« Fauda », la série sur Netflix à laquelle les Israéliens sont accros

La quatrième saison de la série israélienne à succès Fauda (« chaos » en arabe) sera en ligne le 20 janvier sur Netflix.  Les accros retrouveront le même chaudron palestinien et les mêmes agents de l’unité Mista’arvim (« les arabisants ») chargés de maintenir le couvercle sur le chaudron.h

Les premières images du premier épisode de la saison 4, mettent en scène un commando des Mista’arvim, unité d’élite antiterroriste de l’armée israélienne, en train de ratisser Jenine, ville palestinienne, à la recherche de terroristes. Le commando sur le terrain est soutenu en liaison radio par une salle de guerre de haute technologie située en Israel, des drones, des satellites et des caméras plus une équipe de spécialistes chargés de déchiffrer d’éventuels signaux de danger.

Fauda plonge le téléspectateur au cœur de la lutte antiterroriste et c’est le réalisme de la série qui a fait son succès au plan mondial. Fauda a été conçue et écrite par Lior Raz, ancien agent d’une unité d’infiltrés aujourd’hui reconverti dans la comédie. Lior Raz joue Doron, l’imprévisible héros de Fauda, un soldat humain, qui grogne toujours, un peu dégoûtant, colérique, toxique et parfois même violent. C’est un agent impulsif, pas toujours très professionnel et qui perd parfois son sang-froid dans des situations opérationnelles. Mais c’est à lui que le spectateur s’identifie.

Avi Issacharoff, spécialiste du conflit israélo-palestinien

L’autre créateur de la série Fauda est le journaliste Avi Issacharoff, spécialiste du conflit israélo-palestinien pour le Times of Israel. Lior Raz et Avi Issacharoff se sont connus enfants à Jérusalem. Ils viennent d’horizons sociaux différents mais aussi d’horizons politiques opposés. Dans son unité antiterroriste d’élite, Lior Raz était entouré d’Israéliens de droite, Avi Issacharoff lui, travaillait avec des Israéliens de gauche et des Arabes et aussi des Palestiniens antisionistes. L’union artistique de ces deux pôles a produit une série ou aucun point de vue n’est caricaturé. Dans Fauda, les terroristes islamistes sont les méchants, mais ils ont une maman qui les aime.

 » Fauda  »  est un pur produit de divertissement, mais pas seulement. La série informe sur la réalité islamiste de la Cisjordanie, sur la réalité de l’ « occupation » et sur la cruauté des situations et hélas aussi, la cruauté des comportements. Le journal Haaretz a remarqué que Fauda montrait l’énormité des moyens déployés au quotidien par Israel pour que chaque journée ne soit pas une bombe à fragmentations multiples. Mais la série montre également deux volontés implacables, l’une qui veut chasser les sionistes infidèles, l’autre qui montre des sionistes persuadés de leur légitimité sur cette terre d’Israel.

https://www.jpost.com/israel-news/culture/article-729353

Succès chez les Palestiniens

Aussi étrange que cela paraisse, les Palestiniens ont apprécié la série. Et cela en dépit du mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) qui a dénoncé Fauda comme « un outil de propagande anti-arabe, raciste et israélien qui glorifie les crimes de guerre de l’armée israélienne contre le peuple palestinien ». Le Hamas, le mouvement islamiste qui règne à Gaza, a également demandé publiquement aux Palestiniens de boycotter la série.  Mais ils n’ont pas été écouté. Fauda   a éveillé l’intérêt des Palestiniens parce que la série parle la moitié du temps en arabe. La série est israélienne, la langue principale est l’hébreu, mais les Palestiniens s’expriment en arabe et les agents des Mista’arvim aussi, pour ne pas attirer l’attention. D’autres raisons ont motivé l’intérêt des Palestiniens. Fauda donne un rôle aux femmes, et aux femmes arabes palestiniennes notamment. Tous ceux qui ont suivi les saisons précédentes n’ont pas oublié l’histoire d’amour entre Doron et la magnifique Shirin, médecin palestinien, coincée entre ses sentiments et son devoir de femme arabe palestinienne.

Fauda a aussi été le spectacle le plus populaire dans les prisons israéliennes où de nombreux détenus travaillaient pour le Hamas. Les Palestiniens ne se sont pas sentis caricaturés et surtout, ils ont aussi découvert que l’ « ennemi israélien » n’était pas aussi schématique qu’ils l’imaginaient. Fauda est également utile aux Israéliens en ce qu’il leur rappelle qu’ils vivent à côté d’une bombe à retardement permanent, la Cisjordanie.

Fauda a touché la vie de nombreux Israéliens et Palestiniens, mais il serait illusoire de croire que la série est un outil de rapprochement entre les peuples. Disons plutôt qu’elle est assez habilement construite pour séduire les eux publics sans changer leur point de vue. C’est peut être cela le vrai tour de force : rassembler sans empêcher les divisions.

 

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