En Arabie Saoudite, les couteaux sont sortis

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Le nouveau roi saoudien, Salman, totalement diminué, est un pape de transition. A Ryad, dans les coulisses des Palais, les dagues sont sorties. Et les prétendants au trône innombrables.

Salman_2Tant que les princes d’Arabie Saoudite se passaient le pouvoir de main en main, rien de grave. Ils étaient tous si âgés que les autres héritiers  patientaient, sachant qu’ils n’auront pas longtemps à attendre.

Cette fois, avec l’accession au trône de Salman, l’horizon se bouche. Un nuage noir s’annonce déja pour la succession qui pourrait être proche du nouveau souverain. Agé de 81 ans et sérieusement malade, Salman n’est qu’un souverain de transition qui, une fois disparu, rapprochera l’heure du saut à la troisième génération. Cette fois on devra mettre sur le trône un gamin de soixante ans. Qui, forcément et sauf accident ou crime, devra régner longtemps.

Ce scénario agite violemment les salons des palais de Ryad où, clans et familles, comme s’ils jouaient aux échecs, poussent leur pièces afin d’anticiper l’heure du grand renouveau.

Saut de génération

Salman, le nouveau roi, pour ménager l’avenir de sa faction, a nommé les siens aux postes clés. Pour le profane, choisir les siens semble une évidence, mais ce n’en est pas une à Ryad où la tradition voulait que l’on porte au pouvoir un panachage des clans. C’était le moyen, faute de contenter tout le monde, de ne mécontenter personne.  Or au Royaume des ténèbres qu’est l’Arabie Saoudote, Salman a abrogé cette règle en plaçant sa fratrie au avant- postes.

Ce casse-tête de la succession vient aussi du système théorique de désignation du roi, le système « adelphique » qui veut que tous les frères du souverain ont la possibilité de monter sur le trône. Ce qui provoque un énorme bouchon pour l’espoir de la jeunesse.

Frères et demi frères

Pour un jeune prince de trente ans, fils de roi, attendre que cinq ou six frères de son père tiennent chacun leur tour rôle au pouvoir, c’est prendre la mesure de l’éternité. Il faut ajouter que cette règle adelphique étant faite pour être violée, les successions sont souvent un exercice de trapèze volant où on passe en force  Inutile de lire Shakespeare pour imaginer les luttes et complots, les guerres de famille et les coups d’état provoqués par cet héritage en foire d’empoigne.

Ajoutons, pour être précis, que ces princes sont toujours des demi-frères. Ceux issus de la même mère se tiennent en une même caste, ainsi Salman est un Soudayri, du nom de sa mère qui était aussi celle de feu les rois Fayçal et Fahd, ainsi que des hommes aussi puissants de le prince Sultan, ministre de la Défense et Nayef, ministre de l’Intérieur (fils d’un autre Nayef, ministre de l’Intérieur décédé en 2012).  En 1982, les Soudayri  ont été obligés de laisser le pouvoir à Abdallah, ce demi-frère qui vient d emourir. Et ils n’entendent pas renouveler l’expérience. Pour Salman il s’agit de fermer le robinet et, contrairement au roi Fahd, qui avait ouvert les portes d’une possible succession à une centaine de princes, le nouveau roi entend assécher les prétentions au trone. Heureusement la « loi fondamentale » édictée par Fahd en 92 précise qu’entre les prétendants, le pouvoir sera attribué « à celui que le roi reconnait le plus capable »… Une soupape qui fait que la monarchie ne risque pas de devenir une sorte de république des princes.

Mouqrin l’héritier

Quel est donc le tableau de la succession de Salman, le roi tout neuf ? Sans être Stéphane Bern, on peut indiquer qu’aujourd’hui le prince Mouqrin joue le rôle d’héritier. A 72 ans, ce n’est pas un emploi de jeune premier. Mais là où se profile la jeunesse, c’est dans la posture, en troisième position, du prince Nayef, 55 ans et de son fils Mohamed Ben Salman un bébé de 35 ans. Voilà désignée la fameuse « troisième génération », celle qui va faire des rois ayant un développement durable.

Dans ce système compliqué il faut compter avec le rôle de Washington où on aime les choses simples. Les Américains désignent leur meilleur ami et les saoudiens sont priés de se prosterner. C’est ce qui vient de se passer, in extremis, avec la nomination de Nayef au poste de numéro trois. Au grand dam du fils du prince Sultan, qui fût naguère un état dans l’état, et qui guignait le poste. Ce prince mécontent, riche à milliards, sera pour Nayef bien difficile à contenir, et ce dernier devra le plus souvent marcher en regardant dans son dos. L’enjeu, pour Nayef, est de porter au trône un gamin de trente ans, Ben Salman, qui est son fils préféré.

S’il y parvient, la gérontocratie sera morte et l’Arabie aura connu une forme de révolution.

 

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