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Kenya : la résurrection inattendue d’un port oublié

Longtemps déserté, le port kényan de Lamu se découvre soudain une utilité en raison des perturbations des corridors maritimes liées à la guerre au Moyen-Orient. Un coup de chance géopolitique que Nairobi espère transformer en succès durable.

Sur le papier, c’était un grand projet. Du béton, des milliards et une promesse : faire de Lamu le futur hub logistique de l’Afrique de l’Est. Lancé au début des années 2010 dans le cadre du corridor LAPSSET, un programme de plus de 20 milliards de dollars, le port, construit en partie par la Chine, est inauguré en 2021. Mais les quais flambant neufs restent vides.

Coincé entre le port de Mombasa, bien rodé, et celui de Djibouti, préféré par l’Éthiopie, Lamu végète. Tout le monde se demande : mais qui a eu cette idée folle ? Seuls trois terminaux ont été construits sur les 32 prévus, peu de trafic y circule, et sa réputation d’éléphant blanc lui colle à la coque.

Et puis voilà que la géopolitique décide de donner un coup de main.

Quand Ormuz ferme, Lamu ouvre

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les routes maritimes ressemblent à un jeu de piste sous tension. Détroit d’Ormuz quasi bloqué, mer Rouge sous pression : les armateurs hésitent, contournent, improvisent.

Et dans ce bazar globalisé, Lamu apparaît, presque par accident, comme un plan B.

Depuis le déclenchement de la guerre en Iran, 74 navires y ont accosté. En un seul mois, il comptabilise un tiers du trafic total enregistré depuis cinq ans. Certains navires contournent l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. D’autres lâchent carrément leur cargaison au Kenya, faute de mieux. Le port oublié devient, du jour au lendemain, une solution de secours.

Des Porsche sur le sable

Fin février, plusieurs cargos partis du Japon et destinés à Dubaï sont contraints de décharger à Lamu. À bord du Grande Florida, près de      3 800 véhicules, dont des modèles haut de gamme, débarquent. Quelques jours plus tôt, un autre navire avait déjà laissé plusieurs centaines de voitures sur le quai. Résultat : des entrepôts transformés en parkings géants, avec des rangées de voitures neuves posées là, au milieu d’une île classée à l’Unesco, connue pour ses ruelles de sable et ses ânes.

Transformer l’accident en stratégie

Évidemment, Nairobi ne compte pas laisser passer l’aubaine. Stockage gratuit, rabais, discours volontariste : tout est bon pour convaincre que Lamu n’est plus un mirage logistique.

Mais derrière l’enthousiasme, une question simple : que se passera-t-il lorsque la guerre sera terminée ? Les navires reprendront-ils leurs routes habituelles ? Lamu pourrait alors redevenir ce qu’il a longtemps été : un grand port déserté.