Ce diplomate qui veut croire au succès de la COP 21 en Afrique

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160 pays ont rendez-vous aujourd’hui à New-York pour signer l’accord de la COP21. L’un des ses acteurs clé, Stéphane Gompertz, décrypte sa mise en oeuvre pour Mondafrique. Entretien. 

Diplomate de carrière, ex directeur Afrique au quai d’Orsay, Stéphane Gompertz a une tendresse particulière pour l’Ethiopie où il a créé son propre musée. Avant d’être nommé ambassadeur climat pour l’Afrique, ce normalien agrégé de lettres n’était pas familier du jargon aride des Nations Unies. Cent pages de documents façon « la Cop pour les nuls » sur clé USB et plusieurs heures de conférence : c’est le viatique qu’il lui aura fallu pour démêler le brouillamini institutionnel de l’Onu dans la lutte contre le changement climatique. Apparemment, notre diplomate apprend vite.

« Le pire pour l’Afrique aurait été qu’il n’y ait pas d’accord », assure-t-il. Et pour cause. Le continent subit de plein fouet les effets liés au changement climatique : désertification, disparition de la forêt, érosion côtière, perte des mangroves, salinisation… A ces maux s’ajoutent les dégâts provoqués par l’activité humaine. « C’est un cercle vicieux. La sécheresse provoque des pluies irrégulières, faisant baisser le niveau d’eau dans les rivières. Les barrages hydroélectriques sont moins alimentés, ce qui incite les pays à se tourner vers les énergies fossiles. »

Dynamique mondiale

A priori, le continent africain responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre porte peu d’intérêt à l’environnement. Pourtant les pays africains ont exigé que l’élévation de température ne dépasse pas 1,5° d’ici la fin du siècle. « En voyant ce chiffre je me suis dit qu’on pouvait toujours rêver… », confie le diplomate. « Mais ça a marché ! »

Même surprise pour les financements globaux annuels fixés à au moins 10 milliards de dollars par an en 2020 pour aider les pays africains à développer les énergies vertes. « Ce chiffre aussi semblait irréaliste. » Gravé dans le marbre de l’accord, il s’accompagne de plusieurs initiatives impliquant le secteur privé dans de grands pays émetteurs de dioxyde de carbone. L’administration Obama a signé un accord avec plusieurs grandes entreprises américaines qui se sont engagées à investir 140 milliards de dollars dans les années à venir pour favoriser l’émergence d’une économie sans carbone. L’agence de notation Standards and Poors a également introduit le critère environnemental dans son évaluation des entreprises.

Autre levier de financement important « le fonds vert » lancé en 2011 et destiné à soutenir des projets ayant pour objectif de réduire les émissions de dioxyde de carbone. En novembre dernier, huit projets ont été approuvés dont trois africains. « S’ils portent sur des sommes faibles, ce sont des signes encourageants » souligne Gompertz qui veut croire à l’émergence d’une dynamique mondiale. A tort? La couverture médiatique qu’a reçue le diplomate dans les pays africains – notamment en Algérie où sa visite a fait la une de la presse – témoigne des enjeux portés par la COP.

Des projets en anglais

Grâce à l’adhésion de tous les Etats, l’accord résout par ailleurs l’une des plus grandes failles des accords de Kyoto dont les Etat-Unis s’étaient retirés. A travers le système dit des « contributions déterminées au niveau national » (INDC), chaque pays s’engage à fournir un effort en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2025 ou 2030. « En ce sens, c’est un accord véritablement universel » se réjouit Stéphane Gompertz. Un bémol pourtant. Malgré le talent et la verve remarqués de certains négociateurs africains comme le congolais Tosi Mpanu Mpanu ou le malien Seyni Mafo les besoins spécifiques du continent africain n’ont pas été inscrits dans l’accord. Les pays d’Amérique latine s’y étant vivement opposés.

Reste aux pays africains à présenter des projets viables. « D’ici la COP22, il s’agira de former des ingénieurs, des techniciens mais surtout d’aider les gouvernements africains à présenter des dossiers qui tiennent la route» relève Stéphane Gompertz. Le défi est particulièrement sensible pour les pays francophones obligés de présenter leurs projets en anglais.

Les problématiques vont de la dégradation des terres sahéliennes à l’avancée du désert ou encore à la montée des eaux. Plusieurs enjeux régionaux frappent les opinions publiques,  à l’image de la disparition du lac Tchad qui déstabilise fortement la zone. La proposition du président tchadien Idriss Déby de détourner l’eau du fleuve Oubangui pour alimenter le lac a provoqué la colère des pays voisins et surpris la communauté scientifique qui a jugé l’initiative irréaliste.

Des écologistes opposants

Des observateurs s’inquiètent de possibles détournements de fonds et signalent que les écologistes africains sont, pour la plupart d’entre eux, opposés aux régimes en place. « C’est souvent le cas, mais pas toujours », tempère Stéphane Gompertz. « Certains activistes qui s’intéressent à l’environnement sont en mesure de travailler avec leurs gouvernements. »

Quant aux détournements, « il y en aura toujours » admet volontiers le diplomate qui précise cependant que des mécanismes de suivi ont été mis en place à travers la révision, tous les cinq ans, des contributions prévues au niveau national.  « Les pays ont par ailleurs été poussés à mettre en place des mécanismes de coordination entre gouvernements et société civile ou entre gouvernement et industriel ». Dans ce contexte, « les ONGs ont un rôle de garant essentiel à jouer », assure Gompertz, favorable à ce qu’une plus grande partie des financements passent pas des ONGs présélectionnées en fonction de la qualité de leur travail. « Elles sont plus efficaces que les gouvernements pour mettre en œuvre de projets décentralisés dans les pays où l’habitat est dispersé par exemple. »

Autre source d’inquiétude, les pays africains se trouvent au coeur d’intérêts contradictoires susceptibles de freiner leurs efforts. « Algériens et Egyptiens sont à la fois solidaires des pays subsahariens, des pays arabes, des pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures. Par conséquent, il y aura forcément des choix douloureux à faire », analyse le diplomate. D’autant que le glissement du prix du pétrole à environ 40 dollars le baril est très défavorable au développement des énergies nouvelles.

Enfin, la capacité des pays africains à mettre en oeuvre les efforts consentis dans l’accord est largement indexée au comportement difficilement prévisible des grands acteurs mondiaux. L’ambassadeur ne cache pas ses interrogations. « Que vont faire la Chine et les pays exportateurs de charbon comme la Russie et l’Afrique du sud dont les pays africains sont les clients ? Vendront-ils des centrales traditionnelles ou améliorées ? La Chine se concentrera-t-elle davantage sur l’exportation de panneaux solaires ? Quels efforts vont fournir les pays pétroliers pour mettre fin au torchage du gaz, le procédé actuel pour bruler le gaz qui s’échappe des puits de pétrole ? »

 

 

 

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