- Mondafrique https://mondafrique.com/economie/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 06 Mar 2026 20:30:08 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/economie/ 32 32 Cacao : Abidjan réduit drastiquement le prix payé aux planteurs https://mondafrique.com/limage-du-jour/cacao-abidjan-reduit-drastiquement-le-prix-paye-aux-planteurs/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/cacao-abidjan-reduit-drastiquement-le-prix-paye-aux-planteurs/#respond Sat, 07 Mar 2026 05:29:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148241 Le retournement brutal du marché mondial du cacao rattrape la Côte d’Ivoire. Premier producteur mondial, le pays a révisé le prix bord champ payé aux planteurs pour la campagne intermédiaire 2025-2026. Il passe d’environ 2 800 francs CFA à 1 200 francs CFA le kilogramme, une baisse spectaculaire proche de 60 %. Le retournement spectaculaire […]

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Le retournement brutal du marché mondial du cacao rattrape la Côte d’Ivoire. Premier producteur mondial, le pays a révisé le prix bord champ payé aux planteurs pour la campagne intermédiaire 2025-2026. Il passe d’environ 2 800 francs CFA à 1 200 francs CFA le kilogramme, une baisse spectaculaire proche de 60 %.

Le retournement spectaculaire du marché mondial

Cette décision illustre la dépendance de la filière ouest-africaine aux cycles du marché mondial. Le cacao sort, en effet, d’une période de volatilité exceptionnelle. Après avoir atteint des sommets historiques en 2024 plus de 12 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux les cours se sont fortement corrigés pour revenir autour de 3 000 dollars. La perspective d’un retour de l’offre mondiale et le reflux des positions spéculatives ont accéléré ce mouvement.

En Côte d’Ivoire, cette chute impacte directement le revenu des producteurs. Le prix bord champ est fixé administrativement par l’État à partir des ventes anticipées réalisées sur les marchés internationaux, un système piloté par le Conseil du Café-Cacao. Conçu pour stabiliser les revenus agricoles, ce mécanisme oblige néanmoins les autorités à ajuster le prix intérieur lorsque les cours mondiaux reculent.

Cela dépend également d’une volonté politique. Pour la campagne précédente, dans un contexte de cours internationaux record et à l’approche de l’élection présidentielle de 2025, les producteurs ivoiriens avaient bénéficié d’une rémunération exceptionnellement élevée.

L’exemple du Ghana voisin est souvent avancé par les planteurs. Deuxième producteur mondial, le pays applique lui aussi un prix administré via son organisme public, mais il a historiquement cherché à mieux rémunérer les producteurs afin de préserver la qualité des fèves et de limiter la contrebande transfrontalière. Si Accra a également ajusté ses prix à la baisse en 2026, la correction y apparaît moins brutale que celle décidée en Côte d’Ivoire, aux environs de 29 %, soit environ la moitié de la baisse pratiquée par Abidjan.

La bataille de la valeur ajoutée

La situation met en lumière un paradoxe structurel. La Côte d’Ivoire et le Ghana produisent ensemble plus de la moitié du cacao mondial, mais ils ne fixent pas les prix, déterminés sur les marchés internationaux, et transforment encore une part limitée de leur production. La valeur ajoutée du chocolat est captée en grande partie en Europe ou en Amérique du Nord. Cette dépendance aux marchés extérieurs rend les économies cacaoyères particulièrement vulnérables.

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L’Afrique de l’Ouest moins corrompue que l’Amérique latine https://mondafrique.com/economie/lafrique-de-louest-moins-corrompue-que-lamerique-latine/ https://mondafrique.com/economie/lafrique-de-louest-moins-corrompue-que-lamerique-latine/#respond Sat, 07 Mar 2026 05:05:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148227 Selon le dernier rapport annuel publié par Transparency International, et grâce aux grandes avancées dernièrement réalisées, l’Afrique de l’Ouest francophone est désormais moins touchée par la corruption que l’Amérique latine. Une évolution qui contredit certains discours et qui a contribué à faire de l’Afrique de l’Ouest francophone la zone la plus dynamique économiquement du continent […]

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Selon le dernier rapport annuel publié par Transparency International, et grâce aux grandes avancées dernièrement réalisées, l’Afrique de l’Ouest francophone est désormais moins touchée par la corruption que l’Amérique latine. Une évolution qui contredit certains discours et qui a contribué à faire de l’Afrique de l’Ouest francophone la zone la plus dynamique économiquement du continent en 2025, pour la douzième année consécutive.

Par Ilyes Zouari

Selon les données du dernier rapport de Transparency International (l’indice de perception de la corruption, 2025) publié le 10 février, qui classe les pays du monde en fonction du niveau de corruption et qui constitue la référence mondiale en la matière, l’Afrique de l’Ouest francophone affiche un score global de 36,5 points. Elle devance ainsi l’Amérique latine qui affiche, pour sa part, un score de 32,2 points.

Ces résultats correspondent à la moyenne globale pondérée en fonction du poids démographique des pays concernés. 

L’Afrique de l’Ouest francophone plus vertueuse 

Les grands efforts accomplis ces dernières années en matière de lutte contre la corruption et de bonne gouvernance ont permis à l’Afrique de l’Ouest francophone, ensemble composé de neuf pays (les pays membres de l’espace UEMOA sans la lusophone Guinée-Bissau, ainsi que la Guinée et la Mauritanie – qui ont quitté cet espace et sa monnaie unique, le franc CFA, il y a déjà quelques décennies), en seulement une année, de progresser considérablement dans les classements internationaux, pour dépasser désormais un certain nombre de régions du monde, dont l’Amérique latine. Dans cet ensemble francophone, le Sénégal (classé 65e mondial, avec 46 points), le Bénin (70e, 45 points) et la Côte d’Ivoire (76e, 43 points) obtiennent les meilleurs résultats, tandis que la Mauritanie (130e), le Mali (136e) et la Guinée (142e) affichent les scores les plus faibles. N’étant pas membres de l’UEMOA, la Mauritanie et la Guinée tirent la moyenne globale vers le bas.

Le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire devancent un certain nombre de pays européens, dont deux pays d’Europe de l’Est membres de l’Union européenne (la Hongrie et la Bulgarie, classés chacun au 84e rang mondial), et font surtout mieux que la grande majorité des pays d’Amérique latine, qui regroupe vingt pays au total. Et notamment les cinq plus peuplés d’entre eux, à savoir le Brésil (107e), le Mexique (141e), la Colombie (99e), l’Argentine (104e) et le Pérou (130e).

Les cinq pays les moins bien classés d’Amérique latine (le Paraguay, 150e, le Honduras, 157e, Haïti, 169e, le Nicaragua, 175e et le Venezuela, 180e) se classent loin derrière les pays les moins bien positionnés d’Afrique de l’Ouest francophone. De leur côté, l’Uruguay (17e), le Chili (31e), le Costa Rica (46e), Cuba (84e) et la République dominicaine (99e) affichent les meilleures performances de la zone.

Les francophones devant les anglophones

Au niveau africain, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin se classent devant l’Afrique du Sud (81e) et loin devant des pays comme le Nigeria (autre pays d’Afrique de l’Ouest, classé 142e), l’Éthiopie (96e), le Kenya (130e), ou encore l’Angola (120e). Les cinq pays les plus touchés par la corruption au niveau continental sont des pays anglophones, à savoir le Soudan (175e), l’Érythrée, (177e), la Libye (177e ex aequo), la Somalie et le Soudan du Sud (181e chacun).

La corruption étant un phénomène difficilement mesurable, les classements en la matière ne peuvent en donner une idée qu’approximative. Cependant, il n’en demeure pas moins vrai que ce classement, constituant la référence mondiale en la matière, met en évidence les avancées considérables réalisées par plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest francophone au cours de la dernière décennie, d’une part, et la persistance, d’autre part, d’importants niveaux de corruption en Amérique latine, qui s’aggravent même dans de nombreux pays de la région.

 

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Sénégal. La solution du casse-tête de la dette https://mondafrique.com/a-la-une/senegal-la-recette-du-casse-tete-de-la-dette/ https://mondafrique.com/a-la-une/senegal-la-recette-du-casse-tete-de-la-dette/#respond Mon, 02 Mar 2026 05:36:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147808 Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette. Par Mor Amar C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de […]

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Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette.

Par Mor Amar

C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de 2672 milliards de francs CFA. Voilà le montant global du service de la dette extérieure, d’après la loi de finances initiale pour l’année 2026. Le pic des paiements est annoncé pour ce mois de mars, avec plus de 509 milliards de francs CFA à rembourser, rien que sur la dette extérieure, et plus de 237 milliards au titre de la dette intérieure. Mais l’urgence, pour Dakar, c’est de mobiliser près de 490 millions d’euros en mars pour satisfaire en priorité les souscripteurs d’eurobonds, afin de rassurer les marchés sur ses capacités à remplir ses obligations.

Comment le pays compte t-il procéder ? Face aux députés, le 24 février 2026, lors de la session des questions d’actualité avec le gouvernement, le ministre des Finances est revenu sur la stratégie. « Depuis fin 2024, nous travaillons sur la gestion active de la dette bancaire locale. Nous avons ainsi invité les banques à titriser certaines créances. Cela a permis de négocier les termes de financement, d’améliorer le profil de maturité, de gagner des espaces budgétaires à hauteur de plus de 500 milliards rien que sur l’année 2025 », a expliqué Cheikh Diba, ajoutant que son gouvernement compte faire exactement la même chose en ce qui concerne la dette extérieure.

Dakar privilégie le paiement des eurobonds

Pour réussir ce pari, le gouvernement compte s’appuyer sur des institutions de garantie comme la Banque africaine de développement (BAD), l’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique (Atidi), la Multilateral investment garantee agency (Miga-groupe banque mondiale)… Optimiste, Cheikh Diba pense que ce soutien autorisera la mobilisation de ressources à des coûts beaucoup plus faibles que les coûts d’endettement actuels, avec des maturités plus longues.

Le gouvernement compte ainsi réduire le service de la dette et libérer des espaces de trésorerie, sans avoir recours à la restructuration. « Si nous y parvenons avec la discipline budgétaire que nous avons enclenchée depuis 2024, cela va permettre d’avoir une dette soutenable », rassure le ministre des Finances, qui se projette déjà sur les autres mois.

En effet, si les esprits sont rivés sur l’échéance de mars 2026, il n’en demeure pas moins que le gouvernement restera sous tension toute l’année. Les montants à payer sur la partie dette extérieure restent très importants, avec plus de 234 milliards de francs CFA au mois d’avril, 114 milliards en mai, plus de 220 milliards pour le mois de juin, 257 milliards en juillet, 227 milliards au mois d’août, 170 milliards en septembre, 278 milliards en octobre, 178 milliards en novembre et enfin plus de 272 milliards pour le mois de décembre, soit au total 2672 milliards, contre plus de 2825 milliards au titre de la dette intérieure.

Pression de la France et de certains créanciers

Loin de la sérénité affichée devant les écrans, les techniciens vivent dans le stress au quotidien. La décision de privilégier le paiement des eurobonds ne fait pas que des heureux. Certains créanciers, comme la France, commencent d’ailleurs à manœuvrer pour un traitement diligent de leurs créances. Le trésor français, selon plusieurs médias, a d’ailleurs écrit pour réclamer le règlement d’impayés. Paris aurait même dépêché début février un émissaire à Dakar pour traiter de cette affaire. D’autres créanciers stratégiques comme la China Afreximbank sont également dans l’attente d’un traitement pressant.  

Certains créanciers ont d’ailleurs rejoint la position du Fonds monétaire international (FMI) qui estime, depuis le début, qu’une restructuration est nécessaire. Le gouvernement du Sénégal n’est toujours pas de cet avis. Pour Cheikh Diba, ce n’est certainement pas par orgueil. « Nous estimons qu’il y a une solution scientifique, économique et technique, qui nous permettra de gérer cette question. C’est la gestion active de la dette. Du point de vue quantitatif, le résultat est presque le même que pour la restructuration. Et nous ne subissons pas les conséquences d’une restructuration », a martelé le ministre des Finances et du Budget. 

Dakar en défaut sur les investissements et des engagements sociaux

En vérité, analyse un spécialiste, le gouvernement a décidé de ne pas faire défaut et de ne pas demander une restructuration pour les dettes qui lui semblent essentielles, à savoir les eurobonds, les dettes auprès du marché financier de l’UEMOA et des banques commerciales.

En revanche, le gouvernement est déjà en défaut sur plusieurs programmes d’investissements importants pour le développement économique (Programme spécial de désenclavement, Programme de modernisation des infrastructures judiciaires, Programme d’urgence de développement communautaire, dette aux entreprises du BTP…). Il a dû également suspendre plusieurs programmes sociaux dont les bourses de sécurité familiales et accumule des arriérés pour les étudiants….

La grande question, selon notre interlocuteur, c’est de savoir « jusqu’à quel point le gouvernement va continuer de suffoquer le développement économique du pays », en privilégiant le paiement de cette dette colossale au détriment des projets de développement.

Les points d’achoppement avec le FMI

Pendant ce temps, les négociations avec le FMI tirent en longueur. Si des progrès notoires ont été enregistrés sur les mesures correctrices relatives au misreporting, les deux parties peinent à accorder leur violon sur la viabilité de la dette, nécessaire pour la signature d’un nouveau programme. Face au parlement, le ministre Diba a reconnu quelques divergences en particulier sur le cadrage macroéconomique.  « Nous, nous pensions que les hypothèses du Fonds sont pessimistes, eux ont trouvé nos projections trop optimistes. Le résultat est que le FMI estime que nous ne pouvons trouver les financements dont nous avons besoin sans restructuration », explique le ministre qui s’empresse de rassurer : « Nous travaillons à rapprocher nos positions. Le vendredi passé, le Fonds a mis à jour son cadrage macroéconomique qu’il nous a envoyé. Dans les prochains jours, nous pourrons en discuter et arriver à un résultat qui va permettre de finaliser ces discussions. »

Depuis la survenue de la crise, le ministre des Finances et du Budget se démène ainsi comme un diable pour trouver une solution avec les partenaires internationaux. Quant à son patron, le Premier ministre Ousmane Sonko, il ne cesse de tirer sur ces partenaires. Pour lui, l’institution ne travaille pas au développement des pays africains. Ce qui intéresse le FMI, selon le PM Sénégalais qui cite l’économiste américain Jeffrey Sachs, ce n’est pas le développement des pays africains, c’est plutôt que ces pays restent pauvres et sages.

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Série Niger-économie (3). Ouvrir les possibles https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-3-ouvrir-les-possibles/ Sat, 14 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147061 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode 2), ce troisième et dernier épisode décrit la stratégie des autorités pour s’émanciper de l’étouffante tutelle bancaire ouest-africaine.

Par Paolo Vieira

Le choix du Président Tiani porté sur Maman Laouali Abdou Rafa, le 26 janvier, comme nouveau ministre des Finances n’est pas anodin. Il ne s’agit pas seulement de faire revenir à un poste politique un technicien qui connait parfaitement la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest et le ministère des Finances. D’autant plus que le nouveau ministre est marqué par sa proximité avec le parti rose qui a dirigé le pays depuis 2011 : il était aux manettes quand le Niger de Mahamadou Issoufou s’endettait. Le président Tiani ne s’est jamais caché de son option de voir son pays et l’Alliance des États du Sahel (AES) que forment le Niger, le Mali et le Burkina Faso s’engager dans la souveraineté monétaire. Et Maman Laouali Abdou Rafa pourrait, peut-être plus facilement que Lamine Zeine, initier cette transition financière, d’autant plus que le système de marché des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) semble à présent ébranlé.

Oublier le passif ?

Pour ce qui est de l’endettement considérable du Niger, il faut rappeler que le nouveau patron des finances publiques était l’homme clé de la dette et des émissions à l’époque d’Issoufou puis de Bazoum. De 2015 à 2021, il sera successivement au cabinet du Premier ministre en tant que coordonnateur du Comité Interministériel de Suivi de la Politique d’Endettement de l’État et de Négociation des Aides Budgétaires (CISPEE/NAB) et au ministère des Finances comme directeur général des opérations financières et des réformes, secrétaire général adjoint puis secrétaire général du ministère des Finances, à partir du 22 avril 2021. L’endettement sur cette période est considérable et, de 100 milliards de francs CFA de service de la dette par an en 2013, le Niger doit débourser 500 milliards par an en 2021. Rien de très glorieux, donc, pour l’ancien coordonnateur du comité interministériel de suivi de l’endettement de l’État.

Maman Laouali Abdou Rafa, le ministre de l’Économie et des Finances du Niger.

De plus, le « Niger bashing » fruit de l’agressivité du président français à l’égard du nouveau pouvoir qui a fait avorter ses grands projets au Sahel a contribué à la dégradation de l’image du pays sur les marchés financiers, en l’occurrence  le marché des titres publics de l’UEMOA, devenu la source de financement la plus importante des États membres. En effet, depuis 2023, on observe une forte hausse de l’écart (qu’on appelle le « spread ») entre les taux de rendement de certaines obligations souveraines et le taux de rendement de l’émetteur régional de référence, qui est la Côte d’Ivoire. Le Burkina Faso, la Guinée‐Bissau, le Mali et le Niger sont particulièrement concernés.

Sur le marché des titres de l’UEMOA, le Niger doit payer une prime de risque significative (10 %). Le marché accepte de financer tout le monde, mais pas au même coût. Cette sélectivité accentuée est le signe d’un marché plus mature, mais aussi plus exigeant. En clair, si l’on compare à ce que la Côte d’Ivoire pays de référence en raison de son poids économique dans l’Union et de la qualité́ de sa note auprès des agences de notation paye pour emprunter, le Niger doit à présent offrir une prime de 3,5% sur le taux d’intérêt. Le Niger est moins apprécié que le Mali quand il émet des obligations du Trésor dans la région.

Des signatures de valeur inégale 

Le Sénégal aussi connait aussi un « spread » élevé sur ses emprunts sur le marché des titres de l’UEMOA. En 2025, l’État sénégalais a pourtant levé 2 224 milliards de francs CFA sur le marché local des titres publics à travers UMOA-Titres. Pour l’année 2026, les ambitions sénégalaises sont nettement revues à la hausse. Le directeur de la dette, Aliou Diouf, a annoncé que le volume global de ressources à lever atteindra 6 075 milliards de francs CFA, plus de cinq fois les émissions nigériennes. Mais outre les montants importants du Sénégal, qui augmentent les risques des prêteurs et lui coûtent cher, Dakar assume, comme Niamey de son côté avec ses derniers Présidents, le fardeau de la dette considérable et cachée du régime Macky Sall. Lamine Zeine a été peu entendu quand il rappelait combien les gestions financières d’Issoufou et de Bazoum avaient alourdi à des niveaux insoupçonnés l’endettement public. C’est la dette souveraine nigérienne extérieure et domestique que sanctionne le marché des titres de l’UEMOA, plus que le risque politique du régime du général Tiani, qui semble se consolider.

Malgré l’union monétaire, malgré une monnaie commune et une politique monétaire centralisée, les investisseurs opèrent une distinction très claire entre les signatures. En 2025, cette hiérarchisation est plus visible que jamais. Le Bénin (6,2 %) et la Côte d’Ivoire (6,7 %) continuent de profiter des conditions les plus favorables, quand d’autres États comme le Niger paient le prix fort et sont soumis à des échéances rapprochées de remboursement. Quoiqu’il se passe, l’une des missions du nouveau ministre des Finances sera de rétablir la qualité de la signature de son pays.

Les ministres des Finances du Niger, du Mali et du Burkina Faso approuvent les statuts de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), le 11 décembre 2025 à Bamako.

Vers le décrochage ?

Certains voient dans le nouveau ministre l’expert du système monétaire ouest-africain qui conduira l’accélération concrète de la construction de l’autonomie économique, avec, en ligne de mire, la création d’une monnaie propre à l’Alliance des États du Sahel.

« Le projet de monnaie commune, évoqué depuis la formation de l’Alliance, apparaît plus que jamais comme l’étape décisive pour concrétiser cette souveraineté retrouvée sur le plan politique et sécuritaire», écrit Jean-Jacques Boulot dans le Faso.net, le 29 janvier.  Il est certain que si l’UEMOA reste une source majeure de refinancement des pays membres, les contraintes et les lacunes de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sont des obstacles quotidiens au fonctionnement du système financier et donc de l’économie.

Dans « La crise bancaire qui couve en zone UEMOA : l’argent coûte cher et se raréfie» (publié en juillet 2025 par le Policy Center for the New South), Seydina Alioune Ndiaye explique que la stabilité apparente des taux de change, à l’intérieur de l’UEMOA et vis-à-vis de l’Euro, ne doit pas cacher que l’argent se raréfie du fait de la politique monétaire bureaucratique et erratique à la fois de la BCEAO. « Les banques thésaurisent et s’engraissent avec les rémunérations des bons du Trésor », rappelle-t-il. Par ailleurs, les présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron œuvrent à un élargissement et à une nouvelle monnaie associant le Ghana, et pourquoi pas le Nigeria. Tensions centripètes de tous côtés. En quittant la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont soustraits au cadre qui devait mener à l’adoption de l’« Eco », une monnaie toujours liée à la France et pilotée par la BCEAO. Cette sortie sera-t-elle le prélude indispensable pour mener librement leur propre projet monétaire ?

Recentrage sur la maison !

La mise sur pied de la Banque d’Investissement et de Développement de l’AES à Ouagadougou pose déjà les bases d’une architecture financière autonome, capable de financer des projets structurants sans dépendre des circuits traditionnels. Les politiques de renégociation ou de nationalisation dans le secteur minier (or, uranium, dont les trois pays de l’AES sont bien dotés) visent à reprendre la main sur les principales richesses nationales, qui constitueront le socle économique et la garantie de la future monnaie.

Quoiqu’il en soit, le nouveau ministre des Finances du Niger doit, avant de bâtir la nouvelle monnaie de l’AES, consolider les finances publiques nigériennes. L’inspection générale des Finances du pays, peu de temps avant son arrivée, a dressé un état des lieux de la gestion de la trésorerie et de la comptabilisation des recettes qui n’est pas satisfaisant. Le principal problème de l’administration financière du Niger réside dans le déficit de rigueur et de prévision dans la gestion de trésorerie de l’État. Ces insuffisances techniques sont aggravées par la gouvernance non orthodoxe du Trésor public. En effet, malgré les efforts remarquables fournis par les régies financières au cours des dernières années, la régulation et l’exécution de la dépense n’ont pas été à la hauteur des attentes, malgré les directives du Comité de trésorerie. Ces mauvaises habitudes se perpétuent au fil des régimes et servent à tisser des liens de connivence politique et clientéliste. Outre l’image négative du Trésor public qui rejaillit sur les gouvernants, il s’agit de manquements qui peuvent compromettre le paiement régulier des salaires des fonctionnaires et des pensions et mener au défaut de paiement.

Le ministre des Finances de 2026 va donc se battre sur deux fronts, l’un, intérieur, avec un Trésor enkysté dans de mauvaises habitudes, et l’autre, extérieur, où Abidjan n’est pas dans les meilleures dispositions vis à vis de Niamey.

 

 

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Série Niger-économie (2). Uranium et réveil minier https://mondafrique.com/economie/serie-niger-economie-2-uranium-et-reveil-minier/ Fri, 13 Feb 2026 05:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147049 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. L’épisode 1 a décrit les efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile. Avec ce deuxième épisode, nous abordons la stratégie […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. L’épisode 1 a décrit les efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile. Avec ce deuxième épisode, nous abordons la stratégie du Niger pour mieux tirer parti des ressources de son sous-sol, à commencer par son uranium, exploité par la France jusqu’au coup d’État et qui fait l’objet d’une bataille judiciaire acharnée avec Paris.

Par Paolo Vieira

L’uranium, un héritage colonial redevenu rentable

L’uranium, héritage colonial d’Areva (devenu par la suite Orano) avait cessé de représenter un atout important pour le Niger, qui détient pourtant 5% des réserves mondiales. Avec ses réserves estimées à près de 180 000 tonnes d’uranium en terre, le site géant d’Imouraren aurait dû devenir la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique de l’Ouest et la seconde plus grande mine d’uranium au monde. À terme, sa production devait atteindre 5 000 tonnes d’uranium par an et se maintenir pendant plus de trente-cinq ans. Orano a reporté son exploitation sous divers prétextes pendant vingt ans. Cette défaillance a fini par être sanctionnée, non pas par le nouveau pouvoir nigérien, mais bien par Mohamed Bazoum lui-même du temps où il était aux affaires. C’est lui qui a retiré à Orano son permis d’exploitation, en juin 2023.

Anne Lauvergeon dite « Atomic Anne », en compagnie du Premier ministre du Niger Seyni Oumarou, le 4 mai 2009, à la cérémonie de lancement d’Imouraren.

Le mécontentement nigérien à l’égard d’Orano trouve aussi sa source dans 20 millions de tonnes de déchets radioactifs laissés sur le site de la mine souterraine d’Akokan, près d’Arlit, fermée en 2021 après l’épuisement des réserves. La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIAD), une organisation non gouvernementale française, a déclaré, dans plusieurs articles, que les déchets radioactifs sur le site de la mine devaient être recouverts d’argile, ce que la société française n’a pas fait. Selon la CRIIAD, 20 millions de tonnes de boues radioactives menacent directement la santé de 100 000 personnes dans la région. Les autorités nigériennes ont officiellement porté plainte contre Orano à ce sujet. En décembre, le ministre de la Justice Alio Daouda a accusé l’entreprise «d’avoir créé un désastre écologique au Niger» s’apparentant à des «crimes de masse». De son côté, Orano accuse le Niger de l’avoir exproprié et a engagé plusieurs procédures contre le pays.

L’une des deux sociétés franco-nigériennes qui exploitaient l’uranium d’Arlit, la Somaïr, a été nationalisée en 2025 par le gouvernement. Dans le processus de récupération de ses actifs, le gouvernement a retiré en novembre 2025 d’Arlit (site exploité par le Commissariat à l’Énergie atomique, puis Areva-Orano pendant cinquante ans) un stock d’uranium d’une valeur de 170 millions de dollars US. Ce « yellow cake » pourrait être cédé à Axia Resources, une société installée au Niger le 5 décembre 2025. C’est une filiale d’Axia Power FZE,  établie à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis. Certaines sources lient Axia à Rosatom, la compagnie publique russe de l’énergie nucléaire, qui dit, de son côté, ne pas avoir de rapports formels avec Axia.

Un prix spot triplé depuis 2021

Le marché international de l’uranium est devenu profitable au Niger au moment où ce pays ne peut plus évacuer aisément son stock ni sa production de yellow cake. En effet, encore inférieur à 66 000 dollars US la tonne en janvier 2021, le prix spot de l’uranium a presque triplé pour dépasser 180 000 dollars US la tonne fin 2025.

Un protocole d’accord pour l’exploitation de nouvelles mines avait déjà été signé en juin 2023 entre Niamey et la China National Nuclear Corporation (CNNC), opérateur du site de la Somina. Mais en cas de redémarrage effectif des activités, la Somina n’est pas en mesure, à elle seule, d’aider le Niger à retrouver sa place parmi les leaders mondiaux. Selon les chiffres de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, la meilleure performance de la mine chinoise date de 2012, année au cours de laquelle 201 tonnes d’uranium ont été extraites.

Le Niger peut, en revanche, compter sur le projet Dasa, piloté par le canadien Global Atomic. Ce dernier ambitionne de mettre en service sa mine d’ici 2027, avec une production totale de 68,1 millions de livres sur environ 24 ans, soit une moyenne annuelle d’environ 2,9 millions de livres ou 1 315 tonnes. A titre de comparaison, la dernière année où Orano a opéré au Niger sans tensions, en 2022, le pays a produit 2020 tonnes selon les chiffres de la World Nuclear Association. L’ouverture de la mine de Dasa, prévue en 2026, dépend, néanmoins, de contraintes logistiques et financières, en l’occurrence la mobilisation des fonds nécessaires aux travaux de construction et la sélection d’itinéraires adéquats pour approvisionner la mine et exporter la production.

Cuivre, lithium … et encore de l’uranium

Des permis d’exploitation du cuivre et du lithium ont aussi été attribués à la Compagnie Minière de l’Aïr (société nationale publique-privée). La production espérée est de 2 700 tonnes de cuivre par an pendant dix ans, ce qui devrait générer 300 emplois directs. La redevance minière doit, elle, rapporter 4 milliards de francs CFA (6 millions d’euros) à l’État.

En octobre 2024, le gouvernement nigérien a également renouvelé pour trois ans la licence d’exploration de l’Australien ENRG Elements dans la région d’Agadez. Enfin, le groupe américain «African Discovery» est en passe d’acquérir un permis d’exploration à proximité d’Imouraren, a écrit World Nuclear News dans un article de juillet 2024. .

Par ailleurs, toujours dans la même région du nord, un permis pour une « petite exploitation minière d’uranium » est accordé à une autre société nigérienne, la Compagnie minière de recherche et d’exploitation (Comirex SA) dans la commune rurale de Dannet, dans le département d’Arlit, pour une production envisagée de 300 tonnes par an pendant cinq ans. Cominair et Comirex sont des sociétés de droit nigérien « appartenant à des nationaux », avec des participations de l’État atteignant respectivement 25 % et 40 %, selon le gouvernement. La coentreprise Royal Gold Niger, créée en 2025, devrait, avec l’émirati Suvar, édifier une raffinerie et un centre de polissage de l’or.

Visite officielle du ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsivilev, à Niamey, le 28 juillet 2025.

Mieux valoriser les ressources

En deux ans, des progrès significatifs en vue d’une mise en valeur des ressources minières sont à signaler. Cependant cette phase absorbe de l’argent plus qu’elle n’en produit. Ce qui peut expliquer que, dans le cadre du contentieux qui l’oppose à Orano, l’État du Niger s’engage dans une nouvelle stratégie de défense fondée sur une approche innovante de valorisation de l’uranium naturel.

Il s’agit de considérer l’uranium non seulement comme une matière première minière, mais également comme une source d’énergie stratégique, comparable aux hydrocarbures et autres ressources énergétiques majeures. Cette méthode vise à établir une correspondance entre le potentiel énergétique de l’uranium et celui d’autres sources d’énergie, afin d’en déduire une valorisation plus équitable des achats passés d’Orano et de politique de cession sur le marché international. Ces orientations ont été confirmées au mois de décembre 2025 avec la signature d’’un mémorandum de coopération avec la Russie par Timersoi National Uranium Company (TNUC), une société nigérienne d’exploitation de l’uranium.

La demande russe

Timersoi a signé, le 9 décembre 2025, avec la filiale de la Rosatom Uranium One Group – qui l’annonce sur son site internet – un accord de coopération pour conduire conjointement des explorations, obtenir les permis nécessaires et, à terme, établir des opérations minières. Issoufou Tsalhatou, le secrétaire général de Timersoi National Uranium Company (TNUC), s’est félicité à cette occasion de pouvoir, avec les partenaires russes expérimentés, réaliser des projets de développement des ressources stratégiques du Niger. De son côté, Pavel Larionov, le président d’Uranium One, estime que cette coopération combinera le potentiel géologique exceptionnel du Niger et les technologies avancées de Rosatom.

La Russie est présente dans le secteur uranifère depuis 2011 et l’obtention d’un permis d’exploration à Tloulouk par GPB Global Resources. Quatre autres permis sont détenus par African Minerals, une compagnie qui appartient à un Russe. Une délégation nigérienne s’est rendue en mars 2024 au salon Atomexpo à Sochi, principal évènement international de Rosatom.

Il faut rappeler que la Russie a besoin d’uranium naturel. En effet, l’approvisionnement en uranium naturel constitue le principal point de faiblesse de l’industrie nucléaire russe. Pour son propre parc, la Russie consomme 5 430 tU. À ce volume, il faut ajouter le minerai nécessaire pour honorer les contrats de fourniture à vie en combustible que Rosatom adjoint à l’exportation de ses réacteurs. Si l’on ne prend en considération que ceux signés avec la Biélorussie, le Bangladesh, l’Égypte, la Turquie, l’Inde, la Hongrie et l’Arménie, il faut ajouter 4 680 tU. C’est sans compter les contrats avec la Chine, dont il est difficile d’établir les volumes. En moyenne,  le cabinet UxC considère que la Russie consomme près de 13 000 tU par an. Or, la production russe est très largement insuffisante. En 2023, AtomRedMetZoloto (ARMZ), la filiale de Rosatom responsable des mines d’uranium en Russie, ne produisait que 2 710 tU154, soit 20 % des besoins. Pour soutenir son activité, Rosatom a développé l’extraction de coproduits, dont l’or et les terres rares, et recherché des financements étrangers.

 

 

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Série Niger-économie (1). Sortir du tunnel https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-1-sortir-du-tunnel/ Thu, 12 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146985 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays : des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile – en grande partie héritée de la dette accumulée par les […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays : des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile – en grande partie héritée de la dette accumulée par les deux régimes socialistes qui se sont succédé aux affaires à partir de 2011 –, en tirant un meilleur parti des ressources du sous-sol et en se libérant de l’étouffante tutelle bancaire ouest-africaine, aux côtés de ses voisins de l’Alliance des États du Sahel. 

Par Paolo Vieira

Remaniement aux finances

Il y a peu, le 26 janvier 2026, sur décret d’Abdourahamane Tiani, Ali Mahamane Lamine Zeine laissait le portefeuille de l’Économie et des finances mais conservait la fonction de Premier ministre qu’il occupe depuis août 2023. Cette décision est intervenue après une fin d’année très difficile pour les finances publiques car en décembre, ni les salaires de la fonction publique ni le paiement du service de la dette extérieure n’ont été assurés. Le défaut souverain momentané de la République du Niger est passé relativement inaperçu.

Pourtant, le Niger ne va pas si mal du point de vue économique si l’on observe son évolution depuis deux ans et demi. Et le décret  du 28 octobre 2025 par lequel le Président de la République a transféré une large part de ses prérogatives et pouvoirs au Premier ministre a fait de ce dernier le véritable chef d’orchestre de l’administration et le relais direct entre les membres du gouvernement et le chef de l’État. En quittant le ministère des Finances, Lamine Zeine laisse une situation financière tendue mais qui a survécu au cyclone des sanctions et de la baisse de l’aide publique au développement.

Le Niger a changé. Le compte courant, celui qui, dans la balance des paiements, fait le solde des achats et des ventes de biens et services à l’extérieur, est rééquilibré. Les Nigériens de l’extérieur envoient de l’argent dans leur pays et les investissements directs étrangers apportent des devises. Cela permet des réserves de change enregistrées à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le déficit budgétaire, et surtout son financement, ont été maîtrisés par la diminution drastique de la dépense publique. La reprise des accords de programme avec le Fonds monétaire international (FMI) jusqu’à fin décembre 2025 a permis la mobilisation de lignes de crédit de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD). Chose absolument nécessaire, car, malgré la contraction des dépenses publiques, le budget 2025 s’élevait à 5 milliards de dollars US. L’année 2026 devrait coïncider avec un nouveau départ économique et financier après les années difficiles traversées par le Niger depuis le Covid-19.

2021 : la montée des périls

Lorsque les militaires nigériens renversent Mohamed Bazoum, le 26 juillet 2023, le pays semble sur un chemin de croissance favorable et il bénéficie d’un programme financier du FMI qui lui autorise de nombreux prêts et dons des bailleurs multilatéraux et bilatéraux. La production pétrolière a pris un peu de retard, mais l’année 2024 est censée voir le début des exportations via le pipe-line qui relie le site d’Agadem au terminal de Sèmè au Bénin. Mais ce tableau flatteur est, en réalité, le fruit de l’aveuglement du FMI – voire de sa complicité – à l’égard de l’envolée de la dette intérieure de l’État.

La direction de la dette publique rattachée à la Direction générale du Trésor, souligne pourtant, en mai 2021, dans une note intitulée «stratégie d’endettement public pour la période 2021-2023» le risque de refinancement : « Le profil d’amortissement de la dette publique révèle un important risque de refinancement dû, d’une part, au remboursement des OAT (Obligations du Trésor) en 2022, 2023 et 2025 et du revolving des BAT (Bons du Trésor) en 2021 et les années suivantes et d’autre part, au remboursement des prêts syndiqués entre 2022 et 2026 dont les paiements du principal sont en moyenne de 22,6 milliards de francs CFA par an. L’échéance moyenne du portefeuille total est de 8,9 ans et la dette à repayer dans un an est de 14,3% de la dette totale. Pour la dette intérieure, l’échéance moyenne est de seulement 3,5 années et la dette à repayer dans un an est de 28,0% de la dette intérieure.» La dette intérieure, qui représente la moitié de la dette totale du Niger, doit, théoriquement, être remboursée de 2022 à 2024. Mais cela ne sera pas le cas et les arriérés s’accumuleront entre 2021 et le coup d’État.

2023 : le choc des sanctions

Suite au renversement de Mohamed Bazoum, alors qu’un plan d’urgence et ordonné de traitement de la dette intérieure (gonflée par de nombreuses créances douteuses ou fictives) s’impose, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la BCEAO entreprennent, sous l’égide du Président Macron, d’asphyxier le Niger commercialement et financièrement. Plusieurs pays et régions – notamment la CEDEAO et l’UE – ordonnent des sanctions qui nuisent gravement à une économie nigérienne déjà faible, si l’on en croit un rapport de Crisis Group de décembre 2023. Presque toutes les frontières sont fermées et les échanges commerciaux gelés, ce qui entraîne la suspension des transactions financières du gouvernement et le gel des avoirs du pays dans les banques extérieures.

Les retombées conduisent le nouveau pouvoir nigérien, et en particulier le Premier ministre Lamine Zeine, à amputer son  budget 2023 de 40 % et à ne pas honorer quatre paiements de dette pour un montant total de 519 millions de dollars US en février 2024.

Une inflation des prix des denrées alimentaires fait basculer au moins 1,1 million de Nigériens sous le seuil d’extrême pauvreté, ce qui porte leur nombre total à 14,1 millions de personnes, soit 54 % de la population du pays, écrit African Center en mai 2024. Après de nombreux efforts pour contrer l’hostilité française à un accord avec le FMI, le Niger finit par bénéficier de deux programmes (la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité de résilience et de durabilité (FRD)) avec un décaissement de 51 millions de dollars US en janvier 2025. C’est donc seulement en 2024 qu’on observe un début de normalisation avec les institutions de Bretton Woods et la BCEAO.

Cependant, pendant les sanctions, le Niger doit faire face aux échéances des titres UEMOA : 500 milliards de francs CFA en 2023, 600 milliards en 2024 et 800 milliards en 2025. Sous l’effet des sanctions de la BCEAO, il ne peut pas se refinancer en 2023 et jusqu’à la fin du premier quadrimestre 2024. Le blocage des transferts bancaires suscite des arriérés de paiement de la dette extérieure et intérieure et les banques locales sont asséchées.

2025 : des tensions de trésorerie

À la fin de l’année 2025, Sama Mamane, du secrétariat général du ministère des Finances, rappelle que  «le recours fréquent à des avances de trésorerie et de crédit relais auprès des banques locales, certains avec des taux d’intérêts élevés, a contribué à alourdir la situation de la dette intérieure ». De plus, poursuit-il : « le montant des arriérés au lendemain de la levée des sanctions économiques et financières injustement imposées à notre pays est ressorti à 701,8 milliards de francs CFA constitué de dette intérieure pour un montant de 565,9 milliards de francs CFA et de dette extérieure pour un montant de 135,9 milliards de francs CFA. C’est à la prise en charge de ces arriérés, en plus du service courant, que le gouvernement s’est attelé, dans le contexte de difficulté de trésorerie. » Il y a un effet boule de neige de la dette intérieure cachée du Président déchu et des sanctions monétaires et financières de la BCEAO. Plus de 70% des échéances de dette prévues en 2026 par le Niger sur le marché régional UMOA-Titres proviennent d’emprunts contractés en 2025, selon les données officielles du marché. Au total, 660,38 milliards de francs CFA de titres émis en 2025 arriveront à échéance en 2026, pour l’essentiel sous forme d’emprunts à un an, concentrés sur les mois de janvier à août à des taux élevés. Ces levées de fonds, comme le dit Sama Mamane, sont destinées à combler les emprunts et les arriérés des gestions héritées en 2023.

La croissance ne suffit pas

Sous l’effet de la pression de la dette intérieure, le chemin est très étroit entre le paiement des salaires et celui des remboursements d’échéances. Il s’en suit, dès que le comité de trésorerie des Finances s’écarte du calendrier fixé, des retards de paiement de la solde, comme ce fut le cas en décembre 2025. Les bons chiffres de l’économie, avec une croissance du PIB de plus de 6% en 2024 et 2025, ne suffisent pas à éponger la dette du régime précédent. En effet, alors que les tensions de trésorerie sont immédiates, le gain de la production minière et pétrolière et des exportations est plus lent à réaliser.

Avant le pétrole, le Niger comptait sur l’or (en 2022, 70% des exportations) et les autres minerais (dont l’uranium, 20% des exportations en 2023) pour recevoir des devises. En 2024, les exportations de pétrole ont commencé et elles se sont poursuivies en 2025, non loin de leur objectif de 110 000 barils/jour. Cette mise en régime de la production pétrolière n’a pas été une affaire facile, tant en raison de conflits avec le Bénin, actionnaire de la West African Oil Pipeline Company, que de la nécessité de réviser les modes de partage et de gestion de la production pétrolière avec la partie chinoise. Avec patience, ce processus de rapprochement entre Niamey et Pékin a été célébré par le Premier ministre à l’occasion du 70ème anniversaire de la coopération entre les deux pays, en janvier 2026. La part qui revient au Niger est obérée par l’avance sur recette que le Premier ministre a dû solliciter en avril 2024 auprès du partenaire chinois. Cette enveloppe de 400 millions USD lui a permis de passer le cap très délicat de l’étranglement coordonné par la BCEAO et Paris. Mais elle a un coût : un intérêt de 7% par an.

Nécessaire reprofilage

En dépit des agressions externes et des attaques des groupes armés, les recettes fiscales de la Direction Générale des Impôts ont augmenté, en 2025, de plus de 300 milliards de francs CFA, soit une hausse de 41% par rapport à 2024 et de 46,5% comparé à 2022 (sous Bazoum). Quant aux ressources mobilisées par la Direction Générale des Douanes, elles ont augmenté de 50 milliards de francs CFA, soit une hausse d’environ 35%, malgré le contexte difficile qui a obligé les autorités nigériennes à restreindre la circulation des personnes et des biens avec certains de leurs voisins immédiats. Malgré ces rentrées appréciables dans un environnement sous menaces externes et internes, il subsiste le mur de la dette abyssale (plus de 5200 milliards de francs CFA).  

Dans ce contexte, les échéances sur le marché des titres de l’UEMOA et l’obligation de rembourser la dette extérieure ont amené le Premier ministre à négocier des conditions et des échéances plus favorables pour le remboursement de certains créanciers bienveillants. Plusieurs initiatives ont ainsi été prises pour apurer les arriérés de la dette et rétablir la confiance des partenaires et des marchés financiers. Malgré la tension constante de la trésorerie au cours des deux dernières années, le taux d’endettement du Niger s’est réduit. Grâce à la stratégie globale de la dette, combinant remboursement et reprofilage de la dette intérieure, le Niger a ainsi réduit son ratio d’endettement de 8 points de pourcentage au cours des deux dernières années. Le reprofilage, négocié en janvier 2026 pour un montant de 85 milliards de  francs CFA avec la Banque ouest-africaine de développement notamment, contribuera à améliorer la soutenabilité de la dette du pays et illustre la démarche cas par cas de l’ancien ministre des Finances.

Après son départ des Finances, le Premier Ministre continuera à superviser les opérations de reprofilage afin de rallonger la maturité des titres de créances. Avec l’aide des banques commerciales marocaines et de la Banque mondiale, il cherche à financer la relance de l’économie, et des PME en particulier. On estime que le différé de remboursement de la dette vis-à-vis des banques commerciales à capitaux marocains devrait étaler la charge de l’apurement des arriérés pour près de 1000 milliards de francs CFA. Cette régénération profitera également au secteur financier nigérien.

En effet, en 2026, la Banque mondiale prépare un projet d’appui au secteur financier et de financement des PME afin de stimuler l’économie du Niger. C’est ce qu’a indiqué Affouda Léon Biaou, le représentant résident de l’institution financière au Niger, à l’issue d’une audience le 27 janvier 2026 avec le Premier ministre. Il s’agit d’un projet « d’un montant total de 250 millions de dollars US en dons », soit l’équivalent d’environ 100 milliards de francs CFA. Ce projet devrait permettre aux banques de développer davantage leurs activités de crédit en direction des entreprises locales, notamment à travers des financements à moyen et long terme. De nouveaux produits financiers adaptés aux besoins spécifiques des PME pourraient être envisagés, afin de répondre à leurs contraintes de trésorerie et à leurs difficultés d’accès au financement. L’orientation en faveur du secteur privé du gouvernement rejoint la démarche des institutions financières africaines de garantie et de la Banque arabe de développement économique en Afrique. 

Une séquence difficile de résorption du poids des créances semble se clore.

 

 

 

 

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La route Bénin-Niger ouverte à 1600 camions via le Nigeria https://mondafrique.com/economie/la-route-benin-niger-liberee-via-le-nigeria-pour-1600-camions/ Wed, 11 Feb 2026 05:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146955 Un accord entre les douanes du Nigeria, du Niger et du Bénin a permis lundi de libérer la route pour 1600 camions bloqués depuis trois mois au Nigeria. Un soulagement pour toutes les parties.  La non-réouverture de la frontière directe entre le Bénin et le Niger, pays enclavé, suite aux sanctions imposées après le renversement […]

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Un accord entre les douanes du Nigeria, du Niger et du Bénin a permis lundi de libérer la route pour 1600 camions bloqués depuis trois mois au Nigeria. Un soulagement pour toutes les parties. 

La non-réouverture de la frontière directe entre le Bénin et le Niger, pays enclavé, suite aux sanctions imposées après le renversement de Mohamed Bazoum par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, en août 2023, complique singulièrement, depuis lors, le passage des marchandises par le corridor naturel entre le port de Cotonou, le plus proche de Niamey, et cette dernière. La frontière restant fermée sur décision du régime militaire de Niamey – qui craint des actions françaises hostiles à partir du nord du Bénin voisin – les importateurs ont dû emprunter de nouveaux itinéraires.

Les options, pour les commerçants s’approvisionnant à partir de Cotonou, sont de traverser le fleuve en pirogue à Gaya, la ville frontière entre le Niger et le Bénin, une manœuvre longue et coûteuse, soit de passer par le Nigeria au point de jonction des trois frontières, à Kamba, puisque la frontière entre le Niger et le Nigeria est ouverte. C’est ce que faisaient depuis un an, de façon informelle, les transporteurs. Cependant, il y a trois mois, le Nigeria avait fermé l’accès dans l’attente d’un règlement officiel. Depuis lors, 1600 camions étaient bloqués à Kamba, dans l’État de Kebbi. 

Protocoles de sécurité stricts

Lundi, les chefs traditionnels, les responsables politiques et douaniers, ainsi que les commerçants se sont réunis pour applaudir le passage du convoi vers le Niger, lors d’une cérémonie officielle organisée par le gouvernement fédéral nigérian, à quelques jours du début du Ramadan. La décision avait été rendue publique deux jours plus tôt lors d’une réunion à Birnin Kebbi par le contrôleur général des douanes nigérianes, Bashir Adewale Adeniyi, qui avait dit vouloir ainsi « fluidifier les échanges commerciaux transfrontaliers tout en maintenant des protocoles de sécurité stricts. » Une délégation conduite par le directeur général des douanes nigériennes, le colonel Mahamadou Yacouba Sido, était en visite à Abuja au même moment pour tenter de débloquer la situation. Le président Bola Tinubu a approuvé cet accord contribuant à résoudre les blocages persistants qui affectent le commerce régional.

La crise avec le Bénin a conduit les autorités du Niger à privilégier l’axe Niamey-Lomé, mais cet itinéraire, beaucoup plus long, est aussi beaucoup plus périlleux, car les camions doivent traverser une zone infestée par les groupes djihadistes du Burkina. Reste qu’avec la détérioration de la situation de sécurité à la frontière entre le Niger, le Bénin et le Nigeria, sous les assauts conjugués du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM, affilié à Al Qaïda) et d’un groupe nigérian affilié à l’État islamique, Lakurawa, le nouveau trajet ne sera pas forcément durablement plus sûr. 

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L’Afrique francophone championne de la croissance https://mondafrique.com/economie/lafrique-francophone-championne-de-la-croissance/ Fri, 06 Feb 2026 05:43:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146548 Pour la douzième année d’affilée, l’Afrique subsaharienne francophone affiche la croissance économique la plus élevée d’Afrique subsaharienne, tout en demeurant la partie la moins touchée par l’inflation et l’endettement. Cette triple performance devrait de nouveau se répéter en 2026. Analyse d’Ilyes Zouari, qui préside le CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone). […]

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Pour la douzième année d’affilée, l’Afrique subsaharienne francophone affiche la croissance économique la plus élevée d’Afrique subsaharienne, tout en demeurant la partie la moins touchée par l’inflation et l’endettement. Cette triple performance devrait de nouveau se répéter en 2026. Analyse d’Ilyes Zouari, qui préside le CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone).

Il ressort des dernières données publiées par la Banque mondiale dans le cadre de son rapport semestriel sur les perspectives économiques mondiales que l’Afrique subsaharienne francophone a réalisé en 2025 les meilleures performances d’Afrique subsaharienne en matière de croissance. Elle a ainsi été le moteur du continent, avec une croissance globale de 4,9 %, contre 3,4 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne.

Dans le même temps, et à partir des dernières estimations du FMI, l’Afrique subsaharienne francophone a continué, comme depuis plusieurs décennies, d’afficher le niveau d’inflation le plus faible avec un taux estimé à seulement 4,0 %, contre 17,4 % pour l’Afrique subsaharienne non francophone. Enfin, et toujours selon les données du FMI, l’Afrique subsaharienne francophone continue à maîtriser son endettement en affichant le niveau le plus faible en Afrique subsaharienne pour la neuvième année d’affilée, avec une dette publique estimée à 51,6 % du PIB en 2025, creusant l’écart avec le reste de l’Afrique subsaharienne à 64,6 %. 

L’UEMOA en tête, avec plus de 6% de croissance

En zone CFA, qui regroupe 13 des 22 pays francophones (y compris la Guinée équatoriale et la Guinée-Bissau), et qui rassemble 55 % de la population de l’Afrique francophone subsaharienne, la croissance a légèrement baissé, de 5,0 % à 4,9 %. Au sein de cette zone, l’espace UEMOA a continué à se distinguer avec une évolution globale de 6,1 %, comme en 2024, confirmant ainsi son statut de plus vaste zone de forte croissance du continent. Pour sa part, l’espace CEMAC, qui compte notamment trois importants producteurs d’hydrocarbures, a de nouveau fait baisser la moyenne globale de la zone CFA, avec un taux de croissance de 2,9 % (contre 3,0 % en 2024).

Quant à la croissance observée en Afrique subsaharienne hors zone CFA, celle-ci s’est élevée à 3,5 %, un taux tiré vers le haut par les pays francophones qui s’y trouvent et qui ont connu une croissance globale de 5,0 %. La partie francophone de l’Afrique de l’Est, qui se situe justement en dehors de la zone CFA, a enregistré une progression globale de son PIB de 3,8 %.

Six des dix plus fortes croissances de 2025 sont celles de pays francophones : la Guinée (première du classement avec un taux de 7,5 %), le Bénin (deuxième, avec un taux de 7,3 %), le Niger, classé en cinquième position (6,5 %) et immédiatement suivi par le Sénégal (6,4 %), la Côte d’Ivoire (6,3 %) et Djibouti (6,0 %). Le premier pays non francophone, l’Éthiopie, arrive en troisième position (7,2 %). Ce classement n’intègre pas le cas très particulier du Rwanda, qui ne peut plus être pris en compte dans les classements économiques africains étant donné que ses performances officielles (7,0 % en 2025) sont largement faussées par le pillage massif des richesses de la RDC voisine, qui représentent désormais près de 50 % des exportations rwandaises de biens.

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USA, les promesses de Trump d’un âge d’or (noir) sont-elles tenables ? https://mondafrique.com/a-la-une/usa-les-promesses-de-trump-dun-age-dor-noir-sont-elles-tenables/ Wed, 04 Feb 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146375 Donald Trump a fait du slogan « Drill, baby, drill ! » l’étendard de son retour à la Maison-Blanche. L’objectif affiché est de dynamiser la production pétrolière, tout en ramenant le prix de l’essence sous les « deux dollars le gallon » pour soulager un électorat populaire et rural frappé par l’inflation. Mais derrière le slogan, les données du secteur pétrolier […]

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Donald Trump a fait du slogan « Drill, baby, drill ! » l’étendard de son retour à la Maison-Blanche. L’objectif affiché est de dynamiser la production pétrolière, tout en ramenant le prix de l’essence sous les « deux dollars le gallon » pour soulager un électorat populaire et rural frappé par l’inflation. Mais derrière le slogan, les données du secteur pétrolier compliquent l’équation simpliste du président des États-Unis.

Par Patrice Geoffron

Un article du site « The Conversation » qui nous autorise à le reprendre.


Lors de son investiture, le 20 janvier 2025, Donald Trump avait proclamé : « We will drill, baby, drill ! » (en français : « Fore, chéri, fore ! ») Ce slogan résume la nouvelle orientation de la politique énergétique américaine, exploiter l’« or liquide sous nos pieds » pour conforter les États-Unis parmi les premières puissances exportatrices et faire chuter le prix de l’essence en dessous du seuil symbolique de 2 dollars le gallon (soit 1,69 euro les 3,79 litres) – un niveau atteint épisodiquement au cours des vingt dernières années.

Le message a trouvé un écho dans la partie de l’électorat marquée par la flambée des prix sous la présidence Biden, lorsque l’essence a dépassé 3,50 dollars (2,95 euros) le gallon. Mais ces deux objectifs – maximiser la production et minimiser les prix à la pompe – tirent en sens inverse. Obtenir une essence avoisinant 2 dollars le gallon, requiert un baril en dessous de 50 dollars (42,2 euros), alors que les investissements dans de nouveaux projets requièrent… quelques dizaines de dollars de plus.

Un pétrole de schiste structurellement coûteux

Contrairement aux grands gisements conventionnels du Moyen-Orient, le pétrole de schiste américain est intrinsèquement coûteux à exploiter. Les estimations convergent aujourd’hui vers un coût moyen de l’ordre de 70 dollars (59 euros) par baril pour les nouveaux projets. Ce chiffre masque toutefois une vaste dispersion :

  • dans les meilleurs sweet spots, certains puits restent rentables autour de 40 dollars (33,7 euros) ;

  • à l’inverse, les zones moins favorables exigent des prix de 80 à 90 dollars (de 67,5 à 75,9 euros) pour couvrir les investissements et rémunérer le capital.

À mesure que les meilleures zones sont exploitées, la production se déplace vers des gisements plus complexes et plus chers. Plusieurs projections indiquent ainsi que la rentabilité du schiste américain pourrait se rapprocher de 95 dollars (plus de 80 euros) le baril d’ici à 2035.

Des prix orientés à la baisse

Cette tendance de fond entre en collision avec l’évolution récente des prix. Pour 2026, les grandes banques et l’Agence d’information sur l’énergie américaine (EIA) anticipent un baril orienté à la baisse, autour de 55 dollars (46,4 euros). Dans un tel scénario, une part croissante des projets de schiste devient non rentable.

Un an après son retour au pouvoir, la promesse de Donald Trump de ramener l’essence sous les 2 dollars le gallon apparaît ainsi très éloignée des perspectives offertes par la géologie. En janvier 2025, le prix moyen national s’élevait à 3,15 dollars (2,66 euros) ; fin janvier 2026, il s’établit encore autour de 2,85 dollars (2,40 euros), soit une baisse limitée à 10 %. Et l’EIA ne prévoit même pas de retour durable sous les 3 dollars (2,5 euros) avant au moins 2027.

Déréglementer massivement ne suffit pas à relancer la production

La nouvelle administration n’a pas ménagé ses efforts pour « libérer » l’offre d’hydrocarbures. Dès son premier jour de mandat, Donald Trump signe un ordre exécutif intitulé « Unleashing American Energy_ », déclarant une « urgence énergétique nationale » afin d’accélérer la délivrance de permis et de lever les moratoires instaurés par Joe Biden sur les forages offshore et les terres fédérales. Des baux pétroliers et gaziers sont également ouverts dans le refuge de l’Arctique et la réserve nationale d’Alaska.

Résultat : les permis de forage augmentent d’environ 55 % en 2025. Mais obtenir un permis ne signifie pas forer. Les compagnies sécurisent des droits pour l’avenir, tout en conservant une grande flexibilité d’investissement : elles ne mettent effectivement les projets en chantier que si les prix anticipés justifient le risque. Et ce n’est pas le cas.

Près de 100 000 barils en moins prévus

Les signaux en provenance du terrain traduisent la prudence. Le nombre de plateformes de forage actives aux États‑Unis a reculé de 30 % en trois ans. En volume, la production a bien atteint un pic de 13,6 millions de barils par jour en 2025, mais l’EIA anticipe déjà un recul d’environ 100 000 barils en 2026, première baisse depuis 2021, avec une poursuite de la tendance en 2027.

Une enquête conduite par la Réserve fédérale de Dallas montre que la grande majorité des pétroliers jugent que les allégements réglementaires ne réduisent leurs coûts que de moins de 2 dollars par baril. Loin de compenser l’épuisement progressif des meilleurs gisements et les hausses de coûts liées à la politique tarifaire.

L’effet boomerang des tarifs douaniers

Si le pétrole brut importé est exempt de droits de douane, les équipements et matériaux nécessaires à la production domestique – notamment l’acier et ses dérivés – sont frappés de tarifs pouvant atteindre 25 à 50 %. Certaines estimations font état d’une hausse d’environ 5 % des coûts de production en 2025, sous cette impulsion.

Face à cette pression, l’industrie mise sur le numérique, l’intelligence artificielle et les drones pour optimiser la localisation des puits, réduire les délais de développement et augmenter la productivité. Ces innovations permettent effectivement de contenir la hausse des coûts : sans elles, le seuil de rentabilité moyen des nouveaux projets se situerait probablement déjà autour de 80 dollars (67,5 euros) par baril, contre environ 70 dollars (59 euros) aujourd’hui.

Implacable arithmétique

Mais, même avec ces gains d’efficacité, l’arithmétique reste implacable : avec des perspectives de prix à moyen terme autour de 55–60 dollars (entre 46 et 50,6 euros), le secteur hésite à lancer un nouveau cycle massif d’investissements dans le schiste. Les investisseurs exigent une gestion rigoureuse des risques, des dividendes et des rachats d’actions plutôt qu’une expansion aventureuse dans ce contexte.

La tension entre volonté politique de prix bas à la pompe et nécessité économique de prix élevés pour rentabiliser le schiste ne se limite pas aux États‑Unis. Elle compliquera également la relance d’autres producteurs à coûts élevés, comme le Venezuela, dont une partie des réserves ne deviendrait rentable qu’avec un baril proche de 100 dollars (84,3 dollars).

Avantage aux consommateurs

À l’échelle mondiale, le tableau à court terme semble favorable aux consommateurs. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe un surplus d’au moins 2 millions de barils par jour en 2026. Cet excédent s’explique par une hausse de la production hors OPEP+ (notamment au Brésil, en Guyana, au Canada ou en Argentine) et une croissance modérée de la demande mondiale (+ 0,9 million de barils par jour seulement), sous l’effet des incertitudes macroéconomiques et des premiers progrès tangibles de la décarbonation, en particulier en Chine dans les transports.

Sous la pression de Washington, l’Arabie saoudite a renoncé à défendre un prix du baril autour de 80 dollars (67,5 euros), pourtant nécessaire à ses équilibres budgétaires, pour éviter de froisser son allié américain. Ce deal implicite – sécurité militaire garantie face à l’Iran en échange de prix relativement bas – structure aujourd’hui une partie du jeu pétrolier mondial. Il permet à court terme de contenir les prix à la pompe pour l’électeur états-uniens, mais il fragilise les producteurs à coûts élevés, au premier rang desquels les producteurs de schiste des États‑Unis. Plusieurs majors, comme Chevron, ExxonMobil ou ConocoPhillips, ont déjà procédé à des milliers de suppressions d’emplois en 2025.

À plus long terme, la perspective est celle d’un sous‑investissement significatif. Les champs pétroliers conventionnels déclinent naturellement à un rythme de 4 à 7 % par an selon leur maturité, au niveau mondial. Autrement dit, l’industrie pétrolière « perd » mécaniquement 4 à 5 millions de barils par jour chaque année du fait de la déplétion géologique. Si les investissements restent déprimés au-delà de 2028, le marché pourrait basculer d’un excédent à un déficit d’offre, avec à la clé un rebond des prix au tournant de la prochaine décennie, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Trump, l’industrie pétrolière et la transition climatique : un paradoxe

Le paradoxe fondamental de la séquence actuelle est le suivant : en cherchant à soutenir la production pétrolière américaine par la déréglementation, tout en pesant sur l’OPEP+ pour maintenir des prix bas à la pompe, l’administration Trump affaiblit à moyen terme la rentabilité du schiste et accroît un climat d’incertitude pour l’ensemble de l’industrie pétrolière mondiale.

Ces orientations de politique énergétique sont au cœur de la stratégie de croissance de la Maison‑Blanche. Mais en fragmentant les chaînes de valeur, en renchérissant certains intrants par les tarifs douaniers et en décourageant les investissements de long terme dans l’exploration‑production, elle contribue à une dynamique court-termiste qui mine la stabilité du marché et les espoirs de croissance.

Pour la transition climatique, ce désordre a un double visage. À très court terme, des prix bas de l’essence peuvent freiner les changements de comportements et diluer les signaux incitatifs. Mais, en comprimant les marges des producteurs à coûts élevés et en accroissant le risque de volatilité future, cette politique pourrait accélérer, par contraste, la prise de conscience de la vulnérabilité des économies aux chocs pétroliers.

De ce point de vue, si l’Europe veut réduire sa dépendance à ces aléas, le Green Deal ne peut pas être une variable d’ajustement au gré des cycles du baril et doit rester le cap structurant de la décennie, parce que l’« âge d’or noir » promis par Donald Trump est un mirage et une source majeure d’instabilité.

 



 

 

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France-Sénégal. Des échanges privilégiés mais de plus en plus bousculés https://mondafrique.com/economie/france-senegal-des-echanges-privilegies-mais-de-plus-en-plus-bouscules/ Mon, 02 Feb 2026 09:45:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=146290 Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. […]

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Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. Retour en chiffres sur une coopération qui reste, certes, privilégiée, mais de plus en plus bousculée.

Par Mor Amar 

Dakar, le 26 janvier 2026. Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, avec le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse (COJOJ).

Plus de 33% de parts de marchés pour les entreprises chinoises, contre 05% seulement pour les françaises. C’est ce qui ressort du rapport de l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) pour l’année 2021. L’écart est fulgurant. Il illustre à merveille le décalage entre la réalité de l’économie sénégalaise et le discours souverainiste, qui tend à surestimer la place des entreprises françaises sur le marché sénégalais.

En 2021, informe le rapport de l’Autorité en charge des marchés publics, sur un montant total de près de 1713 milliards de FCFA (plus de 2,6 milliards d’euros) représentant les marchés immatriculés (hors secret défense et combustibles SAR et Senelec), les entreprises chinoises se sont taillées la part du lion : près de 561 milliards de FCFA (plus de 855 millions d’euros), soit 33% du volume. Et sur environ 825 milliards de FCFA, qui constituent la part globale des entreprises étrangères, les chinoises représentent 68% contre 09% seulement pour leurs concurrentes françaises, devancées même par les entreprises émiraties (12% de l’enveloppe).

Qu’est-ce qui explique cette suprématie chinoise ? Dr Cheikhna Hamallah Ndiaye, économiste stratégique et expert en commande publique, apporte une réponse : « La montée en puissance des entreprises chinoises repose sur une combinaison cohérente de facteurs financiers, techniques et stratégiques, observables tant au Sénégal que dans l’ensemble de la sous-région ouest-africaine, avec souvent des
crédits concessionnels ou semi-concessionnels beaucoup plus intéressants. »

Une érosion des parts françaises

Pendant ce temps, les parts de marchés des entreprises françaises s’érodent de plus en plus. Pour Dr Hamallah, ce repli, qu’il faut cependant relativiser, s’explique par le fait que les entreprises françaises proposent généralement des offres financières moins compétitives, avec des schémas de financement moins intégrés.

Depuis le rétablissement des relations diplomatiques avec le Sénégal, le 25 octobre 2005 sous le Président Abdoulaye Wade – qui s’était aussi largement ouvert aux pays arabes – l’empire du milieu n’a eu de cesse de se déployer et de conquérir le marché sénégalais. Très rapidement, il a réussi à devenir l’un des partenaires principaux du pays, reléguant dans certains domaines à l’arrière-plan la France
jusque-là maîtresse principale du jeu.

Selon la note de conjoncture de l’Agence nationale des statistiques et de la démographie (ANSD) pour 2024, les principaux pays fournisseurs du Sénégal ont été la République Populaire de Chine (11,8%), la France (10,1%), la Russie (8,1%), les
Émirats Arabes Unis (5,7%), la Belgique (5,6%), l’Inde (4,6%) et le Nigeria (4,4%). De 2020 à 2024, la France et la Chine ont trôné, à tour de rôle, à la tête de ce classement des fournisseurs du Sénégal. La France disparaît, cependant, dans le classement des destinations des produits sénégalais, alors que la Chine fait partie du Top 05.

Un code des marchés très protecteur des entreprises locales

Par ailleurs, contrairement à une idée répandue tendant à faire croire que les entreprises sénégalaises sont livrées à la concurrence avec les géants étrangers, l’analyse des statistiques sur les marchés publics montre une réalité très différente. Bien que le pays reste très ouvert à des partenaires très variés, les entreprises sénégalaises et communautaires (entreprises appartenant à un des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, UEMOA) arrivent à tirer leur épingle du jeu, en remportant plus de 50% de ces marchés.

Selon le dernier rapport de l’autorité des marchés, qui couvre l’année 2023, 50% du volume des marchés au Sénégal revient aux entreprises sénégalaises et 09% aux entreprises maliennes, soit un total de 59% pour les entreprises issues de l’espace UEMOA. Dans les rapports précédents, les entreprises sénégalaises et communautaires remportaient jusqu’à plus de 60% des parts de marchés.
Pour Dr Hamallah Ndiaye, c’est parce que la majorité de la commande publique correspond à des marchés de faible ou moyenne valeur (fournitures courantes,services, petits travaux). « Ce sont des segments sur lesquels les entreprises locales disposent d’un avantage comparatif naturel. Ces dernières ont surtout des difficultés sur les grands marchés de travaux, ou les marchés qui requièrent une certaine
technicité et une capacité financière importante », explique-t-il.

Aussi, le Code des marchés publics prévoit un certain nombre de dispositions pour promouvoir la préférence nationale et protéger ainsi les entreprises sénégalaises. Citons, parmi ces mécanismes, les marges de préférence, les dispositifs de soutien aux PME, la promotion de l’allotissement et les marchés réservés.

Quid de la défense et de la sécurité ?


L’autre grief qui revient très souvent sur la place publique, c’est la coopération militaire. Là encore, le Sénégal est accusé par certains d’être un valet à la solde de la France. Un haut officier de l’Armée sénégalaise s’inscrit en faux contre cette accusation : « Il y a eu trop de fantasmes et de clichés autour des relations de coopération avec la France, en particulier sur la question des bases », estime-t-il.

Pour lui, dans ce domaine, le Sénégal entretient d’excellents rapports non seulement avec la France, mais aussi avec d’autres pays comme le Maroc et les États-Unis. En Casamance par exemple, dans les années 1990, au plus fort de la crise irrédentiste, les soldats se battaient avec des M16 et des véhicules cargos offerts par les Américains et des munitions marocaines. « Il nous arrivait de manquer de
munitions et c’est le Maroc qui nous aidait, parce qu’il faut le reconnaître, nous étions un pays très pauvre, sans moyens, qui faisait aussi face à l’ajustement structurel (années 80-90 : NDLR) », témoigne l’officier, insistant sur l’importance de la coopération dans le domaine militaire.

Cela dit, malgré ces relations privilégiées, le Sénégal n’a jamais sous-traité sa sécurité ni à la France ni à aucun autre pays. « Nous nous sommes battus tout seuls et on en a payé le prix fort en Casamance. J’ai perdu mes meilleurs amis sur le front », confie-t-i, avant d’ajouter: « Alors, qu’on ne nous donne pas de leçons de souveraineté. Nous avons des dirigeants suffisamment compétents et patriotes. Il
ne faut pas insulter l’histoire. »

Achats d’équipements militaires 

En ce qui concerne les achats d’équipements militaires, ils font l’objet de très peu de publicité. Les contrats étant généralement couverts par le secret-défense, ils échappent au contrôle de l’Agence en charge de la commande publique. Une chose reste toutefois certaine : les contrats qui suscitent le plus de polémiques impliquent généralement les Russes, les Turcs, ou les Israéliens.

Lors des périodes de troubles politiques 2021-2024, l’actuel Premier ministre, alors président du parti souverainiste Les patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) avait d’ailleurs mis en garde le président turc Recep Tayyip Erdogan qu’il soupçonnait d’armer son adversaire au pouvoir, Macky Sall. « L’essentiel du dispositif de répression actuellement au Sénégal : les engins roulants lourds, les grenades lacrymogènes, etc. l’essentiel de ce matériel provient de la Turquie….. », accusait Ousmane Sonko, invitant le président Erdogan « à cesser tout approvisionnement en matériels similaires jusqu’à ce que le pays finisse de traverser cette zone de turbulences ». Dans le cas contraire, ajoutait le chef des patriotes, « il se serait constitué complice des agissements du Président Macky Sall,
puisqu’il lui aura fourni les armes qui ont permis de tirer sur le peuple sénégalais ». Arrivé au pouvoir, il a magnifié les relations entre les deux pays lors d’une visite très médiatisée à Ankara.

La question des bases militaires

Avec la France, l’accusation a souvent porté sur la présence militaire permanente incarnée par les bases militaires, mais aussi les sujets mémoriels qui suscitent rancœurs et déchirures. Depuis juillet 2025, la page des bases militaires est tournée, avec la restitution des dernières emprises le 17 juillet 2025.

Ce n’est pas la première fois : en 2010 déjà, le Président Abdoulaye Wade avait récupéré les bases. Mais dans la foulée, suite à des négociations entre les deux pays, il avait été convenu de remettre les emprises à la disposition des partenaires français moyennant le paiement d’un loyer. Cette décision n’avait pas plu à Paris. Après le départ de Wade, remplacé par Macky Sall en 2012, le sujet est revenu sur la table, confie une source militaire.

Confronté à certaines menaces, le Sénégal avait décidé d’acheter des avions de chasse coréens. Il a alors sollicité la France pour la formation des pilotes. « Ils nous ont dit : Vous ne pouvez pas nous demander de payer pour les emprises et vouloir qu’on vous forme gratuitement vos pilotes », raconte-t-il. Les Français ont refusé et ils ont aussi convaincu leurs alliés européens de faire de même. Alors que le Sénégal était prêt à payer pour la formation de ses pilotes, ils ont fixé des prix hors de portée. « Nous nous sommes alors rapproché des Italiens ; ils ont fait des propositions encore plus salées. Nous avons compris que les Français étaient derrière, même si nous ne pouvions pas le prouver.»

Un réchauffement sous Macky Sall

La première visite de Macky Sall, les 17 et 18 avril 2012, a permis de réchauffer l’axe Dakar-Paris. Sur invitation de Nicolas Sarkozy, le Président Sall, élu le 25 mars 2012 à un premier mandat, réserve à la France sa première visite en dehors du continent. Outre les questions budgétaires, les accords militaires étaient au cœur des discussions. La visite a permis au président sénégalais de décrocher la formation de ses pilotes, mais ce n’était pas tout à fait gratuit. 

« En contrepartie, nous sommes revenus sur l’accord de Wade (relativement à l’occupation des emprises). Nous avons juste enlevé `à titre onéreux’ et mis à la place `à titre gratuit’. C’est la seule chose qui a changé. Et ils nous ont formé nos pilotes », poursuit l’officier, soulignant le niveau de vulnérabilité et de dépendance sur certaines questions.

Pour Dr Yoro Dia, politologue et ancien collaborateur de Macky Sall, cela fait longtemps que le Sénégal n’est plus le pré carré de la France ou d’une quelconque autre puissance. Les « pseudos souverainistes », comme il les appelle, sont les seuls à ne pas s’en être rendu compte. Pour lui, les seules limites à la souveraineté aujourd’hui sont d’ordre économique et ou technologique. Et cela vaut pour tous les pays du monde.

Les atouts de la France

Malgré les critiques et remises en cause, la France reste tout de même assez bien ancrée au Sénégal, grâce à une présence très ancienne. Sur le plan économique, cette présence est marquée par des mastodontes comme Total dans les hydrocarbures, Eiffage dans les bâtiments et travaux publics, Soboa et Auchan dans le domaine de l’alimentation, pour ne citer que quelques exemples.

Aujourd’hui, selon les chiffres de l’ambassade de France au Sénégal, le nombre d’entreprises françaises dans le pays est estimé à 340 unités, dont de nombreuses joint-ventures avec des entreprises sénégalaises. En termes de stock d’investissements directs, la France reste ainsi le premier partenaire du Sénégal avec 16%. Ce qui témoigne, selon la source diplomatique, de la « fiabilité et de la qualité » de l’investissement direct étranger de la France, adossé à « une vision à long terme, promouvant la création d’entreprises formelles, le recrutement de Sénégalais et le transfert de savoir-faire ». Cette vision se démarque ainsi des opérations d’export pur, sans grand impact sur l’économie locale.

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