Dans l’Egypte de Sissi, 200 détenus en grève de la faim

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Plus de 200 prisonniers de la prison de Tora au Caire ont déclenché une grève de la faim depuis le 19 juin dernier, deux jours après la mort du président Mohamed Morsi.

Le mouvement des prisonniers met en cause les conditions inhumaines de détention, les traitements dégradants et les tortures, la suspension régulière des droits de visite et la destruction des maisons familiales de certains prisonniers.

La prison de Tora au Caire est un quasi camps de concentration où les détenus sont quotidiennement torturés

Nus sous un soleil de plomb

Pour briser ce mouvement de grève, l’administration pénitentiaire a fait preuve d’inventivité en matière de cruauté. Coups et gaz lacrymogènes se sont abattus sur les détenus, trente d’entre eux ont été menottés en permanence tandis que d’autres,  par roulement, ont été exposés  nus, pendant de longues heures dans une cour et sous un soleil de plomb. Régulièrement frappés par les matons, certains finissaient par s’évanouir avant d’être mis sous perfusion à dose massive de glucose. Ce qui a aggravé l’état de santé des diabétiques.

Cerise sur le gâteau, une cinquantaine de grévistes -certainement considérés comme leaders- ont été transférés au quartier de haute sécurité Scorpion, où ils ont été mis à l’isolement total, c’est à dire « enterrés vivants » dans des cellules sans lumières et sans aucun équipement. Mais malgré tous ces traitements atroces, 134 irréductibles refusent encore de se nourrir à ce jour.

Les inquiétudes d’Amnesty

Dans un rapport alarmant datant de 2018 et intitulé Crushing humanity: the abuse of solitary confinement in Egypt’s prisons, Amnesty International révélait d’ailleurs que les nombreux militants des droits humains, journalistes et membres de l’opposition placés en détention à l’isolement sont soumis à de terribles violences physiques. Selon ce rapport, ces détenus d’opinion sont enfermées dans leur cellule 24 heures sur 24 et plusieurs semaines d’affilée, privées de tout contact et soumises à d’épouvantables conditions de détention.   « Ils sont notamment frappés par les gardiens de prison, et on leur plonge à plusieurs reprises la tête dans un récipient rempli d’eau polluée par des excréments humains. Les souffrances psychiques et physiques qui leurs sont infligées de façon intentionnelle causent des crises de panique, des troubles paranoïaques, une hypersensibilité aux stimuli, et des difficultés de concentration et de mémorisation. » Une méthode radicale pour briser à vie toute personne récalcitrante au régime d’Al-Sissi !

Rabha Attaf, grand reporter, auteure de « Place Tahrir, une révolution inachevée »

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