Entre le général Lecointre et Emmanuel Macron, rien n’allait plus

Trois chefs d’état-major en quatre ans, un record qu’Emmanuel Macron aura battu pendant son quinquennat

Le général Lecointre, chef d’état-major d’Emmanuel Macron vient de démissionner avec une certaine élégance. Pourtant, pendant toute la durée de sa fonction, il a, sans doute, avalé beaucoup de couleuvres, en contrepartie, il a obtenu le plus important pour la défense : la hausse des crédits budgétaires.

Trois chefs d’état-major successifs en quatre ans, c’est une première sous la Cinquième république. Il faut dire qu’au cours de ces quatre années de mandat, la relation entre le chef de l’Etat et l’armée n’a pas été un long fleuve tranquille. Elle avait d’ailleurs très mal commencé avec la démission tonitruante du général Pierre de Villiers moins de deux mois après l’arrivée du jeune locataire de l’Elysée. 

Puis les tensions se sont apaisées grâce à la diplomatie du général Lecointre ,mais surtout grâce au vote de la loi de programmation militaire qui couvre la période 2019-2025. « Cette LPM est bien née » avait-il alors commenté.

Élysée/hauts gradés, la coupe est pleine…

Mais depuis le joli mois de mai, rien ne va plus entre l’Elysée et la défense. D’abord, il y a eu les tribunes des militaires dénonçant le déclin de la France et les risques encourus. Ces missives largement commentées ont signé la deuxième grande crise du quinquennat entre les Armées et le pouvoir après la démission de Pierre de Villiers.

Dans la foulée, le voyage d’Emmanuel Macron à Kigali a été perçu comme une trahison par tous les anciens de l’opération Turquoise qui n’ont jamais digéré les accusations de Paul Kagamé contre l’armée française.

Puis, sont arrivés les menaces proférées dans le JDD de se retirer du Sahel sans que le général Lecointre ne soit consulté. Elles ont été suivies de l’annonce couperet mettant fin à l’opération Barkhane. Une opération à laquelle les militaires français qui ont perdu 50 de leurs frères d’armes dans le Sahel sont très attachés.

Enfin, pour paraphraser Chirac, comme « les emm… volent toujours en escadrille », le ministère des Armées a annoncé le 14 juin qu’il avait conclu un partenariat avec une agence de l’OTAN dans le Sahel. Cette agence sera chargée de prendre en charge la logistique de l’opération Takuba. Une nouvelle décision pas très gaullienne du président français, qui augure d’une belle pagaille en perspective et qui va encore alimenter la colère des militaires. En prime, elle ne sera sûrement pas du goût du prochain chef d’état-major, le général Thierry Burkhard, qui fait pourtant l’unanimité à Balard comme chez les soldats.

L’ombre d’Edouard Philippe

Est-ce pour toutes ces raisons que le général Lecointre a décidé de ne pas prolonger son séjour à l’Elysée ? Lors de son interview sur RTL le dimanche 13 juin, il a déclaré qu’il ne souhaitait pas politiser son mandat à l’approche de l’élection présidentielle. Une explication logique et louable, mais selon certaines rumeurs, il n’aurait pas eu envie d’être présent à l’Elysée pendant cette campagne. En effet, il serait un proche d’Edouard Philippe, dont il a été le chef de cabinet militaire pendant une courte période en 2017 et avec qui, il aurait, dit-on, gardé de très bonnes relations. Ce qui donnerait, au passage, une indication sur la probabilité de la candidature à la magistrature suprême de l’ancien Premier ministre.

D’autres bruits de couloirs font état de la fatigue de François Lecointre, ils le décrivent comme d’un homme « épuisé » en « burn-out », qui en a « marre de servir de potiche ». Une chose est néanmoins certaine, il a pris sa décision bien avant l’annonce de la fin de Barkhane, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il approuve. Enfin, s’il a déclaré vouloir prendre sa retraite et s’engager dans l’action humanitaire et sociale, certains évoquent plutôt un poste d’ambassadeur en Afrique. Pourquoi pas au Mali ? Ça aurait de l’allure !

 

1 COMMENT

  1. Je pense qu’en cette époque difficile (!) les « militaires » , toutes armes , tous képis , tous grades confondus doivent être conscients des menaces , mesurer la façon dont on les traite et se souvenir qu’ils ont le droit de voter …(ce qui n’a pas toujours été le cas) et ne as céder à « l’absentéisme » ! Pour le reste : à eux de juger !

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