Emmanuel Macron au Burkina Faso: un pays au lourd bilan sécuritaire

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Le président français, Emmanuel Macron, est arrivé, le lundi 27 novembre, au Burkina Faso, alors qu’un attentat à la grenade a été perpétré contre l’armée française

Sur le papier, la comparaison est sans appel : d’un côté, les trente sept années de Blaise Compaoré chassé du pouvoir le 31 octobre 2014 par une insurrection populaire sans aucune attaque terroriste et de l’autre le régime de son successeur Roch Marc Christian Kaboré qui, au bout de vingt quatre mois, a connu au moins trois attaques terroristes spectaculaires, totalisant près de 60 morts.

Lourd bilan sécuritaire

A la surprise générale, la poudre avait été portée en janvier 2016 par des terroristes au cœur de la capitale Ouagadougou, lors de l’attaque qui a visé l’hôtel le Splendid et le café-restaurant le Cappuccino. On avait alors dénombré 30 morts et de nombreux blessés. A la fin de la même année 2016, une attaque terroriste contre une position de l’armée à Nassoumbou, au nord du pays sur la frontière avec le Mali, avait fait 12 morts parmi les militaires. En août dernier, une autre spectaculaire opération terroriste avait visé le restaurant Aziz Istanbul sur l’Avenue Kwamé N’Nkrumah, faisant 18 morts et des dizaines de blessés.

A ces actions d’éclat, s’ajoute le harcèlement quotidien des forces de défense et de sécurité du pays par des hommes du prédicateur Ibrahim Dicko, fondateur du mouvement Ansarul Islam et ancien lieutenant du chef djihadiste malien Amadou Koufa. Il n’en fallait pas plus pour que ce lourd bilan macabre pour que les partisans de l’ancien président bombent le torse et accusent l’actuel régime d’amateurisme. Ils mettent avant, pour accréditer leurs accusations, la dissolution du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et la mise à l’écart de nombreux « sécurocrates » du pouvoir Compaoré, dont le général Gilbert Diendiéré emprisonné depuis près de deux ans à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) à Ouagadougou. Il est poursuivi pour sa participation au coup d’Etat manqué de septembre 2015.

Task force Diendiéré, Chafi, Bassolé

S’il ne fait aucun doute que Blaise Compaoré avait bénéficié d’un contexte sous-régional favorable pour protéger son pays de toute attaque terroriste, il reste tout aussi vrai que l’ancien président avait su jouer de ses relations « pas toujours transparentes » avec les groupes djihadistes. Compaoré avait ainsi confié le mandat de négocier avec les preneurs d’otages de la région à une task force spéciale composée du général Diendéré, son chef d’état-major particulier, de Djibril Bassolé, son ministre des Affaires étrangères et du Mauritanien Moustapha Chafi, son conseiller spécial. Ce « trio infernal » avait alors réussi à transformer Ouagadougou en capitale de libération des otages occidentaux enlevés au Sahel. En 2012, c’est Diendéré qui était allé à Tombouctou chercher l’humanitaire suissesse Béatrice Stocky enlevée par Al-Quaïda au Maghreb islamique (AQMI) et Ansare Dine. Deux années plus tôt, les Italiens Sergio Cicala et Philomène Kaboré avaient recouvré la liberté suite aux négociations entre la task force de Compaoré et leurs ravisseurs. Il en fut de même en 2011 pour la Française Françoise Larribe, le Malgache Jean-Claude Rakotarilala et le Togolais Alex Kodjo Ahonado, trois des sept employés d’Areva enlevés au Niger en septembre 2010.

Dans la sous-région, ces libérations tous azimuts d’otage avaient fait de Compaoré un interlocuteur courtisé par les pays occidentaux. Et ce n’est pas un hasard si, au moment d’installer la base de ses Commandos d’opérations spéciales (COS), le choix de la France s’est porté sur la capitale burkinabé. L’ex-président avait également tissé d’excellentes relations avec les chefs rebelles touaregs nigériens et maliens qui avaient ouvertement leurs habitudes dans les hôtels de Ouagadougou. Certains d’entre eux naviguaient entre la rébellion et le djihadisme.

Compaoré a-t-il profité de ses contacts de médiateurs avec les djihadistes pour conclure avec eux « un deal » qui a préservé son pays ? Nombreux sont ceux qui, notamment dans les milieux du pouvoir actuel, répondent oui sans aucune hésitation.

Nerf de la guerre

« Nous savons bien par quels moyens Blaise a assuré la paix avec les djihadistes, mais nous ne ferons jamais comme lui », a balayé d’un revers de la main une des personnalités en vue du régime de Roch. Pour répondre au défi sécuritaire actuel, le Burkina Faso s’est engagé dans une double démarche.

D’abord au plan sous-régional, le pays recherche une réponse collective à la menace terroriste à travers son appartenance au G-5 Sahel, aux côtés du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad. Les cinq pays envisagent de mettre en place une force commune pour traquer les groupes djihadistes. Mais il leur manque le nerf de la guerre : l’argent pour financer la force commune. En effet, le G5-Sahel peine toujours à mobiliser les 400 millions d’euros nécessaires à la mise en place effective de sa force conjointe, malgré le passage du 19 au 22 octobre 2017 dans la région d’une mission du Conseil de sécurité venue spécialement de New York.

La bataille du renseignement

C’est sans doute au plan intérieur que le pays attend des résultats rapide de ses efforts pour lutter contre la menace. A cet effet, un certain nombre de mesures ont été prises récemment. Parmi elles, le remplacement des chefs de l’armée, de la gendarmerie, de la police nationale ainsi que la création d’une agence nationale de renseignement (ANR). Celle-ci devrait mieux coordonner la collecte et l’exploitation du renseignement, un travail actuellement effectué par plusieurs institutions (armée, police, gendarmerie, douane…) sans aucune synergie.

Autre signe de la volonté du président Kaboré de mettre fin aux attaques terroristes quasi quotidiennes, il a délesté son ministre d’Etat Simon Compaoré de son portefeuille de l’Administration du territoire afin qu’il se concentre désormais exclusivement sur la sécurité publique. M. Compaoré, qui cumule ses fonctions ministérielles avec sa casquette de président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, parti au pouvoir), a convoqué du 24 au 26 octobre 2017 à Ouagadougou les premières assises nationales sur sécurité.

En attendant des résultats concrets de toute cette stratégie, les Burkinabés, eux, se souviennent avec nostalgie qu’il n’y a pas si longtemps leur pays n’avait jamais connu d’attaque terroriste.

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