Du Hezbollah libanais à la Centrafrique en passant par Anvers

 
Le libanais Aziz Ibrahim Nassour appartient à une de ces familles qui auront été, ces dernières années, des passerelles entre l’organisation libanaise proche de l’Iran, le Hezbollah, et les représentants de la communauté chiite installées en Afrique et notamment en Centrafrique
 
Les passerelles financières sont nombreuses entre le Hezzbollah libanais (voir photo ci dessus) et certains groupes chiites en Afrique
 
Aziz Nassour est le fils ainé de Ibrahim Khalil Nassour, un homme d’affaires libanais chiite qui fut un important sponsor de l’organisation Hezbollah. Ibrahim Khalil Nassour avait créé en 1983 la société « Dianonds Forever » basée à Anvers et spécialisés dans l’import-export de diamants polis. Sa fille Diana Nassour, la sœur de Aziz Nassour, s’est mariée à Ali Saïd Ahmad. Laquelle famille Ahmad est une autre famille libanaise chiite qui s’est considérablement enrichie dans le commerce de diamants du Zaïre à Anvers). Le clan Ahmad-Nassour s’est spécialisé dans le commerce de diamants de Sierra Leone, du Libéria et de République Démocratique du Congo revendus à Anvers avant d’en investir les bénéfices au Liban, principalement par le biais d’acquisitions immobilières.
 

La proximité avec Mobutu 

 
Aziz Nassour aura été très proche de l’ancien Président Mobutu et de son  fils Kongolo Mobutu écoulant en masse des diamants du Zaïre à Anvers. Une fois le règne de Mobutu terminé, Aziz Nassour a continué en coopérant avec les rebelles de l’Est du Congo à travers l’Ouganda et le Rwanda. 
 
 
A la fin de l’année 2000, Aziz Nassour a monté une opération avec son cousin Samih Osaily qui consistait à acheter des diamants au Revolutionary United Front (RUF) soutenus par Charles Taylor qui eux avaient besoin de liquidités et d’armes. C’est ainsi que Aziz Nassour a pu écouler des diamants du RUF à Anvers pour environ 300.000$ / semaine entre décembre 2000 et novembre 2001. Ces achats de diamants se faisaient par l’intermédiaire de coursiers employés par Aziz Nassour qui prenaient des vols hebdomadaires d’Anvers vers Abidjan. Là, ces coursiers louaient des avions légers pour se rendre à Monrovia, au Libéria pour ensuite aller rencontrer des commandants rebelles du RUF en Sierra Leone. 
 
Le Conseil de sécurité de l’ONU a imposé à Aziz Nassour des sanctions financières et un gel de ses avoirs en 2004. Les rapports onusiens soulignaient en effet, a pu expliquer RFI, les liens possibles entre le clan Nassour et Al-Qaïda. Une enquête belge avait été ouverte à ce sujet mais faute de preuves, « les procureurs n’ont toutefois engagé aucune action au titre d’activités liées au terrorisme ».
 
Par ailleurs, à la fin de l’année 2004, la justice belge a condamné par contumace Aziz Nassour à six ans de réclusion et 25.000 euros d’amende pour son rôle supposé « à la tête d’une organisation qui fournissait des armes et des ressources logistiques aux pays africains en guerre, en échange de ‘diamants. Les produits étaient ensuite blanchis… via le marché du diamant d’Anvers », à travers la société ASA DIAM.
 
Durant l’été 2020, le groupe d’Aziz Nassour se plaint auprès des autorités centrafricaines que des visas papiers d’identité soient distribués gratuitement par le gouvernement en place alors que leur société a le monopole de la fabrication de tels documents
 

La Centrafrique, base arrière

 
Les membres de la famille d’Aziz Nassour ont créé quatre sociétés en Centrafrique depuis 2016 : Sahar Diam, Sahar Bi, Nassour Diam et Sahar Mining. Sahar Bi se spécialise dans la confection de pièces d’identité et les autres sont des bureaux d’achats de diamants et d’or. 
 
En 2017, Aziz Nassour Directeur Général de la société Al Madina, basée à Oman, a remporté grâce à l’intervention directe du Président centrafricain Touadéra un marché public stratégique pour numériser les pièces d’identité émises par le gouvernement de Bangui. Al Madina se paie sur la bête en rémunérant le service rendu aux usagers au prix fort. Avec un prix fixé à 15.000 francs CFA pour une durée de validité de 5 ans (contre 4.500 francs CFA pour une validité de 10 ans auparavant), le prix fixé par Al-Madina a suscité des débats houleux en Centrafrique.
 
A la fin de l’année 2020, c’est l’ancien Ministre des Finances et actuel Premier Ministre Henri-Marie Dondra qui avait été missionné par Touadéra pour défendre le prix fixé par Al-Madina lors d’un débat agité à l’Assemblée Nationale. Finalement, l’obtention d’une carte d’identité sera assujettie au versement de la somme de 6.750 Fcfa en dépit du fait que la loi de finances de 2020 avait prévu un prix de 4 500 Fcfa. 
 
Lors de la séance du 6 décembre 2019, le Conseil de Sécurité de l’ONU a souligné que la présence d’acteurs formant des réseaux parallèes s’accroît en Afrique Centrale. Des hommes d’affaires tels que Aziz Nassour ont gagné des jolis budgets grâce à des accords plus ou moins licites.
 
Al Madina a largement œuvré pour facilité la réélection du Président Touadéra par la délivrance de certificats de nationalité jugés complaisants par l’opposition centrafricaine.
 
En plus du prix, c’est désormais un véritable parcours de combattant pour la population pour obtenir le précieux sésame avec des files interminables devant la Direction des services de police judiciaire (située dans l’enceinte de la Brigade criminelle) qui assure très difficilement le service après-vente de Al-Madina.

 

 

 

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