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Guinée Conakry : en route vers le parti unique

Le monde recule à la vitesse grand V et la Guinée met les bouchées doubles. Quelques heures à peine après son retour au pays, Mamadi Doumbouya a frappé un grand coup en dissolvant une quarantaine de formations politiques parmi les plus importantes du pays. Après avoir fermé plusieurs médias et poussé nombre de journalistes à l’exil, c’est désormais l’opposition organisée qui se retrouve dans le viseur du pouvoir. Jusqu’où ira-t-il et jusqu’à quand ?

Dans la conclusion de son dernier article sur Conakry, Mondafrique posait la question : « Où va la Guinée ? ». La réponse semble désormais claire : vers un inquiétant retour en arrière. À peine revenu de son hospitalisation à Singapour, le chef de l’État a entériné une décision spectaculaire : la dissolution de quarante partis politiques pour non-conformité à la loi organique adoptée en septembre 2025. Officiellement, ces formations n’auraient pas respecté les nouvelles exigences administratives imposées par le ministère de l’Administration du territoire.

L’opposition rayée de la carte

La mesure frappe au cœur du paysage politique guinéen. Parmi les partis visés figurent les principales forces d’opposition : le RPG Arc-en-ciel de l’ancien président Alpha Condé, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, ou encore l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré. Privées de leur personnalité juridique, ces formations n’ont plus le droit d’exercer d’activités politiques et leurs biens sont désormais placés sous séquestre. Leurs sièges ont été mis sous scellés. Rien de moins… 

Cette décision intervient à quelques semaines d’échéances électorales importantes prévues en mai. Pour l’opposition et une partie de la société civile, il ne fait guère de doute que cette opération administrative ressemble davantage à une mise au pas du pluralisme qu’à un  exercice de régulation juridique. Plusieurs responsables politiques dénoncent déjà un processus visant à marginaliser toute contestation et à préparer le retour du parti-État. La Guinée n’avait plus connu un tel rétrécissement de l’espace politique depuis Sékou Touré.

Disparitions et intimidations

Dans le même temps, le climat politique reste marqué par une série de disparitions inquiétantes qui s’inscrivent dans une stratégie d’intimidation visant les voix critiques du pouvoir. Comme par exemple, le père du journaliste en exil Babila Keita, enlevé le 29 septembre 2025 par des hommes armés. Les enfants du musicien et opposant Élie Kamano, ont subi le même sort en novembre 2025 à Conakry. Plus récemment encore, deux femmes âgées, la mère et la sœur de l’ancien ministre Tibou Kamara, ont été kidnappées à leur domicile de Dinguiraye par des hommes armés vêtus d’uniformes militaires.

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a enfin réagi, mais son communiqué trouble par son ambiguïté. Il évoque de simples « allégations » d’enlèvement tout en appelant les autorités guinéennes à faire la lumière sur ces disparitions. Une prudence de langage très étonnante puisque les faits sont avérés et les responsables connus.