- Mondafrique https://mondafrique.com/economie/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Thu, 12 Feb 2026 14:21:16 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/economie/ 32 32 Série Niger-économie (3). Ouvrir les possibles https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-3-ouvrir-les-possibles/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-3-ouvrir-les-possibles/#respond Sat, 14 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147061 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode […]

Cet article Série Niger-économie (3). Ouvrir les possibles est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode 2), ce troisième et dernier épisode décrit la stratégie des autorités pour s’émanciper de l’étouffante tutelle bancaire ouest-africaine.

Par Paolo Vieira

Le choix du Président Tiani porté sur Maman Laouali Abdou Rafa, le 26 janvier, comme nouveau ministre des Finances n’est pas anodin. Il ne s’agit pas seulement de faire revenir à un poste politique un technicien qui connait parfaitement la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest et le ministère des Finances. D’autant plus que le nouveau ministre est marqué par sa proximité avec le parti rose qui a dirigé le pays depuis 2011 : il était aux manettes quand le Niger de Mahamadou Issoufou s’endettait. Le président Tiani ne s’est jamais caché de son option de voir son pays et l’Alliance des États du Sahel (AES) que forment le Niger, le Mali et le Burkina Faso s’engager dans la souveraineté monétaire. Et Maman Laouali Abdou Rafa pourrait, peut-être plus facilement que Lamine Zeine, initier cette transition financière, d’autant plus que le système de marché des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) semble à présent ébranlé.

Oublier le passif ?

Pour ce qui est de l’endettement considérable du Niger, il faut rappeler que le nouveau patron des finances publiques était l’homme clé de la dette et des émissions à l’époque d’Issoufou puis de Bazoum. De 2015 à 2021, il sera successivement au cabinet du Premier ministre en tant que coordonnateur du Comité Interministériel de Suivi de la Politique d’Endettement de l’État et de Négociation des Aides Budgétaires (CISPEE/NAB) et au ministère des Finances comme directeur général des opérations financières et des réformes, secrétaire général adjoint puis secrétaire général du ministère des Finances, à partir du 22 avril 2021. L’endettement sur cette période est considérable et, de 100 milliards de francs CFA de service de la dette par an en 2013, le Niger doit débourser 500 milliards par an en 2021. Rien de très glorieux, donc, pour l’ancien coordonnateur du comité interministériel de suivi de l’endettement de l’État.

Maman Laouali Abdou Rafa, le ministre de l’Économie et des Finances du Niger.

De plus, le « Niger bashing » fruit de l’agressivité du président français à l’égard du nouveau pouvoir qui a fait avorter ses grands projets au Sahel a contribué à la dégradation de l’image du pays sur les marchés financiers, en l’occurrence  le marché des titres publics de l’UEMOA, devenu la source de financement la plus importante des États membres. En effet, depuis 2023, on observe une forte hausse de l’écart (qu’on appelle le « spread ») entre les taux de rendement de certaines obligations souveraines et le taux de rendement de l’émetteur régional de référence, qui est la Côte d’Ivoire. Le Burkina Faso, la Guinée‐Bissau, le Mali et le Niger sont particulièrement concernés.

Sur le marché des titres de l’UEMOA, le Niger doit payer une prime de risque significative (10 %). Le marché accepte de financer tout le monde, mais pas au même coût. Cette sélectivité accentuée est le signe d’un marché plus mature, mais aussi plus exigeant. En clair, si l’on compare à ce que la Côte d’Ivoire pays de référence en raison de son poids économique dans l’Union et de la qualité́ de sa note auprès des agences de notation paye pour emprunter, le Niger doit à présent offrir une prime de 3,5% sur le taux d’intérêt. Le Niger est moins apprécié que le Mali quand il émet des obligations du Trésor dans la région.

Des signatures de valeur inégale 

Le Sénégal aussi connait aussi un « spread » élevé sur ses emprunts sur le marché des titres de l’UEMOA. En 2025, l’État sénégalais a pourtant levé 2 224 milliards de francs CFA sur le marché local des titres publics à travers UMOA-Titres. Pour l’année 2026, les ambitions sénégalaises sont nettement revues à la hausse. Le directeur de la dette, Aliou Diouf, a annoncé que le volume global de ressources à lever atteindra 6 075 milliards de francs CFA, plus de cinq fois les émissions nigériennes. Mais outre les montants importants du Sénégal, qui augmentent les risques des prêteurs et lui coûtent cher, Dakar assume, comme Niamey de son côté avec ses derniers Présidents, le fardeau de la dette considérable et cachée du régime Macky Sall. Lamine Zeine a été peu entendu quand il rappelait combien les gestions financières d’Issoufou et de Bazoum avaient alourdi à des niveaux insoupçonnés l’endettement public. C’est la dette souveraine nigérienne extérieure et domestique que sanctionne le marché des titres de l’UEMOA, plus que le risque politique du régime du général Tiani, qui semble se consolider.

Malgré l’union monétaire, malgré une monnaie commune et une politique monétaire centralisée, les investisseurs opèrent une distinction très claire entre les signatures. En 2025, cette hiérarchisation est plus visible que jamais. Le Bénin (6,2 %) et la Côte d’Ivoire (6,7 %) continuent de profiter des conditions les plus favorables, quand d’autres États comme le Niger paient le prix fort et sont soumis à des échéances rapprochées de remboursement. Quoiqu’il se passe, l’une des missions du nouveau ministre des Finances sera de rétablir la qualité de la signature de son pays.

Les ministres des Finances du Niger, du Mali et du Burkina Faso approuvent les statuts de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), le 11 décembre 2025 à Bamako.

Vers le décrochage ?

Certains voient dans le nouveau ministre l’expert du système monétaire ouest-africain qui conduira l’accélération concrète de la construction de l’autonomie économique, avec, en ligne de mire, la création d’une monnaie propre à l’Alliance des États du Sahel.

« Le projet de monnaie commune, évoqué depuis la formation de l’Alliance, apparaît plus que jamais comme l’étape décisive pour concrétiser cette souveraineté retrouvée sur le plan politique et sécuritaire», écrit Jean-Jacques Boulot dans le Faso.net, le 29 janvier.  Il est certain que si l’UEMOA reste une source majeure de refinancement des pays membres, les contraintes et les lacunes de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sont des obstacles quotidiens au fonctionnement du système financier et donc de l’économie.

Dans « La crise bancaire qui couve en zone UEMOA : l’argent coûte cher et se raréfie» (publié en juillet 2025 par le Policy Center for the New South), Seydina Alioune Ndiaye explique que la stabilité apparente des taux de change, à l’intérieur de l’UEMOA et vis-à-vis de l’Euro, ne doit pas cacher que l’argent se raréfie du fait de la politique monétaire bureaucratique et erratique à la fois de la BCEAO. « Les banques thésaurisent et s’engraissent avec les rémunérations des bons du Trésor », rappelle-t-il. Par ailleurs, les présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron œuvrent à un élargissement et à une nouvelle monnaie associant le Ghana, et pourquoi pas le Nigeria. Tensions centripètes de tous côtés. En quittant la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont soustraits au cadre qui devait mener à l’adoption de l’« Eco », une monnaie toujours liée à la France et pilotée par la BCEAO. Cette sortie sera-t-elle le prélude indispensable pour mener librement leur propre projet monétaire ?

Recentrage sur la maison !

La mise sur pied de la Banque d’Investissement et de Développement de l’AES à Ouagadougou pose déjà les bases d’une architecture financière autonome, capable de financer des projets structurants sans dépendre des circuits traditionnels. Les politiques de renégociation ou de nationalisation dans le secteur minier (or, uranium, dont les trois pays de l’AES sont bien dotés) visent à reprendre la main sur les principales richesses nationales, qui constitueront le socle économique et la garantie de la future monnaie.

Quoiqu’il en soit, le nouveau ministre des Finances du Niger doit, avant de bâtir la nouvelle monnaie de l’AES, consolider les finances publiques nigériennes. L’inspection générale des Finances du pays, peu de temps avant son arrivée, a dressé un état des lieux de la gestion de la trésorerie et de la comptabilisation des recettes qui n’est pas satisfaisant. Le principal problème de l’administration financière du Niger réside dans le déficit de rigueur et de prévision dans la gestion de trésorerie de l’État. Ces insuffisances techniques sont aggravées par la gouvernance non orthodoxe du Trésor public. En effet, malgré les efforts remarquables fournis par les régies financières au cours des dernières années, la régulation et l’exécution de la dépense n’ont pas été à la hauteur des attentes, malgré les directives du Comité de trésorerie. Ces mauvaises habitudes se perpétuent au fil des régimes et servent à tisser des liens de connivence politique et clientéliste. Outre l’image négative du Trésor public qui rejaillit sur les gouvernants, il s’agit de manquements qui peuvent compromettre le paiement régulier des salaires des fonctionnaires et des pensions et mener au défaut de paiement.

Le ministre des Finances de 2026 va donc se battre sur deux fronts, l’un, intérieur, avec un Trésor enkysté dans de mauvaises habitudes, et l’autre, extérieur, où Abidjan n’est pas dans les meilleures dispositions vis à vis de Niamey.

 

 

Cet article Série Niger-économie (3). Ouvrir les possibles est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-3-ouvrir-les-possibles/feed/ 0
Série Niger-économie (2). Uranium et réveil minier https://mondafrique.com/economie/serie-niger-economie-2-uranium-et-reveil-minier/ https://mondafrique.com/economie/serie-niger-economie-2-uranium-et-reveil-minier/#respond Fri, 13 Feb 2026 05:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147049 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. L’épisode 1 a décrit les efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile. Avec ce deuxième épisode, nous abordons la stratégie […]

Cet article Série Niger-économie (2). Uranium et réveil minier est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. L’épisode 1 a décrit les efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile. Avec ce deuxième épisode, nous abordons la stratégie du Niger pour mieux tirer parti des ressources de son sous-sol, à commencer par son uranium, exploité par la France jusqu’au coup d’État et qui fait l’objet d’une bataille judiciaire acharnée avec Paris.

Par Paolo Vieira

L’uranium, un héritage colonial redevenu rentable

L’uranium, héritage colonial d’Areva (devenu par la suite Orano) avait cessé de représenter un atout important pour le Niger, qui détient pourtant 5% des réserves mondiales. Avec ses réserves estimées à près de 180 000 tonnes d’uranium en terre, le site géant d’Imouraren aurait dû devenir la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique de l’Ouest et la seconde plus grande mine d’uranium au monde. À terme, sa production devait atteindre 5 000 tonnes d’uranium par an et se maintenir pendant plus de trente-cinq ans. Orano a reporté son exploitation sous divers prétextes pendant vingt ans. Cette défaillance a fini par être sanctionnée, non pas par le nouveau pouvoir nigérien, mais bien par Mohamed Bazoum lui-même du temps où il était aux affaires. C’est lui qui a retiré à Orano son permis d’exploitation, en juin 2023.

Anne Lauvergeon dite « Atomic Anne », en compagnie du Premier ministre du Niger Seyni Oumarou, le 4 mai 2009, à la cérémonie de lancement d’Imouraren.

Le mécontentement nigérien à l’égard d’Orano trouve aussi sa source dans 20 millions de tonnes de déchets radioactifs laissés sur le site de la mine souterraine d’Akokan, près d’Arlit, fermée en 2021 après l’épuisement des réserves. La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIAD), une organisation non gouvernementale française, a déclaré, dans plusieurs articles, que les déchets radioactifs sur le site de la mine devaient être recouverts d’argile, ce que la société française n’a pas fait. Selon la CRIIAD, 20 millions de tonnes de boues radioactives menacent directement la santé de 100 000 personnes dans la région. Les autorités nigériennes ont officiellement porté plainte contre Orano à ce sujet. En décembre, le ministre de la Justice Alio Daouda a accusé l’entreprise «d’avoir créé un désastre écologique au Niger» s’apparentant à des «crimes de masse». De son côté, Orano accuse le Niger de l’avoir exproprié et a engagé plusieurs procédures contre le pays.

L’une des deux sociétés franco-nigériennes qui exploitaient l’uranium d’Arlit, la Somaïr, a été nationalisée en 2025 par le gouvernement. Dans le processus de récupération de ses actifs, le gouvernement a retiré en novembre 2025 d’Arlit (site exploité par le Commissariat à l’Énergie atomique, puis Areva-Orano pendant cinquante ans) un stock d’uranium d’une valeur de 170 millions de dollars US. Ce « yellow cake » pourrait être cédé à Axia Resources, une société installée au Niger le 5 décembre 2025. C’est une filiale d’Axia Power FZE,  établie à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis. Certaines sources lient Axia à Rosatom, la compagnie publique russe de l’énergie nucléaire, qui dit, de son côté, ne pas avoir de rapports formels avec Axia.

Un prix spot triplé depuis 2021

Le marché international de l’uranium est devenu profitable au Niger au moment où ce pays ne peut plus évacuer aisément son stock ni sa production de yellow cake. En effet, encore inférieur à 66 000 dollars US la tonne en janvier 2021, le prix spot de l’uranium a presque triplé pour dépasser 180 000 dollars US la tonne fin 2025.

Un protocole d’accord pour l’exploitation de nouvelles mines avait déjà été signé en juin 2023 entre Niamey et la China National Nuclear Corporation (CNNC), opérateur du site de la Somina. Mais en cas de redémarrage effectif des activités, la Somina n’est pas en mesure, à elle seule, d’aider le Niger à retrouver sa place parmi les leaders mondiaux. Selon les chiffres de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, la meilleure performance de la mine chinoise date de 2012, année au cours de laquelle 201 tonnes d’uranium ont été extraites.

Le Niger peut, en revanche, compter sur le projet Dasa, piloté par le canadien Global Atomic. Ce dernier ambitionne de mettre en service sa mine d’ici 2027, avec une production totale de 68,1 millions de livres sur environ 24 ans, soit une moyenne annuelle d’environ 2,9 millions de livres ou 1 315 tonnes. A titre de comparaison, la dernière année où Orano a opéré au Niger sans tensions, en 2022, le pays a produit 2020 tonnes selon les chiffres de la World Nuclear Association. L’ouverture de la mine de Dasa, prévue en 2026, dépend, néanmoins, de contraintes logistiques et financières, en l’occurrence la mobilisation des fonds nécessaires aux travaux de construction et la sélection d’itinéraires adéquats pour approvisionner la mine et exporter la production.

Cuivre, lithium … et encore de l’uranium

Des permis d’exploitation du cuivre et du lithium ont aussi été attribués à la Compagnie Minière de l’Aïr (société nationale publique-privée). La production espérée est de 2 700 tonnes de cuivre par an pendant dix ans, ce qui devrait générer 300 emplois directs. La redevance minière doit, elle, rapporter 4 milliards de francs CFA (6 millions d’euros) à l’État.

En octobre 2024, le gouvernement nigérien a également renouvelé pour trois ans la licence d’exploration de l’Australien ENRG Elements dans la région d’Agadez. Enfin, le groupe américain «African Discovery» est en passe d’acquérir un permis d’exploration à proximité d’Imouraren, a écrit World Nuclear News dans un article de juillet 2024. .

Par ailleurs, toujours dans la même région du nord, un permis pour une « petite exploitation minière d’uranium » est accordé à une autre société nigérienne, la Compagnie minière de recherche et d’exploitation (Comirex SA) dans la commune rurale de Dannet, dans le département d’Arlit, pour une production envisagée de 300 tonnes par an pendant cinq ans. Cominair et Comirex sont des sociétés de droit nigérien « appartenant à des nationaux », avec des participations de l’État atteignant respectivement 25 % et 40 %, selon le gouvernement. La coentreprise Royal Gold Niger, créée en 2025, devrait, avec l’émirati Suvar, édifier une raffinerie et un centre de polissage de l’or.

Visite officielle du ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsivilev, à Niamey, le 28 juillet 2025.

Mieux valoriser les ressources

En deux ans, des progrès significatifs en vue d’une mise en valeur des ressources minières sont à signaler. Cependant cette phase absorbe de l’argent plus qu’elle n’en produit. Ce qui peut expliquer que, dans le cadre du contentieux qui l’oppose à Orano, l’État du Niger s’engage dans une nouvelle stratégie de défense fondée sur une approche innovante de valorisation de l’uranium naturel.

Il s’agit de considérer l’uranium non seulement comme une matière première minière, mais également comme une source d’énergie stratégique, comparable aux hydrocarbures et autres ressources énergétiques majeures. Cette méthode vise à établir une correspondance entre le potentiel énergétique de l’uranium et celui d’autres sources d’énergie, afin d’en déduire une valorisation plus équitable des achats passés d’Orano et de politique de cession sur le marché international. Ces orientations ont été confirmées au mois de décembre 2025 avec la signature d’’un mémorandum de coopération avec la Russie par Timersoi National Uranium Company (TNUC), une société nigérienne d’exploitation de l’uranium.

La demande russe

Timersoi a signé, le 9 décembre 2025, avec la filiale de la Rosatom Uranium One Group – qui l’annonce sur son site internet – un accord de coopération pour conduire conjointement des explorations, obtenir les permis nécessaires et, à terme, établir des opérations minières. Issoufou Tsalhatou, le secrétaire général de Timersoi National Uranium Company (TNUC), s’est félicité à cette occasion de pouvoir, avec les partenaires russes expérimentés, réaliser des projets de développement des ressources stratégiques du Niger. De son côté, Pavel Larionov, le président d’Uranium One, estime que cette coopération combinera le potentiel géologique exceptionnel du Niger et les technologies avancées de Rosatom.

La Russie est présente dans le secteur uranifère depuis 2011 et l’obtention d’un permis d’exploration à Tloulouk par GPB Global Resources. Quatre autres permis sont détenus par African Minerals, une compagnie qui appartient à un Russe. Une délégation nigérienne s’est rendue en mars 2024 au salon Atomexpo à Sochi, principal évènement international de Rosatom.

Il faut rappeler que la Russie a besoin d’uranium naturel. En effet, l’approvisionnement en uranium naturel constitue le principal point de faiblesse de l’industrie nucléaire russe. Pour son propre parc, la Russie consomme 5 430 tU. À ce volume, il faut ajouter le minerai nécessaire pour honorer les contrats de fourniture à vie en combustible que Rosatom adjoint à l’exportation de ses réacteurs. Si l’on ne prend en considération que ceux signés avec la Biélorussie, le Bangladesh, l’Égypte, la Turquie, l’Inde, la Hongrie et l’Arménie, il faut ajouter 4 680 tU. C’est sans compter les contrats avec la Chine, dont il est difficile d’établir les volumes. En moyenne,  le cabinet UxC considère que la Russie consomme près de 13 000 tU par an. Or, la production russe est très largement insuffisante. En 2023, AtomRedMetZoloto (ARMZ), la filiale de Rosatom responsable des mines d’uranium en Russie, ne produisait que 2 710 tU154, soit 20 % des besoins. Pour soutenir son activité, Rosatom a développé l’extraction de coproduits, dont l’or et les terres rares, et recherché des financements étrangers.

 

 

Cet article Série Niger-économie (2). Uranium et réveil minier est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/economie/serie-niger-economie-2-uranium-et-reveil-minier/feed/ 0
Série Niger-économie (1). Sortir du tunnel https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-1-sortir-du-tunnel/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-1-sortir-du-tunnel/#respond Thu, 12 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146985 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays : des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile – en grande partie héritée de la dette accumulée par les […]

Cet article Série Niger-économie (1). Sortir du tunnel est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays : des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile – en grande partie héritée de la dette accumulée par les deux régimes socialistes qui se sont succédé aux affaires à partir de 2011 –, en tirant un meilleur parti des ressources du sous-sol et en se libérant de l’étouffante tutelle bancaire ouest-africaine, aux côtés de ses voisins de l’Alliance des États du Sahel. 

Par Paolo Vieira

Remaniement aux finances

Il y a peu, le 26 janvier 2026, sur décret d’Abdourahamane Tiani, Ali Mahamane Lamine Zeine laissait le portefeuille de l’Économie et des finances mais conservait la fonction de Premier ministre qu’il occupe depuis août 2023. Cette décision est intervenue après une fin d’année très difficile pour les finances publiques car en décembre, ni les salaires de la fonction publique ni le paiement du service de la dette extérieure n’ont été assurés. Le défaut souverain momentané de la République du Niger est passé relativement inaperçu.

Pourtant, le Niger ne va pas si mal du point de vue économique si l’on observe son évolution depuis deux ans et demi. Et le décret  du 28 octobre 2025 par lequel le Président de la République a transféré une large part de ses prérogatives et pouvoirs au Premier ministre a fait de ce dernier le véritable chef d’orchestre de l’administration et le relais direct entre les membres du gouvernement et le chef de l’État. En quittant le ministère des Finances, Lamine Zeine laisse une situation financière tendue mais qui a survécu au cyclone des sanctions et de la baisse de l’aide publique au développement.

Le Niger a changé. Le compte courant, celui qui, dans la balance des paiements, fait le solde des achats et des ventes de biens et services à l’extérieur, est rééquilibré. Les Nigériens de l’extérieur envoient de l’argent dans leur pays et les investissements directs étrangers apportent des devises. Cela permet des réserves de change enregistrées à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le déficit budgétaire, et surtout son financement, ont été maîtrisés par la diminution drastique de la dépense publique. La reprise des accords de programme avec le Fonds monétaire international (FMI) jusqu’à fin décembre 2025 a permis la mobilisation de lignes de crédit de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD). Chose absolument nécessaire, car, malgré la contraction des dépenses publiques, le budget 2025 s’élevait à 5 milliards de dollars US. L’année 2026 devrait coïncider avec un nouveau départ économique et financier après les années difficiles traversées par le Niger depuis le Covid-19.

2021 : la montée des périls

Lorsque les militaires nigériens renversent Mohamed Bazoum, le 26 juillet 2023, le pays semble sur un chemin de croissance favorable et il bénéficie d’un programme financier du FMI qui lui autorise de nombreux prêts et dons des bailleurs multilatéraux et bilatéraux. La production pétrolière a pris un peu de retard, mais l’année 2024 est censée voir le début des exportations via le pipe-line qui relie le site d’Agadem au terminal de Sèmè au Bénin. Mais ce tableau flatteur est, en réalité, le fruit de l’aveuglement du FMI – voire de sa complicité – à l’égard de l’envolée de la dette intérieure de l’État.

La direction de la dette publique rattachée à la Direction générale du Trésor, souligne pourtant, en mai 2021, dans une note intitulée «stratégie d’endettement public pour la période 2021-2023» le risque de refinancement : « Le profil d’amortissement de la dette publique révèle un important risque de refinancement dû, d’une part, au remboursement des OAT (Obligations du Trésor) en 2022, 2023 et 2025 et du revolving des BAT (Bons du Trésor) en 2021 et les années suivantes et d’autre part, au remboursement des prêts syndiqués entre 2022 et 2026 dont les paiements du principal sont en moyenne de 22,6 milliards de francs CFA par an. L’échéance moyenne du portefeuille total est de 8,9 ans et la dette à repayer dans un an est de 14,3% de la dette totale. Pour la dette intérieure, l’échéance moyenne est de seulement 3,5 années et la dette à repayer dans un an est de 28,0% de la dette intérieure.» La dette intérieure, qui représente la moitié de la dette totale du Niger, doit, théoriquement, être remboursée de 2022 à 2024. Mais cela ne sera pas le cas et les arriérés s’accumuleront entre 2021 et le coup d’État.

2023 : le choc des sanctions

Suite au renversement de Mohamed Bazoum, alors qu’un plan d’urgence et ordonné de traitement de la dette intérieure (gonflée par de nombreuses créances douteuses ou fictives) s’impose, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la BCEAO entreprennent, sous l’égide du Président Macron, d’asphyxier le Niger commercialement et financièrement. Plusieurs pays et régions – notamment la CEDEAO et l’UE – ordonnent des sanctions qui nuisent gravement à une économie nigérienne déjà faible, si l’on en croit un rapport de Crisis Group de décembre 2023. Presque toutes les frontières sont fermées et les échanges commerciaux gelés, ce qui entraîne la suspension des transactions financières du gouvernement et le gel des avoirs du pays dans les banques extérieures.

Les retombées conduisent le nouveau pouvoir nigérien, et en particulier le Premier ministre Lamine Zeine, à amputer son  budget 2023 de 40 % et à ne pas honorer quatre paiements de dette pour un montant total de 519 millions de dollars US en février 2024.

Une inflation des prix des denrées alimentaires fait basculer au moins 1,1 million de Nigériens sous le seuil d’extrême pauvreté, ce qui porte leur nombre total à 14,1 millions de personnes, soit 54 % de la population du pays, écrit African Center en mai 2024. Après de nombreux efforts pour contrer l’hostilité française à un accord avec le FMI, le Niger finit par bénéficier de deux programmes (la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité de résilience et de durabilité (FRD)) avec un décaissement de 51 millions de dollars US en janvier 2025. C’est donc seulement en 2024 qu’on observe un début de normalisation avec les institutions de Bretton Woods et la BCEAO.

Cependant, pendant les sanctions, le Niger doit faire face aux échéances des titres UEMOA : 500 milliards de francs CFA en 2023, 600 milliards en 2024 et 800 milliards en 2025. Sous l’effet des sanctions de la BCEAO, il ne peut pas se refinancer en 2023 et jusqu’à la fin du premier quadrimestre 2024. Le blocage des transferts bancaires suscite des arriérés de paiement de la dette extérieure et intérieure et les banques locales sont asséchées.

2025 : des tensions de trésorerie

À la fin de l’année 2025, Sama Mamane, du secrétariat général du ministère des Finances, rappelle que  «le recours fréquent à des avances de trésorerie et de crédit relais auprès des banques locales, certains avec des taux d’intérêts élevés, a contribué à alourdir la situation de la dette intérieure ». De plus, poursuit-il : « le montant des arriérés au lendemain de la levée des sanctions économiques et financières injustement imposées à notre pays est ressorti à 701,8 milliards de francs CFA constitué de dette intérieure pour un montant de 565,9 milliards de francs CFA et de dette extérieure pour un montant de 135,9 milliards de francs CFA. C’est à la prise en charge de ces arriérés, en plus du service courant, que le gouvernement s’est attelé, dans le contexte de difficulté de trésorerie. » Il y a un effet boule de neige de la dette intérieure cachée du Président déchu et des sanctions monétaires et financières de la BCEAO. Plus de 70% des échéances de dette prévues en 2026 par le Niger sur le marché régional UMOA-Titres proviennent d’emprunts contractés en 2025, selon les données officielles du marché. Au total, 660,38 milliards de francs CFA de titres émis en 2025 arriveront à échéance en 2026, pour l’essentiel sous forme d’emprunts à un an, concentrés sur les mois de janvier à août à des taux élevés. Ces levées de fonds, comme le dit Sama Mamane, sont destinées à combler les emprunts et les arriérés des gestions héritées en 2023.

La croissance ne suffit pas

Sous l’effet de la pression de la dette intérieure, le chemin est très étroit entre le paiement des salaires et celui des remboursements d’échéances. Il s’en suit, dès que le comité de trésorerie des Finances s’écarte du calendrier fixé, des retards de paiement de la solde, comme ce fut le cas en décembre 2025. Les bons chiffres de l’économie, avec une croissance du PIB de plus de 6% en 2024 et 2025, ne suffisent pas à éponger la dette du régime précédent. En effet, alors que les tensions de trésorerie sont immédiates, le gain de la production minière et pétrolière et des exportations est plus lent à réaliser.

Avant le pétrole, le Niger comptait sur l’or (en 2022, 70% des exportations) et les autres minerais (dont l’uranium, 20% des exportations en 2023) pour recevoir des devises. En 2024, les exportations de pétrole ont commencé et elles se sont poursuivies en 2025, non loin de leur objectif de 110 000 barils/jour. Cette mise en régime de la production pétrolière n’a pas été une affaire facile, tant en raison de conflits avec le Bénin, actionnaire de la West African Oil Pipeline Company, que de la nécessité de réviser les modes de partage et de gestion de la production pétrolière avec la partie chinoise. Avec patience, ce processus de rapprochement entre Niamey et Pékin a été célébré par le Premier ministre à l’occasion du 70ème anniversaire de la coopération entre les deux pays, en janvier 2026. La part qui revient au Niger est obérée par l’avance sur recette que le Premier ministre a dû solliciter en avril 2024 auprès du partenaire chinois. Cette enveloppe de 400 millions USD lui a permis de passer le cap très délicat de l’étranglement coordonné par la BCEAO et Paris. Mais elle a un coût : un intérêt de 7% par an.

Nécessaire reprofilage

En dépit des agressions externes et des attaques des groupes armés, les recettes fiscales de la Direction Générale des Impôts ont augmenté, en 2025, de plus de 300 milliards de francs CFA, soit une hausse de 41% par rapport à 2024 et de 46,5% comparé à 2022 (sous Bazoum). Quant aux ressources mobilisées par la Direction Générale des Douanes, elles ont augmenté de 50 milliards de francs CFA, soit une hausse d’environ 35%, malgré le contexte difficile qui a obligé les autorités nigériennes à restreindre la circulation des personnes et des biens avec certains de leurs voisins immédiats. Malgré ces rentrées appréciables dans un environnement sous menaces externes et internes, il subsiste le mur de la dette abyssale (plus de 5200 milliards de francs CFA).  

Dans ce contexte, les échéances sur le marché des titres de l’UEMOA et l’obligation de rembourser la dette extérieure ont amené le Premier ministre à négocier des conditions et des échéances plus favorables pour le remboursement de certains créanciers bienveillants. Plusieurs initiatives ont ainsi été prises pour apurer les arriérés de la dette et rétablir la confiance des partenaires et des marchés financiers. Malgré la tension constante de la trésorerie au cours des deux dernières années, le taux d’endettement du Niger s’est réduit. Grâce à la stratégie globale de la dette, combinant remboursement et reprofilage de la dette intérieure, le Niger a ainsi réduit son ratio d’endettement de 8 points de pourcentage au cours des deux dernières années. Le reprofilage, négocié en janvier 2026 pour un montant de 85 milliards de  francs CFA avec la Banque ouest-africaine de développement notamment, contribuera à améliorer la soutenabilité de la dette du pays et illustre la démarche cas par cas de l’ancien ministre des Finances.

Après son départ des Finances, le Premier Ministre continuera à superviser les opérations de reprofilage afin de rallonger la maturité des titres de créances. Avec l’aide des banques commerciales marocaines et de la Banque mondiale, il cherche à financer la relance de l’économie, et des PME en particulier. On estime que le différé de remboursement de la dette vis-à-vis des banques commerciales à capitaux marocains devrait étaler la charge de l’apurement des arriérés pour près de 1000 milliards de francs CFA. Cette régénération profitera également au secteur financier nigérien.

En effet, en 2026, la Banque mondiale prépare un projet d’appui au secteur financier et de financement des PME afin de stimuler l’économie du Niger. C’est ce qu’a indiqué Affouda Léon Biaou, le représentant résident de l’institution financière au Niger, à l’issue d’une audience le 27 janvier 2026 avec le Premier ministre. Il s’agit d’un projet « d’un montant total de 250 millions de dollars US en dons », soit l’équivalent d’environ 100 milliards de francs CFA. Ce projet devrait permettre aux banques de développer davantage leurs activités de crédit en direction des entreprises locales, notamment à travers des financements à moyen et long terme. De nouveaux produits financiers adaptés aux besoins spécifiques des PME pourraient être envisagés, afin de répondre à leurs contraintes de trésorerie et à leurs difficultés d’accès au financement. L’orientation en faveur du secteur privé du gouvernement rejoint la démarche des institutions financières africaines de garantie et de la Banque arabe de développement économique en Afrique. 

Une séquence difficile de résorption du poids des créances semble se clore.

 

 

 

 

Cet article Série Niger-économie (1). Sortir du tunnel est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-1-sortir-du-tunnel/feed/ 0
La route Bénin-Niger ouverte à 1600 camions via le Nigeria https://mondafrique.com/economie/la-route-benin-niger-liberee-via-le-nigeria-pour-1600-camions/ https://mondafrique.com/economie/la-route-benin-niger-liberee-via-le-nigeria-pour-1600-camions/#respond Wed, 11 Feb 2026 05:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146955 Un accord entre les douanes du Nigeria, du Niger et du Bénin a permis lundi de libérer la route pour 1600 camions bloqués depuis trois mois au Nigeria. Un soulagement pour toutes les parties.  La non-réouverture de la frontière directe entre le Bénin et le Niger, pays enclavé, suite aux sanctions imposées après le renversement […]

Cet article La route Bénin-Niger ouverte à 1600 camions via le Nigeria est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Un accord entre les douanes du Nigeria, du Niger et du Bénin a permis lundi de libérer la route pour 1600 camions bloqués depuis trois mois au Nigeria. Un soulagement pour toutes les parties. 

La non-réouverture de la frontière directe entre le Bénin et le Niger, pays enclavé, suite aux sanctions imposées après le renversement de Mohamed Bazoum par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, en août 2023, complique singulièrement, depuis lors, le passage des marchandises par le corridor naturel entre le port de Cotonou, le plus proche de Niamey, et cette dernière. La frontière restant fermée sur décision du régime militaire de Niamey – qui craint des actions françaises hostiles à partir du nord du Bénin voisin – les importateurs ont dû emprunter de nouveaux itinéraires.

Les options, pour les commerçants s’approvisionnant à partir de Cotonou, sont de traverser le fleuve en pirogue à Gaya, la ville frontière entre le Niger et le Bénin, une manœuvre longue et coûteuse, soit de passer par le Nigeria au point de jonction des trois frontières, à Kamba, puisque la frontière entre le Niger et le Nigeria est ouverte. C’est ce que faisaient depuis un an, de façon informelle, les transporteurs. Cependant, il y a trois mois, le Nigeria avait fermé l’accès dans l’attente d’un règlement officiel. Depuis lors, 1600 camions étaient bloqués à Kamba, dans l’État de Kebbi. 

Protocoles de sécurité stricts

Lundi, les chefs traditionnels, les responsables politiques et douaniers, ainsi que les commerçants se sont réunis pour applaudir le passage du convoi vers le Niger, lors d’une cérémonie officielle organisée par le gouvernement fédéral nigérian, à quelques jours du début du Ramadan. La décision avait été rendue publique deux jours plus tôt lors d’une réunion à Birnin Kebbi par le contrôleur général des douanes nigérianes, Bashir Adewale Adeniyi, qui avait dit vouloir ainsi « fluidifier les échanges commerciaux transfrontaliers tout en maintenant des protocoles de sécurité stricts. » Une délégation conduite par le directeur général des douanes nigériennes, le colonel Mahamadou Yacouba Sido, était en visite à Abuja au même moment pour tenter de débloquer la situation. Le président Bola Tinubu a approuvé cet accord contribuant à résoudre les blocages persistants qui affectent le commerce régional.

La crise avec le Bénin a conduit les autorités du Niger à privilégier l’axe Niamey-Lomé, mais cet itinéraire, beaucoup plus long, est aussi beaucoup plus périlleux, car les camions doivent traverser une zone infestée par les groupes djihadistes du Burkina. Reste qu’avec la détérioration de la situation de sécurité à la frontière entre le Niger, le Bénin et le Nigeria, sous les assauts conjugués du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM, affilié à Al Qaïda) et d’un groupe nigérian affilié à l’État islamique, Lakurawa, le nouveau trajet ne sera pas forcément durablement plus sûr. 

Cet article La route Bénin-Niger ouverte à 1600 camions via le Nigeria est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/economie/la-route-benin-niger-liberee-via-le-nigeria-pour-1600-camions/feed/ 0
L’Afrique francophone championne de la croissance https://mondafrique.com/economie/lafrique-francophone-championne-de-la-croissance/ https://mondafrique.com/economie/lafrique-francophone-championne-de-la-croissance/#respond Fri, 06 Feb 2026 05:43:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146548 Pour la douzième année d’affilée, l’Afrique subsaharienne francophone affiche la croissance économique la plus élevée d’Afrique subsaharienne, tout en demeurant la partie la moins touchée par l’inflation et l’endettement. Cette triple performance devrait de nouveau se répéter en 2026. Analyse d’Ilyes Zouari, qui préside le CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone). […]

Cet article L’Afrique francophone championne de la croissance est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Pour la douzième année d’affilée, l’Afrique subsaharienne francophone affiche la croissance économique la plus élevée d’Afrique subsaharienne, tout en demeurant la partie la moins touchée par l’inflation et l’endettement. Cette triple performance devrait de nouveau se répéter en 2026. Analyse d’Ilyes Zouari, qui préside le CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone).

Il ressort des dernières données publiées par la Banque mondiale dans le cadre de son rapport semestriel sur les perspectives économiques mondiales que l’Afrique subsaharienne francophone a réalisé en 2025 les meilleures performances d’Afrique subsaharienne en matière de croissance. Elle a ainsi été le moteur du continent, avec une croissance globale de 4,9 %, contre 3,4 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne.

Dans le même temps, et à partir des dernières estimations du FMI, l’Afrique subsaharienne francophone a continué, comme depuis plusieurs décennies, d’afficher le niveau d’inflation le plus faible avec un taux estimé à seulement 4,0 %, contre 17,4 % pour l’Afrique subsaharienne non francophone. Enfin, et toujours selon les données du FMI, l’Afrique subsaharienne francophone continue à maîtriser son endettement en affichant le niveau le plus faible en Afrique subsaharienne pour la neuvième année d’affilée, avec une dette publique estimée à 51,6 % du PIB en 2025, creusant l’écart avec le reste de l’Afrique subsaharienne à 64,6 %. 

L’UEMOA en tête, avec plus de 6% de croissance

En zone CFA, qui regroupe 13 des 22 pays francophones (y compris la Guinée équatoriale et la Guinée-Bissau), et qui rassemble 55 % de la population de l’Afrique francophone subsaharienne, la croissance a légèrement baissé, de 5,0 % à 4,9 %. Au sein de cette zone, l’espace UEMOA a continué à se distinguer avec une évolution globale de 6,1 %, comme en 2024, confirmant ainsi son statut de plus vaste zone de forte croissance du continent. Pour sa part, l’espace CEMAC, qui compte notamment trois importants producteurs d’hydrocarbures, a de nouveau fait baisser la moyenne globale de la zone CFA, avec un taux de croissance de 2,9 % (contre 3,0 % en 2024).

Quant à la croissance observée en Afrique subsaharienne hors zone CFA, celle-ci s’est élevée à 3,5 %, un taux tiré vers le haut par les pays francophones qui s’y trouvent et qui ont connu une croissance globale de 5,0 %. La partie francophone de l’Afrique de l’Est, qui se situe justement en dehors de la zone CFA, a enregistré une progression globale de son PIB de 3,8 %.

Six des dix plus fortes croissances de 2025 sont celles de pays francophones : la Guinée (première du classement avec un taux de 7,5 %), le Bénin (deuxième, avec un taux de 7,3 %), le Niger, classé en cinquième position (6,5 %) et immédiatement suivi par le Sénégal (6,4 %), la Côte d’Ivoire (6,3 %) et Djibouti (6,0 %). Le premier pays non francophone, l’Éthiopie, arrive en troisième position (7,2 %). Ce classement n’intègre pas le cas très particulier du Rwanda, qui ne peut plus être pris en compte dans les classements économiques africains étant donné que ses performances officielles (7,0 % en 2025) sont largement faussées par le pillage massif des richesses de la RDC voisine, qui représentent désormais près de 50 % des exportations rwandaises de biens.

Cet article L’Afrique francophone championne de la croissance est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/economie/lafrique-francophone-championne-de-la-croissance/feed/ 0
USA, les promesses de Trump d’un âge d’or (noir) sont-elles tenables ? https://mondafrique.com/a-la-une/usa-les-promesses-de-trump-dun-age-dor-noir-sont-elles-tenables/ https://mondafrique.com/a-la-une/usa-les-promesses-de-trump-dun-age-dor-noir-sont-elles-tenables/#respond Wed, 04 Feb 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146375 Donald Trump a fait du slogan « Drill, baby, drill ! » l’étendard de son retour à la Maison-Blanche. L’objectif affiché est de dynamiser la production pétrolière, tout en ramenant le prix de l’essence sous les « deux dollars le gallon » pour soulager un électorat populaire et rural frappé par l’inflation. Mais derrière le slogan, les données du secteur pétrolier […]

Cet article USA, les promesses de Trump d’un âge d’or (noir) sont-elles tenables ? est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Donald Trump a fait du slogan « Drill, baby, drill ! » l’étendard de son retour à la Maison-Blanche. L’objectif affiché est de dynamiser la production pétrolière, tout en ramenant le prix de l’essence sous les « deux dollars le gallon » pour soulager un électorat populaire et rural frappé par l’inflation. Mais derrière le slogan, les données du secteur pétrolier compliquent l’équation simpliste du président des États-Unis.

Par Patrice Geoffron

Un article du site « The Conversation » qui nous autorise à le reprendre.


Lors de son investiture, le 20 janvier 2025, Donald Trump avait proclamé : « We will drill, baby, drill ! » (en français : « Fore, chéri, fore ! ») Ce slogan résume la nouvelle orientation de la politique énergétique américaine, exploiter l’« or liquide sous nos pieds » pour conforter les États-Unis parmi les premières puissances exportatrices et faire chuter le prix de l’essence en dessous du seuil symbolique de 2 dollars le gallon (soit 1,69 euro les 3,79 litres) – un niveau atteint épisodiquement au cours des vingt dernières années.

Le message a trouvé un écho dans la partie de l’électorat marquée par la flambée des prix sous la présidence Biden, lorsque l’essence a dépassé 3,50 dollars (2,95 euros) le gallon. Mais ces deux objectifs – maximiser la production et minimiser les prix à la pompe – tirent en sens inverse. Obtenir une essence avoisinant 2 dollars le gallon, requiert un baril en dessous de 50 dollars (42,2 euros), alors que les investissements dans de nouveaux projets requièrent… quelques dizaines de dollars de plus.

Un pétrole de schiste structurellement coûteux

Contrairement aux grands gisements conventionnels du Moyen-Orient, le pétrole de schiste américain est intrinsèquement coûteux à exploiter. Les estimations convergent aujourd’hui vers un coût moyen de l’ordre de 70 dollars (59 euros) par baril pour les nouveaux projets. Ce chiffre masque toutefois une vaste dispersion :

  • dans les meilleurs sweet spots, certains puits restent rentables autour de 40 dollars (33,7 euros) ;

  • à l’inverse, les zones moins favorables exigent des prix de 80 à 90 dollars (de 67,5 à 75,9 euros) pour couvrir les investissements et rémunérer le capital.

À mesure que les meilleures zones sont exploitées, la production se déplace vers des gisements plus complexes et plus chers. Plusieurs projections indiquent ainsi que la rentabilité du schiste américain pourrait se rapprocher de 95 dollars (plus de 80 euros) le baril d’ici à 2035.

Des prix orientés à la baisse

Cette tendance de fond entre en collision avec l’évolution récente des prix. Pour 2026, les grandes banques et l’Agence d’information sur l’énergie américaine (EIA) anticipent un baril orienté à la baisse, autour de 55 dollars (46,4 euros). Dans un tel scénario, une part croissante des projets de schiste devient non rentable.

Un an après son retour au pouvoir, la promesse de Donald Trump de ramener l’essence sous les 2 dollars le gallon apparaît ainsi très éloignée des perspectives offertes par la géologie. En janvier 2025, le prix moyen national s’élevait à 3,15 dollars (2,66 euros) ; fin janvier 2026, il s’établit encore autour de 2,85 dollars (2,40 euros), soit une baisse limitée à 10 %. Et l’EIA ne prévoit même pas de retour durable sous les 3 dollars (2,5 euros) avant au moins 2027.

Déréglementer massivement ne suffit pas à relancer la production

La nouvelle administration n’a pas ménagé ses efforts pour « libérer » l’offre d’hydrocarbures. Dès son premier jour de mandat, Donald Trump signe un ordre exécutif intitulé « Unleashing American Energy_ », déclarant une « urgence énergétique nationale » afin d’accélérer la délivrance de permis et de lever les moratoires instaurés par Joe Biden sur les forages offshore et les terres fédérales. Des baux pétroliers et gaziers sont également ouverts dans le refuge de l’Arctique et la réserve nationale d’Alaska.

Résultat : les permis de forage augmentent d’environ 55 % en 2025. Mais obtenir un permis ne signifie pas forer. Les compagnies sécurisent des droits pour l’avenir, tout en conservant une grande flexibilité d’investissement : elles ne mettent effectivement les projets en chantier que si les prix anticipés justifient le risque. Et ce n’est pas le cas.

Près de 100 000 barils en moins prévus

Les signaux en provenance du terrain traduisent la prudence. Le nombre de plateformes de forage actives aux États‑Unis a reculé de 30 % en trois ans. En volume, la production a bien atteint un pic de 13,6 millions de barils par jour en 2025, mais l’EIA anticipe déjà un recul d’environ 100 000 barils en 2026, première baisse depuis 2021, avec une poursuite de la tendance en 2027.

Une enquête conduite par la Réserve fédérale de Dallas montre que la grande majorité des pétroliers jugent que les allégements réglementaires ne réduisent leurs coûts que de moins de 2 dollars par baril. Loin de compenser l’épuisement progressif des meilleurs gisements et les hausses de coûts liées à la politique tarifaire.

L’effet boomerang des tarifs douaniers

Si le pétrole brut importé est exempt de droits de douane, les équipements et matériaux nécessaires à la production domestique – notamment l’acier et ses dérivés – sont frappés de tarifs pouvant atteindre 25 à 50 %. Certaines estimations font état d’une hausse d’environ 5 % des coûts de production en 2025, sous cette impulsion.

Face à cette pression, l’industrie mise sur le numérique, l’intelligence artificielle et les drones pour optimiser la localisation des puits, réduire les délais de développement et augmenter la productivité. Ces innovations permettent effectivement de contenir la hausse des coûts : sans elles, le seuil de rentabilité moyen des nouveaux projets se situerait probablement déjà autour de 80 dollars (67,5 euros) par baril, contre environ 70 dollars (59 euros) aujourd’hui.

Implacable arithmétique

Mais, même avec ces gains d’efficacité, l’arithmétique reste implacable : avec des perspectives de prix à moyen terme autour de 55–60 dollars (entre 46 et 50,6 euros), le secteur hésite à lancer un nouveau cycle massif d’investissements dans le schiste. Les investisseurs exigent une gestion rigoureuse des risques, des dividendes et des rachats d’actions plutôt qu’une expansion aventureuse dans ce contexte.

La tension entre volonté politique de prix bas à la pompe et nécessité économique de prix élevés pour rentabiliser le schiste ne se limite pas aux États‑Unis. Elle compliquera également la relance d’autres producteurs à coûts élevés, comme le Venezuela, dont une partie des réserves ne deviendrait rentable qu’avec un baril proche de 100 dollars (84,3 dollars).

Avantage aux consommateurs

À l’échelle mondiale, le tableau à court terme semble favorable aux consommateurs. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe un surplus d’au moins 2 millions de barils par jour en 2026. Cet excédent s’explique par une hausse de la production hors OPEP+ (notamment au Brésil, en Guyana, au Canada ou en Argentine) et une croissance modérée de la demande mondiale (+ 0,9 million de barils par jour seulement), sous l’effet des incertitudes macroéconomiques et des premiers progrès tangibles de la décarbonation, en particulier en Chine dans les transports.

Sous la pression de Washington, l’Arabie saoudite a renoncé à défendre un prix du baril autour de 80 dollars (67,5 euros), pourtant nécessaire à ses équilibres budgétaires, pour éviter de froisser son allié américain. Ce deal implicite – sécurité militaire garantie face à l’Iran en échange de prix relativement bas – structure aujourd’hui une partie du jeu pétrolier mondial. Il permet à court terme de contenir les prix à la pompe pour l’électeur états-uniens, mais il fragilise les producteurs à coûts élevés, au premier rang desquels les producteurs de schiste des États‑Unis. Plusieurs majors, comme Chevron, ExxonMobil ou ConocoPhillips, ont déjà procédé à des milliers de suppressions d’emplois en 2025.

À plus long terme, la perspective est celle d’un sous‑investissement significatif. Les champs pétroliers conventionnels déclinent naturellement à un rythme de 4 à 7 % par an selon leur maturité, au niveau mondial. Autrement dit, l’industrie pétrolière « perd » mécaniquement 4 à 5 millions de barils par jour chaque année du fait de la déplétion géologique. Si les investissements restent déprimés au-delà de 2028, le marché pourrait basculer d’un excédent à un déficit d’offre, avec à la clé un rebond des prix au tournant de la prochaine décennie, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Trump, l’industrie pétrolière et la transition climatique : un paradoxe

Le paradoxe fondamental de la séquence actuelle est le suivant : en cherchant à soutenir la production pétrolière américaine par la déréglementation, tout en pesant sur l’OPEP+ pour maintenir des prix bas à la pompe, l’administration Trump affaiblit à moyen terme la rentabilité du schiste et accroît un climat d’incertitude pour l’ensemble de l’industrie pétrolière mondiale.

Ces orientations de politique énergétique sont au cœur de la stratégie de croissance de la Maison‑Blanche. Mais en fragmentant les chaînes de valeur, en renchérissant certains intrants par les tarifs douaniers et en décourageant les investissements de long terme dans l’exploration‑production, elle contribue à une dynamique court-termiste qui mine la stabilité du marché et les espoirs de croissance.

Pour la transition climatique, ce désordre a un double visage. À très court terme, des prix bas de l’essence peuvent freiner les changements de comportements et diluer les signaux incitatifs. Mais, en comprimant les marges des producteurs à coûts élevés et en accroissant le risque de volatilité future, cette politique pourrait accélérer, par contraste, la prise de conscience de la vulnérabilité des économies aux chocs pétroliers.

De ce point de vue, si l’Europe veut réduire sa dépendance à ces aléas, le Green Deal ne peut pas être une variable d’ajustement au gré des cycles du baril et doit rester le cap structurant de la décennie, parce que l’« âge d’or noir » promis par Donald Trump est un mirage et une source majeure d’instabilité.

 



 

 

Cet article USA, les promesses de Trump d’un âge d’or (noir) sont-elles tenables ? est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/a-la-une/usa-les-promesses-de-trump-dun-age-dor-noir-sont-elles-tenables/feed/ 0
France-Sénégal. Des échanges privilégiés mais de plus en plus bousculés https://mondafrique.com/economie/france-senegal-des-echanges-privilegies-mais-de-plus-en-plus-bouscules/ Mon, 02 Feb 2026 09:45:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=146290 Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. […]

Cet article France-Sénégal. Des échanges privilégiés mais de plus en plus bousculés est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. Retour en chiffres sur une coopération qui reste, certes, privilégiée, mais de plus en plus bousculée.

Par Mor Amar 

Dakar, le 26 janvier 2026. Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, avec le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse (COJOJ).

Plus de 33% de parts de marchés pour les entreprises chinoises, contre 05% seulement pour les françaises. C’est ce qui ressort du rapport de l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) pour l’année 2021. L’écart est fulgurant. Il illustre à merveille le décalage entre la réalité de l’économie sénégalaise et le discours souverainiste, qui tend à surestimer la place des entreprises françaises sur le marché sénégalais.

En 2021, informe le rapport de l’Autorité en charge des marchés publics, sur un montant total de près de 1713 milliards de FCFA (plus de 2,6 milliards d’euros) représentant les marchés immatriculés (hors secret défense et combustibles SAR et Senelec), les entreprises chinoises se sont taillées la part du lion : près de 561 milliards de FCFA (plus de 855 millions d’euros), soit 33% du volume. Et sur environ 825 milliards de FCFA, qui constituent la part globale des entreprises étrangères, les chinoises représentent 68% contre 09% seulement pour leurs concurrentes françaises, devancées même par les entreprises émiraties (12% de l’enveloppe).

Qu’est-ce qui explique cette suprématie chinoise ? Dr Cheikhna Hamallah Ndiaye, économiste stratégique et expert en commande publique, apporte une réponse : « La montée en puissance des entreprises chinoises repose sur une combinaison cohérente de facteurs financiers, techniques et stratégiques, observables tant au Sénégal que dans l’ensemble de la sous-région ouest-africaine, avec souvent des
crédits concessionnels ou semi-concessionnels beaucoup plus intéressants. »

Une érosion des parts françaises

Pendant ce temps, les parts de marchés des entreprises françaises s’érodent de plus en plus. Pour Dr Hamallah, ce repli, qu’il faut cependant relativiser, s’explique par le fait que les entreprises françaises proposent généralement des offres financières moins compétitives, avec des schémas de financement moins intégrés.

Depuis le rétablissement des relations diplomatiques avec le Sénégal, le 25 octobre 2005 sous le Président Abdoulaye Wade – qui s’était aussi largement ouvert aux pays arabes – l’empire du milieu n’a eu de cesse de se déployer et de conquérir le marché sénégalais. Très rapidement, il a réussi à devenir l’un des partenaires principaux du pays, reléguant dans certains domaines à l’arrière-plan la France
jusque-là maîtresse principale du jeu.

Selon la note de conjoncture de l’Agence nationale des statistiques et de la démographie (ANSD) pour 2024, les principaux pays fournisseurs du Sénégal ont été la République Populaire de Chine (11,8%), la France (10,1%), la Russie (8,1%), les
Émirats Arabes Unis (5,7%), la Belgique (5,6%), l’Inde (4,6%) et le Nigeria (4,4%). De 2020 à 2024, la France et la Chine ont trôné, à tour de rôle, à la tête de ce classement des fournisseurs du Sénégal. La France disparaît, cependant, dans le classement des destinations des produits sénégalais, alors que la Chine fait partie du Top 05.

Un code des marchés très protecteur des entreprises locales

Par ailleurs, contrairement à une idée répandue tendant à faire croire que les entreprises sénégalaises sont livrées à la concurrence avec les géants étrangers, l’analyse des statistiques sur les marchés publics montre une réalité très différente. Bien que le pays reste très ouvert à des partenaires très variés, les entreprises sénégalaises et communautaires (entreprises appartenant à un des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, UEMOA) arrivent à tirer leur épingle du jeu, en remportant plus de 50% de ces marchés.

Selon le dernier rapport de l’autorité des marchés, qui couvre l’année 2023, 50% du volume des marchés au Sénégal revient aux entreprises sénégalaises et 09% aux entreprises maliennes, soit un total de 59% pour les entreprises issues de l’espace UEMOA. Dans les rapports précédents, les entreprises sénégalaises et communautaires remportaient jusqu’à plus de 60% des parts de marchés.
Pour Dr Hamallah Ndiaye, c’est parce que la majorité de la commande publique correspond à des marchés de faible ou moyenne valeur (fournitures courantes,services, petits travaux). « Ce sont des segments sur lesquels les entreprises locales disposent d’un avantage comparatif naturel. Ces dernières ont surtout des difficultés sur les grands marchés de travaux, ou les marchés qui requièrent une certaine
technicité et une capacité financière importante », explique-t-il.

Aussi, le Code des marchés publics prévoit un certain nombre de dispositions pour promouvoir la préférence nationale et protéger ainsi les entreprises sénégalaises. Citons, parmi ces mécanismes, les marges de préférence, les dispositifs de soutien aux PME, la promotion de l’allotissement et les marchés réservés.

Quid de la défense et de la sécurité ?


L’autre grief qui revient très souvent sur la place publique, c’est la coopération militaire. Là encore, le Sénégal est accusé par certains d’être un valet à la solde de la France. Un haut officier de l’Armée sénégalaise s’inscrit en faux contre cette accusation : « Il y a eu trop de fantasmes et de clichés autour des relations de coopération avec la France, en particulier sur la question des bases », estime-t-il.

Pour lui, dans ce domaine, le Sénégal entretient d’excellents rapports non seulement avec la France, mais aussi avec d’autres pays comme le Maroc et les États-Unis. En Casamance par exemple, dans les années 1990, au plus fort de la crise irrédentiste, les soldats se battaient avec des M16 et des véhicules cargos offerts par les Américains et des munitions marocaines. « Il nous arrivait de manquer de
munitions et c’est le Maroc qui nous aidait, parce qu’il faut le reconnaître, nous étions un pays très pauvre, sans moyens, qui faisait aussi face à l’ajustement structurel (années 80-90 : NDLR) », témoigne l’officier, insistant sur l’importance de la coopération dans le domaine militaire.

Cela dit, malgré ces relations privilégiées, le Sénégal n’a jamais sous-traité sa sécurité ni à la France ni à aucun autre pays. « Nous nous sommes battus tout seuls et on en a payé le prix fort en Casamance. J’ai perdu mes meilleurs amis sur le front », confie-t-i, avant d’ajouter: « Alors, qu’on ne nous donne pas de leçons de souveraineté. Nous avons des dirigeants suffisamment compétents et patriotes. Il
ne faut pas insulter l’histoire. »

Achats d’équipements militaires 

En ce qui concerne les achats d’équipements militaires, ils font l’objet de très peu de publicité. Les contrats étant généralement couverts par le secret-défense, ils échappent au contrôle de l’Agence en charge de la commande publique. Une chose reste toutefois certaine : les contrats qui suscitent le plus de polémiques impliquent généralement les Russes, les Turcs, ou les Israéliens.

Lors des périodes de troubles politiques 2021-2024, l’actuel Premier ministre, alors président du parti souverainiste Les patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) avait d’ailleurs mis en garde le président turc Recep Tayyip Erdogan qu’il soupçonnait d’armer son adversaire au pouvoir, Macky Sall. « L’essentiel du dispositif de répression actuellement au Sénégal : les engins roulants lourds, les grenades lacrymogènes, etc. l’essentiel de ce matériel provient de la Turquie….. », accusait Ousmane Sonko, invitant le président Erdogan « à cesser tout approvisionnement en matériels similaires jusqu’à ce que le pays finisse de traverser cette zone de turbulences ». Dans le cas contraire, ajoutait le chef des patriotes, « il se serait constitué complice des agissements du Président Macky Sall,
puisqu’il lui aura fourni les armes qui ont permis de tirer sur le peuple sénégalais ». Arrivé au pouvoir, il a magnifié les relations entre les deux pays lors d’une visite très médiatisée à Ankara.

La question des bases militaires

Avec la France, l’accusation a souvent porté sur la présence militaire permanente incarnée par les bases militaires, mais aussi les sujets mémoriels qui suscitent rancœurs et déchirures. Depuis juillet 2025, la page des bases militaires est tournée, avec la restitution des dernières emprises le 17 juillet 2025.

Ce n’est pas la première fois : en 2010 déjà, le Président Abdoulaye Wade avait récupéré les bases. Mais dans la foulée, suite à des négociations entre les deux pays, il avait été convenu de remettre les emprises à la disposition des partenaires français moyennant le paiement d’un loyer. Cette décision n’avait pas plu à Paris. Après le départ de Wade, remplacé par Macky Sall en 2012, le sujet est revenu sur la table, confie une source militaire.

Confronté à certaines menaces, le Sénégal avait décidé d’acheter des avions de chasse coréens. Il a alors sollicité la France pour la formation des pilotes. « Ils nous ont dit : Vous ne pouvez pas nous demander de payer pour les emprises et vouloir qu’on vous forme gratuitement vos pilotes », raconte-t-il. Les Français ont refusé et ils ont aussi convaincu leurs alliés européens de faire de même. Alors que le Sénégal était prêt à payer pour la formation de ses pilotes, ils ont fixé des prix hors de portée. « Nous nous sommes alors rapproché des Italiens ; ils ont fait des propositions encore plus salées. Nous avons compris que les Français étaient derrière, même si nous ne pouvions pas le prouver.»

Un réchauffement sous Macky Sall

La première visite de Macky Sall, les 17 et 18 avril 2012, a permis de réchauffer l’axe Dakar-Paris. Sur invitation de Nicolas Sarkozy, le Président Sall, élu le 25 mars 2012 à un premier mandat, réserve à la France sa première visite en dehors du continent. Outre les questions budgétaires, les accords militaires étaient au cœur des discussions. La visite a permis au président sénégalais de décrocher la formation de ses pilotes, mais ce n’était pas tout à fait gratuit. 

« En contrepartie, nous sommes revenus sur l’accord de Wade (relativement à l’occupation des emprises). Nous avons juste enlevé `à titre onéreux’ et mis à la place `à titre gratuit’. C’est la seule chose qui a changé. Et ils nous ont formé nos pilotes », poursuit l’officier, soulignant le niveau de vulnérabilité et de dépendance sur certaines questions.

Pour Dr Yoro Dia, politologue et ancien collaborateur de Macky Sall, cela fait longtemps que le Sénégal n’est plus le pré carré de la France ou d’une quelconque autre puissance. Les « pseudos souverainistes », comme il les appelle, sont les seuls à ne pas s’en être rendu compte. Pour lui, les seules limites à la souveraineté aujourd’hui sont d’ordre économique et ou technologique. Et cela vaut pour tous les pays du monde.

Les atouts de la France

Malgré les critiques et remises en cause, la France reste tout de même assez bien ancrée au Sénégal, grâce à une présence très ancienne. Sur le plan économique, cette présence est marquée par des mastodontes comme Total dans les hydrocarbures, Eiffage dans les bâtiments et travaux publics, Soboa et Auchan dans le domaine de l’alimentation, pour ne citer que quelques exemples.

Aujourd’hui, selon les chiffres de l’ambassade de France au Sénégal, le nombre d’entreprises françaises dans le pays est estimé à 340 unités, dont de nombreuses joint-ventures avec des entreprises sénégalaises. En termes de stock d’investissements directs, la France reste ainsi le premier partenaire du Sénégal avec 16%. Ce qui témoigne, selon la source diplomatique, de la « fiabilité et de la qualité » de l’investissement direct étranger de la France, adossé à « une vision à long terme, promouvant la création d’entreprises formelles, le recrutement de Sénégalais et le transfert de savoir-faire ». Cette vision se démarque ainsi des opérations d’export pur, sans grand impact sur l’économie locale.

Cet article France-Sénégal. Des échanges privilégiés mais de plus en plus bousculés est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
La gestion de la sûreté aéroportuaire de Madagascar aiguise les appétits https://mondafrique.com/economie/la-gestion-de-la-surete-aeroportuaire-de-madagascar-aiguise-les-appetits/ Thu, 22 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145676 Après la fuite d’Andry Rajoelina et de Mamy Ravatomanga, en octobre dernier, le contrat de la sûreté aéroportuaire de Madagascar, sur lequel le puissant et richissime homme d’affaires, avait mis la main, redevient un objet de convoitise.  Par Ulrich Rabary Un peu d’histoire pour commencer. En 2014, sous la mandature du président Hery Rajaonarimampianina, la […]

Cet article La gestion de la sûreté aéroportuaire de Madagascar aiguise les appétits est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Après la fuite d’Andry Rajoelina et de Mamy Ravatomanga, en octobre dernier, le contrat de la sûreté aéroportuaire de Madagascar, sur lequel le puissant et richissime homme d’affaires, avait mis la main, redevient un objet de convoitise. 

Par Ulrich Rabary

Un peu d’histoire pour commencer. En 2014, sous la mandature du président Hery Rajaonarimampianina, la société Samada a été choisie pour exploiter un contrat BOT (Build, operate and transfer) concernant la sûreté de huit grands aéroports de Madagascar. Elle a tout mis en œuvre pour s’acquitter au mieux de sa mission, notamment l’utilisation d’un matériel performant et de chiens spécialisés dans la détection d’armes ou de bombes pour prévenir les risques de détournement d’avion ou d’attaques terroristes.

Divers trafics illicites de richesses nationales ont pu être détectés et communiqués à la douane et à la police des frontières qui sont les autorités habilitées en pareil cas. Lors de l’audit de Samada en 2018, il a été conclu qu’elle affichait de bonnes performances dans ses activités et dépassait même les objectifs. Un satisfecit de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) sur le niveau de sécurité lui a été alors accordé, comme le mentionne le journal Midi Madagasikara du 17 octobre 2018.

Avec le retour de Rajoelina, Mamy Ravatomanga s’empare du contrat

En 2019, Andry Rajoelina revient au pouvoir. Alors que la direction générale des impôts a publié un communiqué suspendant tous les contrôles fiscaux, une enquête du fisc est lancée sur Samada. La société est mise sous scellés le 3 juillet 2019. «Samada n’est pas en règle. Cette société ne suit pas les normes », affirme alors le ministre du Tourisme, des Transports et de la Météorologie, Joël
Randriamandranto. Dans la foulée, Mamy Ravatomanga reprend la main sur la Samada, révèle Africa Intelligence le 19 juillet 2019. Selon la lettre confidentielle, « l’homme d’affaires proche du Président (Rajoelina) a fait appel à un nouveau prestataire français pour la sécurité aéroportuaire ». Des mandats d’interdiction de sortie du territoire sont alors délivrés à l’encontre de Raphael Abaladejo (le directeur
général de Samada) et de Tovo Ratovoarisoa (son adjoint), alors que ces deux personnalités se trouvent en dehors de Madagascar.

Janvier 2026. Les grandes et petites affaires de la sureté aéroportuaire à Madagascar sont remises sur le tapis par un « influenceur » qui, curieusement, reprend dans son intégralité les anciennes accusations portées par Mamy Ravatomanga contre les dirigeants de Samada, notamment le non-paiement d’impôts et de cotisation sociales. Interrogé à ce sujet, Tovo Ratovoarisoa est catégorique : « le contrôle fiscal
opéré contre les adversaires politiques ou économiques est une pratique courante mafieuse chez Ravatomanga, et sous le régime de Andry Rajoelina. Nous ne sommes pas les seules victimes». Selon lui, des manœuvres odieuses ont été mises en œuvre pour les empêcher de se défendre. « Délivrer une IST alors que nous étions à l’étranger relève d’une intimidation pour nous empêcher de revenir au pays plaider notre cause, de sorte que les décisions de justice énoncées contre Samada deviennent définitives. » Concernant les cotisations sociales, l’ancien directeur général adjoint de Samada affirme qu’elles ont été acquittées en temps et heure. Mais quand Samada a été expulsée manu militari de l’aéroport d’Ivato, «tous les matériels et dossiers ont été confisqués ».

Des aéroports devenus des passoires 

Tovo Ratovoarisoa serait-il la cible d’une attaque personnelle ? Vice-président du rassemblement d’opposition malgache de la diaspora (RMDM, organisation dont l’actuelle ministre de la Justice Fanirisoa a été la dirigeante durant son exil en France), il affirme ne disposer d’aucun privilège particulier même s’il a été très actif dans la lutte contre la captation de l’État opérée par Andry Rajoelina et Mamy Ravatomanga. Il fait remarquer que la main levée de l’IST dont il faisait l’objet est datée du 21 octobre 2025, et qu’il a pu ainsi entrer et sortir légalement de Madagascar après la fuite à l’Ile Maurice de Mamy Ravatomanga, qui était l’instigateur de la mesure contre lui. 

‎Les détracteurs disent que le contrat de gestion de la sûreté aéroportuaire a été retirée sous l’ère Andry Rajoelina à Samada en raison de défaillances de la société. Tovo Ratovoarisoa rejette ces accusations en bloc. « Il ne faut pas oublier que l’audit de Samada en 2018 a reconnu la bonne performance de ses activités, et qu’elle a reçu un satisfecit de l’OACI pour le niveau de sécurité après cet audit ». C’est après le départ de Samada et la reprise en main des aéroports par Mamy Ravatomanga que ces derniers sont devenus une passoire, souligne-t-il. Et de citer différents trafics illégaux tels que des lingots d’or bloqués en Afrique du Sud, l’introduction de cocaïne et d’autres stupéfiants à Madagascar, etc. Les infractions les plus graves, estime-t-il, concernent les avions de Mamy Ravatomanga : accès illégal de passagers sur le tarmac, décollage sans plan de vol, et absence de déclaration des noms des passagers, pratiques que l’on ne trouve que dans les pays en guerre comme en Afghanistan !

D’où vient donc cet acharnement contre Tovo Ratovoarisoa ? Pour l’ancien DGA de Samada, « des personnes aux abois font circuler des fausses informations car la société qui a repris nos activités est en mauvaise posture après le départ précipité à l’Ile Maurice de leur protecteur ». Le parrain n’est plus là, mais le système qu’il a mis en place continue à fonctionner. Au profit de qui ? 

Cet article La gestion de la sûreté aéroportuaire de Madagascar aiguise les appétits est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Les Indo-Pakistanais, un frein à la transition démocratique de Madagascar (2) https://mondafrique.com/economie/les-indo-pakistanais-un-poison-pour-lindependance-du-pats-volet-2/ Tue, 06 Jan 2026 01:07:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=143115 Madagascar compte en son sein une importante communauté d’origine indienne, que la population désigne par deux dénominations : « indo-pakistanais » ou « karana ».

Cet article Les Indo-Pakistanais, un frein à la transition démocratique de Madagascar (2) est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Les indo-Pakistanais, dont les parents ont été de simples auxiliaires au service de la colonisation, sont devenus aujourd’hui des acteurs indispensables de la vie économique et des leviers essentiels au sein de la classe politique malgache. Sur l’image ci dessus, on découvre Ylias Akbaraly, Hassanein Hiridjee et Hasnaine Yavarhoussen, trois hommes d’affaires malgaches d’origine indo-pakistanaise et qui sont cités parmi les plus grandes fortunes d’Afrique francophone par le très respectable magazine « Forbes ». L’influence de ces oligarques est telle que malgré le changement de régime, la gendarmerie malgache qui avait montré cet automne une brutalité particulière face aux manidestations du camp démocrate, a interpellé ces jours ci un jeune influenceur français Dylan Silva , qu avait mis en cause cette oligarchie indo pakistanaise et qui n’a pù sortir de détention que grâce à la mobilisation massive de ses amis sur place (GenZ, etc.)

Daniel Saine Roche

La puissance économique de la minorité indo-pakistanaise est désormais telle qu’elle peut étaler sans complexe ses influences politiques. Si jusqu’à une certaine époque, la neutralité était de règle au sein de la communauté, tout a changé avec le coup d’Etat sanglant de 2009 lors duquel des personnalités indo-pakistanaises ont agi directement sur la scène politique malgache. Selon la déclaration d’un des principaux auteurs du coup, le Colonel Charles Andrianasoavina (propos recueillis par Philippe Divay et publiés dans le Club de Mediapart en 2012 et 2013), des hommes d’affaires indiens ont apporté un financement substantiel au « double coup d’Etat commandité par Andry Rajoelina ». Ont été ainsi cités des quincaillers en la personne de MM Said et Galib, mais aussi des patrons de grandes entreprises comme Ylias Akbaraly du Groupe SIPROMAD et Amir Rajabali du Groupe Rajabali.

Par ailleurs, la saga de la crise énergétique a Madagascar constitue aussi une illustration de cette influence politique.  Fidèle Razarapiera, Vice-président de l’Assemblée nationale, clame que le problème auquel est confronté aujourd’hui la société nationale d’eau et électricité (Jirama) est dû à la dépendance de cette entreprise aux Groupes Filatex de  Hasnaine Yavarhoussen et à la Jovena de Hassanein Hiridjee.  Selon lui, ces deux entités ont pu mettre en place un réseau occulte permettant de protéger leurs intérêts, capable de dicter les décisions de la JIRAMA, de l’État malgache, et même de son partenaire international, la Banque mondiale.

Hassanein Hiridjee, propriétaire du groupe Axian et Jovena contrôle en effet l’énergie qui alimente la JIRAMA (le gazole, le fioul, le fioul lourd) tandis que Hasnaine Yavarhoussen (Filatex) contrôle la fourniture des groupes photovoltaïque et thermique, ainsi que la production énergétique, rendant l’État totalement dépendant de lui. La dépendance commence dès la phase de production, et s’étend sur les infrastructures logistiques, les stocks de carburant, les systèmes de maintenance. Et ce sont ces mêmes groupes qui bénéficient des marchés de construction, des garanties de paiement, et d’un cadre fiscal peu contraignant. Le contrôle étatique est difficile à mettre en œuvre car celui qui vend du carburant à l’État lui-même incapable de payer, qui construit ses centrales, qui impose ses clauses contractuelles, peut imposer sa propre règle du jeu. Dans cet optique, le vice-président de l’assemblée nationale affirme que Hassanein Hiridjee et Hasnaine Yavarhoussen ont des hommes de main dans l’administration malgache, au sein des Institutions, et dans les différents syndicats. Le nouveau Premier ministre est par exemple l’ancien Président d’une banque appartenant à la famille Hiridjee, et des ministres nouvellement nommés ont été avant leur nomination au gouvernement des cadres dirigeants d’entreprises locales du groupe Filatex de Yavarhoussen ou du Groupe Basan de la famille Barday.   

Un autre fait qui distingue la minorité indo-pakistanaise à Madagascar se trouve dans sa réputation d’ « accapareur » de terrains. Le placement immobilier effectué par cette communauté témoigne de son intelligence dans la pratique des affaires, quand bien même les méthodes utilisées suscitent l’animosité du public.  Ainsi, à Morondava (Sud-Ouest), 90% des maisons appartiennent à des indiens. A Majunga (Ouest), ils seraient en possession de près de 50% des immeubles en dur. A Diégo-Suarez (Nord), une bonne partie des locaux leur appartiendrait. Enfin à Tananarive, il est de notoriété publique que des groupes comme Filatex disposent d’un important patrimoine immobilier (200 000 m2 bâtis) accumulé au fil des ans. Amir Rajabali, président d’un autre groupe familial, est présenté par une certaine presse comme un « richissime industriel accapareur de terrains fonciers », bénéficiant de la « complicité des responsables fonciers dans l’acquisition douteuse et abusive de nombreux terrains ».

Une intégration sociale difficile 

Il existe un sentiment de méfiance réciproque entre la communauté indo-pakistanaise et les Malgaches. Le premier et principal motif de suspicion réside dans la domination économique d’une partie importante du groupe, qui compte parmi les principaux hommes d’affaires et investisseurs du pays. On dit que leur richesse et leur réussite suscitent jalousie et convoitise, et que le reproche principal qui leur est adressé, c’est leur « réussite dans les affaires ».  C’est dire que les indo-pakistanais constituent facilement des boucs émissaires qui cristallisent le mécontentement populaire, souvent sur l’instigation de politiciens populistes.

D’un autre côté, les observateurs même les moins avertis notent qu’il ne s’agit aucunement d’une jalousie gratuite, mais d’un ressentiment alimenté au fil des générations par un sentiment d’injustice. Dès le départ, la communauté indo-pakistanaise a été favorisée par les colons et l’administration française, puis par les différents régimes qui se sont succédés à Madagascar. Au sein de la population, il est très fréquent d’entendre que les Indiens sont fourbes, malhonnêtes, intolérants, fermés sur eux-mêmes, méprisants envers les Malgaches, et qu’ils s’enrichissent à leur détriment. Cette dernière assertion part de la simple constatation du fait que les Malgaches figurent parmi les trois populations les plus pauvres de la planète, alors que certains hommes d’affaires indo-pakistanais ayant démarré leurs activités depuis la Grande ile sont devenus parmi les hommes les plus riches d’Afrique francophone. 

Il est vrai que les indopakistanais ne sont pas responsables de la pauvreté des Malgaches. Mais on ne peut pas nier qu’ils ont toujours mis à profit l’existence de dysfonctionnement et de mauvaise gouvernance politique pour s’enrichir encore plus grâce à de multiples subterfuges : corruption étatique, alimentation du circuit des économies informelles pour pouvoir effectuer des évasions fiscales, etc…Il est a noter que plusieurs noms indo-pakistanais très connus ont été cités dans le scandale du « panama papers ».

Quel futur pour la communauté indopakistanaise ?

En définitive, le principal frein à l’intégration sociale de la communauté indo-pakistanaise tient à son attachement au particularisme dans un contexte où même la construction d’un Etat-nation malgache n’est pas en elle-même achevée.  La Constitution garantit pour les citoyens malgaches un traitement égal sans considération de races ni de religions. En théorie, les « Karana » de nationalité malgache ne devraient donc rencontrer aucun problème. Mais il ne faut pas passer sous silence le fait que la politique de l’Etat en matière de minorités consiste à « sauvegarder la substance nationale ». Cette politique a amené l’Etat à porter un coup d’arrêt aux immigrations nouvelles, et à restreindre l’attribution de la nationalité malgache. Cette politique de restriction favorise l’apatridie au sein de la Communauté indo-pakistanaise.

Les plus riches Karana sont de nationalité française, ou au moins ont la double nationalité franco-malgache. A leur égard, la question se pose de savoir si l’atmosphère délétère qui prévaut à Madagascar ne les acculerait pas à terme à partir. Ils suivraient en cela l’exemple de nombreux Indiens qui ont en 1973 et 1975 plié bagages pour des horizons plus propices à leurs affaires comme La Réunion, l’ile Maurice, la France ou le Canada. D’autre part, les riches familles qui ont envoyé leurs enfants étudier en Europe ou ailleurs sont déçus par le fait que de nombreux jeunes ont pour la plupart épousé des étrangers et n’envisagent plus de retourner à Madagascar. Cette situation justifie l’angoisse des parents qui risquent ainsi de finir leurs jours sans héritiers.

D’autres membres de la communauté ont d’ores et déjà adopté une position intermédiaire, avec la psychose du kidnapping qui a envahi les riches hommes d’affaires indo-pakistanais ces dernières années. Ils dirigent leurs entreprises depuis l’extérieur, comme Sameer Rajabali du groupe éponyme (BTP, immobilier, hôtellerie) installé à Maurice ou Mathias Ismaïl et Gauthier Ismaïl du groupe Socota (textile, crevettes, immobilier) qui résident respectivement à Paris et à Maurice. Il en est de même des deux enfants d’Iqbal Rahim, le président fondateur de Galana (produits pétroliers), Rizwan Rahim et sa sœur Naila Shirazee née Rahim, qui vivent, comme leur père, à Dubaï.

On peut aussi s’attendre à des transferts de l’actif de leurs patrimoines à l’étranger. L’internalisation des activités de ces groupes constitue une prémisse a ce mouvement. C’est ainsi que nombre de ces entreprises sont tournées vers l’Europe ou les Etats-Unis pour leurs ventes (cas de la vanille de Trimeta ou les haricots verts de Basan), la recherche de partenaires ou l’importation de biens d’équipements (le groupe Rajabali en France). Certains sont devenus des multinationales qui ont essaimé à l’étranger, tel Axian qui est aujourd’hui présent dans les secteurs des télécoms, de l’énergie, de l’immobilier et des services financiers en Tanzanie, au Togo, au Sénégal, en Zambie. De même pour Filatex qui se positionne sur des pays comme le Ghana, la Guinée et la Cote -d’Ivoire depuis 2020. La société Galana est bien arrimée à Maurice, au Mozambique, en Afrique du Sud, et au Kenya, tandis que Socota de la famille Ismail développent leurs activités immobilières   à Maurice, et la branche « produits de la mer » en France, Ou encore Ylias Akbaraly, avec sa holding Redland, qui est présent dans de nombreux pays dont les États-Unis, la France, en Inde et au Moyen-Orient.

La véritable problématique invoquée par la faiblesse de l’intégration sociale de la communauté indo-pakistanaise se pose donc d’une façon plus cruciale pour les apatrides et les membres dont les conditions sociales sont moyennes, et qui ne peuvent envisager un avenir autre qu’à Madagascar.  Un mouvement à double sens est souhaitable pour parvenir à des relations saines et apaisées : d’une part, l’évolution des mentalités des Malgaches qui doivent désormais appréhender le concept de la « malgachitude » dans une acception plus large, non limitée aux seuls éléments austronésiens et africains qui ont caractérisé jusqu’ici la « substance nationale » malgache.  D’autre part est requis de la part de la minorité indopakistanaise un effort vers une volonté d’assimilation, a l’instar de la minorité d’origine chinoise a qui le Malgache confère sans problème la qualité de « sinoa gasy » (chinois-malgache)

Cet article Les Indo-Pakistanais, un frein à la transition démocratique de Madagascar (2) est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le géant émirati de la bauxite Axis réclame 29 milliards à la Guinée https://mondafrique.com/decryptage/le-geant-emirati-de-la-bauxite-axis-reclame-29-milliards-a-la-guinee/ Tue, 30 Dec 2025 18:17:57 +0000 https://mondafrique.com/?p=144560 Un géant de la bauxite émirati, Axis International, a saisi le tribunal de la Banque mondiale pour les différends investisseur-État (CIRDI) pour réclamer 29 milliards de dollars à la Guinée après la révocation d’un permis minier. Cette affaire oppose l’entreprise, qui détient 85% d’une coentreprise locale, au gouvernement guinéen accusé d’avoir agi illégalement.   La […]

Cet article Le géant émirati de la bauxite Axis réclame 29 milliards à la Guinée est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Un géant de la bauxite émirati, Axis International, a saisi le tribunal de la Banque mondiale pour les différends investisseur-État (CIRDI) pour réclamer 29 milliards de dollars à la Guinée après la révocation d’un permis minier. Cette affaire oppose l’entreprise, qui détient 85% d’une coentreprise locale, au gouvernement guinéen accusé d’avoir agi illégalement.
 
La rédaction de Mondafrique
 
La Guinée, premier exportateur mondial de bauxite avec un tiers des réserves planétaires, a révoqué le permis pour imposer plus de transformation locale et de contrôle national. Axis juge cette décision contraire aux contrats signés et invoque une violation de ses droits d’investissement.
L’entreprise, soutenue par des partenaires chinois et singapouriens, exploite un projet majeur dans le pays.

Enjeux économiques

 
Ce contentieux survient dans un secteur dominé par des consortiums étrangers de Chine, d’Australie et du Golfe, avec des contrats souvent critiqués pour leur opacité. Le gouvernement guinéen, au pouvoir depuis le coup d’État de 2021, vise à renégocier pour mieux redistribuer les richesses minières. La somme réclamée équivaut à plusieurs années de budget national, menaçant les finances publiques.
 
L’affaire se déroule au Tribunal de la Banque mondiale pour les différends investisseur-État, où les États du Sud sont souvent parties faibles. Axis argue d’une expropriation sans compensation adéquate.
Ce cas illustre les tensions récurrentes entre souveraineté nationale et protection des investissements étrangers en Afrique.

Cet article Le géant émirati de la bauxite Axis réclame 29 milliards à la Guinée est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>