L’explosion du budget militaire des Algériens devrait les renforcer au Sahel

L’Algérie est sur le point d’augmenter son budget militaire de 130%, d’après l’avant-projet de loi de finances dont Mondafrique a une copie. Une façon de financer son ambition de rester un acteur de premier plan au Sahel

Le budget du département de la Défense passera d’environ dix milliards de dollars, un niveau qu’il n’a pas dépassé depuis au moins huit ans, à 22,6 milliards de dollars, un montant jamais égalé depuis l’indépendance du pays et équivalent au budget de l’Etat tunisien, tout en étant le plus élevé d’Afrique.
Le Président Tebboune, avait dès le mois de septembre dernier, éliminé  toute contestation possible. Lors d’un Conseil des Ministres, le chef de l’état avait exclu les dossiers liés à la défense et à la politique étrangère des débats parlementaires et sénatoriaux (1).Cette décision qui avait provoqué de nombreuses interrogations participe à la volonté présidentielle de jouer les premiers rôles, comme pendant la visite du Président français, Emmanuel Macron, en matière de politique étrangère et politique de défense.

Le Sahel, une priorité absolue

La composition même du budget indique que près de cinq milliards de dollars devraient être alloués à des interventions directes ou indirectes hors des frontières algériennes, probablement au Sahel. Inscrits au chapitre « logistique et support multi-domaine » ces crédits pourraient servir à une aide militaire aux armées du Niger, du Mali, de Mauritanie et du Burkina-Faso. Lequel Burkina a désormais toute sa place dans les plans qu’Alger concocte pour le Sahel.
Autre initiative, les groupes armés du Nord du Mali signataires des Accords d’Alger de 2015 pourraient bénéficier d’un support matériel de l’Algérie, alors qu’ils sont directement confrontés aux groupes djihadistes notamment dans la zone dite « des trois frontières » ou encore au nord du Mali

Le  CEMOC remis au gout du jour 


Autre indice d’une reprise en main par Alger du dossier du Sahel, un sommet du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC) s’est réuni à Alger le 13 octobre dernier. C’était Saïd Chengriha, patron de l’armée algérienne, qui officiait.  Le CEMOC qui regroupe les armées de six pays africains (2) est un mécanisme crée par Alger lors de l’apparition des défis sécuritaires dans la région du Sahel voici douze ans.  
Cet organisme avait subi une rude concurrence lors de l’intervention au Mali de la France. Laquelle entendait privilégier sa feuille de route au Sahel au détriment de l’influence algérienne. Ce qu’en gros, l’ex Président Bouteflika avait concédé à son homologue, François Hollande, lors de sa visite en 2O12 . La page est tournée. Paris verrait désormais d’un bon œil une forte implication algérienne, seule susceptible de de contenir la présence russe en Afrique fracophone
Les invités à ce sommet ont été reçus par le Président Tebboune en compagnie de Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères avec en présence des ambassadeurs des pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU, du représentant de l’instance onusienne en Algérie, de l’ambassadrice d’Allemagne et du représentant de l’Union Africaine. Autant dire que les initiatives algériennes ont le feu vert, pour l’instant, de la communauté internationale

Gâteries pour les retraités de l’armée

Par ailleurs, neuf milliards seront alloués à l’administration générale du Ministère de la Défense Nationale (MDN), qui servira, selon nos sources à résoudre l’épineux contentieux des pensions des retraités et blessés de l’armée. Le dossier; sur la table depuis dix ans, est devenu un enjeu central des luttes de pouvoir entre l’Etat Major et la Présidence. Les retraités, au nombre de plus de 100 000 représentant une véritable force sociale dont les frustrations ont pu renforcer le Hirak.
Neuf autres milliards ont été alloués aux missions de défense nationale, probablement un programme d’acquisitions destiné à la modernisation de l’ANP au vue des leçons apprise dans le contexte des guerres actuelles (Syrie, Ukraine, Arménie..). Ce budget pourrait aussi faciliter  l’annonce d’un méga contrat d’armement lors de la visite en décembre d’Abdelmadjid Tebboune à Moscou, à l’invitation du Président Vladimir Poutine


Un message clair

L’Algérie se met à la disposition de la communauté internationale pour un règlement multiforme de la crise sécuritaire dans la région du Sahel À condition qu’elle obtienne la reconnaissance de l’ONU et de l’UA pour agir en chef de fil d’une structure militaro-politique regroupant uniquement les pays de la région. Ce n’est pas un hasard si la nouvelle constitution adoptée en 2020, autorise la participation de l’ANP à des opérations de maintien de la paix sous le couvert de la légalité internationale.

Autant le pouvoir algérien peine à dessiner une recomposition politique crédible après ces trois années de contestation populaire, autant il conserve, en matière diplomatique, un solide savoir faire, une vraie doctrine, des alliés fidèles et des moyens considérables.

(1) Cette décision contredit plusieurs articles de la constitution nouvellement remaniée, dont l’article 102 qui donne le droit aux membres de l’Assemblée populaire nationale (APN) d’ouvrir des débats à propos de la politique étrangère du pays sur demande du Président ou de celle du président de la chambre. Elle contredit aussi les articles 157, 158, 159 et 165 qui n’excluent pas le Ministère de la Défense nationale des questions, des commissions d’enquêtes ou des questions au gouvernement.

(2) Le CEMOC regroupe les armées algérienne, nigérienne, mauritanienne et malienne 

Alger, les coulisses de la réunion entre l’ambassadrice américaine et l’état major

2 Commentaires

  1. @ salime; Un caporal maître de son destin vaut toujours mieux qu’un souverain marionnette mue par la peur de son oncle sam.
    Être ou ne pas être tel est la vérité.

  2. Je pense que tous ces milliards vont aller dans les poches de Poutine pour alimenter la guerre malsaine de la Russie contre l’Ukraine. Les caporaux d’Alger vont bientôt déchanter car l’Oncle Sam n’aime pas les enfants turbulents et encore moins ceux qui achètent des armes à Poutine par ces temps de sanctions tous azimuts des occidentaux contre la Russie.

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