Dimanche, Sétif défend les couleurs du foot algérien face au Congo

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La finale aller de la Ligue des Champions africaine oppose dimanche à Kinshasa la formation congolaise de l’AS Vita Club aux Algériens de l’Entente sportive de Sétif. Entre ces deux équipes que peu d’observateurs attendaient à pareille fête en début de saison, qui décrochera le trophée le plus convoité du football de club africain ? Réponse dans une semaine, à l’issue de la finale retour, qui se disputera à Blida. Avant ce dénouement, nous vous proposons de passer ces deux clubs au crible

FINALE_LDCVainqueurs une fois chacun de l’épreuve, l’AS Vita Club et l’Entente sportive de Sétif s’affrontent cette année en finale de la Ligue des Champions africaine. La manche aller est programmée pour dimanche (15h30) à Kinshasa, sur la pelouse du vieux stade Tata Raphaël, théâtre en 1974 de l’illustre combat de boxe entre Mohamed Ali et George Foreman, passé à la postérité sous le nom de « Rumble in the Jungle. » Le vainqueur de la double confrontation ajoutera son nom au palmarès de la plus prestigieuse compétition de club africaine, et empochera la coquette somme de 1,4 million de dollars (le perdant recevant un chèque de 950 000 dollars). Avant que le terrain ne livre son verdict, jetons un coup de projecteur sur les deux finalistes, tous deux relancés à la fin des années 2000 après des périodes creuses.

AS Vita Club, le grand pas de « Tango Four »

« J’avais promis en 2009 qu’avant 2015, nous jouerons le carré (les quarts de finale, ndlr). Et nous y sommes. C’est le fruit du bon travail et de l’unité » : en avril dernier, le général Gabriel Amisi se réjouissait au micro de Radio Okapi de pouvoir tenir sa promesse dans les temps. Son équipe a même fait mieux, puisqu’elle va jouer pour la victoire finale. Arrivé à la présidence de l’AS Vita Club, plus souvent appelée « Vita » ou « V. Club » par les Kinois, ce militaire de carrière entendait restaurer le prestige des Dauphins Noirs, alors privés de tout titre à l’échelle nationale depuis plus de six ans et relégués à l’arrière plan par le Tout Puissant Mazembe du richissime Moïse Katumbi, patron de la MCK (Mining Company Katanga). Sans l’avouer ouvertement, Amisi entendait bien hisser Vita au niveau du grand rival de Lubumbashi. Personnage controversé, cet ancien des Forces armées zaïroises avait été accusé d’avoir pris part au massacre de Kisangani. Soucieux d’utiliser la popularité de V. Club à son profit, « Tango Four » n’aura pas réussi à se départir de son image sulfureuse. En novembre 2012, le président Kabila l’avait suspendu de ses fonctions dans l’armée congolaise. Accusé de vendre des armes aux groupes armés opérant dans l’Est de la RD Congo, le général a été réhabilité le 1er août dernier.

Ancien entraîneur de l’AS Vita Club, Luc Eymael a conduit le club au titre national en 2010. Le technicien belge, dont c’était la première expérience en Afrique, reste très marqué par ce passage d’une saison sur le banc des Dauphins Noirs. « Je me souviendrai toute ma vie de ma première séance d’entraînement devant 35.000 personnes, raconte-t-il à Mondafrique. Pour moi qui n’avais connu en Belgique que des entraînements devant cent personnes maximum, c’était un choc. Je basculais sur une autre planète. » Mais le TP Mazembe, fort de ses deux succès consécutifs en Ligue des Champions (2009 et 2010) restait alors sur une tout autre galaxie. « Le traumatisme est profond par rapport à Mazembe. On peut même parler d’une sorte de complexe », estime encore Luc Eymael, qui rend hommage au président du club, sans pour autant se voiler la face. « Je ne rentrerai pas dans des considérations politiques. Mais en tant que dirigeant, Gabriel Amisi est dévoué à 100% à son club et à ses supporters. Il a consacré de gros moyens à Vita. »

Encore à la traîne du TP Mazembe en termes d’infrastructures et de professionnalisation, l’AS Vita Club a toutefois cette année damé le pion à son grand rival katangais, éliminé en demi-finales par l’Entente de Sétif. Ces résultats probants, les joueurs de V. Club les doivent à leur talent, mais aussi aux qualités de leur entraîneur Florent Ibenge. Agé de 53 ans, ce Kinois de naissance représente une RDC moderne et connectée à la planète. Parti vivre en Europe avec ses parents, le coach a appris le métier dans les divisions inférieures françaises, avant de tenter l’aventure chinoise, fin 2012, au Shanghai Shenhua. Revenu à Kinshasa en 2013, c’est fort de ces expériences diverses qu’il a pris les rênes de Vita. Quand le club a remporté sa seule Ligue des Champions, en 1973, le jeune Florent Ibenge portait les sacs pour des joueurs du club. Il espère cette année être celui qui ramènera son équipe au titre suprême. Sans attendre cet éventuel sacre, les instances congolaises l’ont jugé capable de ressouder une équipe nationale déliquescente, et l’ont nommé sélectionneur en août dernier.

ES Sétif, aux mains des enfants du pays

L’Entente sportive de Sétif n’est ni le plus titré ni le plus populaire des clubs algériens, mais il est certainement celui qui incarne le mieux l’esprit club. A tous les échelons clés, ce sont des anciens de la maison qui tiennent les leviers. A l’image de l’AS Vita Club, l’ES Sétif était dans le creux de la vague à la fin des années 2000. Arrivé à la présidence du club, Abdelhakim Serrar va restaurer son lustre au-delà de toute espérance. Sous la direction de cet ancien défenseur d’Elkhedra (l’équipe nationale algérienne) et de… l’Entente de Sétif, le club se mue en machine de guerre, cumulant la bagatelle de huit titres lors des années 2007-2010 et supplantant la JS Kabylie, club de Tizi Ouzou, dans le rôle d’adversaire numéro un des clubs algérois. Usant de ses relations (notamment avec Mohamed Raouraoua, le très puissant président de la Fédération), Serrar donne à l’ESS une assise financière nouvelle en développant le sponsoring et en sachant s’attirer les bonnes grâces de la wilaya. La cote des footballeurs sétifiens monte en flèche, pas toujours à leur bénéfice : le président Serrar, dont le nom apparaît dans certains transferts, privilégie les ventes à des formations fortunées, avant de considérer l’intérêt sportif des joueurs. Alors qu’il s’est mis d’accord avec Sochaux, en France, le buteur Abdelmalek Ziaya signe à la surprise générale à l’Ittihad Djeddah, en Arabie Saoudite. Le cas de figure se reproduira pour les milieux offensifs Lazhar Hadj Aïssa et Abdelmoumen Djabou. Les caisses du club en tireront davantage bénéfice que les carrières des joueurs, plombées par ces choix exotiques. Mais qu’importe : Sétif, berceau du nationalisme algérien, est redevenu fier de ses Aigles Noirs, ainsi que l’on surnomme les joueurs de l’Entente. Le stade du 8-Mai 1945 frémit de nouveau de plaisir.

Aujourd’hui entraîneur de l’USM Alger, également connu pour avoir été le sélectionneur du Togo à l’époque de l’attentat de Cabinda (2010), Hubert Velud a été champion d’Algérie avec l’ES Sétif en 2013. « C’est un club qui a la culture de la gagne. Ses dirigeants connaissent très bien le football et la mentalité du joueur algérien. Ils savent en tirer le meilleur. Et leur recrutement est en général très bon », explique à Mondafrique le technicien français qui a, comme son successeur, bénéficié de l’apport de joueurs binationaux nés en France, des recrues d’un type nouveau que l’ESS fut la première à faire venir. Preuve de cette soif de victoire, les effectifs changent, mais les succès sont toujours là. « A mon époque, j’avais une bien meilleure équipe qu’aujourd’hui. Tout le monde pensait que les résultats déclineraient. Et cela n’a pas été le cas. C’est le signe d’une vraie rage de vaincre et de remporter des titres », poursuit Hubert Velud. Cet art du changement dans la continuité est également le cas pour les dirigeants : le remplacement d’Abdelhakim Serrar (devenu président de l’USM Bel Abbès) par Hassen Hammar à la barre n’a pas bouleversé la donne. Distancée en Championnat par l’USM Alger, club plus riche et structuré, l’Entente sportive de Sétif a su concentrer le tir sur cette Ligue des Champions.

Renoueront-ils avec la victoire ? Hubert Velud en est convaincu : « Sétif a fait le plus dur en éliminant le TP Mazembe, qui était pour moi la meilleure équipe du plateau. Avec le match retour à domicile, ils peuvent gagner. » Si les choses se passent ainsi, les Sétifiens le devront aussi à un autre enfant du club : leur entraîneur Kheireddine Madoui. Ancien international comme Abdelhakim Serrar, ce jeune coach (il a 37 ans) peut recueillir les fruits d’un travail commencé avec Hubert Velud, dont il était l’adjoint. Ce ne serait pas le premier exploit de l’Entente sportive de Sétif : en 1988, l’année de sa seule et unique victoire en Ligue des Champions, le club évoluait en deuxième division algérienne.

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