- Mondafrique https://mondafrique.com/economie/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Wed, 25 Mar 2026 11:50:01 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/economie/ 32 32 Les banques d’Afrique à la rescousse du Sénégal https://mondafrique.com/economie/les-banques-dafrique-a-la-rescousse-du-senegal/ https://mondafrique.com/economie/les-banques-dafrique-a-la-rescousse-du-senegal/#respond Wed, 25 Mar 2026 08:37:17 +0000 https://mondafrique.com/?p=149396 Il y a 11 jours, le Sénégal devait assurer une échéance de 471 millions d’euros pour l’ensemble des eurobonds (obligations en euros) émis par l’État. Beaucoup attendaient ce que l’on nomme le défaut, c’est-à-dire l’incapacité du pays débiteur à payer sa dette à la date due. Il n’en a rien été. Dakar persiste dans sa […]

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Il y a 11 jours, le Sénégal devait assurer une échéance de 471 millions d’euros pour l’ensemble des eurobonds (obligations en euros) émis par l’État. Beaucoup attendaient ce que l’on nomme le défaut, c’est-à-dire l’incapacité du pays débiteur à payer sa dette à la date due. Il n’en a rien été. Dakar persiste dans sa volonté de reprofiler sa dette sans céder aux pressions des créanciers qui lui demandent de la restructurer.

Par Paolo Vieira

La France, en particulier, est irritée de voir le Sénégal honorer sa dette de marché, celle que l’on paye sous forme d’eurobonds, et différer le remboursement des prêts bilatéraux publics comme ceux de l’Agence Française de Développement. Mais ce n’est pas le sujet immédiat. Depuis que le régime de Macky Sall lui a laissé une dette cachée, systématiquement ignorée par le FMI et la Banque centrale ouest-africaine (BCEAO), la nouvelle équipe Faye-Sonko a décidé de trouver des ressources pour rembourser les créanciers privés. C’est par cette volonté et cette capacité à payer les échéances des obligations en euros que Dakar entend retrouver une meilleure appréciation de son risque souverain par les agences de notation.

Le coup de main des Africains 

La Banque ouest-africaine de Développement (BOAD), et son président Serge Ekué en particulier, a joué un rôle clé dans cette stratégie alternative. Le reprofilage nécessitait de passer par une technique nommée « swap ». Cela permet d’échanger une dette à court terme, par exemple, contre une dette plus longue, dont les échéances seront plus lointaines.

En 2025, le Sénégal a conclu un accord avec l’Africa Finance Corporation (AFC), basée au Nigeria, qui lui a permis de lever jusqu’à 350 millions d’euros de financement. Fondée en 2007, l’Africa Finance Corporation est dotée maintenant de 12 milliards de dollars US d’actifs grâce aux apports de 37 investisseurs, majoritairement des États et des institutions multilatérales africaines. Cette grande institution financière africaine, aidée par les Néerlandais, a pour mission de prêter aux États du continent et de leur ouvrir un accès privilégié à l’ensemble des financements souverains dont elle dispose (y compris les solutions de SWAP en devises fortes et les facilités de refinancement de la dette). L’AFC bénéficie de conditions compétitives grâce aux immunités diplomatiques et à son statut de créancier privilégié. 

Le Sénégal a reçu un premier versement de 105 millions d’euros en échange (swap) de la remise à l’AFC de l’équivalent de 150 millions d’euros en obligations libellées en franc CFA et de paiements d’intérêts de 3,5 à 4% au-dessus du taux de base. En juin 2025, le pays a signé un swap supplémentaire de trois ans avec First Abu Dhabi Bank, qui lui a permis d’emprunter 300 millions d’euros en donnant en échange (swap) à la plus grande banque des Émirats arabes unis le titre sur environ 400 millions d’euros d’obligations et en payant un taux variable majoré d’environ 5%.

Visite d’une délégation d’investisseurs émiratis à Dakar, le 10 décembre 2025.

La stratégie de service de la dette du nouveau Sénégal défie cette hydre que l’on nomme communauté internationale, une galaxie de bailleurs et de partenaires qui sont souvent des lâcheurs. C’est ainsi que le Président Macron a envoyé en février son conseiller Jeremy Robert réclamer à Dakar les créances de l’Agence française de développement (AFD) tandis que le FMI demande toujours une restructuration de l’ensemble de la dette. Sonko continue de s’opposer à ce front. Et le Sénégal semble avoir trouvé des alliés régionaux pour la mise en œuvre de sa solution. Mais pour combien de temps ?

Eurobonds first

Quelques jours avant la date cruciale du paiement des eurobonds en mars 2026, le président Macron et Rémy Rioux, le patron de l’AFD, ont perdu leur sang-froid à propos de la dette sénégalaise. Le Trésor français demande instamment le règlement de plusieurs impayés, notamment envers l’Agence française de développement (AFD), dont la facture s’élève entre 20 millions et 30 millions d’euros.

C’est assez extraordinaire quand on sait le rôle néfaste joué par l’AFD dans l’endettement du Sénégal de Macky Sall. En 2026, l’AFD va de mal en pis et la trésorerie de l’État français est tendue en raison de son propre endettement. Il faut donc faire payer le débiteur sénégalais quand la dette vient à échéance, encore plus quand des arriérés s’accumulent, au risque de devoir provisionner des pertes et montrer un bilan comptable dégradé de l’AFD.

Au total, le Sénégal a émis 5 milliards de dollars US d’eurobonds sur les marchés internationaux des capitaux de 2009 à 2024. Dakar doit à présent payer les intérêts et les coupons, voire l’intégralité en fin de terme. La priorité immédiate de la présidence sénégalaise était de rembourser, ce mois de mars 2026, les 488 millions de dollars US d’obligations de marché dus à des créanciers privés extérieurs. Les assurances données par Dakar que ces eurobonds seraient bien payés ont permis la remontée des titres de créances émis par le Sénégal à 82% de leur valeur faciale depuis janvier 2026, contre la très forte décote à 68% de leur valeur faciale en décembre 2025. Ce rebond de la valeur réelle des titres internationaux sénégalais a rassuré les marchés financiers internationaux et les agences de notation. De son côté, le FMI maintient son opposition au refus sénégalais d’une restructuration classique de la dette et ne décaisse donc aucune facilité de crédit. Le président Macron et d’autres bailleurs de fonds bilatéraux se sont ralliés à cette position.

Au rendez-vous

Dans ce contexte, le paiement des échéances d’eurobonds en mars 2026 semblait tenir de la prouesse, sinon du miracle. Pourtant, c’est chose faite. Répondant aux critiques et aux doutes aussitôt soulevés côté adverse, un proche d’Ousmane Sonko, le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement Cheikh Tidiane Dieye, s’est réjoui mardi, sur sa page Facebook, de ce que le Sénégal avait payé « à temps et avec la manière. »

« Hier, certains annonçaient que le Sénégal ferait défaut et ne pourrait pas honorer ses engagements. (…) Aujourd’hui, les mêmes s’accrochent à un article déséquilibré, confus et largement tendancieux du Financial Times pour reconnaître, certes, que le Sénégal a honoré ses engagements, mais en insinuant qu’il l’aurait fait grâce à des emprunts non déclarés au marché ou au FMI. (…) Ils ne savent plus quoi dire ni quoi inventer (…) pour ne pas s’écrouler de honte et continuer à entretenir leur rêve de voir le Sénégal s’effondrer, s’agenouiller. (…) Je le dis tout net : aucun emprunt n’a été caché. Tout a été programmé dans la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT), inscrit dans les lois de finances et approuvé par l’Assemblée nationale. »

Le mystère togolais

Les fameux emprunts non-déclarés qu’évoque Cheikh Tidiane Dieye ne sont qu’une composante de la stratégie de reprofilage de la dette souveraine. Le Sénégal nouveau est allé, des mois durant, sur le marché monétaire et financier de l’organisation financière régionale, l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest  (dit UMOA-Titres), pour près de 510 milliards de FCFA (777,490 millions d’euros). Ces adjudications de titres sénégalais fournissent au Trésor du Sénégal des liquidités pour s’acquitter de la dette des eurobonds. Celui qui a sauvé la mise du Sénégal, après la vaine sollicitation des banques ivoiriennes et sénégalaises, c’est finalement le Togo.

En janvier 2026, lors de la mise aux enchères des titres UEMOA, le Togo a acquis 154 milliards FCFA (234,771 millions d’euros) de titres de créances offerts par le Sénégal. Les observateurs attendaient les dernières enchères du Trésor sénégalais sur le marché UMOA-Titres du 20 février pour savoir si la levée de fonds de l’État du Sénégal rencontrerait l’adhésion des souscripteurs et du mystérieux investisseur togolais. Le résultat a été apparemment satisfaisant. L’État sénégalais a réussi à cette date une émission simultanée de Bons et Obligations assimilables du Trésor (BAT/OAT), levant 87,99 milliards FCFA (134 millions d’euros), soit près de 8 milliards FCFA de plus que l’objectif initial. Par contre, les autres pays de la région ont été moins demandeurs et ce sont les investisseurs sénégalais qui ont souscrit pour 61,75 milliards FCFA (94 millions d’euros) , soit 70,17% des montants retenus. Ce n’est pas forcément bon signe. Que s’est-il passé ? Pourquoi le Togo a- t-il reculé par rapport à sa position dominante de janvier 2026 ?

Lors de l’adjudication du 16 janvier 2026, il était apparu qu’un seul acheteur togolais avait acquis 51 milliards de FCFA (77,7 millions d’euros) de dette à un an. Et le 30 janvier 2026, récidive pour 60 milliards (91,4 millions d’euros) en une seule adjudication, toujours au Togo. Le 6 février 2026, le Togo compte pour 60 milliards d’achat de titres sénégalais sur une offre de 143 milliards. En quelques semaines, la place financière de Lomé aura donc consacré 300 millions de dollars US à l’achat de papiers du Sénégal qui, pourtant, n’a pas encore reçu la Facilité Élargie de Crédit du FMI, et est harcelé par les pays qui ont pourtant accéléré la dynamique d’endettement de Macky Sall.

La puce à l’oreille d’Emmanuel Macron

C’est beaucoup d’argent pour le Sénégal, et pour le Togo aussi, et c’est sans doute ce qui a mis la puce à l’oreille du Trésor français. L’économiste Martin Kessler, directeur exécutif du Finance for Development Lab, qui avait déjà relativisé le montant de la dette cachée en prétendant que les actifs correspondant aux emprunts dissimulés existaient bel et bien, s’est intéressé il y a peu à la situation de la dette domestique. Avec Abdoulaye Ndiaye, il a rédigé une note hostile à la stratégie sénégalaise de reprofilage, qui recommande plutôt la restructuration accélérée de la dette extérieure, car, pour lui, continuer à lever des fonds sur le marché régional menacerait la santé des banques commerciales de la région et la stabilité de la zone Franc.

Le président Macron s’est rallié à ce point de vue et il a tenté de constituer, comme il en a le secret, un front commun des créanciers bilatéraux. En Chine, il en a été question avec la China Exim Bank, en marge de la visite du Président français en décembre 2025. Pékin est le premier détenteur de la dette bilatérale du Sénégal, à hauteur de 43 %. Mais la Chine ne s’aligne pas sur les pays occidentaux pour le traitement de la dette, d’autant plus que le Club de Paris, ce groupe informel de créanciers supposé trouver des solutions coordonnées de
gestion de la dette, n’est plus qu’un zombie. La France, elle-même, quand elle harcèle le Sénégal d’un côté, n’hésite pas de l’autre, le 11 février 2026, à abandonner unilatéralement ses créances sur l’Éthiopie et à accorder au gouvernement d’Addis-Abeba 80 millions d’euros et 1,5 million d’euros d’assistance technique.

Qui était donc, dans le pré carré français, ce bienfaiteur du Togo allant à l’encontre de la volonté de Paris ?  Devant l’importance des souscriptions émanant du Togo, après avoir éliminé l’implication de deux puissantes institutions bancaires du continent (Oragroup et
Ecobank), certains ont fini par s’interroger sur le rôle la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), basée à Lomé. La BOAD a répondu qu’elle ne pouvait pas commenter les transactions sur le marché UMOA-Titres et qu’il fallait s’adresser à l’autorité des marchés compétente. Or, celle-ci est aux abonnés absents et la Banque centrale ouest-africaine (BCEAO) dont elle dépend ne réagit pas à la surchauffe des adjudications étatiques répétées qui pompent les ressources bancaires de la zone.

Un banquier affranchi

Rencontre entre le président de la BOAD (à gauche) et le ministre des Finances et du Budget du Sénégal.

Depuis cinq ans, le Béninois Serge Ekué, qui préside la BOAD, a complètement transformé la relation de sa banque avec les États membres en proposant des solutions à leurs difficultés. Il s’affranchit ainsi de la Banque centrale régionale, de la France et des prétentions de la délégation de l’Union européenne à Ouagadougou. Les accords de la BOAD avec le Sénégal et le Niger ont ainsi permis au dernier quadrimestre 2025 de monter pour ces deux pays des Special Purpose Vehicles (SPV), des fonds spécifiques (moyen utilisé, par exemple, en France pour garer les actifs du Crédit Lyonnais) qui permettent de lever de nouvelles liquidités pour régler les créances les plus urgentes.

Ce schéma s’est montré tout à fait indiqué au regard de la trajectoire sénégalaise privilégiant les échéances d’eurobonds. L’État du Sénégal a ainsi signé un protocole d’accord avec la BOAD pour créer un cadre stratégique dédié à la valorisation des actifs publics. Ce mécanisme s’appuie sur le Fonds de Valorisation des Actifs du Sénégal, dont les objectifs sont de diversifier les sources de financement, de soutenir la trajectoire économique du pays et de renforcer la mobilisation des ressources grâce aux recettes issues des infrastructures nationales (centrales électriques en particulier).

Le rendez-vous difficile du paiement des coupons des eurobonds en mars 2026 a été tenu in extremis par le Sénégal. On le doit beaucoup à la collaboration entre Cheikh Diba, le ministre des Finances et du Budget de ce pays, et la BOAD, belle endormie réveillée par Serge Ekué. Mais la partie n’est pas terminée car la BOAD se trouve désormais dans le collimateur de Paris et du FMI.

Sénégal. La solution du casse-tête de la dette

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Libye, maillon faible de la sécurité énergétique européenne https://mondafrique.com/economie/libye-maillon-faible-de-la-securite-energetique-europeenne/ https://mondafrique.com/economie/libye-maillon-faible-de-la-securite-energetique-europeenne/#respond Tue, 24 Mar 2026 09:08:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=149343 Entre promesses d’investissements colossaux, découvertes gazières prometteuses et menace d’un désastre écologique imminent, la Libye oscille entre ambitions de puissance régionale et pièges de l’instabilité. Le jeu énergétique mondial vit ces dernières semaines une mutation brutale. L’escalade militaire entre Israël et l’Iran, avec son cortège de frappes sur des infrastructures critiques comme le champ gazier […]

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Entre promesses d’investissements colossaux, découvertes gazières prometteuses et menace d’un désastre écologique imminent, la Libye oscille entre ambitions de puissance régionale et pièges de l’instabilité.

Le jeu énergétique mondial vit ces dernières semaines une mutation brutale. L’escalade militaire entre Israël et l’Iran, avec son cortège de frappes sur des infrastructures critiques comme le champ gazier de South Pars ou le terminal de Ras Laffan au Qatar, a rappelé une vérité brutale : la guerre ne se joue plus seulement sur les champs de bataille, mais sur les pipelines et les routes maritimes. Dans cette redistribution des cartes, la Libye, riche d’un sous-sol convoité, s’affiche comme une solution de repli logique pour l’Europe. Pourtant, entre une volonté affichée de production et une réalité fracturée, le pays demeure une promesse constamment suspendue.

Un potentiel de pivot énergétique

L’Union européenne, en quête désespérée de diversification après la rupture avec la Russie, regarde avec un intérêt renouvelé vers Tripoli. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec des réserves avoisinant les 50 milliards de barils de pétrole et quelque 70 000 milliards de pieds cubes de gaz, la Libye dispose du plus grand potentiel pétrolier d’Afrique. Les déclarations officielles vont dans le sens d’une relance. Le ministre du Pétrole du gouvernement d’unité nationale, Khalifa Abdel Sadeq, vante la position stratégique du pays, « pont naturel entre l’Afrique et l’Europe ».

Cette rhétorique a récemment pris corps. En février dernier, Tripoli a attribué sa première série de nouveaux permis d’exploration depuis 17 ans à des majors comme l’américaine Chevron, l’italienne Eni, l’émiratie QatarenEnergy et la Turque Turkish Petroleum. C’est dans ce sillage que le président américain Donald Trump a dépêché à Tripoli son conseiller Massad Boulos, porteur d’un message clair : les États-Unis, via leurs grandes entreprises, entendent verrouiller leur place dans ce marché en devenir.

Le message a été entendu du côté de l’Italie. En 2025, la Libye était déjà devenue le premier fournisseur de pétrole brut de la péninsule, représentant près d’un quart de ses importations totales. L’Europe, par la voix du ministre italien de la Sécurité énergétique Gilberto Pichetto Fratin, confirme discuter directement avec Alger et Tripoli pour compenser d’éventuelles pénuries.

Le gaz, nouvel eldorado sous tension

C’est pourtant sur le gaz que les espoirs se cristallisent. La confirmation par la National Oil Corporation (NOC) d’une découverte majeure par le groupe italien Eni dans les structures «Bahr Essalam 2 et 3 », estimée à plus de 1 000 milliards de pieds cubes, est venue renforcer cette dynamique. Située à seulement 16 kilomètres d’une plateforme existante, cette réserve pourrait, selon les analystes d’Oil Price, être rapidement connectée au réseau, alimentant à la fois le marché local et le gazoduc Greenstream vers l’Italie.

Cet optimisme se heurte toutefois à une réalité de production atone. Les experts, comme le journaliste économique Mohamed Al-Qarj, rappellent que le pays plafonne actuellement entre 1,3 et 1,4 million de barils par jour. « Toute augmentation significative nécessiterait des investissements massifs dans des champs à l’abandon et des infrastructures décrépies », tempère-t-il. Quant au gaz, une part prépondérante de la production est absorbée par la demande intérieure, notamment pour les centrales électriques, ne laissant qu’une marge de manœuvre limitée pour l’export.

Une bombe écologique à la dérive

L’image la plus frappante de cette fragilité structurelle est aujourd’hui à la dérive dans les eaux territoriales libyennes. Le Arctic Metagaz, un méthanier russe de 62 000 tonnes, endommagé et abandonné, s’est approché dangereusement des côtes. Sous l’effet du vent, ce navire-citerne, victime, selon Moscou, de drones ukrainiens, dérive sans équipage, menaçant de s’échouer ou de libérer sa cargaison.

L’Italie, via son agence de protection civile, alerte sur un « risque imminent de fuite de gaz », tandis que les autorités libyennes, via l’Office des ports et des transports maritimes, ont décrété une zone d’exclusion de 6 milles nautiques autour du navire. La NOC, en partenariat avec Eni, a finalement dû mandater une société spécialisée pour tenter de neutraliser ce qui est désormais une menace écologique majeure pour le bassin méditerranéen.

Tracé de la dérive du Arctic Metagaz.

Les côtes tunisiennes menacées

Artic Metagaz se trouvait lundi à environ 65 kilomètres de la ville de Zuwara et à 85 kilomètres seulement du littoral sud-est de la Tunisie, plus précisément du port d’El Ketf, dans la région de Ben Guerdane, ce qui confère à la menace une dimension régionale et immédiate. Les données disponibles indiquent que la trajectoire de dérive pourrait conduire le navire vers le complexe de Mellitah, l’un des hubs énergétiques les plus stratégiques de la Méditerranée, où se trouvent des plateformes offshore et des pipelines sensibles. En cas de perte de contrôle du pétrolier, ou d’échouement avec sa cargaison substantielle – 900 tonnes de pétrole et 60 000 tonnes de gaz méthane liquéfié –  le pire scénario menacerait non seulement la Libye, mais il pourrait rapidement affecter les eaux tunisiennes, en particulier le littoral sud-est et le golfe de Gabès, une zone d’une grande fragilité écologique.
 
La proximité du navire avec les côtes tunisiennes, désormais à quelques dizaines de kilomètres, impose un niveau de vigilance et de préparation maximal. Toute fuite, qu’il s’agisse de gaz naturel liquéfié ou de carburant lourd, pourrait dégénérer en une catastrophe environnementale transfrontalière qu’il serait extrêmement difficile de circonscrire sans une intervention rapide.
 
Si les acteurs internationaux et les grandes entreprises telles qu’Eni et la Compagnie nationale pétrolière libyenne se mobilisent pour éviter le pire, le temps demeure un facteur critique. Les heures à venir seront décisives quant à l’issue de cette crise. Selon des experts et des responsables bien informés, il ne s’agit plus d’un simple incident maritime, mais d’un danger réel aux portes des côtes libyennes et tunisiennes, une situation qui exige des mesures d’urgence et une préparation concrète à tous les scénarios avant qu’il ne soit trop tard. Cet incident, au-delà du risque environnemental, illustre l’incapacité des autorités à contrôler leurs eaux et à faire face aux conséquences des conflits qui se jouent à leurs portes.

Le talon d’Achille libyen

Au-delà de l’urgence maritime, l’épave du Arctic Metagaz cristallise tous les maux qui freinent l’essor du secteur : une souveraineté contestée, une absence de plan de gestion de crise et un État incapable de garantir la sécurité des infrastructures.

Les analystes sont unanimes. Le pays reste miné par un double pouvoir (Tripoli à l’ouest, Benghazi à l’est), la présence de forces étrangères (turques et russes notamment), et une corruption endémique qui le classe parmi les dix pays les plus corrompus au monde. Pour le journaliste économique Abdullah Al-Zaidi, « la Libye souffre d’un manque de stabilité politique, de plans de production erratiques et de budgets non alloués à la NOC ».

Même le voisin algérien, pourtant aussi présenté comme une alternative, ne peut, selon les experts, remplacer à court terme les volumes qatariens. « L’Algérie ne dispose pas des réserves de production suffisantes pour compenser les pertes », tranche Jeff Porter, consultant pour North Africa Risk Consulting. Quant à la Libye, les investissements annoncés (20 milliards de dollars avec ConocoPhillips et Total) ou les plans de développement (visant 2 millions de barils par jour) sont des projets de long terme, suspendus à une stabilité qui fait défaut.

L’Europe entre nécessité et illusion

Alors que les prix du pétrole flirtent avec les 120 dollars et que le marché du gaz reste en ébullition, la tentation est grande pour l’Europe de miser sur le voisin sud-méditerranéen. Pourtant, si la Libye possède les atouts géologiques, il lui manque la condition sine qua non
pour devenir un acteur fiable de la sécurité énergétique du continent : un État unifié, capable de sécuriser ses champs, de protéger ses côtes et d’honorer ses contrats.

L’affaire du Arctic Metagaz est un sinistre rappel que dans le chaos libyen, les richesses peuvent aussi se transformer en désastres. Pour l’heure, la Libye reste ce que les économistes appellent un « risque de liquidité » : une réserve de valeur potentielle, mais dont l’accès est hypothéqué par un effondrement de la gouvernance. Le pari est risqué pour une Europe qui ne peut plus se permettre de gérer des crises énergétiques au jour le jour.

 

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Le Sénégal face à l’intransigeance des compagnies pétrolières https://mondafrique.com/economie/le-senegal-face-a-lintransigeance-des-compagnies-petrolieres/ https://mondafrique.com/economie/le-senegal-face-a-lintransigeance-des-compagnies-petrolieres/#respond Tue, 24 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=149254 Auteur de Pétrole et gaz, chronique d’une spoliation publié en 2017 pour dénoncer la gestion des ressources naturelles par le régime de l’époque, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko continue de bander les muscles pour réviser les contrats mais se heurte à la dure réalité du secteur. Par Mor Amar Beaucoup de bruit mais très […]

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Auteur de Pétrole et gaz, chronique d’une spoliation publié en 2017 pour dénoncer la gestion des ressources naturelles par le régime de l’époque, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko continue de bander les muscles pour réviser les contrats mais se heurte à la dure réalité du secteur.

Par Mor Amar

Beaucoup de bruit mais très peu de résultats. Alors que le Premier ministre Ousmane Sonko multiplie les sorties pour crier au scandale dans les contrats pétroliers, les majors, elles, restent imperturbables. « Les compagnies attendent encore d’être saisies par la Commission en charge de la renégociation. Pour le moment, ce n’est pas encore cas. Tout se déroule conformément aux engagements contractuels », assure une source au fait des dossiers.

Cette sérénité tranche d’avec les diatribes à répétition du chef du gouvernement sénégalais. Le 12 mars 2024, il a encore fait face à la presse pour revenir sur la lancinante question. Ceux qui s’attendaient à des avancées concrètes dans le domaine spécifique des contrats pétroliers ont dû déchanter. À défaut de résultats tangibles sur le gaz de GTA (Grand Tortue Ahmeyim), exploité par British Petroleum, et le pétrole de Sangomar opéré par l’australienne Woodside, le PM s’est contenté de défoncer des portes déjà ouvertes.

Carte des blocs gaziers et pétroliers (ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines).

La vérité sur Yaakaar Teranga et GTA

Deux dossiers ont été brandis par le chef du gouvernement comme des trophées de guerre dans sa croisade contre les compagnies pétrolières et gazières. Il s’agit, d’une part, du dossier Yaakaar Teranga (le gisement de gaz le plus important du pays mais qui n’a pas encore connu de décision d’investissement) et d’autre part des perspectives pour Grand Tortue Ahmeyim (gisement déjà en exploitation au nord du pays avec BP).

Pour Yaakaar Teranga, le Premier ministre sénégalais a annoncé la reprise du bloc d’ici au plus tard fin juin, en raison notamment de manquements dans le renouvellement du permis de l’opérateur. « Dans les semaines à venir, aussi bien Kosmos (compagnie américaine) que Petrosen (l’opérateur national) sortiront et l’État va reprendre le permis ; il verra avec qui il travaillera. Ce sera certainement avec notre opérateur national », a déclaré Ousmane Sonko, précisant que les réserves déjà prouvées sur ce bloc permettront au Sénégal d’alimenter sa politique industrielle au moins sur les 30 prochaines années. 

En ce qui concerne le gaz de GTA, le Premier ministre a surtout dénoncé le caractère léonin du contrat et les retombées financières trop faibles pour l’État du Sénégal. « En attendant les discussions au fond, la priorité c’est l’approvisionnement de nos besoins locaux en gaz naturel à partir de ce bloc », a-t-il martelé. L’opération, selon lui, va permettre d’engranger un gain de 940 milliards de francs CFA (1 433 millions d’euros) sur la période 2025-2040 et des gains fiscaux de 1090 milliards francs CFA (1 661 millions d’euros). L’objectif, d’après lui, est de distribuer du gaz à toutes les entreprises qui en auraient besoin et de soutenir la politique d’industrialisation du pays à travers une baisse significative des prix de l’énergie. Il a par ailleurs souligné que l’État était en contact avec tous les opérateurs, même si ce n’est pas forcément par le biais de la Commission en charge des renégociations.

Les compagnies sereines et imperturbables

Du côté des compagnies, on ne veut surtout pas nourrir la polémique. Selon des sources proches de Kosmos, la réalité sur Yaakaar Teranga est que le permis arrive à terme en juillet 2026. « Il n’y a rien d’extraordinaire. Nous avons essayé de travailler avec Petrosen et l’État pour avoir un autre partenaire après le départ de BP (en 2023) ; nous avons aussi essayé de travailler sur un autre concept. Malheureusement, on n’a trouvé ni partenaire ni un accord sur le concept », dédramatise notre interlocuteur, tout en renvoyant au dernier communiqué en date, début mars, qui annonçait déjà la décision de retrait de la compagnie. 

Les discussions sur les modalités de retrait, soutient-il, se poursuivent normalement et en toute sérénité entre les experts des deux parties (Kosmos et Petrosen). « Il n’y a vraiment aucun problème à ce niveau et il ne devrait y avoir aucun problème. Tout a été fixé à l’avance dans les contrats », indique la source.

Le même constat vaut pour GTA avec BP. En vérité, le contrat de recherche et de partage de production réserve aux deux États ayant le bloc en partage (le Sénégal et la Mauritanie) la possibilité de s’approvisionner en gaz naturel à partir de cette exploitation. Mais pour en bénéficier, encore faut-il posséder les équipements pour acheminer le produit. Ce qui est loin d’être le cas. « Les États ont des parts qui leur reviennent. Maintenant ce n’est pas aux compagnies de tout leur offrir sur un plateau en or. C’est aux États de trouver les moyens d’acheminer leur part et d’alimenter leur marché domestique. C’était ça, l’idée du Réseau gazier du Sénégal. Il n’y a aucun problème à ce niveau », confie une autre source. 

La « résiliation » de quelques permis

Pour attirer les majors, le Sénégal avait mis en place un régime attractif avec un Code pétrolier datant de 1999. En 2014, le pays trouve ses premiers gisements et amorce son entrée dans le cercle des pays producteurs d’hydrocarbures. Depuis, le sujet fait l’objet de toutes sortes de controverses, avec à la clé la révision du Code pétrolier en 2019. Alors opposant, Ousmane Sonko en fait sa bataille et publie même un pamphlet intitulé Pétrole et gaz, chronique d’une spoliation (Fauves Éditions, 2017). Estimant que le Président Macky Sall a bradé les ressources, le fiscaliste promet de tout casser s’il accède au pouvoir. Ce fut l’un de ses sujets de prédilection durant sa quête du pouvoir.

Aujourd’hui aux affaires, Sonko multiplie les actes mais semble se heurter à une réalité plus complexe. Voilà deux ans qu’il parle des contrats pétroliers mais les acquis restent timides. Aucun progrès concret n’est imputable exclusivement aux renégociations dans ce domaine des contrats pétroliers. Aussi bien pour Yaakaar Teranga que pour GTA, il ne s’agit que de l’application des clauses des contrats que lui-même n’a eu de cesse de remettre en cause.

Il en est de même pour la plupart des permis d’exploration repris par le gouvernement ou en voie de l’être, à savoir notamment Diender, Djiffère offshore, Kayar offshore peu profond, Saint-Louis offshore peu profond, Rufisque offshore… Si ce n’est un permis qui arrive à expiration, c’est généralement des opérateurs qui ont manqué à leurs obligations contractuelles.

Inquiétudes et interrogations sur l’avenir du secteur

Selon un expert qui a préféré s’exprimer sous couvert de l’anonymat, l’État a, en tout cas, intérêt à apaiser ses relations avec les compagnies. « Dans ce secteur, le plus important, c’est la crédibilité. Les investisseurs, quand ils veulent entrer dans un pays, ils vont voir comment ça s’est passé avec les autres, d’autant plus que nous sommes dans des projets complexes qui prennent des années. »

Sur Yaakaar Teranga – bloc en voie de reprise par l’État – les réserves prouvées restent significatives, mais les différents partenaires ont été confrontés à des exigences très élevées de l’État. Depuis Macky Sall, le gouvernement exige une stratégie tournée vers l’approvisionnement du marché domestique. En 2023, BP, qui en était titulaire, quitte le bloc à cause, notamment, de désaccords sur le concept. Ses parts ont alors été partagées entre Kosmos et la société nationale Petrosen. Cette dernière s’était engagée à trouver un nouveau partenaire stratégique, mais à l’arrivée, profitant de l’expiration de son permis et du durcissement de l’État, la compagnie américaine décide de suivre les traces de BP en restituant le bloc à son tour.

L’expiration de certains permis favorable à Sonko

Pour Sonko, c’est le scénario idéal car son gouvernement pourra tout reprendre et développer le bloc conformément aux nouvelles orientations. « Aujourd’hui, aussi bien pour le phosphate, pour le pétrole que pour le gaz, nous ne sommes plus dans une logique de signer des concessions à des partenaires et de se donner rendez-vous dans 25 ans », prévient le Premier ministre. Le Sénégal compte bien développer des stratégies qui tiennent compte de ses aspirations et il travaillera à trouver des partenaires qui vont accepter de s’inscrire dans ce cadre. 

Une grande question demeure : qui va accepter de s’engager dans ce bloc après les départs de BP et de Kosmos ? Pour rappel, le développement du bloc requiert un investissement de 4 à 6 milliards de dollars pour un pays dont le budget est environ de 13 milliards de dollars.

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L’extractivisme américain à l’assaut de l’Angola, de la Zambie et de la RDC https://mondafrique.com/a-la-une/lobito-le-retour-de-lextractivisme-americain-en-afrique/ Fri, 13 Mar 2026 05:27:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148485 Le corridor de Lobito en Angola est le véhicule de l’emprise du capitalisme américain dans sa version IA. L’Afrique est condamnée à livrer son sous-sol dans le cadre de projets « extractivistes » concurrents de l’hégémonie chinoise dans la Copperbelt africaine.  Par Paolo Vieira La politique africaine du président Trump est peut-être plus calculée que ses éclats […]

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Le corridor de Lobito en Angola est le véhicule de l’emprise du capitalisme américain dans sa version IA. L’Afrique est condamnée à livrer son sous-sol dans le cadre de projets « extractivistes » concurrents de l’hégémonie chinoise dans la Copperbelt africaine.

 Par Paolo Vieira

Les lignes de transport du corridor de Lobito, carte de la Commission européenne, direction générale des partenariats internationaux, CE-INTPA.

La politique africaine du président Trump est peut-être plus calculée que ses éclats et grossièretés ne le font soupçonner. Malgré le mépris affiché pour les États africains à Washington, les retournements, les prolongements et les aménagements concernant le corridor de Lobito, initié par Joe Biden, révèlent un projet complet à plusieurs dimensions. (Le corridor de Lobito est gouverné par l’Agence de facilitation du transport et du transit du corridor de Lobito, basée en Angola, qui coordonne les opérations transfrontalières, harmonise les politiques et supervise la construction des infrastructures en Angola, en RDC et en Zambie.)

Joe Biden avait surtout infléchi la position de l’Angola, pays où débouche le corridor sur le port de Lobito. Donald Trump, depuis le début de l’année, vient d’accélérer la mise en œuvre de la composante essentielle du projet, le Lobito Atlantic Railway. Ce chemin de fer, en grande partie financé par les Européens, est l’objet de la concession (de 30 à 50 ans) de gestion d’une ligne ferroviaire donnée par le ministère angolais des transports.

Le consortium attributaire de cette concession comprend Mota-Engil (Portugal), Vecturis (Belgique) et le trader Trafigura (basé à Singapour). Le consortium devra aussi consacrer 455 millions USD à l’édification d’un terminal minéralier géant à Lobito, ce chantier étant largement financé par les États-Unis. Pour Donald Trump, la partie angolaise du corridor et le terminal de Lobito sont des questions désormais réglées.

Pour Washington, il s’agit maintenant, d’accélérer l’alimentation du terminal minéralier sur l’Atlantique où attendent les vraquiers qui emporteront le cuivre et les autres minerais aux États-Unis. Il faut donc gagner la bataille de la maîtrise des gisements dans la région de Kolwezi, à 1500 kilomètres de Lobito, en République Démocratique du Congo (RDC).

Imposer la paix des bonnes affaires

Ainsi, au mois de mars 2026, alors que, de nouveau, le Golfe persique est le théâtre d’une guerre aux conséquences planétaires, l’administration US a pris le temps de déclarer des sanctions à l’égard de généraux rwandais. Le Trésor cible les quatre principaux responsables de la Force de défense du Rwanda (FDR):

  • Vincent Nyakarundi est le chef d’état-major de l’armée de terre de la FDR. Il est un haut commandant des forces terrestres de l’armée rwandaise qui ont mené des opérations militaires en soutien au M23.
  • Ruki Karusisi est général de division et commandant de la 5e division d’infanterie de la FDR. Il était auparavant commandant des forces d’opérations spéciales et supervisait les opérations militaires en soutien au M23.
  • Mubarakh Muganga est le chef d’état-major des armées de la FDR. Avant d’être nommé à ce poste en juin 2023, il occupait le poste de chef d’état-major de l’armée de terre, période durant laquelle il a joué un rôle clé dans la planification des opérations et le commandement des forces rwandaises dans l’est de la RDC.
  • Stanislas Gashugi a été nommé commandant des forces spéciales de la FDR le 15 mars 2025, en remplacement de M. Karusisi.

Le président Trump est très irrité de voir que le M23 et le président Kagame ne s’inclinent pas devant sa volonté d’une paix définitive dans l’est de la RDC. Les sanctions du Trésor US suivent d’ailleurs l’exécution par drones de hauts responsables du M23 sur le territoire de la RDC, dont son porte-parole. À l’aube du 24 février 2026, aux environs de 2 heures du matin, des frappes de drones ont visé un convoi de véhicules du M23 près de Rubaya au Nord-Kivu. À bord se trouvait le colonel Willy Ngoma, porte-parole militaire du mouvement. Le général Sultani Makenga, chef militaire de la rébellion, a aussi été touché et blessé grièvement.

Rubaya n’est pas un point quelconque sur la carte. Cette zone produit entre 15 % et 30 % du coltan mondial, minerai stratégique pour l’industrie électronique. Depuis 2024, la mine était exploitée par la rébellion. En frappant à proximité immédiate de ce site, l’armée congolaise ne touche pas seulement un adversaire, elle tente de reconquérir le potentiel minier que le président Trump veut désormais gérer, à travers une société de sécurité amie (Erik Prince) et un groupe financier (Orion Critical Mineral). Les dernières attaques de drones contre le M23 et leurs soutiens rwandais ont été facilitées par les  éléments israéliens issus de la société militaire privée d’Erik Prince et déployés à Uvira.

Le retour mercenaire de l’Occident

 Le groupe d’experts des Nations Unies (ici https://docs.un.org/fr/S/2025/446) a remis le 3 juillet au Conseil de sécurité de l’ONU un rapport sur l’engagement des sociétés militaires privées dans l’est de la République Démocratique du Congo. Selon ce document, les sociétés Agemira et Congo Protection (CP) ont fourni un soutien tactique aux Forces Armées de la RDC (FARDC) contre la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda. Environ 120 employés d’Agemira sont toujours déployés à Kinshasa et Kisangani. Leur mission principale concerne la maintenance des drones CH4 et des avions militaires des FARDC.

Mais la révélation la plus explosive concerne un nouveau contrat signé en décembre 2024. Le gouvernement congolais s’est engagé pour cinq ans avec Erik Prince, fondateur de l’ex-Blackwater. L’ancien Navy SEAL, qui a dirigé jusqu’en 2009 la plus grande société militaire privée mondiale, réside actuellement aux Émirats Arabes Unis, base opérationnelle de ses nouvelles activités.

Par le biais d’entreprises basées dans ce pays, Prince propose de sécuriser le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri. Son contrat inclut le déploiement de troupes terrestres et l’utilisation intensive de drones militaires.

L’armée de la République Démocratique du Congo était déjà, depuis plusieurs années, encadrée et formée par des centaines d’instructeurs roumains.  Ils auraient quitté la RDC via le Rwanda fin janvier. On voit de plus en plus les conseillers militaires français qui manœuvrent à présent avec la division parachutiste qu’ils forment péniblement depuis des années. Le président Macron est satisfait de retrouver ainsi une influence diplomatique, militaire et peut-être économique en RDC et au-delà en Afrique centrale. Le Lobito Atlantic Railway est dirigé par un Français qui doit cependant acheter des wagons chinois pour que les trains de l’Occident puissent rouler, car Pékin a assuré le plus gros de la pose des rails entre 2004 et 2014.

L’heure de la jonction ?

L’internationalisation de la guerre contre le M23 et les coups portés au Rwanda interviennent après l’accord signé à Washington entre Félix Tshisekedi, Paul Kagame et Donald Trump en décembre 2025. La mine stratégique de Rubaya figurait dans le volet économique de l’entente conclue dans la capitale fédérale américaine. Au-delà, la partie américaine est pressée de mettre en œuvre sa double priorité en Afrique centrale : contrôler les minéraux critiques et contrer la Chine. La colonne vertébrale de ce programme extractiviste et d’endiguement de la compétition chinoise est, en l’occurrence, le corridor de Lobito.

Ce corridor est d’abord un concept géopolitique qui organise la coalition occidentale du G 7 où Joe Biden et son pays étaient, dès l’origine, dominants. La nervure ferroviaire et routière du corridor existait depuis longtemps à travers le chemin de fer angolais (dit de Benguela) qui s’étendait sur 1300 kms. Le nouveau corridor n’est qu’une série de travaux de réhabilitation et de complémentarité afin de faire la jonction avec la ceinture de cuivre de la République Démocratique Congo (RDC) et de la Zambie. La rentabilité de ce chemin de fer dépendra évidemment du trafic en provenance de la RD Congo.

Capturer les mines de la RD Congo

Aujourd’hui, les 3 millions de tonnes annuelles de cuivre de la RDC sont évacuées par camions et par trains vers les ports de l’Océan indien. Washington entend inverser le sens de ce flux et donc les diriger vers l’Atlantique. C’est ainsi qu’il faut rentabiliser les nouveaux tronçons ferroviaires par la conquête des gisements congolais de cuivre et de minéraux critiques associés. Trump a son bras financier pour cela : le groupe Orion Critical Mineral. Ainsi, l’objectif entrepreneurial de l’administration Trump est directement lié au pacte minier signé à Washington, le 4 février 2026.

Le trader et géant minier Glencore a ensuite officialisé, le 18 février 2026, un accord avec la Gécamines, la société d’État congolaise, pour étendre les capacités de la mine Kamoto Copper Company (KCC). Cette entente sécurise l’accès à de nouveaux terrains, prolongeant l’exploitation du site jusqu’au milieu des années 2040 avec un objectif de 300 000 tonnes de cuivre par an. Cet investissement est intervenu alors que Glencore venait de céder 40 % de ses intérêts dans KCC et Mutanda au consortium américain Orion Critical Mineral, pour une valeur estimée à 9 milliards de dollars US. Malgré ce désengagement partiel, Glencore conservera le contrôle opérationnel des sites, affirmant sa volonté de rester un acteur clé en RDC face à la concurrence chinoise. En consolidant ses actifs tout en s’alliant à des capitaux américains, Glencore renforce la position stratégique du cuivre congolais dans la transition énergétique mondiale et la sécurité des approvisionnements occidentaux.

Le coup de force US

Le corridor,  selon l’ambition US, vise, du coté angolais, à détourner le chemin de fer (dont la construction a commencé en 1902 et s’est achevée en 1931) de Benguela (situé au sud de Lobito)  vers le port de Lobito où se trouve une vaste raffinerie de pétrole. Le vieux chemin de fer de Benguela a servi jadis d’artère centrale pour l’exportation des minerais du Congo belge avant que l’activité ne décline fortement durant la guerre civile angolaise. Avec la nouvelle donne minéralière,  il faut pousser, à présent, le plus loin possible vers le bassin cuprifère de la RDC et de la Zambie.

Les efforts de réhabilitation engagés au début des années 2000 ont permis de rétablir la continuité opérationnelle et de faire du corridor une route logistique moderne structurée autour de l’intégration rail–port.

Les investissements occidentaux vont surtout se concentrer à partir de Kolwezi pour gagner la voie de sortie vers l’ouest et permettre le désengagement des ports de l’est où les Chinois détiennent les couloirs d’évacuation.

Endiguer la Chine ?

Sous l’appellation de corridor de Lobito, agit le tandem inégal de l’Union européenne (UE) et des États-Unis (EU) qui veut rivaliser avec la Chine pour l’accès aux matières premières essentielles à la transition écologique mondiale. Bien entendu, l’administration Trump a abandonné la dimension de transition énergétique et écologique, tandis que le compétiteur chinois développe au contraire toute sa stratégie africaine sur ces deux piliers.

C’est pour cela qu’au sein de l’enclave géopolitique et sécuritaire du corridor de Lobito, il existe deux projets différents : une ligne ferroviaire de type Brownfield[1] reliant Lobito (Angola) à Kolwezi (RDC) et une ligne ferroviaire de type Greenfield reliant Lobito (Angola) à Chingola (Zambie), avec l’objectif à long terme de relier la ligne Greenfield à la ligne Tazara existante qui se termine à Dar es Salaam. La viabilité commerciale, en particulier de la ligne Greenfield de chemin de fer, reste incertaine et c’est bien pour cela que les États-Unis n’entendent pas y investir. En effet, alors que la rhétorique géopolitique met l’accent sur la concurrence, la mise en œuvre du corridor du côté de l’UE présente plusieurs défis. Tout d’abord, malgré plusieurs annonces, l’infrastructure du corridor, y compris le chemin de fer Greenfield, et les projets connexes ne bénéficient pas d’investissements suffisants pour atteindre les objectifs ambitieux annoncés. Deuxièmement, la présence substantielle de la Chine dans les secteurs de l’exploitation minière et des infrastructures de la région rend l’idée de la combattre et même de  la concurrencer encore plus complexe. Au lieu de présenter une alternative, les entreprises européennes et américaines s’intègrent fréquemment dans les investissements et les chaînes d’approvisionnement chinoises existantes et en expansion. Cette imbrication des intérêts commerciaux rendra difficile l’établissement de chaînes d’approvisionnement occidentales et chinoises séparées et distinctes.

Au-delà du corridor

Le cuivre est devenu un produit fini chinois car chaque mois, les usines de la République Populaire de Chine en raffinent un million de tonnes. À partir du drainage du cuivre de Zambie et de RDC et en y rajoutant le recyclage, la Chine s’est imposée comme le premier producteur des fils de cuivre utilisés dans les data center, pour l’électricité et les batteries des véhicules. Les prix du cuivre et de l’acide sulfurique (un sous-produit utile pour faire les engrais) ne cessent d’augmenter et pèsent sur la balance commerciale des États-Unis, d’autant plus qu’ils font l’objet de droits de douane.

Redécouvrir la roue

L’engagement des États-Unis pour obtenir les minerais critiques, dont le cuivre, est devenu plus opérationnel à mesure que la maîtrise de toutes les étapes des chaînes d’approvisionnement gagnait en importance stratégique. La coopération avec la République Démocratique du Congo et les partenaires régionaux s’est de plus en plus concentrée sur des infrastructures facilitant le commerce des minéraux critiques, au-delà du seul affichage politique. Le prêt de 553 millions de dollars pour le chemin de fer du corridor de Lobito, accordé par la U.S. International Development Finance Corporation, illustre ce basculement vers un financement de long horizon des infrastructures logistiques d’exportation comme composante d’une stratégie de sécurisation des chaînes d’approvisionnement.

Pour les gouvernements de la région, l’engagement dans le corridor reflète un positionnement stratégique au sein du système de production minéralière en expansion. Pour l’Angola, le corridor consolide le port de Lobito comme  porte d’entrée et de transit desservant en essence, carburants et biens d’équipements miniers au-delà de son arrière-pays national. Pour la République Démocratique du Congo et la Zambie, il introduit une route d’évacuation atlantique supplémentaire et bientôt majeure aux côtés des corridors existants, à mesure que les volumes de la Copperbelt augmentent. La participation de la Development Bank of Southern Africa au financement du corridor s’inscrit dans cette logique régionale, conformément à son mandat de soutien aux infrastructures transfrontalières présentant une pertinence économique à grande échelle.

Connivence ou déflagration

La bataille que mène Washington est d’abord politique. La victoire apparente de la force d’Erik Prince sur le M23 le montre bien. Elle concrétise la mainmise extractiviste de Washington sur la RDC et l’empiètement sur les plates-bandes chinoises dans la région.

Trump profite des acquis de son prédécesseur Biden, qui est parvenu à décrocher l’Angola de la prééminence chinoise. La longue guerre civile angolaise (1975-2002) avait entrainé la destruction du chemin de fer de Benguela et donc l’arrêt du passage des minéraux du centre de l’Afrique par l’Atlantique. Les Chinois avaient réalisé, bien avant, un chemin de fer de 1860 kilomètres reliant la Copperbelt zambienne aux ports de l’Océan indien.

En 2026, il aurait été plus intéressant de relier Lobito à l’Océan indien en faisant une jonction entre le corridor de Lobito et le Tanzam. Ce ne sera pas le cas. Avec la destruction du chemin de fer colonial de Benguela, le Tanzam était devenu, ce dernier quart de siècle, l’artère principale de déversement des minéraux vers l’est et particulièrement en direction de la Chine. Joe Biden, malgré l’importance des investissements et des prêts chinois en faveur de l’Angola (au moins 45 milliards USD), a convaincu l’Angola de devenir le gardien des intérêts américains en Afrique centrale et australe.

Le corridor de Lobito qui, dans sa partie angolaise, doit tant au capital et au labeur chinois de 2004 à 2014,est finalement récupéré par Washington.  Il traduit sur le plan géopolitique ce regain de l’influence américaine et le déclin de Pékin à Luanda, en plus d’être un atout majeur de Donald Trump dans son projet minier et antichinois.

Alors que le modèle chinois de corridor présentait encore un caractère très peu libéral, celui des Américains, d’apparence ouvert et dynamique, a attiré les affairistes angolais. Ce sera plus difficile pour les intérêts de RDC, encore largement contrôlés par l’État à travers le puissant groupe Gécamines, de se fondre dans la logique extractiviste et capitaliste d’outre-Atlantique. De plus, la stabilité des alliances entre partenaires financier et opérationnels des programmes des États-Unis n’est pas assurée.

Guerre des traders ?

Des tensions entre les parties prenantes commencent à se faire jour à travers les montages financiers et le choix des opérateurs du corridor de Lobito. Initialement, l’engagement des États-Unis autour des minerais critiques passait par Ivanhoe Mines Ltd, propriétaire de Kamoa-Kakula, et le négociant en matières premières Trafigura Group qui ont d’ailleurs signé un accord pour transporter leur cuivre par voie ferrée de la RDC vers le port angolais de Lobito. Cet accord à long terme était le premier à structurer le projet ferroviaire stratégique soutenu par le gouvernement américain. On proclamait que le corridor de Lobito permettrait de réduire à moins d’une semaine le trajet vers les ports de l’Atlantique, plus proches des États-Unis et de l’Europe. 

Trafigura fait partie du consortium qui a obtenu une concession de 30 ans pour l’exploitation de la voie de Lobito. Les concessionnaires, parmi lesquels figurent aussi Mota-Engil et Vecturis, sont supposés porter la capacité d’exportation de la ligne ferroviaire à un million de tonnes par an d’ici la fin de la décennie, avait indiqué Trafigura dans un communiqué cité par Bloomberg. Mais aujourd’hui la capacité d’exportation de Trafigura sur la ligne de Lobito n’atteint pas les 450 000 tonnes promises à partir de 2025.

Le groupe suisse Glencore semble à présent éclipser son concurrent Trafigura. Il a signé début 2026 un protocole d’accord pour céder 40 % de ses parts dans les mines de Mutanda mining et de Kamoto Copper Company, en République démocratique du Congo, au groupe américain Orion Critical Mineral Consortium (qui est soutenu par la U.S. International Development Finance Corporation). Les mines de Mutanda Mining et de Kamoto Copper Company sont des producteurs industriels majeurs de cuivre et de cobalt en RDC. Elles jouent aussi un rôle central dans l’offre mondiale de ces métaux très convoités pour la fabrication des véhicules électriques, car la RDC assure environ 74% de la production mondiale de cobalt et  6 % de celle de cuivre.

La lorgnette US

L’opération est présentée par Glencore  comme un prolongement du partenariat stratégique entre les États-Unis et la République démocratique du Congo sur les minerais critiques. Le vice-secrétaire d’État américain, Christopher Landau, souligne, lui, que cette transaction s’inscrit dans le cadre des objectifs des Accords de Washington, visant à « encourager un renforcement des investissements américains dans le secteur minier de la RDC » et à « garantir des flux fiables et stratégiques de minerais essentiels entre les États-Unis et la RDC».

 

[1] Les projets d’infrastructures Greenfield sont développés ex nihilo alors que les projets Brownfield reposent sur des infrastructures existantes, ces investissements sont réalisés via des fonds non cotés dédiés au financement d’actifs stratégiques.

 

 

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Cacao : Abidjan réduit drastiquement le prix payé aux planteurs https://mondafrique.com/limage-du-jour/cacao-abidjan-reduit-drastiquement-le-prix-paye-aux-planteurs/ Sat, 07 Mar 2026 05:29:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148241 Le retournement brutal du marché mondial du cacao rattrape la Côte d’Ivoire. Premier producteur mondial, le pays a révisé le prix bord champ payé aux planteurs pour la campagne intermédiaire 2025-2026. Il passe d’environ 2 800 francs CFA à 1 200 francs CFA le kilogramme, une baisse spectaculaire proche de 60 %. Le retournement spectaculaire […]

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Le retournement brutal du marché mondial du cacao rattrape la Côte d’Ivoire. Premier producteur mondial, le pays a révisé le prix bord champ payé aux planteurs pour la campagne intermédiaire 2025-2026. Il passe d’environ 2 800 francs CFA à 1 200 francs CFA le kilogramme, une baisse spectaculaire proche de 60 %.

Le retournement spectaculaire du marché mondial

Cette décision illustre la dépendance de la filière ouest-africaine aux cycles du marché mondial. Le cacao sort, en effet, d’une période de volatilité exceptionnelle. Après avoir atteint des sommets historiques en 2024 plus de 12 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux les cours se sont fortement corrigés pour revenir autour de 3 000 dollars. La perspective d’un retour de l’offre mondiale et le reflux des positions spéculatives ont accéléré ce mouvement.

En Côte d’Ivoire, cette chute impacte directement le revenu des producteurs. Le prix bord champ est fixé administrativement par l’État à partir des ventes anticipées réalisées sur les marchés internationaux, un système piloté par le Conseil du Café-Cacao. Conçu pour stabiliser les revenus agricoles, ce mécanisme oblige néanmoins les autorités à ajuster le prix intérieur lorsque les cours mondiaux reculent.

Cela dépend également d’une volonté politique. Pour la campagne précédente, dans un contexte de cours internationaux record et à l’approche de l’élection présidentielle de 2025, les producteurs ivoiriens avaient bénéficié d’une rémunération exceptionnellement élevée.

L’exemple du Ghana voisin est souvent avancé par les planteurs. Deuxième producteur mondial, le pays applique lui aussi un prix administré via son organisme public, mais il a historiquement cherché à mieux rémunérer les producteurs afin de préserver la qualité des fèves et de limiter la contrebande transfrontalière. Si Accra a également ajusté ses prix à la baisse en 2026, la correction y apparaît moins brutale que celle décidée en Côte d’Ivoire, aux environs de 29 %, soit environ la moitié de la baisse pratiquée par Abidjan.

La bataille de la valeur ajoutée

La situation met en lumière un paradoxe structurel. La Côte d’Ivoire et le Ghana produisent ensemble plus de la moitié du cacao mondial, mais ils ne fixent pas les prix, déterminés sur les marchés internationaux, et transforment encore une part limitée de leur production. La valeur ajoutée du chocolat est captée en grande partie en Europe ou en Amérique du Nord. Cette dépendance aux marchés extérieurs rend les économies cacaoyères particulièrement vulnérables.

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L’Afrique de l’Ouest moins corrompue que l’Amérique latine https://mondafrique.com/economie/lafrique-de-louest-moins-corrompue-que-lamerique-latine/ Sat, 07 Mar 2026 05:05:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148227 Selon le dernier rapport annuel publié par Transparency International, et grâce aux grandes avancées dernièrement réalisées, l’Afrique de l’Ouest francophone est désormais moins touchée par la corruption que l’Amérique latine. Une évolution qui contredit certains discours et qui a contribué à faire de l’Afrique de l’Ouest francophone la zone la plus dynamique économiquement du continent […]

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Selon le dernier rapport annuel publié par Transparency International, et grâce aux grandes avancées dernièrement réalisées, l’Afrique de l’Ouest francophone est désormais moins touchée par la corruption que l’Amérique latine. Une évolution qui contredit certains discours et qui a contribué à faire de l’Afrique de l’Ouest francophone la zone la plus dynamique économiquement du continent en 2025, pour la douzième année consécutive.

Par Ilyes Zouari

Selon les données du dernier rapport de Transparency International (l’indice de perception de la corruption, 2025) publié le 10 février, qui classe les pays du monde en fonction du niveau de corruption et qui constitue la référence mondiale en la matière, l’Afrique de l’Ouest francophone affiche un score global de 36,5 points. Elle devance ainsi l’Amérique latine qui affiche, pour sa part, un score de 32,2 points.

Ces résultats correspondent à la moyenne globale pondérée en fonction du poids démographique des pays concernés. 

L’Afrique de l’Ouest francophone plus vertueuse 

Les grands efforts accomplis ces dernières années en matière de lutte contre la corruption et de bonne gouvernance ont permis à l’Afrique de l’Ouest francophone, ensemble composé de neuf pays (les pays membres de l’espace UEMOA sans la lusophone Guinée-Bissau, ainsi que la Guinée et la Mauritanie – qui ont quitté cet espace et sa monnaie unique, le franc CFA, il y a déjà quelques décennies), en seulement une année, de progresser considérablement dans les classements internationaux, pour dépasser désormais un certain nombre de régions du monde, dont l’Amérique latine. Dans cet ensemble francophone, le Sénégal (classé 65e mondial, avec 46 points), le Bénin (70e, 45 points) et la Côte d’Ivoire (76e, 43 points) obtiennent les meilleurs résultats, tandis que la Mauritanie (130e), le Mali (136e) et la Guinée (142e) affichent les scores les plus faibles. N’étant pas membres de l’UEMOA, la Mauritanie et la Guinée tirent la moyenne globale vers le bas.

Le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire devancent un certain nombre de pays européens, dont deux pays d’Europe de l’Est membres de l’Union européenne (la Hongrie et la Bulgarie, classés chacun au 84e rang mondial), et font surtout mieux que la grande majorité des pays d’Amérique latine, qui regroupe vingt pays au total. Et notamment les cinq plus peuplés d’entre eux, à savoir le Brésil (107e), le Mexique (141e), la Colombie (99e), l’Argentine (104e) et le Pérou (130e).

Les cinq pays les moins bien classés d’Amérique latine (le Paraguay, 150e, le Honduras, 157e, Haïti, 169e, le Nicaragua, 175e et le Venezuela, 180e) se classent loin derrière les pays les moins bien positionnés d’Afrique de l’Ouest francophone. De leur côté, l’Uruguay (17e), le Chili (31e), le Costa Rica (46e), Cuba (84e) et la République dominicaine (99e) affichent les meilleures performances de la zone.

Les francophones devant les anglophones

Au niveau africain, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin se classent devant l’Afrique du Sud (81e) et loin devant des pays comme le Nigeria (autre pays d’Afrique de l’Ouest, classé 142e), l’Éthiopie (96e), le Kenya (130e), ou encore l’Angola (120e). Les cinq pays les plus touchés par la corruption au niveau continental sont des pays anglophones, à savoir le Soudan (175e), l’Érythrée, (177e), la Libye (177e ex aequo), la Somalie et le Soudan du Sud (181e chacun).

La corruption étant un phénomène difficilement mesurable, les classements en la matière ne peuvent en donner une idée qu’approximative. Cependant, il n’en demeure pas moins vrai que ce classement, constituant la référence mondiale en la matière, met en évidence les avancées considérables réalisées par plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest francophone au cours de la dernière décennie, d’une part, et la persistance, d’autre part, d’importants niveaux de corruption en Amérique latine, qui s’aggravent même dans de nombreux pays de la région.

 

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Sénégal. La solution du casse-tête de la dette https://mondafrique.com/a-la-une/senegal-la-recette-du-casse-tete-de-la-dette/ Mon, 02 Mar 2026 05:36:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147808 Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette. Par Mor Amar C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de […]

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Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette.

Par Mor Amar

C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de 2672 milliards de francs CFA. Voilà le montant global du service de la dette extérieure, d’après la loi de finances initiale pour l’année 2026. Le pic des paiements est annoncé pour ce mois de mars, avec plus de 509 milliards de francs CFA à rembourser, rien que sur la dette extérieure, et plus de 237 milliards au titre de la dette intérieure. Mais l’urgence, pour Dakar, c’est de mobiliser près de 490 millions d’euros en mars pour satisfaire en priorité les souscripteurs d’eurobonds, afin de rassurer les marchés sur ses capacités à remplir ses obligations.

Comment le pays compte t-il procéder ? Face aux députés, le 24 février 2026, lors de la session des questions d’actualité avec le gouvernement, le ministre des Finances est revenu sur la stratégie. « Depuis fin 2024, nous travaillons sur la gestion active de la dette bancaire locale. Nous avons ainsi invité les banques à titriser certaines créances. Cela a permis de négocier les termes de financement, d’améliorer le profil de maturité, de gagner des espaces budgétaires à hauteur de plus de 500 milliards rien que sur l’année 2025 », a expliqué Cheikh Diba, ajoutant que son gouvernement compte faire exactement la même chose en ce qui concerne la dette extérieure.

Dakar privilégie le paiement des eurobonds

Pour réussir ce pari, le gouvernement compte s’appuyer sur des institutions de garantie comme la Banque africaine de développement (BAD), l’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique (Atidi), la Multilateral investment garantee agency (Miga-groupe banque mondiale)… Optimiste, Cheikh Diba pense que ce soutien autorisera la mobilisation de ressources à des coûts beaucoup plus faibles que les coûts d’endettement actuels, avec des maturités plus longues.

Le gouvernement compte ainsi réduire le service de la dette et libérer des espaces de trésorerie, sans avoir recours à la restructuration. « Si nous y parvenons avec la discipline budgétaire que nous avons enclenchée depuis 2024, cela va permettre d’avoir une dette soutenable », rassure le ministre des Finances, qui se projette déjà sur les autres mois.

En effet, si les esprits sont rivés sur l’échéance de mars 2026, il n’en demeure pas moins que le gouvernement restera sous tension toute l’année. Les montants à payer sur la partie dette extérieure restent très importants, avec plus de 234 milliards de francs CFA au mois d’avril, 114 milliards en mai, plus de 220 milliards pour le mois de juin, 257 milliards en juillet, 227 milliards au mois d’août, 170 milliards en septembre, 278 milliards en octobre, 178 milliards en novembre et enfin plus de 272 milliards pour le mois de décembre, soit au total 2672 milliards, contre plus de 2825 milliards au titre de la dette intérieure.

Pression de la France et de certains créanciers

Loin de la sérénité affichée devant les écrans, les techniciens vivent dans le stress au quotidien. La décision de privilégier le paiement des eurobonds ne fait pas que des heureux. Certains créanciers, comme la France, commencent d’ailleurs à manœuvrer pour un traitement diligent de leurs créances. Le trésor français, selon plusieurs médias, a d’ailleurs écrit pour réclamer le règlement d’impayés. Paris aurait même dépêché début février un émissaire à Dakar pour traiter de cette affaire. D’autres créanciers stratégiques comme la China Afreximbank sont également dans l’attente d’un traitement pressant.  

Certains créanciers ont d’ailleurs rejoint la position du Fonds monétaire international (FMI) qui estime, depuis le début, qu’une restructuration est nécessaire. Le gouvernement du Sénégal n’est toujours pas de cet avis. Pour Cheikh Diba, ce n’est certainement pas par orgueil. « Nous estimons qu’il y a une solution scientifique, économique et technique, qui nous permettra de gérer cette question. C’est la gestion active de la dette. Du point de vue quantitatif, le résultat est presque le même que pour la restructuration. Et nous ne subissons pas les conséquences d’une restructuration », a martelé le ministre des Finances et du Budget. 

Dakar en défaut sur les investissements et des engagements sociaux

En vérité, analyse un spécialiste, le gouvernement a décidé de ne pas faire défaut et de ne pas demander une restructuration pour les dettes qui lui semblent essentielles, à savoir les eurobonds, les dettes auprès du marché financier de l’UEMOA et des banques commerciales.

En revanche, le gouvernement est déjà en défaut sur plusieurs programmes d’investissements importants pour le développement économique (Programme spécial de désenclavement, Programme de modernisation des infrastructures judiciaires, Programme d’urgence de développement communautaire, dette aux entreprises du BTP…). Il a dû également suspendre plusieurs programmes sociaux dont les bourses de sécurité familiales et accumule des arriérés pour les étudiants….

La grande question, selon notre interlocuteur, c’est de savoir « jusqu’à quel point le gouvernement va continuer de suffoquer le développement économique du pays », en privilégiant le paiement de cette dette colossale au détriment des projets de développement.

Les points d’achoppement avec le FMI

Pendant ce temps, les négociations avec le FMI tirent en longueur. Si des progrès notoires ont été enregistrés sur les mesures correctrices relatives au misreporting, les deux parties peinent à accorder leur violon sur la viabilité de la dette, nécessaire pour la signature d’un nouveau programme. Face au parlement, le ministre Diba a reconnu quelques divergences en particulier sur le cadrage macroéconomique.  « Nous, nous pensions que les hypothèses du Fonds sont pessimistes, eux ont trouvé nos projections trop optimistes. Le résultat est que le FMI estime que nous ne pouvons trouver les financements dont nous avons besoin sans restructuration », explique le ministre qui s’empresse de rassurer : « Nous travaillons à rapprocher nos positions. Le vendredi passé, le Fonds a mis à jour son cadrage macroéconomique qu’il nous a envoyé. Dans les prochains jours, nous pourrons en discuter et arriver à un résultat qui va permettre de finaliser ces discussions. »

Depuis la survenue de la crise, le ministre des Finances et du Budget se démène ainsi comme un diable pour trouver une solution avec les partenaires internationaux. Quant à son patron, le Premier ministre Ousmane Sonko, il ne cesse de tirer sur ces partenaires. Pour lui, l’institution ne travaille pas au développement des pays africains. Ce qui intéresse le FMI, selon le PM Sénégalais qui cite l’économiste américain Jeffrey Sachs, ce n’est pas le développement des pays africains, c’est plutôt que ces pays restent pauvres et sages.

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Série Niger-économie (3). Ouvrir les possibles https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-3-ouvrir-les-possibles/ Sat, 14 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147061 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode 2), ce troisième et dernier épisode décrit la stratégie des autorités pour s’émanciper de l’étouffante tutelle bancaire ouest-africaine.

Par Paolo Vieira

Le choix du Président Tiani porté sur Maman Laouali Abdou Rafa, le 26 janvier, comme nouveau ministre des Finances n’est pas anodin. Il ne s’agit pas seulement de faire revenir à un poste politique un technicien qui connait parfaitement la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest et le ministère des Finances. D’autant plus que le nouveau ministre est marqué par sa proximité avec le parti rose qui a dirigé le pays depuis 2011 : il était aux manettes quand le Niger de Mahamadou Issoufou s’endettait. Le président Tiani ne s’est jamais caché de son option de voir son pays et l’Alliance des États du Sahel (AES) que forment le Niger, le Mali et le Burkina Faso s’engager dans la souveraineté monétaire. Et Maman Laouali Abdou Rafa pourrait, peut-être plus facilement que Lamine Zeine, initier cette transition financière, d’autant plus que le système de marché des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) semble à présent ébranlé.

Oublier le passif ?

Pour ce qui est de l’endettement considérable du Niger, il faut rappeler que le nouveau patron des finances publiques était l’homme clé de la dette et des émissions à l’époque d’Issoufou puis de Bazoum. De 2015 à 2021, il sera successivement au cabinet du Premier ministre en tant que coordonnateur du Comité Interministériel de Suivi de la Politique d’Endettement de l’État et de Négociation des Aides Budgétaires (CISPEE/NAB) et au ministère des Finances comme directeur général des opérations financières et des réformes, secrétaire général adjoint puis secrétaire général du ministère des Finances, à partir du 22 avril 2021. L’endettement sur cette période est considérable et, de 100 milliards de francs CFA de service de la dette par an en 2013, le Niger doit débourser 500 milliards par an en 2021. Rien de très glorieux, donc, pour l’ancien coordonnateur du comité interministériel de suivi de l’endettement de l’État.

Maman Laouali Abdou Rafa, le ministre de l’Économie et des Finances du Niger.

De plus, le « Niger bashing » fruit de l’agressivité du président français à l’égard du nouveau pouvoir qui a fait avorter ses grands projets au Sahel a contribué à la dégradation de l’image du pays sur les marchés financiers, en l’occurrence  le marché des titres publics de l’UEMOA, devenu la source de financement la plus importante des États membres. En effet, depuis 2023, on observe une forte hausse de l’écart (qu’on appelle le « spread ») entre les taux de rendement de certaines obligations souveraines et le taux de rendement de l’émetteur régional de référence, qui est la Côte d’Ivoire. Le Burkina Faso, la Guinée‐Bissau, le Mali et le Niger sont particulièrement concernés.

Sur le marché des titres de l’UEMOA, le Niger doit payer une prime de risque significative (10 %). Le marché accepte de financer tout le monde, mais pas au même coût. Cette sélectivité accentuée est le signe d’un marché plus mature, mais aussi plus exigeant. En clair, si l’on compare à ce que la Côte d’Ivoire pays de référence en raison de son poids économique dans l’Union et de la qualité́ de sa note auprès des agences de notation paye pour emprunter, le Niger doit à présent offrir une prime de 3,5% sur le taux d’intérêt. Le Niger est moins apprécié que le Mali quand il émet des obligations du Trésor dans la région.

Des signatures de valeur inégale 

Le Sénégal aussi connait aussi un « spread » élevé sur ses emprunts sur le marché des titres de l’UEMOA. En 2025, l’État sénégalais a pourtant levé 2 224 milliards de francs CFA sur le marché local des titres publics à travers UMOA-Titres. Pour l’année 2026, les ambitions sénégalaises sont nettement revues à la hausse. Le directeur de la dette, Aliou Diouf, a annoncé que le volume global de ressources à lever atteindra 6 075 milliards de francs CFA, plus de cinq fois les émissions nigériennes. Mais outre les montants importants du Sénégal, qui augmentent les risques des prêteurs et lui coûtent cher, Dakar assume, comme Niamey de son côté avec ses derniers Présidents, le fardeau de la dette considérable et cachée du régime Macky Sall. Lamine Zeine a été peu entendu quand il rappelait combien les gestions financières d’Issoufou et de Bazoum avaient alourdi à des niveaux insoupçonnés l’endettement public. C’est la dette souveraine nigérienne extérieure et domestique que sanctionne le marché des titres de l’UEMOA, plus que le risque politique du régime du général Tiani, qui semble se consolider.

Malgré l’union monétaire, malgré une monnaie commune et une politique monétaire centralisée, les investisseurs opèrent une distinction très claire entre les signatures. En 2025, cette hiérarchisation est plus visible que jamais. Le Bénin (6,2 %) et la Côte d’Ivoire (6,7 %) continuent de profiter des conditions les plus favorables, quand d’autres États comme le Niger paient le prix fort et sont soumis à des échéances rapprochées de remboursement. Quoiqu’il se passe, l’une des missions du nouveau ministre des Finances sera de rétablir la qualité de la signature de son pays.

Les ministres des Finances du Niger, du Mali et du Burkina Faso approuvent les statuts de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), le 11 décembre 2025 à Bamako.

Vers le décrochage ?

Certains voient dans le nouveau ministre l’expert du système monétaire ouest-africain qui conduira l’accélération concrète de la construction de l’autonomie économique, avec, en ligne de mire, la création d’une monnaie propre à l’Alliance des États du Sahel.

« Le projet de monnaie commune, évoqué depuis la formation de l’Alliance, apparaît plus que jamais comme l’étape décisive pour concrétiser cette souveraineté retrouvée sur le plan politique et sécuritaire», écrit Jean-Jacques Boulot dans le Faso.net, le 29 janvier.  Il est certain que si l’UEMOA reste une source majeure de refinancement des pays membres, les contraintes et les lacunes de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sont des obstacles quotidiens au fonctionnement du système financier et donc de l’économie.

Dans « La crise bancaire qui couve en zone UEMOA : l’argent coûte cher et se raréfie» (publié en juillet 2025 par le Policy Center for the New South), Seydina Alioune Ndiaye explique que la stabilité apparente des taux de change, à l’intérieur de l’UEMOA et vis-à-vis de l’Euro, ne doit pas cacher que l’argent se raréfie du fait de la politique monétaire bureaucratique et erratique à la fois de la BCEAO. « Les banques thésaurisent et s’engraissent avec les rémunérations des bons du Trésor », rappelle-t-il. Par ailleurs, les présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron œuvrent à un élargissement et à une nouvelle monnaie associant le Ghana, et pourquoi pas le Nigeria. Tensions centripètes de tous côtés. En quittant la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont soustraits au cadre qui devait mener à l’adoption de l’« Eco », une monnaie toujours liée à la France et pilotée par la BCEAO. Cette sortie sera-t-elle le prélude indispensable pour mener librement leur propre projet monétaire ?

Recentrage sur la maison !

La mise sur pied de la Banque d’Investissement et de Développement de l’AES à Ouagadougou pose déjà les bases d’une architecture financière autonome, capable de financer des projets structurants sans dépendre des circuits traditionnels. Les politiques de renégociation ou de nationalisation dans le secteur minier (or, uranium, dont les trois pays de l’AES sont bien dotés) visent à reprendre la main sur les principales richesses nationales, qui constitueront le socle économique et la garantie de la future monnaie.

Quoiqu’il en soit, le nouveau ministre des Finances du Niger doit, avant de bâtir la nouvelle monnaie de l’AES, consolider les finances publiques nigériennes. L’inspection générale des Finances du pays, peu de temps avant son arrivée, a dressé un état des lieux de la gestion de la trésorerie et de la comptabilisation des recettes qui n’est pas satisfaisant. Le principal problème de l’administration financière du Niger réside dans le déficit de rigueur et de prévision dans la gestion de trésorerie de l’État. Ces insuffisances techniques sont aggravées par la gouvernance non orthodoxe du Trésor public. En effet, malgré les efforts remarquables fournis par les régies financières au cours des dernières années, la régulation et l’exécution de la dépense n’ont pas été à la hauteur des attentes, malgré les directives du Comité de trésorerie. Ces mauvaises habitudes se perpétuent au fil des régimes et servent à tisser des liens de connivence politique et clientéliste. Outre l’image négative du Trésor public qui rejaillit sur les gouvernants, il s’agit de manquements qui peuvent compromettre le paiement régulier des salaires des fonctionnaires et des pensions et mener au défaut de paiement.

Le ministre des Finances de 2026 va donc se battre sur deux fronts, l’un, intérieur, avec un Trésor enkysté dans de mauvaises habitudes, et l’autre, extérieur, où Abidjan n’est pas dans les meilleures dispositions vis à vis de Niamey.

 

 

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Série Niger-économie (2). Uranium et réveil minier https://mondafrique.com/economie/serie-niger-economie-2-uranium-et-reveil-minier/ Fri, 13 Feb 2026 05:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147049 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. L’épisode 1 a décrit les efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile. Avec ce deuxième épisode, nous abordons la stratégie […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. L’épisode 1 a décrit les efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile. Avec ce deuxième épisode, nous abordons la stratégie du Niger pour mieux tirer parti des ressources de son sous-sol, à commencer par son uranium, exploité par la France jusqu’au coup d’État et qui fait l’objet d’une bataille judiciaire acharnée avec Paris.

Par Paolo Vieira

L’uranium, un héritage colonial redevenu rentable

L’uranium, héritage colonial d’Areva (devenu par la suite Orano) avait cessé de représenter un atout important pour le Niger, qui détient pourtant 5% des réserves mondiales. Avec ses réserves estimées à près de 180 000 tonnes d’uranium en terre, le site géant d’Imouraren aurait dû devenir la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique de l’Ouest et la seconde plus grande mine d’uranium au monde. À terme, sa production devait atteindre 5 000 tonnes d’uranium par an et se maintenir pendant plus de trente-cinq ans. Orano a reporté son exploitation sous divers prétextes pendant vingt ans. Cette défaillance a fini par être sanctionnée, non pas par le nouveau pouvoir nigérien, mais bien par Mohamed Bazoum lui-même du temps où il était aux affaires. C’est lui qui a retiré à Orano son permis d’exploitation, en juin 2023.

Anne Lauvergeon dite « Atomic Anne », en compagnie du Premier ministre du Niger Seyni Oumarou, le 4 mai 2009, à la cérémonie de lancement d’Imouraren.

Le mécontentement nigérien à l’égard d’Orano trouve aussi sa source dans 20 millions de tonnes de déchets radioactifs laissés sur le site de la mine souterraine d’Akokan, près d’Arlit, fermée en 2021 après l’épuisement des réserves. La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIAD), une organisation non gouvernementale française, a déclaré, dans plusieurs articles, que les déchets radioactifs sur le site de la mine devaient être recouverts d’argile, ce que la société française n’a pas fait. Selon la CRIIAD, 20 millions de tonnes de boues radioactives menacent directement la santé de 100 000 personnes dans la région. Les autorités nigériennes ont officiellement porté plainte contre Orano à ce sujet. En décembre, le ministre de la Justice Alio Daouda a accusé l’entreprise «d’avoir créé un désastre écologique au Niger» s’apparentant à des «crimes de masse». De son côté, Orano accuse le Niger de l’avoir exproprié et a engagé plusieurs procédures contre le pays.

L’une des deux sociétés franco-nigériennes qui exploitaient l’uranium d’Arlit, la Somaïr, a été nationalisée en 2025 par le gouvernement. Dans le processus de récupération de ses actifs, le gouvernement a retiré en novembre 2025 d’Arlit (site exploité par le Commissariat à l’Énergie atomique, puis Areva-Orano pendant cinquante ans) un stock d’uranium d’une valeur de 170 millions de dollars US. Ce « yellow cake » pourrait être cédé à Axia Resources, une société installée au Niger le 5 décembre 2025. C’est une filiale d’Axia Power FZE,  établie à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis. Certaines sources lient Axia à Rosatom, la compagnie publique russe de l’énergie nucléaire, qui dit, de son côté, ne pas avoir de rapports formels avec Axia.

Un prix spot triplé depuis 2021

Le marché international de l’uranium est devenu profitable au Niger au moment où ce pays ne peut plus évacuer aisément son stock ni sa production de yellow cake. En effet, encore inférieur à 66 000 dollars US la tonne en janvier 2021, le prix spot de l’uranium a presque triplé pour dépasser 180 000 dollars US la tonne fin 2025.

Un protocole d’accord pour l’exploitation de nouvelles mines avait déjà été signé en juin 2023 entre Niamey et la China National Nuclear Corporation (CNNC), opérateur du site de la Somina. Mais en cas de redémarrage effectif des activités, la Somina n’est pas en mesure, à elle seule, d’aider le Niger à retrouver sa place parmi les leaders mondiaux. Selon les chiffres de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, la meilleure performance de la mine chinoise date de 2012, année au cours de laquelle 201 tonnes d’uranium ont été extraites.

Le Niger peut, en revanche, compter sur le projet Dasa, piloté par le canadien Global Atomic. Ce dernier ambitionne de mettre en service sa mine d’ici 2027, avec une production totale de 68,1 millions de livres sur environ 24 ans, soit une moyenne annuelle d’environ 2,9 millions de livres ou 1 315 tonnes. A titre de comparaison, la dernière année où Orano a opéré au Niger sans tensions, en 2022, le pays a produit 2020 tonnes selon les chiffres de la World Nuclear Association. L’ouverture de la mine de Dasa, prévue en 2026, dépend, néanmoins, de contraintes logistiques et financières, en l’occurrence la mobilisation des fonds nécessaires aux travaux de construction et la sélection d’itinéraires adéquats pour approvisionner la mine et exporter la production.

Cuivre, lithium … et encore de l’uranium

Des permis d’exploitation du cuivre et du lithium ont aussi été attribués à la Compagnie Minière de l’Aïr (société nationale publique-privée). La production espérée est de 2 700 tonnes de cuivre par an pendant dix ans, ce qui devrait générer 300 emplois directs. La redevance minière doit, elle, rapporter 4 milliards de francs CFA (6 millions d’euros) à l’État.

En octobre 2024, le gouvernement nigérien a également renouvelé pour trois ans la licence d’exploration de l’Australien ENRG Elements dans la région d’Agadez. Enfin, le groupe américain «African Discovery» est en passe d’acquérir un permis d’exploration à proximité d’Imouraren, a écrit World Nuclear News dans un article de juillet 2024. .

Par ailleurs, toujours dans la même région du nord, un permis pour une « petite exploitation minière d’uranium » est accordé à une autre société nigérienne, la Compagnie minière de recherche et d’exploitation (Comirex SA) dans la commune rurale de Dannet, dans le département d’Arlit, pour une production envisagée de 300 tonnes par an pendant cinq ans. Cominair et Comirex sont des sociétés de droit nigérien « appartenant à des nationaux », avec des participations de l’État atteignant respectivement 25 % et 40 %, selon le gouvernement. La coentreprise Royal Gold Niger, créée en 2025, devrait, avec l’émirati Suvar, édifier une raffinerie et un centre de polissage de l’or.

Visite officielle du ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsivilev, à Niamey, le 28 juillet 2025.

Mieux valoriser les ressources

En deux ans, des progrès significatifs en vue d’une mise en valeur des ressources minières sont à signaler. Cependant cette phase absorbe de l’argent plus qu’elle n’en produit. Ce qui peut expliquer que, dans le cadre du contentieux qui l’oppose à Orano, l’État du Niger s’engage dans une nouvelle stratégie de défense fondée sur une approche innovante de valorisation de l’uranium naturel.

Il s’agit de considérer l’uranium non seulement comme une matière première minière, mais également comme une source d’énergie stratégique, comparable aux hydrocarbures et autres ressources énergétiques majeures. Cette méthode vise à établir une correspondance entre le potentiel énergétique de l’uranium et celui d’autres sources d’énergie, afin d’en déduire une valorisation plus équitable des achats passés d’Orano et de politique de cession sur le marché international. Ces orientations ont été confirmées au mois de décembre 2025 avec la signature d’’un mémorandum de coopération avec la Russie par Timersoi National Uranium Company (TNUC), une société nigérienne d’exploitation de l’uranium.

La demande russe

Timersoi a signé, le 9 décembre 2025, avec la filiale de la Rosatom Uranium One Group – qui l’annonce sur son site internet – un accord de coopération pour conduire conjointement des explorations, obtenir les permis nécessaires et, à terme, établir des opérations minières. Issoufou Tsalhatou, le secrétaire général de Timersoi National Uranium Company (TNUC), s’est félicité à cette occasion de pouvoir, avec les partenaires russes expérimentés, réaliser des projets de développement des ressources stratégiques du Niger. De son côté, Pavel Larionov, le président d’Uranium One, estime que cette coopération combinera le potentiel géologique exceptionnel du Niger et les technologies avancées de Rosatom.

La Russie est présente dans le secteur uranifère depuis 2011 et l’obtention d’un permis d’exploration à Tloulouk par GPB Global Resources. Quatre autres permis sont détenus par African Minerals, une compagnie qui appartient à un Russe. Une délégation nigérienne s’est rendue en mars 2024 au salon Atomexpo à Sochi, principal évènement international de Rosatom.

Il faut rappeler que la Russie a besoin d’uranium naturel. En effet, l’approvisionnement en uranium naturel constitue le principal point de faiblesse de l’industrie nucléaire russe. Pour son propre parc, la Russie consomme 5 430 tU. À ce volume, il faut ajouter le minerai nécessaire pour honorer les contrats de fourniture à vie en combustible que Rosatom adjoint à l’exportation de ses réacteurs. Si l’on ne prend en considération que ceux signés avec la Biélorussie, le Bangladesh, l’Égypte, la Turquie, l’Inde, la Hongrie et l’Arménie, il faut ajouter 4 680 tU. C’est sans compter les contrats avec la Chine, dont il est difficile d’établir les volumes. En moyenne,  le cabinet UxC considère que la Russie consomme près de 13 000 tU par an. Or, la production russe est très largement insuffisante. En 2023, AtomRedMetZoloto (ARMZ), la filiale de Rosatom responsable des mines d’uranium en Russie, ne produisait que 2 710 tU154, soit 20 % des besoins. Pour soutenir son activité, Rosatom a développé l’extraction de coproduits, dont l’or et les terres rares, et recherché des financements étrangers.

 

 

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Série Niger-économie (1). Sortir du tunnel https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-1-sortir-du-tunnel/ Thu, 12 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146985 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays : des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile – en grande partie héritée de la dette accumulée par les […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays : des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile – en grande partie héritée de la dette accumulée par les deux régimes socialistes qui se sont succédé aux affaires à partir de 2011 –, en tirant un meilleur parti des ressources du sous-sol et en se libérant de l’étouffante tutelle bancaire ouest-africaine, aux côtés de ses voisins de l’Alliance des États du Sahel. 

Par Paolo Vieira

Remaniement aux finances

Il y a peu, le 26 janvier 2026, sur décret d’Abdourahamane Tiani, Ali Mahamane Lamine Zeine laissait le portefeuille de l’Économie et des finances mais conservait la fonction de Premier ministre qu’il occupe depuis août 2023. Cette décision est intervenue après une fin d’année très difficile pour les finances publiques car en décembre, ni les salaires de la fonction publique ni le paiement du service de la dette extérieure n’ont été assurés. Le défaut souverain momentané de la République du Niger est passé relativement inaperçu.

Pourtant, le Niger ne va pas si mal du point de vue économique si l’on observe son évolution depuis deux ans et demi. Et le décret  du 28 octobre 2025 par lequel le Président de la République a transféré une large part de ses prérogatives et pouvoirs au Premier ministre a fait de ce dernier le véritable chef d’orchestre de l’administration et le relais direct entre les membres du gouvernement et le chef de l’État. En quittant le ministère des Finances, Lamine Zeine laisse une situation financière tendue mais qui a survécu au cyclone des sanctions et de la baisse de l’aide publique au développement.

Le Niger a changé. Le compte courant, celui qui, dans la balance des paiements, fait le solde des achats et des ventes de biens et services à l’extérieur, est rééquilibré. Les Nigériens de l’extérieur envoient de l’argent dans leur pays et les investissements directs étrangers apportent des devises. Cela permet des réserves de change enregistrées à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le déficit budgétaire, et surtout son financement, ont été maîtrisés par la diminution drastique de la dépense publique. La reprise des accords de programme avec le Fonds monétaire international (FMI) jusqu’à fin décembre 2025 a permis la mobilisation de lignes de crédit de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD). Chose absolument nécessaire, car, malgré la contraction des dépenses publiques, le budget 2025 s’élevait à 5 milliards de dollars US. L’année 2026 devrait coïncider avec un nouveau départ économique et financier après les années difficiles traversées par le Niger depuis le Covid-19.

2021 : la montée des périls

Lorsque les militaires nigériens renversent Mohamed Bazoum, le 26 juillet 2023, le pays semble sur un chemin de croissance favorable et il bénéficie d’un programme financier du FMI qui lui autorise de nombreux prêts et dons des bailleurs multilatéraux et bilatéraux. La production pétrolière a pris un peu de retard, mais l’année 2024 est censée voir le début des exportations via le pipe-line qui relie le site d’Agadem au terminal de Sèmè au Bénin. Mais ce tableau flatteur est, en réalité, le fruit de l’aveuglement du FMI – voire de sa complicité – à l’égard de l’envolée de la dette intérieure de l’État.

La direction de la dette publique rattachée à la Direction générale du Trésor, souligne pourtant, en mai 2021, dans une note intitulée «stratégie d’endettement public pour la période 2021-2023» le risque de refinancement : « Le profil d’amortissement de la dette publique révèle un important risque de refinancement dû, d’une part, au remboursement des OAT (Obligations du Trésor) en 2022, 2023 et 2025 et du revolving des BAT (Bons du Trésor) en 2021 et les années suivantes et d’autre part, au remboursement des prêts syndiqués entre 2022 et 2026 dont les paiements du principal sont en moyenne de 22,6 milliards de francs CFA par an. L’échéance moyenne du portefeuille total est de 8,9 ans et la dette à repayer dans un an est de 14,3% de la dette totale. Pour la dette intérieure, l’échéance moyenne est de seulement 3,5 années et la dette à repayer dans un an est de 28,0% de la dette intérieure.» La dette intérieure, qui représente la moitié de la dette totale du Niger, doit, théoriquement, être remboursée de 2022 à 2024. Mais cela ne sera pas le cas et les arriérés s’accumuleront entre 2021 et le coup d’État.

2023 : le choc des sanctions

Suite au renversement de Mohamed Bazoum, alors qu’un plan d’urgence et ordonné de traitement de la dette intérieure (gonflée par de nombreuses créances douteuses ou fictives) s’impose, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la BCEAO entreprennent, sous l’égide du Président Macron, d’asphyxier le Niger commercialement et financièrement. Plusieurs pays et régions – notamment la CEDEAO et l’UE – ordonnent des sanctions qui nuisent gravement à une économie nigérienne déjà faible, si l’on en croit un rapport de Crisis Group de décembre 2023. Presque toutes les frontières sont fermées et les échanges commerciaux gelés, ce qui entraîne la suspension des transactions financières du gouvernement et le gel des avoirs du pays dans les banques extérieures.

Les retombées conduisent le nouveau pouvoir nigérien, et en particulier le Premier ministre Lamine Zeine, à amputer son  budget 2023 de 40 % et à ne pas honorer quatre paiements de dette pour un montant total de 519 millions de dollars US en février 2024.

Une inflation des prix des denrées alimentaires fait basculer au moins 1,1 million de Nigériens sous le seuil d’extrême pauvreté, ce qui porte leur nombre total à 14,1 millions de personnes, soit 54 % de la population du pays, écrit African Center en mai 2024. Après de nombreux efforts pour contrer l’hostilité française à un accord avec le FMI, le Niger finit par bénéficier de deux programmes (la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité de résilience et de durabilité (FRD)) avec un décaissement de 51 millions de dollars US en janvier 2025. C’est donc seulement en 2024 qu’on observe un début de normalisation avec les institutions de Bretton Woods et la BCEAO.

Cependant, pendant les sanctions, le Niger doit faire face aux échéances des titres UEMOA : 500 milliards de francs CFA en 2023, 600 milliards en 2024 et 800 milliards en 2025. Sous l’effet des sanctions de la BCEAO, il ne peut pas se refinancer en 2023 et jusqu’à la fin du premier quadrimestre 2024. Le blocage des transferts bancaires suscite des arriérés de paiement de la dette extérieure et intérieure et les banques locales sont asséchées.

2025 : des tensions de trésorerie

À la fin de l’année 2025, Sama Mamane, du secrétariat général du ministère des Finances, rappelle que  «le recours fréquent à des avances de trésorerie et de crédit relais auprès des banques locales, certains avec des taux d’intérêts élevés, a contribué à alourdir la situation de la dette intérieure ». De plus, poursuit-il : « le montant des arriérés au lendemain de la levée des sanctions économiques et financières injustement imposées à notre pays est ressorti à 701,8 milliards de francs CFA constitué de dette intérieure pour un montant de 565,9 milliards de francs CFA et de dette extérieure pour un montant de 135,9 milliards de francs CFA. C’est à la prise en charge de ces arriérés, en plus du service courant, que le gouvernement s’est attelé, dans le contexte de difficulté de trésorerie. » Il y a un effet boule de neige de la dette intérieure cachée du Président déchu et des sanctions monétaires et financières de la BCEAO. Plus de 70% des échéances de dette prévues en 2026 par le Niger sur le marché régional UMOA-Titres proviennent d’emprunts contractés en 2025, selon les données officielles du marché. Au total, 660,38 milliards de francs CFA de titres émis en 2025 arriveront à échéance en 2026, pour l’essentiel sous forme d’emprunts à un an, concentrés sur les mois de janvier à août à des taux élevés. Ces levées de fonds, comme le dit Sama Mamane, sont destinées à combler les emprunts et les arriérés des gestions héritées en 2023.

La croissance ne suffit pas

Sous l’effet de la pression de la dette intérieure, le chemin est très étroit entre le paiement des salaires et celui des remboursements d’échéances. Il s’en suit, dès que le comité de trésorerie des Finances s’écarte du calendrier fixé, des retards de paiement de la solde, comme ce fut le cas en décembre 2025. Les bons chiffres de l’économie, avec une croissance du PIB de plus de 6% en 2024 et 2025, ne suffisent pas à éponger la dette du régime précédent. En effet, alors que les tensions de trésorerie sont immédiates, le gain de la production minière et pétrolière et des exportations est plus lent à réaliser.

Avant le pétrole, le Niger comptait sur l’or (en 2022, 70% des exportations) et les autres minerais (dont l’uranium, 20% des exportations en 2023) pour recevoir des devises. En 2024, les exportations de pétrole ont commencé et elles se sont poursuivies en 2025, non loin de leur objectif de 110 000 barils/jour. Cette mise en régime de la production pétrolière n’a pas été une affaire facile, tant en raison de conflits avec le Bénin, actionnaire de la West African Oil Pipeline Company, que de la nécessité de réviser les modes de partage et de gestion de la production pétrolière avec la partie chinoise. Avec patience, ce processus de rapprochement entre Niamey et Pékin a été célébré par le Premier ministre à l’occasion du 70ème anniversaire de la coopération entre les deux pays, en janvier 2026. La part qui revient au Niger est obérée par l’avance sur recette que le Premier ministre a dû solliciter en avril 2024 auprès du partenaire chinois. Cette enveloppe de 400 millions USD lui a permis de passer le cap très délicat de l’étranglement coordonné par la BCEAO et Paris. Mais elle a un coût : un intérêt de 7% par an.

Nécessaire reprofilage

En dépit des agressions externes et des attaques des groupes armés, les recettes fiscales de la Direction Générale des Impôts ont augmenté, en 2025, de plus de 300 milliards de francs CFA, soit une hausse de 41% par rapport à 2024 et de 46,5% comparé à 2022 (sous Bazoum). Quant aux ressources mobilisées par la Direction Générale des Douanes, elles ont augmenté de 50 milliards de francs CFA, soit une hausse d’environ 35%, malgré le contexte difficile qui a obligé les autorités nigériennes à restreindre la circulation des personnes et des biens avec certains de leurs voisins immédiats. Malgré ces rentrées appréciables dans un environnement sous menaces externes et internes, il subsiste le mur de la dette abyssale (plus de 5200 milliards de francs CFA).  

Dans ce contexte, les échéances sur le marché des titres de l’UEMOA et l’obligation de rembourser la dette extérieure ont amené le Premier ministre à négocier des conditions et des échéances plus favorables pour le remboursement de certains créanciers bienveillants. Plusieurs initiatives ont ainsi été prises pour apurer les arriérés de la dette et rétablir la confiance des partenaires et des marchés financiers. Malgré la tension constante de la trésorerie au cours des deux dernières années, le taux d’endettement du Niger s’est réduit. Grâce à la stratégie globale de la dette, combinant remboursement et reprofilage de la dette intérieure, le Niger a ainsi réduit son ratio d’endettement de 8 points de pourcentage au cours des deux dernières années. Le reprofilage, négocié en janvier 2026 pour un montant de 85 milliards de  francs CFA avec la Banque ouest-africaine de développement notamment, contribuera à améliorer la soutenabilité de la dette du pays et illustre la démarche cas par cas de l’ancien ministre des Finances.

Après son départ des Finances, le Premier Ministre continuera à superviser les opérations de reprofilage afin de rallonger la maturité des titres de créances. Avec l’aide des banques commerciales marocaines et de la Banque mondiale, il cherche à financer la relance de l’économie, et des PME en particulier. On estime que le différé de remboursement de la dette vis-à-vis des banques commerciales à capitaux marocains devrait étaler la charge de l’apurement des arriérés pour près de 1000 milliards de francs CFA. Cette régénération profitera également au secteur financier nigérien.

En effet, en 2026, la Banque mondiale prépare un projet d’appui au secteur financier et de financement des PME afin de stimuler l’économie du Niger. C’est ce qu’a indiqué Affouda Léon Biaou, le représentant résident de l’institution financière au Niger, à l’issue d’une audience le 27 janvier 2026 avec le Premier ministre. Il s’agit d’un projet « d’un montant total de 250 millions de dollars US en dons », soit l’équivalent d’environ 100 milliards de francs CFA. Ce projet devrait permettre aux banques de développer davantage leurs activités de crédit en direction des entreprises locales, notamment à travers des financements à moyen et long terme. De nouveaux produits financiers adaptés aux besoins spécifiques des PME pourraient être envisagés, afin de répondre à leurs contraintes de trésorerie et à leurs difficultés d’accès au financement. L’orientation en faveur du secteur privé du gouvernement rejoint la démarche des institutions financières africaines de garantie et de la Banque arabe de développement économique en Afrique. 

Une séquence difficile de résorption du poids des créances semble se clore.

 

 

 

 

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