Des Dogons harcelés par la milice dans le centre du Mali

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La milice dogon Dan Nan Ambassagou persécute depuis plusieurs mois des villageois dogons pour les obliger à participer à l’effort de guerre contre les groupes armés peuls.

Mondafrique a appris de plusieurs sources que des villages et hameaux de la commune de Pignari, cercle de Bandiagara, étaient victimes d’exactions des combattants de la milice Dan Nan Ambassagou, notamment des vols de bétail, des meurtres et des disparitions.

Quatre attaques, par des hommes en armes, ont eu lieu en juin. « Ils ont pris plus de 50 motos qui nous appartiennent et notre nourriture. Ils ont pris tous les bœufs, plus de 200 bœufs. Les villages environnants ont fait une délégation pour leur demander de nous ramener nos animaux mais ils exigent d’installer une base d’autodéfense chez nous», a raconté un habitant de Pignari. Les trois premières attaques ont eu lieu le dimanche, sur la route du marché de Somadougou. « On a reconnu des gens de notre commune. Ils disent que si jamais on refuse de faire un camp, ils vont venir nous tuer tous et emporter nos biens. »

La 4e attaque a eu lieu le 14 juin. « Deux jours avant, ils sont venus braquer le hameau de Balaguiné et ils ont emporté tous les bœufs. Puis ils les ont abattus un par un pour se nourrir. »

Des disparitions ont suivi. Un jeune de Balaguiné a quitté Sévaré pour Balaguiné, vers 16h00. « A 5 km du village, ils l’ont arrêté et lui ont demandé un million. Il a parlementé et envoyé un camarade du village apporter l’argent. Mais finalement, ils l’ont tué. » Au village, tout le monde a peur désormais, après déjà dix morts. « On ne dort plus la nuit. »

Bien sûr, des démarches ont été entreprises auprès du gouverneur de la région de Mopti, des élus et des militaires. Mais sans effet. Au point que les villageois se demandent si la milice n’est pas soutenue par les autorités. « Personne n’est venu nous porter secours. Nous ne sommes qu’à 40 km de Sévaré, 30 minutes de route, mais nous sommes abandonnés. »

Un siège mortel

Début juillet, la route du marché a été complètement coupée par les miliciens. « Si quelqu’un de Pignari veut passer, ils l’attrapent et le tuent. » Pour la milice, le village doit s’incliner et obéir à ses ordres, faute de quoi il est considéré comme allié des djihadistes, pourtant très peu visibles ces derniers temps dans la zone. La milice a donc décidé d’assiéger la commune. La route ne sera pas libérée tant que la commune de Pignari refusera de prendre les armes. Pourtant, le hameau de Balaguiné, par exemple, a contribué à la milice communautaire à hauteur de 15 millions de francs CFA à lui seul, en 2 versements de 5;5 millions de francs CFA et des céréales.

Plusieurs observateurs humanitaires ont rapporté ces derniers mois des exactions de Dan Nan Ambassagou dans les cercles de Bandiagara, Koro et Bankass à l’encontre de villageois dogons qui refusent d’obtempérer aux incessantes exigences des miliciens. «Hier, la guerre, c’était entre nous et les djihadistes et maintenant, c’est entre nous, les frères dogons », a déploré un habitant, qui dénonce des activités purement criminelles. Pour lui, la milice utilise sa force à son propre profit, menaçant de mort tous ceux qui ne sont pas d’accord.

Le 7 août, un habitant du village de Nimina, toujours dans la commune de Pignari, a été capturé lors d’une attaque de Dan Nan Ambassagou. Alors que les deux hommes arrêtés en même temps que lui étaient libérés, on ne l’a jamais revu.

La milice revendique une colline pour installer un camp

En septembre, la fille du maire, enceinte, est décédée sur le trajet du centre de santé, sa famille n’ayant pas pu emprunter la route de Somadougou, toujours bloquée.

Finalement, il y a quelques jours, une délégation de miliciens s’est rendue à Pignari pour échanger avec les chefs de village. L’ultimatum a été réitéré. « Ils ont demandé qu’on leur donne deux gaillards du village de Baboye; et ils ont demandé aux villageois d’adhérer à la milice. Ils exigent la jouissance d’une grande colline où ils veulent installer leur base. Les villageois ont refusé, estimant que la milice représente plus de danger que de sécurité. La route restera donc bloquée jusqu’à nouvel ordre. »

Le siège continue.

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