La guerre déclenchée par Washington et Tel-Aviv contre Téhéran fin février n’en finit pas de produire ses dommages collatéraux dans tous les pays du monde. Sur le continent africain, la crise se fait déjà sentir sur les prix, les chaînes d’approvisionnement et les équilibres politiques.
Un choc économique qui se propage
Le signal d’alerte est venu d’une dépêche de l’AFP, qui rapportait les conclusions d’un rapport de la Banque africaine de développement (BAD). Selon ce document, la guerre en Iran « représente un risque sérieux pour l’Afrique ». Loin du front, le continent encaisse pourtant déjà les premiers contrecoups. Le Moyen-Orient pèse près de 16 % des importations africaines. À mesure que le conflit perdure, les effets se diffusent : carburants plus chers, denrées alimentaires sous tension, coûts de transport et d’assurance en hausse. Pour des économies encore convalescentes après la pandémie de Covid, le choc est loin d’être anodin.
À l’horizon 2026, une perte de 0,2 point de croissance est déjà évoquée si la guerre se prolonge. Signe de la fragilité ambiante, les monnaies de 29 pays se sont déjà dépréciées, renchérissant un peu plus la facture des importations et du service de la dette.
L’Afrique coincée entre deux verrous maritimes
La géographie du commerce mondial s’est brutalement rappelée au continent. Depuis le 28 février, la fermeture du détroit d’Ormuz et les tensions persistantes en mer Rouge redessinent les routes maritimes. L’Afrique se retrouve prise entre deux points de passage majeurs qu’elle ne contrôle pas. Même sans blocage total du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis du Yemen, les incertitudes suffisent à désorganiser le trafic.
De nombreux navires contournent désormais la zone en passant par le cap de Bonne-Espérance, rallongeant les trajets, les délais et les coûts. Ce déplacement des flux profite à certains ports d’Afrique australe ou de l’océan Indien. Mais ces gains restent ponctuels, et ne compensent pas le renchérissement généralisé des échanges.
Engrais : la bombe silencieuse
Le danger le plus sérieux ne vient peut-être pas du pétrole, mais des champs. Car un tiers du commerce mondial d’engrais transite par le détroit d’Ormuz. Depuis le début du conflit, les prix se sont envolés. L’urée, engrais clé pour de nombreuses cultures, est passée d’environ 100 à 570 dollars la tonne. Une hausse exponentielle et brutale, qui tombe au pire moment : celui des semis, notamment dans les pays du Sahel. Pour de nombreux agriculteurs, l’équation devient intenable. Moins d’engrais, ce sont des rendements en baisse, donc des récoltes plus faibles. À terme, c’est toute la sécurité alimentaire qui vacille dans des régions déjà fragilisées par les tensions sécuritaires.
Des dirigeants politiques sous pression
La crise pourrait ne pas se limiter aux économies. Elle met aussi à l’épreuve les équilibres politiques internes avec des risques de tensions sociales en raison de la cherté de la vie.
Sur le plan géopolitique, la majorité des pays africains jouent la prudence et évitent de s’aligner trop clairement, se méfiant d’un Président américain imprévisible et de la réaction de certains alliés des pays du Golfe, qui sont d’importants partenaires financiers. Ces derniers pourraient en effet se désengager pour se concentrer sur leur propre économie et reconstructions à venir, au risque de reconsidérer les grands projets d’infrastructures et de financements.
Cette crise rappelle crument que, dans une économie mondialisée, aucun conflit ne reste local. Les effets se mesurent bien au-delà du champ de bataille.

























