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Passe d’arme virulente entre le Mali et la Mauritanie

Camp de M'Bera, Mauritanie, en marge de la visite d'une délégation coréenne en novembre 2025.

Un échange de communiqués virulent a marqué, ces dernières heures, les relations entre Bamako et Nouakchott, dont les autorités s’inscrivent dans des camps diplomatiques rivaux, après l’évasion, annoncée par l’état-major malien, de deux militaires retenus en otages, selon Bamako, dans un camp de réfugiés de l’autre côté de la frontière.

Les forces armées maliennes ont annoncé que les deux soldats de première classe avaient, dans la nuit du 13 au 14 mars, « réussi à s’exfiltrer d’un camp de réfugiés en Mauritanie avant de regagner le territoire national. » Le communiqué ajoute que « cette évasion a été rendue possible grâce aux opérations menées par les FAMa le long de la ligne frontalière Mali-Mauritanie et dans la forêt du Wagadou », un bastion occidental de la katiba Macina, le groupe armé affilié à Al Qaida qui contrôle le delta central. Les deux soldats avaient été enlevés le 9 octobre 2025 sur le fleuve Niger pendant une permission.

Le préfet de Diolla, Alidji Bagna, enlevé le 14 février dernier entre Fana et Diolla, a lui aussi « pu échapper à ses ravisseurs », dans la zone de Macina, le 13 mars dernier, et il est arrivé sains et sauf à Tenenkou, poursuit le communiqué.

Réponse ulcérée de Nouakchott

En affirmant, au détour d’une phrase, que les deux militaires otages étaient gardés prisonniers dans un camp de réfugiés en Mauritanie, l’état-major malien met en cause la neutralité de son voisin de l’ouest ainsi que sa capacité à maintenir l’ordre sur son sol et il sous-entend, finalement, que la République islamique serait complice des djihadistes.  

Les autorités de Nouakchott ne s’y sont pas trompées. Elles ont répliqué lundi par un communiqué furibond. « La Mauritanie rejette, avec la plus grande fermeté, ces accusations totalement infondées et profondément offensantes », « émises sans la moindre preuve ni consultation préalable par les anaux appropriés », et elle y voit « une démarche indécente qui ne saurait être tolérée. »

La Mauritanie, qui héberge plus de 160 000 réfugiés maliens sur son territoire avec l’appui du Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés, rappelle que « le camp de M’Bera accueille des dizaines de milliers de Maliens et d’autres nationalités depuis près d’une trentaine d’années. » Elle souligne que ce camp immense « a reçu la visite des ministres de l’actuel gouvernement malien, de manière transparente et en présence de la presse», ces représentants gouvernementaux ayant alors «loué tant le professionnalisme des services locaux que l’hospitalité des populations hôtes. »

« Préserver la cohésion » des deux peuples frères 

Et les Mauritaniens de rappeler qu’ils protègent « toute personne secourue tant qu’elle s’abstient de conduire une action hostile à la paix, de part et d’autre de la frontière. » Dès lors, « laisser entendre que des groupes terroristes pourraient y détenir des personnes relève d’une accusation grave. »

La Mauritanie est épargnée par l’action des groupes djihadistes sur son sol depuis 2011, malgré l’escalade de la guerre chez son voisin de l’est et des incursions répétées de militaires maliens et russes à la frontière. Nouakchott profite de l’occasion pour faire la leçon aux militaires au pouvoir à Bamako, affirmant avoir « toujours misé sur la retenue, l’esprit de responsabilité et le sens de l’apaisement », à travers sa préférence pour « le dialogue direct et les échanges diplomatiques avec les autorités du Mali frère », afin de préserver « la cohésion des deux peuples ».

La relation entre les deux pays fait régulièrement l’objet de frictions frontalières car des civils et des membres de groupes armés indépendantistes (touareg) et djihadistes trouvent refuge du côté mauritanien. De plus, Nouakchott fait office de nouvelle base arrière au Sahel des armées occidentales dont les relations avec les trois juntes du Sahel central sont notoirement exécrables.