
Par Ulrich Rabary
Interrogé sur la formation du prochain gouvernement, le colonel Michael Randrianirina, le président de la Refondation de la République malgache (PRRM), a révélé le 20 mars 2026 que les enquêtes de moralité dans le cadre de la sélection des candidats aux portefeuilles ministériels seraient appuyées par l’utilisation d’un test polygraphique (détecteur de mensonges).
« Nous avons fait venir l’instrument de l’étranger avec un spécialiste pour le manipuler », a-t-il déclaré, précisant que cette méthode permettrait de déterminer « qui est corrompu et qui va trahir la lutte des jeunes ». Et de spécifier que le but n’est pas de chercher « quelqu’un de propre à 100 % mais à plus de 60 % ». Des observateurs notent que ces matériels ont été ramenés de Russie, à l’instigation d’un lobby de plus en plus agissant dans les coulisses du pouvoir militaire.
Des questions sur l’efficacité scientifique du système
L’utilisation d’un polygraphe dans la phase de sélection des candidats ne fait pas l’unanimité à Madagascar. Dans le milieu universitaire et au sein du microcosme politique, nombreux sont ceux qui estiment que l’enregistrement polygraphique ne permet pas de détecter les mensonges. Théoriquement, ces enregistrements ne font que transcrire les changements physiologiques liés à une perception de l’insincérité. Le problème fondamental est que, même si le sujet testé est sincère, il peut présenter des réactions physiologiques incidentes identifiées comme suspectes bien que n’étant pas scientifiquement admises comme relevant du mensonge. Il n’existe d’ailleurs pas de modèle unique de réponse physiologique associé au mensonge. La technique connait donc une sérieuse limite et son utilisation est politiquement discutable.
De surcroit, l’utilisation d’un matériel russe manipulé par des techniciens russes dans la sélection de hauts cadres de l’État malgache constitue une sérieuse menace à la souveraineté nationale et ouvre la porte de Madagascar à l’espionnage étranger. Certains redoutent en effet que la machine ne soit trafiquée pour ne retenir que les candidats pro-russes. « Et pire, la Présidence évoque la possibilité utiliser le polygraphe dans l’évaluation annuelle des hauts fonctionnaires de l’État. Autrement dit, cela permettra à un œil étranger de s’infiltrer profondément dans l’administration malgache ».
Gadget ou pare-feu ?
Par ailleurs, des parlementaires issus de l’ancienne majorité et inscrits aujourd’hui dans un groupe indépendant voient en cette démarche du colonel un « nouveau gadget », une manœuvre de diversion pour détourner les yeux de l’opinion publique des nombreux cas de corruption qui ont émaillé ces cinq mois de régime de transition. « On attend, notamment, toujours les éclaircissements de la junte militaire sur le voyage secret effectué par un haut conseiller de la refondation le mois dernier à Dubaï », martèle-t-on dans ce milieu. Ledit voyage aurait eu pour but, selon des opposants malgaches établis en France, de transporter une cargaison illicite d’or !
De quoi conduire certains à préconiser : « si l’on doit vraiment faire recours a cet outil, qu’on l’expérimente en premier lieu, et publiquement, sur les cinq colonels aujourd’hui au sommet de l’État ! »



























