Egypte, le massacre de masse demeuré impuni

Partages

Du 13 au 16 aout 2013, soit un peu plus d’un mois après la coup d’Etat du maréchal Sissi en Egypte, un massacre de masse a été perpétré par les forces de l’ordre égyptiennes, sur les places Rabaa Al-Adawiya et Nahda au Caire. C’était il y a six ans.

Une chronique de Rabha Attaf

En ce mois d’aout 2013, les forces de l’ordre égyptiennes ont « méthodiquement ouvert le feu sur des foules de manifestants », dénonçait dans un rapport édifiant l’ONG Human Rights Watch (HRW), un an après les faits, parlant même d’une « tuerie de masse » qui « s’apparente probablement à un crime contre l’humanité ».

Un acte planifié à haut niveau

Dans ce rapport présenté à la presse au Caire par vidéoconférence depuis l’étranger, HRW, citant plus de 200 témoins, parle de 817 morts sur la place Rabaa seule, et assure qu’il s’agit d’un « acte de répression planifié au plus haut niveau ».

L’ONG a mis en ligne une vidéo de huit minutes (en anglais), racontant le déroulé de cette journée du 14 août 2013, témoignages à l’appui. « Vers 6 heures du matin, il y a eu des tirs, qui provenaient d’un immeuble à côté, décrit Moaz Alaa, un étudiant cairote interrogé. Je me suis rendu compte que c’était des balles réelles, tirées sans avertissement  (…) Deux hommes qui se tenaient à ma gauche et à ma droite sont tombés. Je me suis retrouvé seul au milieu, j’étais choqué. Les gens autour de moi mouraient et je ne pouvais rien faire. »

Selon Kenneth Roth, le directeur exécutif de HRW, il s’agissait d’« un plan qui prévoyait la mort de plusieurs milliers de personnes et qui a été élaboré au plus haut niveau ». « Sur la place Rabaa, les forces de sécurité égyptiennes ont perpétré l’une des plus grandes tueries de manifestants en une seule journée dans l’histoire récente »

Assurant que la plupart des responsables d’alors sont toujours au pouvoir en Egypte, HRW nommait des officiers de haut rang ainsi que des responsables politiques, dont le maréchal à la retraite Al-Sissi, alors ministre de la défense mais surtout véritable homme fort du pouvoir devenu président. Tous « devraient faire l’objet d’une enquête », ponctuait M. Roth.

Les Frères Musulmans emprisonnés par milliers

Depuis le coup d’état militaire du 4 juillet 2013 qui destitua le président Mohamed Morsi, décédé le 17 juin dernier alors qu’il comparaissait devant la cour criminelle du Caire (https://mondafrique.com/la-mort-programmee-du-president-morsi-volet-1/), ses partisans occupaient par milliers ces deux places du Caire ainsi que d’autres, dans les principales grandes villes du pays. Ils exigeaient pacifiquement le retour du président déchu. 

Pourqquoi une telle violence ? Ce massacre sanglant, destiné à dissuader toute contestation du coup d’Etat militaire, a été le point de départ d’une répression féroce des Frères Musulmans, emprisonnés par milliers, mais aussi des autres courants le l’opposition, des défenseurs des droits humains, des syndicalistes et des journalistes. Depuis, la société civile égyptienne vit sous la terreur générée par les disparitions forcées, les procès politiques expéditifs, ainsi que tout un dispositif liberticide mis en place au nom de « la lutte contre le terrorisme ». 

A l’époque, les images des places ensanglantées cernées de chars avaient fait le tour du monde et provoqué des protestation de la Communauté internationale. Sans plus : la « purge » politique se poursuit en toute impunité !

Rabha Attaf, grand reporter, auteure de « Place Tahrir, une révolution inachevée », éditions Workshop 19

Partages