Entre rassemblement et effondrement, les cruels dilemmes de l’armée algérienne

Le 5 juillet prochain, le pouvoir algérien devrait procéder à une large amnistie dont bénéficieront la plupart des trente généraux placés en détention depuis la démission de l’ex Président Boutefika en 2019. Il s’agit surtout pour ce régime terriblement affaibli de retrouver un consensus au sein de son armée, d’élargir sa base sociale et de rallier quelques personnalités indépendantes de la société civile algérienne et du Hirak. Un vaste programme !

Les hommes du général Mohamed Mediène, dit « Toufik », le véritable patron de l’Algérie pendant un quart de siècle (1990-2015) sont revenus aux afaires. Pour le meilleur et e pire.

 « Si les clans militaires continuent à régler leurs différents en envoyant leurs pairs en prison, l’institution militaire risque l’implosion, et le pays avec », explique un homme d’affaires français très lié aux militaires algériens. Et le même d’ajouter: »Au moins trente généraux sont aujourd’hui détenus. Plus personne n’ose bouger. Il est urgent de retrouver un consensus au sein de l’armée et d’élargir la base sociale du régime algérien ».  En d’autres termes, la politique répressive qui n’a jamais cessé depuis le début des mobilisations du Hirak voici trois ans et les règlements de compte au sein des élites ne suffisent plus à garantir la stabilité du pays. » Dans les hautes sphères du pouvoir algérien, il y a le feu au lac.

Les généraux algériens ont le sentiment non feint que le pays serait véritablement encerclé par des forces hostiles. Ce qui n’est pas forcément faux

« Primus inter pares » d’une institution militaire restée collégiale, le chef d’état major, le général Chengriha n’est pas un perdreau de l’année. Formé à l’ancienne en ex Union Soviétique et patron de l’armée de terre, le corps le plus puissant et le plus traditionnel de l’institution militaire, ce haut gradé possède une vision strictement sécuritaire de son pays. Face à un Maroc renforcé par des liens très forts avec Israel et les Émiratis et qui a vu les Américains reconnaitre la marocanité du Sahara, les généraux algériens ont le sentiment non feint que le pays serait véritablement encerclé par des forces hostiles. Ce qui n’est pas forcément faux à en juger par les succès diplomatiques marocains.

Du coup, l’État Major a renforcé son alliance stratégique avec la Russie et affiche une hostilité résolue  à l’égard du frère ennemi marocain. D’où l’éviction brutale et récente du général Mohamed Kaidi, interface décisive entre les régions militaires et l’État Major et possible successeur de Chengriha. La faute principale de cet officier reconnu et populaire aura été d’afficher des positions pro occidentales et modérées à l’égard du Maroc. Pour autant, le général Chengriha et ses pairs, hantés par le spectre des émeutes d’octobre 1988 où l’armée algérienne avait du tirer sur les jeunes en colère, sont en quête d’une feuille de route crédible qui ne peut se résumer à la lutte contre l’ennemi intérieur, de préférence islamiste, un coupé collé de lapropagande des années noires alors que l’Algérie de 2022 a radicalement changé. 

Le président Tebboune, simple façade civile du pouvoir militaire, a tenté une alliance au long cours avec l’État Major, sans véritablement peser sur les choix diplomatiques et stratégiques de l’Algérie

Terre brulée

Dès son arrivée au sommet de l’institution militaire au début de 2020, le général Chengriha a cherché à reconstituer l’unité d’une armée secouée par les purges successives de son prédécesseur, feu le général Gaïd Salah. Lequel avait tenté d’éradiquer les réseaux de l’ex DRS, ce puissant service secret créé par le fameux général Toufik, l’homme fort du système algérien pendant un quart de siècle évincé en 2015. Les hauts cadres de ce service secret, dont plusieurs avaient été placé en détention en 2019, ont été rappelés par le général Chengriha et nommés à des postes stratégiques.

Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier minsitre et ex ambassadeur à Paris, est une des personnalité spolitiques les plus reconnues en Algérie

Nettement plus avertis que les généraux blanchis sous le harnais sur les mouvements de la société algérienne et connus pour leurs relais dans le monde associatif et politique, les hommes de l’ex DRS, souvent passés par la case prison, sont aujourd’hui à la manoeuvre pour définir la nouvelle feuille de route du pouvoir. Ce sont eux qui poussent désormais à  un sursaut au sein de l’Institution menacée d’implosion: décréter une amnistie générale; mettre fin à la guerre des clans; tendre la main à des personnalités politiques reconnues et irréprochables comme l’ancien ministre des Affaires étrangères Taleb Ibrahimi ou l’ex Premier ministre Sid Ahmed Ghozali; diviser le Hirak pour mieux éteindre la contestation; ramener au bercail les brebis égarées de l’islamisme violent; et enfin, pour ces gardiens du temple étatique, dissuader l’actuel Président Tebboune, vieux, fatigué et marginalisé, de se présenter pour un deuxième mandat. « On ne peut pas écarter l’hypothèse, dit-on au Quai d’Orsay,  que certains clans au sein de l’armée cherchent également à pousser le général Chengriha vers la sortie, à en juger par les campagnes orchestrées contre son fils, payé par l’ambassade algérienne et  qui mène joyeuse vie à Paris ». ».

Brillant, expérimenté, proche de l’ex DRS et au mieux avec les Russes comme avec les Français, l »actuel ministre des Affaires Étrangères, Ramtane Lamamra, ferait en effet un Président très comestible aux yeux de beaucoup. On l’a vu récemment venir au secours du « Haut conseil de sécurité de l’armée », l’instance clé su système de pouvoir en Algérie qui avait adopté une position très agressive à l’égard de l’Espagne en se mettant ainsi à dos l’ensemble de l’Union Européenne. 

La bande des quatre

Quatre hauts gradés, issus des services secrets algériens, tentent chacun dans sa sphère d’influence, d’occuper le terrain politique. Le général Toufik qui reçoit beaucoup de monde dans sa villa d’un quartier résidentiel d’Alger, en compagnie du général Nezzar, l’ancien ministre de la Défense des années noires, joue un rôle de parrain attentif, mais sans vraiment arbitrer entre ses anciens collaborateurs revenus aux affaires.

Le colonel Djebar M’hena, qui dirige une discrète direction centrale du renseignement taillée sur mesure pour lui, est un ancien collaborateur de Toufik en charge aujourd’hui de la lutte contre l’action subversive. Longtemps, ce  militaire sans états d’âme s’appuyait surle colonel Hocine Boulahya, un ancien du DRS  rattaché aux services extérieurs (DDSE). Lequel montait des « opération spéciales » contre les opposants à l’étranger. Trop brutal et incontrôlé, ce dernier a été remercié, voici deux mois, par le général Chengriha qui tente, non sans mal, de maintenir un certain légalisme dans les initiatives de la barbouzerie algérienne  

Le colonel Chafik Mesbah, ancien du DRS et conseiller aux affaires réservées du Président Tebboune, joue un rôle majeur pour débaucher des personnalités politiques reconnues et ou servir de trait d’union entre la Présidence et l’État Major

Le général Abdelaziz Medjahed, un ancien également du DRS et l’actuel directeur de l’Institut des Hautes Études Stratégiques (INSEG), joue le rôle d’une utile boite à idées auprès de l’institution militaire sur les terrains les plus variés, politique, économique ou diplomatique     

-Le patron de la DCSA (renseignement militaire), le général Sid Ali Ould Zemirli, est à priori l’homme de confiance du chef d’état major, le général Ghengriha. Encore que ce gradé a été en 1988 le chef de cabinet du général Toufik, nommé à l’époque à la tète de la DCSA avant de prendre deux ans plus tard la tète de l’ensemble des services du DRS. Cette double allégeance ainsi que la place dominante qu’occupe désormais le renseignement militaire donnent au général Zemirli un rôle clé dans l’État profond algérien.

Plus que jamais, la formule du Président Boumedienne selon laquelle « l’armée est la colonne vertébrale de l’État et les services sa moelle épinière » reste d’actualité. À condition que l’institution militaire parle d’une seule voix. L’t&endue de l’amnistie, le 5 juillet, qui pourrait, dit-on, bénéficier au général Tartag qui, sous le rêgne de Bouteflika, fut le fosoyeur de l’ex DRS, sera un signe fort de la capacité de résilience du « système » algérien.

 

      

 

6 COMMENTS

  1. Monsieur Beau,
    Les intrigues et les luttes de pouvoir entre clans au sein du systeme politico-militaire Algerien, c’est pas mon probleme. Pour tout vous dire, je n’en ai cure.
    Par contre, je voudrais exposer a tout ceux qui veulent m’entendre, votre russophobie et votre haine tout autant.irationnelle envers le president Poutine. Je pourrait peut-etre encore comprendre que vous auriez eu des arriere grand-parents massacres durant les programs de 1905. Mais j’en doute, votre nom ne semble
    pas etre dans la meme categorie ethnique des Victoria Nuland ou des Keegan ou des Blinken.
    Vous nous donnez de plus en plus l’impresion que vous etes un suppot des wokes, cancel culture, radical liberaux, neo-cons, George Soros, Klaus Shwab, Jacques Attali, BHL, Bill Gates, LGBTQIA+, et toute la merde sulfureuse globaliste. Quand l’heure viendra on se souviendra de TOI de la meme facon des putes qu’on tondu le crane en 1945.
    Si j’etais vous, je toucherais ma pension de retraitre et m’irais me cacher au Cambodge ou en Thailande, avant qu’il ne soit trop tard. N’entendez vous pas le lourd pays que l’on enchaine?

  2. Monsieur Antar l’Algérie que vous décrivez n’est malheureusement pas celle que je connais du moins pendant mes vacances d été et auprès de ma famille. Comment expliquer que nous sommes riches et un des rares pays producteurs à avoir des immigrés?Comment expliquer que mes parents et des millions d autres on du quitter leur terre natale? Comment expliquer les pénuries alimentaires ou les prix exorbitant de pommes de terre ? Comment expliquer le prix de 1000 euros Paris/Alger par personne pour aller voir son pays sa famille… Et je ne parle même pas de corruption qui atteint des sommets. La hogra est de mise et mon cœur saigne.

  3. Khaled Nezzar, le boucher de la décennie noire qui s’était réfugié en Espagne, a été condamné par contumace à 20 ans de prison ferme. Quelques mois plus tard, par miracle algérien, l’avion présidentiel décolla d’Alger et le ramena chez lui avec les honneurs et le tapis rouge. Quelqu’un peut-il m’expliquer ce revirement ?

  4. Merçi Antar . Que dire de plus ?? Monsieur beau aime les plaventristes et les succès de l’Algerie lui reste en travers de la gorge . Antar ,un plaisir de lire votre commentaire

  5. Voici un commentaire vraiment pertinent et subtil Je vous en remercie C’est fructueux de discuter avec des experts comme vous

  6. Hé ! nicolas de merde ! ceux qui vous payent pourront bien vous virer! il vaudrait mieux pour vous de suivre des leçons sur l’art de la propagande! votre discours est celui d’un garçon de café qui ne maîtrise même pas son sujet !
    L’effondrement de l’Armée Algérienne ? Mais Oui ! C’est bien le rêve des rats qui émargent au sein de l’Etat profond français et de bernard émié !c’est aussi le rêve du narocokistan ! et aussi le rêve de l’entité sioniste!
    Vus ne parlez de clans que lorsqu’il s’agit de l’Algérie! Pour vous c’est propre à l’Algérie. Alors qu elle vient juste d’être citée dans un rapport occidental comme un pays qui s’est stabilisé avec l’achèvement des élections de toutes les Assemblées du pays depuis le hirak.
    30 généraux en prison ! vous expliquez cela par des luttes de clans! alors que tout le monde ici en Algérie mais aussi en france savent que ce sont des corrompus et qu ils ont été accusés d’enrichissements illicites!
    Parce que l’Armée Algérienne se « purifie » et chasse de ses rangs tout officier quelque soit son grade s’il est reconnu corrompu. L’Armée aujourd’hui est commandé par de jeunes officiers issus de grandes écoles et que leurs compétences reconnues donne du vertige a nos ennemis et adversaires allant du maroc a israél en passant par l’espagne et la france.
    vous n’êtes même pas au courant que Ould z’mirli a été limogé depuis plus d’un mois et que Djebar M’hena et non Djebha menah et est un Général major et non un colonel .
    Il n’y a aucune raison ou motif pour une implosion du pays. Un pays ou l’Etat se solidarise avec son peuple en accordant de subventions qui dépassent les 20 millions de dollars pour soutenir les prix. Un pays ou UN Euro rapporte plus de vingt baguettes de pain. un pays ou l’eau minerale qui grandement consommée est plus chère que l’essence. Un pays qui offre a plus de 12 millions d’Algériens une Ecole et une Université gratuite avec en prime des primes de scolarité pour les élèves du primaire, moyen et secondaire. Un pays ou la santé est gratuite. Un pays qui dépense plus de 2 milliards de dollars pour les diabétiques uniquement et ou les stylos d ‘insuline sont distribués en grandes quantité gratuitement et qui font l’objet de contrebande vers le maroc !…. Un pays ou la couverture électrique est égale à 100% et le gaz qui touche plus de 90% des foyers. des infrastructures routières qui dépassent les 150 mille kilomètres et qui font jalouser nos voisins marocains surtout ceux du rif qui ne rêvent que d un dispensaire pour faire des injections payantes ou d’une piste carrossables.
    Vous n’êtes pas les seuls qui mènent ce genre de guerre contre nous. beaucoup de rapports fleurissent ces jours -ci qui pensent que notre destin proche est l’implosion. Alors que c’est bien le cas du maroc qui est plus que sûr qu’il disparaîtra d’ici la fin de l’année en cours!!!
    Escroc, aventurier , truand , ce qui vous intéresse c’est uniquement l’argent…. que le maroc disparaisse cela est le dernier de vos soucis!…
    Avec cette mauvaise prestation , ceux qui vous payent seront obligés de vous virer!

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