoir été naturalisé, avant de s’exécuter en fin de compte, après s’être inscrit sur la liste électorale au moment où il était encore Français : ce qui a justifié son exclusion de cette liste. Et ils sont nombreux parmi ses militants à se demander pourquoi ni lui, ni ses avocats n’ont anticipé cette issue. Le moins que l’on puisse dire est que l’ambiance est délétère au sein du PDCI. Et de plus en plus d’observateurs commencent à parier sur une imminente implosion de ce parti.

Laurent Gbagbo nébuleux

De côté du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo, plus personne ne comprend ce dernier. Après s’être séparé de ses compagnons les plus emblématiques qu’étaient son épouse Simone, Mamadou Koulibaly, Blé Goudé, Affi N’guessan, il a sanctionné ceux qui se sont présentés aux élections présidentielle et législatives tels que Ahoua Don Mello, alors que lui-même ne pouvait pas concourir pour cause de non inscription sur la liste électorale.

Il avait annoncé avant les élections qu’il quitterait la présidence de son parti au prochain congrès. Mais la direction de ce parti lui a récemment chanté « ne t’en va pas je t’aime » et il est revenu sur sa décision. Puis il a récemment raconté, lors d’une rencontre avec des militants, que Mouammar Kadhafi lui avait déclaré que c’était lui qui avait donné des armes aux personnes qui avaient déclenché la rébellion en 2002. Ce qui a amené ses détracteurs à pointer du doigt qu’il avait, pourtant, toujours accusé la France et certains de ses adversaires politiques ivoiriens sans jamais prononcer le nom du leader libyen. Certains se sont même demandé s’il sait vraiment encore ce qu’il raconte et ce qu’il veut.

Avec une trentaine de députés pour un PDCI en cours de lente désagrégation, zéro pour le PPA-CI réduit à l’état de fantôme, et près de deux cents pour le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) au pouvoir, on se demande si l’on peut encore parler d’une opposition ivoirienne.

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Avant Paris, Moscou : les visites du chef de la junte malgache https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/avant-paris-moscou-les-visites-du-chef-de-la-junte-malgache/ https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/avant-paris-moscou-les-visites-du-chef-de-la-junte-malgache/#respond Fri, 20 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147289 Le chef de la junte malgache prépare un déplacement à Paris fin février où il doit s’entretenir avec le président français Emmanuel Macron. Le principe et les contours de la visite ont été arrêtés lors d’un échange entre les deux chefs d’État le 7 février. Mais pour son premier déplacement international, il a choisi Moscou, […]

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Le chef de la junte malgache prépare un déplacement à Paris fin février où il doit s’entretenir avec le président français Emmanuel Macron. Le principe et les contours de la visite ont été arrêtés lors d’un échange entre les deux chefs d’État le 7 février. Mais pour son premier déplacement international, il a choisi Moscou, où il est arrivé mercredi et doit rencontrer Vladimir Poutine ce jeudi. 

À travers ce voyage (à bord d’un avion russe), le colonel Michael Randrianirina confirme son intention de rééquilibrer sa relation avec Paris, à l’inverse de son prédécesseur Andry Rajoelina  dont la fuite du pays le 12 octobre 2025 a été facilitée par un avion français. Le président de la Refondation de la République, arrivé au pouvoir le 14 octobre, en a déjà donné plusieurs signes, en assumant une relance officielle de la coopération militaire avec la Russie. Les questions énergétiques, économiques et stratégiques sont sur la table, de part et d’autre des discussions. 

Madagascar : la France tente de relancer sa coopération militaire

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Côte d’Ivoire : un faux communiqué sur l’affaire Epstein https://mondafrique.com/confidentiels/cote-divoire-un-faux-communique-plus-vrai-que-nature/ https://mondafrique.com/confidentiels/cote-divoire-un-faux-communique-plus-vrai-que-nature/#respond Thu, 19 Feb 2026 13:28:35 +0000 https://mondafrique.com/?p=147346 Le 17 février 2026, un communiqué attribué au procureur de la République de Côte d’Ivoire a fait le tour des réseaux sociaux ivoiriens à la vitesse de la lumière. Dans ce document, la justice somme les citoyens de ne pas s’exprimer sur l’affaire Epstein, sous peine de poursuites judiciaires. Hormis, le manque de logo et […]

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Le 17 février 2026, un communiqué attribué au procureur de la République de Côte d’Ivoire a fait le tour des réseaux sociaux ivoiriens à la vitesse de la lumière. Dans ce document, la justice somme les citoyens de ne pas s’exprimer sur l’affaire Epstein, sous peine de poursuites judiciaires. Hormis, le manque de logo et de signature, tout y est : ton solennel, formulation officielle… Sauf que le document est un faux et le ministère de la Justice le dément illico. L’auteur est un compte Facebook de 24 000 abonnés.

Avec ce communiqué inventé de toutes pièces, le faussaire anonyme a réussi en quelques heures à jeter une lumière crue sur l’état de la liberté d’expression en Côte d’Ivoire. Aucun Ivoirien n’a douté, aucun n’a remis en cause le document, tant le gouvernement ivoirien a institué un contrôle sur les citoyens. C’est bien d’ailleurs ce que démontre l’affaire Epstein dans ce pays. Comme le révélait notre article « Les amis du milliardaire à Abidjan », le délinquant sexuel et financier a été un facilitateur entre les entreprises de sécurité israéliennes et le pouvoir d’Abidjan pour organiser la cyber surveillance, centraliser le renseignement, intercepter les communications, verrouillant ainsi la liberté d’expression.

Le communiqué était faux. Le silence, lui, est certifié d’origine.

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Disparition de Leïla Shahid, visage de la Palestine en France https://mondafrique.com/confidentiels/disparition-de-leila-shahid-visage-de-la-palestine-en-france/ https://mondafrique.com/confidentiels/disparition-de-leila-shahid-visage-de-la-palestine-en-france/#respond Thu, 19 Feb 2026 09:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147336 Ancienne représentante de la Palestine en France et auprès de l’Union européenne, Leïla Shahid est décédée à 76 ans dans le sud de la France. Figure majeure de la diplomatie palestinienne, elle a incarné pendant plus de vingt ans une voix engagée pour la reconnaissance et la paix. La diplomate palestinienne Leïla Shahid est décédée […]

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Ancienne représentante de la Palestine en France et auprès de l’Union européenne, Leïla Shahid est décédée à 76 ans dans le sud de la France. Figure majeure de la diplomatie palestinienne, elle a incarné pendant plus de vingt ans une voix engagée pour la reconnaissance et la paix.

La diplomate palestinienne Leïla Shahid est décédée mercredi 18 février à l’âge de 76 ans, à Lecques (Gard), où elle vivait depuis plusieurs années. L’information a été confirmée à l’AFP par sa sœur, Zeina, puis relayée notamment par Le Monde.

Selon une source proche de l’enquête, son corps a été retrouvé à son domicile. Une procédure pour « recherche des causes de la mort » a été ouverte, comme c’est l’usage dans ce type de circonstances. D’après plusieurs médias, elle était gravement malade depuis plusieurs années.

Sa disparition a suscité une vive émotion dans les milieux diplomatiques et politiques, en France comme au Proche-Orient. L’actuelle ambassadrice de la Palestine en France, Hala Abou-Hassira, a salué sur les réseaux sociaux « une ambassadrice iconique », évoquant « une immense perte pour la Palestine et pour tous ceux qui croient en la justice ».

Née en 1949 à Beyrouth, au sein d’une famille palestinienne marquée par l’exil, Leïla Shahid s’est engagée très tôt dans la cause nationale. Elle effectue ses études secondaires au Liban avant d’obtenir une licence d’anthropologie à l’American University of Beirut, puis poursuit son parcours académique en France, où elle s’installe durablement.

Dans les années 1970, elle préside l’Union des étudiants palestiniens en France, participant à structurer la présence politique et intellectuelle palestinienne en Europe. Son engagement la conduit vers la diplomatie officielle à la fin des années 1980. En 1989, elle devient la première femme à représenter l’Organisation de libération de la Palestine à l’étranger, d’abord en Irlande, puis aux Pays-Bas.

Sa carrière prend une dimension majeure lorsqu’elle est nommée déléguée générale de la Palestine en France en 1994. Elle occupe ce poste jusqu’en 2005, avant d’être désignée représentante auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg à Bruxelles pour une décennie supplémentaire.

À Paris, elle devient l’un des visages les plus identifiables de la diplomatie palestinienne. Maîtrisant parfaitement le français, dotée d’une solide culture politique et d’une grande aisance médiatique, elle intervient régulièrement dans les débats publics, défendant la reconnaissance d’un État palestinien et la solution à deux États fondée sur le droit international.

Son mandat couvre une période charnière : les accords d’Oslo, la seconde Intifada, la détérioration progressive du processus de paix et la mort de Yasser Arafat en 2004 à Paris. Proche du dirigeant palestinien, elle a accompagné, depuis l’Europe, les espoirs puis les blocages du dialogue israélo-palestinien.

Elle se distingue également par sa volonté d’entretenir des contacts avec des responsables et intellectuels israéliens favorables à une issue négociée du conflit. Cette approche, parfois critiquée, s’inscrit dans une stratégie diplomatique visant à maintenir ouverts les canaux du dialogue.

Mariée à l’écrivain marocain Mohamed Berrada, elle partage sa vie entre la France et le Liban après sa retraite en 2014. Même éloignée des fonctions officielles, elle reste une référence sur les questions moyen-orientales, régulièrement sollicitée pour des conférences et interventions publiques.

La disparition de Leïla Shahid intervient dans un contexte de tensions extrêmes au Proche-Orient, où la perspective d’un règlement politique semble plus incertaine que jamais. Son parcours demeure associé à la période ouverte par les accords d’Oslo, moment d’espoir diplomatique aujourd’hui largement perçu comme révolu.

Figure d’une génération formée dans les années 1970, elle aura contribué à inscrire la cause palestinienne dans les institutions européennes, en lui donnant un visage, une voix et une présence durable sur la scène diplomatique française et communautaire.

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JB Mpiana fait danser La Cigale le 21 février https://mondafrique.com/loisirs-culture/jb-mpiana-fait-danser-la-cigale-le-21-fevrier/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/jb-mpiana-fait-danser-la-cigale-le-21-fevrier/#respond Thu, 19 Feb 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147324 Le 21 février 2026, JB Mpiana investit La Cigale pour un concert très attendu. Figure majeure de la rumba congolaise, l’artiste kinshasais promet une soirée intense, entre héritage musical, virtuosité orchestrale et communion festive avec le public parisien. Le 21 février 2026, JB Mpiana se produira sur la scène de La Cigale, salle emblématique du boulevard de […]

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Le 21 février 2026, JB Mpiana investit La Cigale pour un concert très attendu. Figure majeure de la rumba congolaise, l’artiste kinshasais promet une soirée intense, entre héritage musical, virtuosité orchestrale et communion festive avec le public parisien.

Le 21 février 2026, JB Mpiana se produira sur la scène de La Cigale, salle emblématique du boulevard de Rochechouart. L’événement marque l’un des temps forts africains de la saison hivernale à Paris et confirme la place centrale de la capitale française dans la diffusion de la rumba congolaise en Europe.

Né Jean-Bedel Mpiana Tshituka à Kinshasa, JB Mpiana s’impose dès les années 1990 comme l’un des leaders de la nouvelle génération de musiciens congolais. Cofondateur de Wenge Musica BCBG, formation mythique issue de la scission du groupe Wenge Musica, il contribue à redéfinir les contours de la rumba kinoise moderne. À la croisée de la tradition et du ndombolo, son style conjugue élégance vocale, puissance rythmique et sophistication orchestrale.

La rumba congolaise, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, repose sur un équilibre subtil entre mélodie, polyphonie et séquences instrumentales dansantes appelées sebene. JB Mpiana maîtrise parfaitement cette architecture musicale. Ses concerts alternent passages lyriques et montées rythmiques, portées par des guitares électriques dialoguant avec la section rythmique. Le public, familier de ces codes, accompagne souvent les séquences dansées avec une ferveur collective.

La Cigale constitue un écrin idéal pour ce type de performance. Salle historique de la scène parisienne, elle offre une capacité intermédiaire permettant une véritable interaction entre artiste et spectateurs. Pour un concert de rumba, cette proximité est essentielle : la musique ne se limite pas à l’écoute, elle engage le corps, le mouvement et l’échange.

Au fil des années, JB Mpiana a construit une discographie solide, jalonnée de titres devenus des classiques auprès de la diaspora congolaise et des amateurs de musiques africaines. Ses textes abordent des thèmes universels – amour, relations sociales, ambition – tout en conservant les codes narratifs propres à la tradition musicale kinoise. Sur scène, il s’appuie sur un orchestre structuré, où chaque musicien occupe une place définie dans l’économie du son.

La venue de JB Mpiana à Paris ne relève pas du simple passage en tournée. Elle s’inscrit dans une continuité historique : depuis plusieurs décennies, la France constitue un espace privilégié pour les artistes congolais, en raison de la présence d’une importante diaspora et d’un public fidèle. Les concerts de rumba y prennent souvent la dimension d’événements communautaires autant que musicaux.

Le 21 février, le spectacle devrait s’articuler autour d’un répertoire mêlant morceaux emblématiques et titres plus récents. Fidèle à la tradition congolaise, la performance promet une mise en scène soignée, des costumes élégants et une dynamique collective forte. JB Mpiana, connu pour sa présence scénique charismatique, orchestre ses concerts comme de véritables cérémonies musicales.

Informations pratiques

Artiste : JB Mpiana
Date : samedi 21 février 2026
Lieu : La Cigale – 120 boulevard de Rochechouart, 75018 Paris
Genre : rumba congolaise/ndombolo
Billetterie : places disponibles via les plateformes officielles et le site de la salle
Accès : métro Pigalle ou Anvers

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Les États-Unis veulent régler le conflit du Sahara occidental à tout prix https://mondafrique.com/international/les-etats-unis-veulent-regler-le-conflit-du-sahara-occidental/ https://mondafrique.com/international/les-etats-unis-veulent-regler-le-conflit-du-sahara-occidental/#respond Thu, 19 Feb 2026 05:30:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147295   Les 8 et 9 février, les États-Unis ont réuni à Madrid le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie pour débloquer le règlement du conflit sur le Sahara Occidental, sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les Marocains sont en position de force, mais les conditions d’un accord opérationnel ne […]

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Les 8 et 9 février, les États-Unis ont réuni à Madrid le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie pour débloquer le règlement du conflit sur le Sahara Occidental, sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les Marocains sont en position de force, mais les conditions d’un accord opérationnel ne sont pas, pour autant, forcément réunies. Riccardo Fabiani, directeur du programme Afrique du Nord-Moyen Orient d’International Crisis Group, décrypte pour Mondafrique les enjeux de cette réunion. 

Par Selim Jaziri

La réunion au niveau ministériel qui s’est tenue dans les locaux de l’ambassade américaine à Madrid aurait dû rester secrète. Elle était présidée par Massad Boulos, le conseiller spécial de Donald Trump pour les questions arabes et africaines, en présence de Staffan de Mistura, l’envoyé du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental.

Cette rencontre avait pour but de relancer le processus de règlement du conflit qui oppose le Maroc et le Front Polisario sur le statut du Sahara occidental depuis le retrait espagnol en 1976. Rabat revendique sa pleine souveraineté sur ce territoire au nom de liens historiques. Pour le Polisario, soutenu par l’Algérie – protagoniste pleinement engagé dans le contentieux, il s’agit d’un territoire colonisé ayant vocation à l’indépendance. Alors qu’Alger estime qu’il s’agit d’un conflit de décolonisation dont l’issue doit être négociée entre le Maroc et les représentants sahraouis, les Marocains entendent le traiter comme une question de sécurité régionale entre les quatre parties prenantes (la Mauritanie a renoncé à sa souveraineté sur la partie méridionale de l’ancien Sahara espagnol au profit du Polisario en août 1979, avant que celle-ci ne soit annexée par le Maroc). L’approche de Rabat a donc fini par s’imposer.

25 ans de statu quo

Le statu quo perdure depuis un cessez-le-feu négocié sous l’égide des Nations unies en 1991. Le Maroc contrôle de facto près de 80 % du territoire et le Polisario la partie orientale, tandis qu’un dispositif de sécurité, le « mur de sable », sépare les deux zones et qu’une force onusienne, la MINURSO, veille au respect du cessez-le-feu. L’Algérie abrite environ 175 000 réfugiés dans le camp de Tindouf.

Le plan de règlement onusien fondé sur le principe d’autodétermination prévoyait la tenue d’un référendum pour donner le choix à la population du territoire entre l’indépendance et l’intégration à l’État marocain. Mais le projet butte depuis plus de 30 ans sur la question de la définition du corps électoral. En 2002, le roi Mohamed VI a estimé que le référendum était impraticable et depuis 2007, le Maroc a mis sur la table un projet d’autonomie régionale sous souveraineté marocaine.

Pour sortir du statu quo, une première rencontre quadripartite a eu lieu en 2019 dans le cadre des Nations unies. Elle a tourné court après le retrait du Polisario qui estimait les discussions biaisées en faveur du Maroc. L’impasse diplomatique a poussé une partie du mouvement sahraoui à relancer la voie militaire. L’escalade a été contenue malgré une série d’incidents fin 2020, mais une crise ouverte a éclaté en juillet 2021 entre Rabat et Alger, aboutissant à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et à une course aux armements.

Un consensus diplomatique en faveur du Maroc

Ces dernières années, le Maroc a engrangé les soutiens diplomatiques, notamment celui des États-Unis qui a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental en contrepartie du ralliement de Rabat aux accords d’Abraham et de la normalisation des relations avec Israël, le 22 décembre 2020. Par la voix d’Emmanuel Macron, la France a estimé en juillet 2024 que « l’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre dans lequel cette question doit être résolue ».

La résolution 2797 votée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 31 octobre 2025 entérine le plan d’autonomie présenté par le Maroc comme la base de règlement la plus crédible. Depuis, la diplomatie américaine s’active pour ajouter la fin du conflit sahraoui au palmarès de « faiseur de paix » de Donald Trump. C’est dans cette perspective qu’a été organisée la rencontre de Madrid, dont le cadre a été limité par Massad Boulos à la mise en œuvre de la résolution 2797 et du plan d’autonomie marocain.

Forte pression exercée sur Alger et le Polisario 

Mondafrique : Comment expliquer que l’Algérie et le Polisario acceptent de prendre part à une rencontre dont le format quadripartite et la base de discussion vont à l’encontre de ce qu’ils ont toujours défendu ?

Riccardo Fabiani : Pour ce qui concerne le Front Polisario, dont il faut souligner la dépendance matérielle à l’égard de l’Algérie, il faut noter qu’il refuse de parler de « processus de négociation », mais préfère le mot « discussion ». Cette subtilité sémantique signifie qu’il entend maintenir une distance et ne pas s’engager dans une négociation sur des bases qu’il désapprouve. En réalité, il est surtout sous la menace d’un projet de loi déposé au Congrès américain en septembre 2025 qui vise à le classer comme organisation terroriste.

Quant à l’Algérie, elle a été soumise à une pression intense de la part des États-Unis. Massad Boulos s’est rendu deux fois à Alger durant les quatre derniers mois. L’Algérie doit tenir compte de son isolement croissant : elle est en crise diplomatique avec le Maroc, la France, le Mali. Son influence est en recul au Sahel, ses relations sont difficiles avec l’Europe en général. Elle se sent encerclée par ses ennemis : Israël est littéralement à sa frontière via le Maroc, les relations se sont dégradées avec la Russie depuis l’implantation des milices Wagner au Sahel et en Libye. Elle est en crise ouverte avec les Émirats arabes unis, etc.

Dans ces conditions, ce serait catastrophique pour l’Algérie d’entrer en crise avec les États-Unis, qui restent bien évidemment la puissance principale dans le monde et dans cette région. Le calcul algérien, depuis l’élection de Donald Trump, a été de rester engagé avec l’administration américaine pour la convaincre de ne pas s’aligner complètement sur le Maroc. Elle a conclu, en mai 2025, un mémorandum d’entente avec les États-Unis pour accroître la coopération en matière de défense et adopté, en juin 2025, une loi autorisant les sociétés étrangères à détenir jusqu’à 80 % des parts dans les projets miniers, pour attirer les investisseurs américains.

Mais l’Algérie est également sous la menace de sanctions américaines en vertu de la loi CAATSA (Countering America’s adversaries through sanctions Act), après avoir passé commande de 12 chasseurs et de 14 bombardiers russes. Dans ces conditions, ni l’Algérie ni le Polisario ne sont plus en mesure d’imposer leurs conditions.

Riccardo Fabiani.

Le cadre des Nations unies mis de côté

Mondafrique : L’autre élément significatif de cette rencontre n’est-il pas la mise à distance du cadre des Nations unies par les États-Unis ?

R.F. : L’engagement américain est effectivement la principale nouveauté de cette période. Depuis plus de vingt ans, ils s’étaient désengagés du conflit. Il est évident qu’ils ne croient plus du tout aux Nations unies et au multilatéralisme. On le voit avec le  «Conseil de paix» pour Gaza, qui semble avoir pour vocation d’élargir sa compétence à d’autres situations. On le voit aussi en Libye, où Massad Boulos s’efforce d’obtenir une réunification économique puis politique du pays, en contournant complètement l’ONU.

Dans le cas du Sahara, Staffan de Mistura a été invité. Américains et ONU sont censés mener conjointement les négociations. Mais la vérité, c’est que ce sont les États-Unis qui mènent réellement le jeu. De leur point de vue, et on ne peut pas leur donner tort, rien n’a avancé depuis plus de trente ans, ils sont convaincus qu’il faut tenter des approches diplomatiques complètement différentes par rapport au passé.

Mondafrique : Ce processus peut-il réussir là où l’ONU a échoué ?

R.F. : Les dirigeants du Polisario sont conscients des contraintes, mais les réfugiés, les jeunes Sahraouis, sont sur une ligne beaucoup plus radicale. Ils comprennent le besoin d’une diplomatie, les menaces de Washington, mais ils sont hostiles à une négociation sur la base proposée par le Maroc. Bachir Mostafa Saïd, le frère du fondateur du Polisario, qui est le représentant de l’opposition à la direction du Polisario, a publié un article à la veille de la réunion de Madrid pour critiquer complètement cette approche. Il estime que le Polisario est en train de céder aux pressions de l’administration Trump, mais qu’il n’a rien à y gagner. Comment imaginer que le Polisario puisse accepter l’autonomie alors que l’écrasante majorité des réfugiés y est opposée ?

Pour les Sahraouis, il y a une ligne rouge : ils sont disposés à participer à n’importe quel processus parrainé par les Américains, à discuter de l’autonomie, mais ils ne renonceront pas à un référendum qui inclut l’option de l’indépendance. Pour les Marocains, l’idée d’un référendum limité au peuple sahraoui qui mentionne l’option de l’indépendance est tout aussi inacceptable.

Dès lors, je vois deux scénarios. Le premier, c’est que les Sahraouis et les Algériens restent engagés dans ce processus à cause de la pression américaine, mais fassent durer les négociations en entrant dans des discussions extrêmement détaillées et extrêmement complexes pour retarder le moment d’un accord et de l’heure de vérité. Le second scénario, c’est que Donald Trump commence à faire pression directement sur les Algériens, le Polisario et les Marocains pour aboutir à un accord avant le mois de mai. Mais la question, ce serait alors l’opérationnalisation d’un accord obtenu dans telles conditions. On court le risque de déclencher une révolte dans les camps de réfugiés, potentiellement aussi de violence, donc de divisions au sein du Polisario, de l’apparition de nouveaux mouvements…

Vers un rapport de force frontal

Mondafrique : Que pourrait concéder le Maroc pour tenter d’amener le Polisario et l’Algérie à un accord acceptable ?

R.F. : De toutes mes conversations avec les responsables marocains, j’ai compris qu’ils ne sont pas intéressés du tout par un compromis avec l’Algérie et le Polisario, et que les conséquences de l’imposition du plan d’autonomie sur la stabilité de l’Algérie et les risques de violence dans les camps des réfugiés, ce n’est pas leur problème. Leur priorité, c’est de garder cette relation privilégiée avec les États-Unis.

Leur objectif n’est pas d’aboutir à un accord mais de bâtir une coalition de pays qui soutiennent le plan de l’autonomie et reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara pour ensuite faire voter par l’Assemblée générale des Nations unies le retrait du Sahara occidental de la liste des territoires non autonomes. À partir de là, légalement, il n’y a plus de conflit et ils auront les mains libres pour imposer leur plan.

Mondafrique : Au risque d’une nouvelle escalade militaire avec l’Algérie ?

R.F. : En réalité, ils n’ont pas peur d’une confrontation militaire parce qu’en cas de reprise des affrontements, les forces marocaines sont certaines d’avoir l’appui des États-Unis, d’Israël, de la France…

Et surtout, ils sont convaincus qu’à cause de ces rapports de force, l’Algérie ne s’engagera jamais dans une confrontation militaire et donc qu’ils ont assez de soutien diplomatique pour la forcer à accepter cette nouvelle situation.

Mondafrique : Avant d’en arriver là, que sait-on du résultat de la rencontre de Madrid ?

R.F. : C’est un peu un mystère parce que les négociateurs ont reçu la directive très claire de la part des Américains de garder le silence pour minimiser le risque d’interférences et de pressions à travers la presse de la part des bases respectives du Polisario, de l’Algérie et du Maroc. C’était une réunion préliminaire. Les détails de cette première réunion restent donc impossibles à connaître.

Ce qu’on sait, c’est qu’il n’y a pas eu d’accord, ni même de consensus. On a parlé de la formation d’un comité technique qui travaillerait sur un accord cadre qui serait ensuite approuvé à Washington au mois de mai… Mais apparemment, c’est plutôt une spéculation de la part de la presse marocaine.

 

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Deux attaques contre des convois militaires dans le nord du Mali https://mondafrique.com/limage-du-jour/deux-attaques-contre-des-convois-militaires-dans-le-nord-du-mali/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/deux-attaques-contre-des-convois-militaires-dans-le-nord-du-mali/#respond Thu, 19 Feb 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147330 Au premier jour du Ramadan mercredi, le Front de Libération de l’Azawad (FLA) a revendiqué une attaque de drones kamikazes dans le nord du Mali, contre un convoi de l’armée malienne et de ses alliés russes d’AfricaCorps circulant entre Anefis et Kidal. Le même jour, les djihadistes du Groupe de Soutien à l’Islam et aux […]

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Au premier jour du Ramadan mercredi, le Front de Libération de l’Azawad (FLA) a revendiqué une attaque de drones kamikazes dans le nord du Mali, contre un convoi de l’armée malienne et de ses alliés russes d’AfricaCorps circulant entre Anefis et Kidal. Le même jour, les djihadistes du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) ont également revendiqué une attaque à l’engin explosif improvisé contre un autre convoi près d’Aguelhoc.

Les deux opérations n’étaient pas coordonnées, a assuré le FLA à Mondafrique

Les bilans sont contrastés. Le GSIM dit avoir tué 6 hommes, des Touaregs partisans du général Elhadj Gamou, le gouverneur de Kidal, qui guidaient le convoi. Le FLA revendique des dégâts et des victimes mais sans précision de bilan.

En revanche, on sait que deux combattants du FLA ont été tués par une mauvaise manipulation de leur drone. Et pas n’importe qui, puisqu’il s’agit du fils d’Alghabass Ag Intallah, Mohamed, et du plus jeune frère de Fahad Ag Almahmoud, Alyazid Ag Matafa. Alghabass est le chef du Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA) et Fahad, tué par une frappe de drone il y a quelques mois, était le chef du Groupe auto-défense touareg imghrad et alliés (GATIA), longtemps associé au général Gamou. Fahad avait rejoint la rébellion après l’abandon par Bamako de l’accord de paix d’Alger. Il a été tué par une frappe de drone le 1er décembre 2024. 

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