Fabien Singaye, le gendre du génocidaire rwandais Félicien Kabuga

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L’ancien interprète du juge Jean Louis Brugière et proche de Patrick Balkany, Fabien Singaye, dont les réseaux sont puissants en Centrafrique, était un fidèle de Félicien Kabuga, un des organisateurs du génocide contre les Tutsi qui vient d’être arrêté en France le 16 mai 2020. Portrait

L’arrestation à Asnières-sur-Seine, en ce samedi 16 mai 2020, de Félicien Kabuga a provoqué un coup de tonnerre dans le monde médiatique et une divine surprise dans les milieux ayant encore à connaître du génocide rwandais de 1994. Les familles des suppliciés éprouvent un immense soulagement avec la fin de la cavale de l’un des principaux protagonistes de la tragédie qui a fait près d’un million de morts.

En revanche, certaines personnalités également compromises avant, pendant et après le génocide, comme le rwandais Fabien Singaye, pourraient bien perdre le sommeil avec l’arrestation du vieillard de 84 ans, à la santé chancelante.

Fabien Singaye, le gendre


Fabien Singaye est un Hutu, à la vive intelligence, qui sait se rendre indispensable auprès des autocrates enfermés dans leur certitude mortifère. Son ascension dans son pays doit beaucoup à la famille de l’ancien président rwandais, Juvénal Habyarimana et à son premier cercle dont Félicien Kabuga. Marié à l’une des filles de ce dernier, Fabien Singaye n’a jamais caché sa fidélité à l’ancien régime et a toujours eu l’esprit de famille. Il serait surprenant que ses relations aient été interrompues lors de la cavale de son beau-père.

Lors de ses pérégrinations en RDC, en Suisse, en Allemagne, au Kenya, en Belgique et dernièrement en France, Félicien Kabuga pouvait probablement compter sur son gendre et son exceptionnel carnet d’adresses. Toutefois, il n’est pas interdit de penser, qu’au crépuscule de sa vie et qu’en guise de repentance, Félicien Kabuga ravive sa mémoire sur les artisans de sa longue cavale.

Des réseaux puissants en Centrafrique


Diplomate à l’ambassade du Rwanda à Genève, au début des années 1990, il était en quelque sorte l’oeil du président Hayabirama sur les communautés rwandaises en Europe. Genève est aussi une place bancaire prisée par les prédateurs des ressources minières d’Afrique centrale et attractives pour les « flibustiers » mondialisés qui peuvent se parer de passeports diplomatiques de pays qui en font commerce. La République centrafricaine est de ceux-là.

Après la chute du régime hutu de Juvénal Habyarimana, Fabien Singaye s’intéressa tout naturellement au régime de François Bozize peu regardant dans la distribution de passeports diplomatiques. Grâce à son entregent et ses relations personnelles comme avec Paul Barril, familier des crises en Centrafrique et au Rwanda, le magnat belgo-congolais George Forrest, jadis incontournable pour tout ce qui touchait aux mines d’Afrique centrale, Patrick Balkany, plus ou moins représentant personnel du président Sarkozy en Afrique, et ses anciens collègues diplomates de Genève, Fabien Singaye devint vite le conseiller spécial du président Bozizé, muni d’un passeport diplomatique centrafricain.

Fabien Singaye, l’interprète du juge Brugière

Il n’est pas exclu que son beau-père ait pu aussi profiter des largesses du président Bozizé et du gouvernement du premier ministre Faustin-Archange Touadera. Ce dernier, une fois élu président, multiplie les voyages à Bruxelles où il y rencontre avec assiduité Dimitri Mozer, consul honoraire de Centrafrique depuis Bozizé et Fabien Singaye qui a vu son passeport diplomatique être renouvelé en 2017.

A Bangui, on évoque le rôle de Fabien Singaye dans le rapprochement avec la Russie et sa grande proximité avec le président Touadera qui apprécierait ses talents d’analyste politique, de  négociateur et de commerçant.  Il est vrai que Fabien Singaye avait joué un rôle important dans la vente d’Uramine à Areva, avec Patrick Balkany et George Forrest. On se rappelle aussi que Fabien Singaye a été l’interprète à charge du juge Jean-Louis Bruguière,  chargé d’instruire l’attentat du 6 avril 1994 et de ses suites. 

Il serait très surprenant, que du côté de la Centrafrique on ait été ignorant de la situation de Félicien Kabuga, retrouvé à 3 km de Levallois-Perret, fief des Balkany, amis de Fabien Singaye qui leur avait, il y a quelques années, sollicité un logement pour s’y installer. Si telle était la situation, Paul Kagame pourrait se poser un peu plus de questions sur son soutien au régime actuel à Bangui. 

Dans un droit de réponse au journal Jeune Afrique, Fabien Singaye affirmait être « un homme transparent »

https://www.jeuneafrique.com/203536/archives-thematique/fabien-singaye-je-suis-un-homme-transparent/

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)