- Mondafrique https://mondafrique.com/decryptage/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Sun, 18 Jan 2026 19:55:34 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/decryptage/ 32 32 Un coup de balai s’impose contre la corruption des juges malgaches https://mondafrique.com/decryptage/un-coup-de-balai-simpose-contre-la-corruption-des-juges-malgaches/ https://mondafrique.com/decryptage/un-coup-de-balai-simpose-contre-la-corruption-des-juges-malgaches/#respond Sun, 18 Jan 2026 19:55:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=145552 La corruption endémique de la chaîne judiciaire à Madagascar, à toutes les étapes de la procédure, doit être combattue. Réquisitoire du correspondant de Mondafrique sur la Grande Île.  Par Daniel Sainte-Roche Les récentes enquêtes conduites par différents organismes établissent que la justice, la police, et la gendarmerie figurent parmi les instances les plus corrompues à […]

Cet article Un coup de balai s’impose contre la corruption des juges malgaches est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
La corruption endémique de la chaîne judiciaire à Madagascar, à toutes les étapes de la procédure, doit être combattue. Réquisitoire du correspondant de Mondafrique sur la Grande Île. 

Par Daniel Sainte-Roche

Les récentes enquêtes conduites par différents organismes établissent que la justice, la police, et la gendarmerie figurent parmi les instances les plus corrompues à Madagascar. La corruption administrative est de notoriété publique et elle fait l’objet de multiples dénonciations dans la presse et sur les réseaux sociaux. En avril 2025, la Gazette de la Grande Île (LGDI) a, ainsi, accusé l’ancienne procureure générale près la Cour d’Appel de Madagascar « d’agir en tant que relais opérationnel des intérêts mafieux au sein de la justice », en utilisant sa position pour bloquer des procédures et protéger des figures puissantes du monde économique. Selon LGDI, elle s’est entourée d’un réseau d’acteurs au sein du parquet, des greffes et des pôles anti-corruption pour effacer des preuves, orienter des jugements et faire libérer des criminels notoires.

De telles pratiques sont observées dans la plupart des juridictions de l’île, car le pays est en proie à une corruption systémique. Habituellement plus élevé en milieu urbain qu’en milieu rural, le phénomène est désormais banalisé.

Corruption ou remerciement coutumier ? 

À Madagascar, la définition de la corruption doit affronter la ligne de démarcation entre corruption proprement dite et manifestations de la reconnaissance, perçues comme étant un trait culturel caractéristique des Malgaches. La définition de la corruption issue du droit français et transposée dans le droit local n’est pas compatible avec la conception malgache du « remerciement », anticipé ou non. Dans l’esprit local, le « falim-po » (gratitude et remerciement sous forme de cadeau) n’est pas assimilable à de la corruption. Ainsi, à Tuléar (sud-ouest), la visite d’un justiciable chez le magistrat est toujours accompagnée de la remise d’un présent. Pour les Bara (ethnie des plateaux du sud), refuser un cadeau constitue une offense grave. En pays sihanaka (centre-est), pendant la période des récoltes, le magistrat se voit offrir les prémices du riz (ou « santam-bary »), autrefois mets royal. Des coutumes similaires peuvent être observées dans les autres régions de Madagascar, à tel point que la plupart des fonctionnaires ne pensent pas se rendre coupables de corruption lorsqu’ils acceptent des cadeaux.

La politisation à outrance des affaires publiques peut être considérée comme l’une des premières causes du développement de la corruption. On observe, en effet, que la concentration du pouvoir a augmenté les possibilités de concussion. À cet égard, les réflexes hérités du système socialiste révolutionnaire des années 1970 perdurent. Il faut y ajouter la paupérisation des fonctionnaires et l’affaiblissement économique de l’État. Le manque de moyens matériels dévolus aux autorités administratives a conduit ces dernières à contracter une dette morale envers les opérateurs économiques, conduisant à la captation de l’État par des intérêts privés. Mais, parallèlement, la pénurie de moyens dans les administrations (lesquelles ne sont même pas capables de fournir les imprimés administratifs aux usagers !) est un prétexte permettant aux agents publics d’en tirer des avantages personnels, en faisant payer par l’administré 10 à 20 fois le tarif normal.

Manque d’instruction et de confiance dans l’administration

Le manque de confiance dans l’administration, et en particulier dans la justice, est également une source majeure de corruption. Le faible niveau d’éducation de la population engendre une ignorance de la loi et la peur des autorités. Ainsi, dans la région de Diana (nord), même si l’administré connaît très bien le fonctionnaire, il se fait toujours accompagner, au cas où il lui faudrait traiter d’un service avec l’administration. En conséquence, même pour des opérations de base, il est amené à donner de l’argent à l’agent public.

En matière d’affaires juridiques, la méconnaissance des mécanismes de la justice facilite les intimidations de tous bords, à commencer par les officiers de police judiciaire. Nombre d’administrés pensent qu’il vaut mieux payer la gendarmerie ou la police plutôt que le tribunal, qui risque de leur coûter plus cher. La méfiance à l’endroit de la justice est aggravée par le jargon juridique et l’incompréhension des décisions judiciaires car les jugements sont rédigés en français, langue que ne maitrise pas la majorité des Malgaches.  

La perpétuation de certaines coutumes favorise aussi la corruption. Ainsi, dans certaines zones rurales, le vol de bovidés est une pratique traditionnelle et une institution sociale, une sorte de rite imposé au jeune homme pour tester sa bravoure. Alors que dans le droit moderne, le vol est un crime ! Être traîné devant le tribunal et emprisonné, dans ce contexte, est considéré comme la pire des infamies par les membres de ces communautés, qui préfèrent, pour échapper aux poursuites, donner de l’argent aux gendarmes, à la police ou aux magistrats.

Tout se monnaye

À Madagascar, tout service, tout contrôle, tout acte administratif se monnaye. Et au tribunal, toutes les affaires sont susceptibles de          marchandage. Au civil, ce sont les conflits fonciers qui font l’objet du plus grand nombre de transactions douteuses. Techniquement, le juge n’intervient que très marginalement dans le règlement des différends fonciers mais lorsqu’il est saisi, il est autorisé à jouer le rôle d’arbitre et de conciliateur de fait. Cette pratique lui confère un ascendant sur les parties, ce qui offre aux juges véreux une grande marge de manœuvre pour soutirer de l’argent aux justiciables.

Dans les conflits commerciaux, on observe fréquemment une surévaluation des dommages et intérêts, le surplus ainsi dégagé étant partagé entre les plaignants et les magistrats. Les dossiers sont sélectionnés dès le secrétariat par certains juges en fonction du montant du litige. « Le ou la secrétaire joue alors le rôle d’intermédiaire entre le juge et le justiciable », confie une ancienne employée du tribunal de première instance de Tananarive.

Dans le domaine pénal, les enjeux sont très importants car la liberté et les biens des personnes sont en jeu. Les justiciables se sentent vulnérables et sont prêts à accepter toutes les conditions imposées par les autorités judiciaires qui disposent d’un pouvoir étendu : juges d’instruction, magistrats du parquet et de la chambre de détention. En matière de mandat de dépôt, par exemple, le juge dispose de vingt mois pour faire son enquête. Cette prérogative peut devenir un instrument de chantage entre les mains des magistrats malhonnêtes, de même que la pression indirecte exercée sur les justiciables, par exemple en matière de renvoi des jugements.    

Un réseau inextricable

La corruption atteint toutes les catégories de personnels de la justice. Une chaîne de complicité peut se constituer au cours du traitement d’un dossier. C’est ainsi que de nombreux agents publics du tribunal sont devenus des rabatteurs au service des magistrats, et un réseau interne tentaculaire s’est installé. La police et la gendarmerie peuvent être impliquées, ainsi que le service pénitentiaire et le greffe. Des tribunaux disposent d’un réseau de rabatteurs spécialisés dans la recherche de cas litigieux qui opèrent en relation avec les forces de l’ordre. 

Des officiers de police et de gendarmerie établissent et modifient les dossiers, de concert avec les magistrats, après l’enquête préliminaire. Des pièces essentielles peuvent être subtilisées et effacées. Dans d’autres cas, il peut arriver que le juge d’instruction ne voie pas d’objection à la mise en liberté provisoire, mais que le parquet, usant de son pouvoir d’opposition, soutire de l’argent à l’inculpé et le partage avec les 3 magistrats de la chambre de détention en échange d’une décision finale de liberté provisoire. 

À chaque étape de la procédure

La corruption affecte différentes étapes des procédures. Mais du fait de l’extrême surpopulation dans les prisons malgaches (près de 1000% de taux de remplissage en 2023 selon un envoyé du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme), on y est enclin plus qu’ailleurs à payer pour éviter l’enfer carcéral. C’est le cas, en particulier, lors de la demande de mise en liberté provisoire, de la délivrance d’ordres médicaux par le médecin-chef de la prison, pour les autorisations de sortie, la délivrance d’un ordre d’extraction ou d’élargissement, le confort de la situation carcérale du détenu, l’achat et/ou la location de lits en cellule. Pour bénéficier du système de main d’œuvre pénale (MOP), qui leur permet de travailler à l’extérieur de la prison, les détenus doivent s’acquitter du versement mensuel d’un «écolage ». Le système MOP affecte  généralement les prisonniers concernés auprès de magistrats ou de personnalités politiques.

De façon générale, les catégories sociales plus aisées établissent des contacts directs avec les magistrats, comme, par exemple, les hommes d’affaires karana, tandis que les catégories à revenus plus modestes s’adressent aux greffiers.

Impunité générale

Plusieurs mesures ont été prises par l’État pour endiguer la corruption dans les tribunaux : par exemple l’interdiction faite au magistrat, au greffier et aux autres personnels judiciaires de traiter les dossiers de leur famille ou  l’interdiction, pour les juges, de recevoir des tierces personnes dans leur bureau. Mais ces mesures ne sont pas toujours respectées. La mise en place de boîtes à doléances n’est quasiment pas opérationnelle, car les justiciables ne veulent pas décliner leur identité.

Quand des actions d’envergure contre la corruption sont menées, elles s’apparentent parfois à des chasses aux sorcières ou à des règlements de comptes politiques. Les hauts fonctionnaires pris en flagrant délit ne reçoivent pas toujours une sanction exemplaire. Le cas de l’ancien ministre de la Justice Imbiky Herilaza, en 2022, est révélateur. En effet, des enregistrements d’une conversation téléphonique ont établi son implication dans un pot de vin en échange de l’annulation d’une procédure d’arrestation, mais aucune procédure pénale n’a jamais été, par la suite, déclenchée à son encontre.

Par ailleurs, une différence de traitement est observée dans l’application des sanctions. Impliqués dans une même affaire, un simple agent public sera puni sévèrement, par une peine d’emprisonnement, alors que le magistrat subira une simple affectation disciplinaire. 

La révolte des jeunes en septembre 2025 – qui a abouti un mois plus tard à la chute du président Andry Rajoelina – a été motivée en partie par le ras-le-bol devant la corruption généralisée. L’opinion publique mise beaucoup sur le pouvoir de transition actuel pour mettre en œuvre une véritable refondation afin d’éradiquer ce fléau. En matière de corruption dans le secteur de la justice, les différents protagonistes sont identifiés, et le mécanisme de fonctionnement du système est connu… Il ne manque plus que le courage politique pour entamer le grand nettoyage. 

Cet article Un coup de balai s’impose contre la corruption des juges malgaches est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/decryptage/un-coup-de-balai-simpose-contre-la-corruption-des-juges-malgaches/feed/ 0
Flambée des violences sexuelles liées au conflit en RDC https://mondafrique.com/decryptage/flambee-des-violences-sexuelles-liees-au-conflit-en-rdc/ https://mondafrique.com/decryptage/flambee-des-violences-sexuelles-liees-au-conflit-en-rdc/#respond Tue, 13 Jan 2026 05:39:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145119 Human Rights Watch dénonce, dans un communiqué diffusé le 12 janvier, une augmentation des violences sexuelles liées au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, de la part de tous les belligérants.  L’organisation de défense des droits humains affirme que « les violences sexuelles liées au conflit dans l’est de la République démocratique […]

Cet article Flambée des violences sexuelles liées au conflit en RDC est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Human Rights Watch dénonce, dans un communiqué diffusé le 12 janvier, une augmentation des violences sexuelles liées au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, de la part de tous les belligérants. 

L’organisation de défense des droits humains affirme que « les violences sexuelles liées au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo se sont intensifiées, tandis que le soutien aux survivantes a considérablement diminué », notamment suite aux coupes budgétaires américaines dans l’aide humanitaire. « Le M23 soutenu par le Rwanda, d’autres groupes armés et les forces militaires utilisent les violences sexuelles comme une arme de guerre, alors que les survivantes sont confrontées à un climat d’impunité qui protège les responsables et à un système de santé privé de moyens pour les accompagner », accuse Human Rights Watch, qui demande à l’armée congolaise de « prendre toutes les mesures nécessaires pour faire respecter la discipline » en son sein « afin de prévenir les violences sexuelles » et aux autorités d’appuyer les enquêtes et d’encourager les poursuites contre les auteurs des crimes.

En partenariat avec l’organisation congolaise de défense des droits des femmes Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral (SOFEPADI), Human Rights Watch publie les résultats d’une enquête qui établit la responsabilité d’au moins cinq groupes armés non étatiques ainsi que de l’armée congolaise. « Les groupes armés et les forces militaires utilisent les violences sexuelles comme une arme de guerre dans l’est de la RD Congo », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises et conflits. « Les survivantes de ces crimes atroces sont confrontées à un climat d’impunité qui protège les responsables et à un système de santé privé de moyens pour les accompagner. »

En novembre 2025, les deux organisations ont interviewé 23 survivantes de violences sexuelles dans le nord-est de la RD Congo ainsi que quatre survivantes congolaises ayant fui en Ouganda l’est de la RDC. Elles ont également échangé avec les autorités provinciales congolaises de la santé et de la justice ainsi que des organisations nationales et internationales qui fournissent une assistance aux survivantes.

Grossesses et contaminations au VIH 

Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a signalé plus de 80 000 cas de viol dans l’est de la RDC entre janvier et septembre 2025, soit une hausse de 32% par rapport à la même période en 2024. En parallèle, les coupes soudaines dans le financement de l’aide et la fermeture de l’USAID ordonnées par Donald Trump début 2025 ont brusquement mis fin aux soins médicaux d’urgence et à d’autres formes de soutien pour des milliers de survivantes. Beaucoup ont contracté le VIH ou des grossesses non désirées alors que les cliniques et les hôpitaux de la région étaient à cours de kits de prophylaxie post-exposition auparavant fournis par des projets financés par les États-Unis. Ces kits doivent être administrés dans les 72 heures suivant l’exposition pour prévenir le VIH et la grossesse.

 

 

 

Cet article Flambée des violences sexuelles liées au conflit en RDC est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/decryptage/flambee-des-violences-sexuelles-liees-au-conflit-en-rdc/feed/ 0
Macron légitime un retour militaire discret de la France en Afrique https://mondafrique.com/limage-du-jour/macron-legitime-un-retour-militaire-discret-de-la-france-en-afrique/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/macron-legitime-un-retour-militaire-discret-de-la-france-en-afrique/#respond Mon, 12 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145156 Dans son discours annuel devant les ambassadeurs, le 8 janvier, Emmanuel Macron a défendu sa politique africaine. Le passage consacré à l’armée française révèle surtout une réécriture habile des reculs militaires, présentés comme une brillante stratégie. C’est sans doute le passage le plus révélateur du discours présidentiel. Emmanuel Macron assume avoir « revu » les […]

Cet article Macron légitime un retour militaire discret de la France en Afrique est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Dans son discours annuel devant les ambassadeurs, le 8 janvier, Emmanuel Macron a défendu sa politique africaine. Le passage consacré à l’armée française révèle surtout une réécriture habile des reculs militaires, présentés comme une brillante stratégie.

C’est sans doute le passage le plus révélateur du discours présidentiel. Emmanuel Macron assume avoir « revu » les bases militaires françaises en Afrique, concédant que cette évolution a été « vue comme un abandon », avant d’inviter à s’en « détromper ». Selon lui, la France aurait simplement « rééquilibré le partenariat », en supprimant une « composante militaire qui n’était plus comprise par les pays et les jeunesses ».

Cette lecture occulte pourtant l’essentiel : la réduction de la présence militaire française n’a pas été choisie, mais largement imposée, à la suite d’expulsions et de ruptures diplomatiques que le discours évacue soigneusement. Le retrait est ainsi requalifié en excellence stratégique.

La référence au Bénin, présentée comme la preuve qu’« on a rebâti un partenariat militaire pertinent » est édifiante. Le président français ne parle pas ici de coopération militaire, mais de l’intervention discrète de forces spéciales pour faire échouer une tentative de coup d’État afin de garantir le maintien au pouvoir de Patrice Talon. 

Derrière la fin des bases visibles se dessine donc une continuité. Poussée à la sortie par la grande porte, la France revient par la fenêtre des interventions, en présentant ce retour en arrière comme une réussite.

 

Cet article Macron légitime un retour militaire discret de la France en Afrique est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/limage-du-jour/macron-legitime-un-retour-militaire-discret-de-la-france-en-afrique/feed/ 0
Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/ https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/#respond Sat, 10 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145058 L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques. Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas […]

Cet article Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques.

Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas à de nombreux pays, dont plusieurs en Afrique. Le dispositif a été étendu en janvier 2026 avec l’ajout de nouveaux États. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger se voient ainsi placés sous interdiction totale de visas, tandis que d’autres, comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal, intègrent pour la première fois la liste des pays soumis à des restrictions partielles.

Officiellement, ces mesures sont justifiées par des impératifs de contrôle migratoire et de sécurité nationale. Officieusement, elles s’inscrivent dans une logique plus large de diplomatie transactionnelle. Plusieurs pays du continent, à l’instar du Congo Brazzaville, redoutant un bras de fer avec Washington, privilégient la négociation bilatérale pour tenter de sortir du dispositif. Ils font appel à des avocats et des lobbyistes installés à Washington, qui se font chèrement payer. S’engagent alors des tractations qui dépassent largement la question des visas : ouvertures aux entreprises américaines, coopération stratégique, accès aux matières premières et aux minerais critiques. Bien entendu, en toile de fond, l’objectif principal de la Maison Blanche consiste à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent.

D’autres pays, à l’inverse, ont opté pour une réponse plus ferme, fondée sur la réciprocité. C’est le cas du Tchad, soumis à une interdiction complète de visas depuis 2025, ainsi que des trois pays de l’Alliance des États du Sahel. Cette ligne de conduite n’est pas sans créer un certain embarras à Washington, qui cherche parallèlement à préserver son influence et ses coopérations sécuritaires afin de ne pas abandonner à d’autres puissances une région jugée stratégique.

Cet article Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/feed/ 0
Venezuela : l’Afrique dit « non » à Washington https://mondafrique.com/limage-du-jour/venezuela-lafrique-dit-non-a-washington/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/venezuela-lafrique-dit-non-a-washington/#respond Fri, 09 Jan 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144944 L’attaque américaine du 3 janvier contre le Venezuela a provoqué des réactions africaines surprenantes, révélatrices d’un monde en proie à de profonds bouleversements. La réaction la plus inattendue à l’opération américaine à Caracas est sans aucun doute celle de la Cedeao. Peu habituée à commenter les crises politiques internationales, l’organisation sous-régionale ouest-africaine a fermement condamné […]

Cet article Venezuela : l’Afrique dit « non » à Washington est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
L’attaque américaine du 3 janvier contre le Venezuela a provoqué des réactions africaines surprenantes, révélatrices d’un monde en proie à de profonds bouleversements.

La réaction la plus inattendue à l’opération américaine à Caracas est sans aucun doute celle de la Cedeao. Peu habituée à commenter les crises politiques internationales, l’organisation sous-régionale ouest-africaine a fermement condamné les récents développements au Venezuela : « La Cedeao souhaite rappeler à la communauté internationale son obligation de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de chaque État, comme consacré par le droit international. » Elle a ensuite exprimé sa solidarité avec le peuple vénézuélien et exhorté tous les États à respecter l’indépendance et la souveraineté du Venezuela.

Certes, le langage est mesuré et diplomatique ; néanmoins, il traduit une crispation plus profonde, nourrie par le précédent des frappes américaines du 25 décembre sur le Nigeria, vécues dans la région comme un signal inquiétant. En s’exprimant ainsi, la Cedeao, pourtant traditionnellement alignée avec le camp occidental, critique sévèrement son allié américain et se place du côté de la Chine.

À l’inverse, la condamnation de l’Afrique du Sud s’inscrit dans une stricte continuité. Pretoria, fidèle à sa doctrine de non-ingérence et de respect du droit international, a été la première à dénoncer une violation de la Charte de l’ONU et à demander la tenue d’une réunion du Conseil de sécurité. Il en va de même pour l’Union africaine, attachée aux mêmes principes.

L’Alliance des États du Sahel a condamné encore plus fermement cet « acte d’agression ». Les trois pays membres de l’AES ont également dénoncé le « recours unilatéral à la force » et regretté « la violation du droit international par un membre du Conseil de sécurité ».

Dans un autre registre, la réaction du Somaliland a été tout aussi surprenante. Cette république autoproclamée, non reconnue internationalement, qui s’est récemment enhardie à la suite de sa reconnaissance par Israël, a ouvertement soutenue l’opération américaine. Cette prise de position en faveur de Washington a été la seule sur tout le continent et elle a été abondamment moquée sur les réseaux sociaux.

Enfin, certaines absences ont également surpris. L’Algérie, habituellement prompte à défendre les principes de souveraineté et de non-intervention, n’a toujours pas réagi. Un silence partagé par de nombreuses capitales africaines, qui craignent les foudres de Donald Trump, lequel vient, après son opération à Caracas, de se voir affubler sur les réseaux sociaux du surnom de « Donigula » (mot-valise associant Donald Trump et l’empereur romain Caligula, connu pour son exercice brutal du pouvoir et son imprévisibilité).

Cet article Venezuela : l’Afrique dit « non » à Washington est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/limage-du-jour/venezuela-lafrique-dit-non-a-washington/feed/ 0
Le président vénézuélien Nicolas Maduro enlevé par Donald Trump https://mondafrique.com/decryptage/le-president-venezuelien-nicolas-maduro-enleve-par-donald-trump/ Sun, 04 Jan 2026 08:50:02 +0000 https://mondafrique.com/?p=144704 Le flou règne sur l’avenir du Venezuela après la capture de son président par les États-Unis. Plusieurs voies sont envisageables, du maintien en place du régime chaviste à une prise de contrôle du pouvoir par Washington. Voici les extraits parus chez nos confrères de « The Conversation » Robert Muggah Richard von Weizsäcker Fellow na Bosch Academy […]

Cet article Le président vénézuélien Nicolas Maduro enlevé par Donald Trump est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le flou règne sur l’avenir du Venezuela après la capture de son président par les États-Unis. Plusieurs voies sont envisageables, du maintien en place du régime chaviste à une prise de contrôle du pouvoir par Washington. Voici les extraits parus chez nos confrères de « The Conversation »

L’opération militaire menée par les États-Unis à l’aube du 3 janvier, qui a permis de capturer Nicolas Maduro et son épouse puis de les emmener à New York, où ils ont été incarcérés, marque un tournant pour le continent américain. Après plusieurs mois de menaces d’intervention militaire et de renforcement constant des forces armées états-uniennes dans la région, ces dernières ont destitué un président étranger à l’issue d’une opération qui a duré un peu plus de deux heures.

Que ce soit sous le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue ou au nom d’un changement de régime, le message est clair : les États-Unis sont prêts à agir de manière unilatérale, par la force et, au besoin, de façon illégale. Les répercussions seront vastes pour le Venezuela, bien sûr, mais aussi pour l’ensemble de l’Amérique latine.

Les réactions à l’intervention états-unienne ont été immédiates. La Colombie, qui a dépêché des troupes à sa frontière, se préparant à l’arrivée potentielle de réfugiés, a dénoncé les frappes comme un affront à la souveraineté des pays de la région. Cuba s’est joint à l’Iran, à la Russie et à d’autres adversaires de Washington pour condamner le raid devant les Nations unies. Quelques gouvernements, notamment celui de l’Argentine, ont en revanche apporté leur soutien sans réserve à cette opération.

Donald Trump a annoncé que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela jusqu’à ce qu’il y ait une « transition sûre, appropriée et judicieuse » du pouvoir, et assuré que son administration « n’avait pas peur d’envoyer des troupes au sol ».

Jusqu’à présent, peu de détails concrets sur la suite des événements ont été fournis. Beaucoup dépendra des prochaines actions de Washington et de la réaction de la classe politique vénézuélienne, qui est très divisée. En tant qu’expert des relations entre les États-Unis et l’Amérique latine, j’estime que cinq scénarios principaux sont plausibles.

Cet article Le président vénézuélien Nicolas Maduro enlevé par Donald Trump est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le géant émirati de la bauxite Axis réclame 29 milliards à la Guinée https://mondafrique.com/decryptage/le-geant-emirati-de-la-bauxite-axis-reclame-29-milliards-a-la-guinee/ Tue, 30 Dec 2025 18:17:57 +0000 https://mondafrique.com/?p=144560 Un géant de la bauxite émirati, Axis International, a saisi le tribunal de la Banque mondiale pour les différends investisseur-État (CIRDI) pour réclamer 29 milliards de dollars à la Guinée après la révocation d’un permis minier. Cette affaire oppose l’entreprise, qui détient 85% d’une coentreprise locale, au gouvernement guinéen accusé d’avoir agi illégalement.   La […]

Cet article Le géant émirati de la bauxite Axis réclame 29 milliards à la Guinée est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Un géant de la bauxite émirati, Axis International, a saisi le tribunal de la Banque mondiale pour les différends investisseur-État (CIRDI) pour réclamer 29 milliards de dollars à la Guinée après la révocation d’un permis minier. Cette affaire oppose l’entreprise, qui détient 85% d’une coentreprise locale, au gouvernement guinéen accusé d’avoir agi illégalement.
 
La rédaction de Mondafrique
 
La Guinée, premier exportateur mondial de bauxite avec un tiers des réserves planétaires, a révoqué le permis pour imposer plus de transformation locale et de contrôle national. Axis juge cette décision contraire aux contrats signés et invoque une violation de ses droits d’investissement.
L’entreprise, soutenue par des partenaires chinois et singapouriens, exploite un projet majeur dans le pays.

Enjeux économiques

 
Ce contentieux survient dans un secteur dominé par des consortiums étrangers de Chine, d’Australie et du Golfe, avec des contrats souvent critiqués pour leur opacité. Le gouvernement guinéen, au pouvoir depuis le coup d’État de 2021, vise à renégocier pour mieux redistribuer les richesses minières. La somme réclamée équivaut à plusieurs années de budget national, menaçant les finances publiques.
 
L’affaire se déroule au Tribunal de la Banque mondiale pour les différends investisseur-État, où les États du Sud sont souvent parties faibles. Axis argue d’une expropriation sans compensation adéquate.
Ce cas illustre les tensions récurrentes entre souveraineté nationale et protection des investissements étrangers en Afrique.

Cet article Le géant émirati de la bauxite Axis réclame 29 milliards à la Guinée est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Paris inquiet face à l’hostilité d’Alger, Washington en embuscade https://mondafrique.com/decryptage/lagerie-exige-des-excuses-a-la-france/ Sat, 27 Dec 2025 09:48:42 +0000 https://mondafrique.com/?p=144485 L’antagonisme diplomatique entre l’Algérie et la France vient de franchir un nouveau cap. Mercredi en effet, l’Assemblée populaire nationale, à Alger, a adopté la proposition de loi réclamant des « réparations intégrales », doublées d’excuses formelles, pour « les crimes » de son passé colonial. Cet état d’esprit clairement hostile du pouvoir algérien rend moins probable lque jamais a […]

Cet article Paris inquiet face à l’hostilité d’Alger, Washington en embuscade est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
L’antagonisme diplomatique entre l’Algérie et la France vient de franchir un nouveau cap. Mercredi en effet, l’Assemblée populaire nationale, à Alger, a adopté la proposition de loi réclamant des « réparations intégrales », doublées d’excuses formelles, pour « les crimes » de son passé colonial. Cet état d’esprit clairement hostile du pouvoir algérien rend moins probable lque jamais a reprise de toute coopération sécuritaire entre les deux pays comme la France l’espérait ces dernières semaines. 

Rejoignez la nouvelle chaine Whatsapp de Mondafrique

Visant à « criminaliser la colonisation française en Algérie » – tel est son intitulé –, le texte d’initiative parlementaire a été validé par le gouvernement, qui avait, par le passé, enterré à plusieurs reprises des projets d’inspiration analogue.

À Paris, la seule réaction immédiate a été celle du ministère des affaires étrangères. Le Quai d’Orsay a dénoncé « une initiative manifestement hostile, à la fois à la volonté de reprise du dialogue franco-algérien et à un travail serein sur les enjeux mémoriels », tout en disant vouloir continuer de « travailler à la reprise d’un dialogue exigeant avec l’Algérie », notamment sur les « questions sécuritaires et migratoires » 

Interrogations françaises

Un accord historique entre les sécuritaires des deux pays, largement passé inaperçu, avait été en effet passé en 2022. Depuis, on regrettait, au sein des services français que cette coopération ait été mise entre parenthèse après les tensions qui ont marqué l’année 2025. D’autant plus que, le 7 décembre 2025, la nomination du général-major Mounir Zahi très proche des Américains au poste de directeur adjoint de la DGSI (contre espionnage algérien) traduisait la place privilégiée que conservait Washington. Plus grave, le maintien du directeur général actuel de la DGSI, le général Abdelkader Aït Ouarabi, dit Hassan, nommé en mai 2025, un interlocuteur historique des services français, fait l’objet de spéculations persistantes.  En France, sa nomination avait été interprétée comme un signal d’apaisement, dans un contexte de crise bilatérale marquée par les dossiers des OQTF, des influenceurs et la question du Sahara occidental. La libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal avait renforcé cette perception.Là encore, aucune communication officielle ne vient dissiper les interrogations. 

 Le report récent d’une réunion sécuritaire conjointe entre Paris et Alger prévue avant la fin de l’année illustre cette prudence. La coopération sécuritaire franco-algérienne, notamment sur le Sahel, apparaît désormais conditionnée à des équilibres internes algériens instables.

Les relations entre l’administration Trump et l’Algérie restent bonnes

Cet article Paris inquiet face à l’hostilité d’Alger, Washington en embuscade est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
La démographie conditionne le destin des peuples https://mondafrique.com/decryptage/la-demographie-conditionne-le-destin-des-peuples/ Fri, 26 Dec 2025 07:30:19 +0000 https://mondafrique.com/?p=144453 L’expression « la démographie, c’est le destin » est souvent rejetée comme déterministe. Bien comprise, elle signifie pourtant l’inverse. La démographie ne dicte pas les résultats ; elle délimite le champ du possible

Cet article La démographie conditionne le destin des peuples est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
 Aux États-Unis, en Europe et au Moyen-Orient, les structures démographiques sont désormais au premier plan de la géopolitique. Elles ne se contentent plus de conditionner la puissance : elles en fixent de plus en plus étroitement les limites.

Une chronique de Malek Baroudji (Beyrouth)

L’expression « la démographie, c’est le destin » est souvent rejetée comme déterministe. Bien comprise, elle signifie pourtant l’inverse. La démographie ne dicte pas les résultats ; elle délimite le champ du possible. Elle façonne les projets politiques soutenables, les guerres que l’on peut mener — et leur durée —, les modèles économiques viables et les contrats sociaux capables de résister à la contrainte. Par le passé, les États pouvaient différer l’échéance démographique par l’expansion, la migration ou la conquête. À une époque de croissance plus lente, de frontières plus étanches et d’attentes sociales plus élevées, cette marge s’est fortement réduite.

Cette intuition circule depuis longtemps dans un langage moins formalisé. Une formule apparue dans les débats pacifistes allemands de la fin de la guerre froide — keine Kinder, kein Krieg (« pas d’enfants, pas de guerre ») — résumait une idée simple mais de plus en plus pertinente : la guerre moderne n’est pas seulement contrainte par les armes ou les budgets, mais par la disponibilité de populations jeunes et par la tolérance politique à leur perte. Dans les sociétés vieillissantes, chaque victime pèse davantage sur le plan social et politique. Les guerres d’attrition deviennent plus difficiles à soutenir, non parce que les sociétés deviennent pacifistes, mais parce que l’arithmétique démographique renchérit le coût de leur prolongation.

Le paysage géopolitique actuel reflète cette contrainte sous de multiples formes : déclin et vieillissement démographiques, excédents de jeunesse et difficultés d’absorption, fragmentation démographique, dépendance à la main-d’œuvre importée, collision démographique, évidement démographique, et — plus récemment — menaces démographiques fantasmées qui confondent changement relatif et effacement existentiel. Certaines de ces tensions sont matérielles et arithmétiques ; d’autres relèvent de la perception et du politique. Les confondre est devenu une source majeure d’erreurs stratégiques. Les empires ne s’effondrent pas parce qu’ils deviennent divers. Ils s’effondrent parce qu’ils perdent confiance dans leur capacité à gérer la diversité — et finissent par traiter le changement démographique lui-même comme une menace existentielle plutôt que comme une condition à gouverner.

Déclin, vieillissement et arithmétique 

L’Europe affronte le défi démographique le plus classique de l’ère moderne : une fécondité durablement inférieure au seuil de remplacement combinée à un vieillissement rapide. Les populations en âge de travailler diminuent, l’âge médian augmente et les ratios de dépendance s’élèvent — des réalités structurelles difficiles à inverser.

Les conséquences géopolitiques sont souvent mal comprises. L’Europe n’est pas contrainte par un déficit de valeurs ou d’institutions, mais par une base démographique qui ne soutient plus des ambitions expansives. Les sociétés vieillissantes privilégient la préservation plutôt que la projection. Les ressources budgétaires sont absorbées par les retraites et la santé, réduisant la marge pour un investissement militaire durable ou une prise de risque stratégique. Les systèmes politiques deviennent plus sensibles aux électeurs âgés, dont les préférences penchent vers la stabilité.

Cette arithmétique éclaire la posture stratégique européenne. Le recours aux règles, aux normes et au multilatéralisme institutionnalisé reflète autant la réalité démographique que l’idéologie. Les instruments juridiques et réglementaires se substituent aux formes d’influence intensives en main-d’œuvre. L’immigration compense en partie les pénuries de travail, mais introduit un défi de second ordre : la cohésion politique. La tension entre nécessité économique et légitimité est devenue le dilemme structurel central de l’Europe.

Démographie et conduite de la guerre

La démographie façonne désormais non seulement la puissance à long terme, mais aussi le déroulement et la durée des conflits. La guerre de haute intensité est de nouveau contrainte par la structure des populations, en particulier par la disponibilité de contingents jeunes mobilisables.

La guerre en Ukraine l’illustre clairement. L’Ukraine comme la Russie font face à des cohortes décroissantes de jeunes hommes et à des pyramides des âges défavorables. La mobilisation n’est plus politiquement ni socialement indolore. Chaque vague supplémentaire de conscription impose un coût marginal plus élevé en termes de cohésion sociale, de productivité économique et de légitimité politique.

La démographie ne produit pas automatiquement la paix, mais elle réduit l’éventail des options stratégiques. Les guerres d’attrition prolongées deviennent plus difficiles à soutenir lorsque les sociétés manquent de profondeur démographique. Les États peuvent encore choisir l’escalade, mais l’arithmétique pousse de plus en plus les décideurs vers le compromis, l’externalisation du conflit ou le gel des lignes. La démographie agit ainsi comme un négociateur silencieux, façonnant les conditions de sortie de guerre.

Excédents de jeunesse et recompositions régionales

Si la rareté démographique est le défi européen, une grande partie du Moyen-Orient et de certaines régions d’Afrique fait face au problème inverse : des excédents de jeunesse qui croissent plus vite que la capacité des économies et des institutions à les absorber. Les populations jeunes ne sont pas intrinsèquement déstabilisatrices ; elles le deviennent lorsque la capacité institutionnelle ne suit pas la réalité démographique.

Le Printemps arabe n’a pas été un réveil idéologique spontané. Il a constitué l’expression politique d’un décalage structurel entre des sociétés jeunes et des systèmes figés. Une génération plus éduquée, plus connectée et plus aspirante que les précédentes est entrée dans l’âge adulte, tout en se heurtant à des blocages de mobilité économique et politique. Le résultat n’a pas été une révolution coordonnée, mais une rupture synchronisée.

Les excédents de jeunesse ne produisent pas une instabilité permanente, mais des points d’inflexion périodiques. Lorsque contraction économique, resserrement budgétaire ou rupture technologique coïncident avec des trajectoires bloquées, la pression se reconstitue. Le calme régional ne doit pas être confondu avec une résolution démographique.

Les États-Unis : fragmentation sans déclin

La situation démographique des États-Unis est distincte. Contrairement à l’Europe, le pays ne vieillit pas rapidement et ne décline pas numériquement. La population continue de croître, principalement grâce à l’immigration, et la structure par âge demeure relativement favorable.

Ces atouts sont toutefois de plus en plus contrebalancés par une fragmentation démographique. La croissance n’a pas produit de cohésion. Les transformations démographiques sont interprétées à travers des récits polarisés qui présentent la diversité comme un jeu à somme nulle. L’immigration, longtemps moteur de renouvellement, est devenue un axe central de la conflictualité culturelle. La démographie n’est plus perçue comme une ressource à gérer, mais comme un champ de bataille identitaire.

Il en résulte un paradoxe : une force démographique générant une incohérence stratégique. La politique étrangère oscille non seulement en raison de chocs externes, mais aussi parce qu’un consensus interne durable ne peut être maintenu d’un cycle électoral à l’autre. Les engagements de long terme s’affaiblissent et les alliés peinent à interpréter les intentions américaines.

Menaces démographiques  et « effacement civilisationnel »

Dans les sociétés avancées, le phénomène démographique le plus délétère aujourd’hui n’est pas matériel mais imaginaire. Les menaces démographiques fantasmées apparaissent lorsque des changements relatifs de statut sont interprétés comme un effacement existentiel.

Cette logique a été formalisée dans le langage officiel. La Stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump mettait en garde contre un « effacement civilisationnel », présentant l’immigration et l’évolution démographique comme des menaces pour la survie de la civilisation. L’expression est révélatrice — non parce qu’elle décrit une condition objective, mais parce qu’elle montre comment l’angoisse démographique est traduite en rhétorique stratégique.

Sur le plan démographique, ni l’Europe ni les États-Unis ne sont menacés d’extinction. Ce qui est en jeu relève du changement relatif, non de la disparition. Lorsque ces évolutions sont narrées comme des menaces existentielles, les politiques publiques répondent non à la réalité démographique, mais à une panique civilisationnelle. Les restrictions migratoires fragilisent l’offre de travail et la soutenabilité budgétaire. Les guerres culturelles supplantent la réforme institutionnelle. Le recul de l’éducation et de la recherche érode le capital humain. Le langage de l’« effacement civilisationnel » amplifie le stress démographique au lieu de le gérer. Historiquement, les empires ne s’effondrent pas parce que leurs populations changent, mais parce que leurs élites convainquent les majorités que l’adaptation équivaut à l’anéantissement.

Israël–Palestine : la collision démographique 

Le conflit israélo-palestinien est souvent abordé sous un angle moral ou idéologique. Ces dimensions comptent, mais elles masquent une réalité structurelle plus fondamentale : il s’agit d’un cas de collision démographique. Deux populations dotées d’identités nationales distinctes occupent le même espace territorial, revendiquent des souverainetés incompatibles et suivent des trajectoires démographiques divergentes.

Israël dispose d’une supériorité militaire, technologique et institutionnelle écrasante. Pourtant, l’arithmétique démographique impose des contraintes que la domination tactique ne peut neutraliser durablement. Gouverner une population sans l’intégrer politiquement engendre une instabilité persistante. La séparation sans souveraineté alimente la résistance ; le contrôle sans intégration entretient le conflit.

L’enjeu n’est pas l’effondrement imminent, mais la stagnation stratégique. La gestion administrative se substitue au règlement politique, sans résoudre le déséquilibre démographique sous-jacent. La démographie ne dicte pas les résultats, mais elle invalide les illusions de permanence sans résolution.

Jeunesse, réforme et substitution technologique

La pression démographique peut également forcer l’adaptation. En Arabie saoudite et en Iran, des populations jeunes ont accru le coût de l’immobilisme politique. En Arabie saoudite, les réformes associées à Mohammed ben Salmane doivent être comprises comme une accommodation démographique — une stratégie de préservation du régime face aux aspirations d’une jeunesse nombreuse. En Iran, des réalités similaires sont de plus en plus débattues au sein des cercles dirigeants comme un défi de gouvernance de long terme.

En Chine, la démographie agit différemment : comme un moteur de l’innovation. Le vieillissement rapide et la contraction de la main-d’œuvre coïncident avec le piège du revenu intermédiaire. La robotique, l’automatisation et l’intelligence artificielle ne sont donc pas des options, mais des nécessités démographiques. L’IA n’efface pas le destin démographique ; elle le médiatise, permettant aux États de substituer la technologie au travail humain lorsque les institutions le permettent.

La ligne de fracture du XXIᵉ siècle ne sépare pas les sociétés jeunes et âgées, diverses et homogènes, en croissance ou en déclin. Elle oppose celles dont les systèmes politiques savent absorber la réalité démographique sans panique, à celles qui en sont incapables.

La démographie ne dicte pas le destin, mais elle punit le déni. Les États qui traitent le changement démographique comme une menace à combattre s’affaiblissent. Ceux qui le considèrent comme une condition à gouverner conservent leur capacité stratégique. Dans un monde aux marges de plus en plus étroites, la confiance dans la gestion de la diversité devient une forme de puissance. Son absence devient une vulnérabilité qu’aucune supériorité militaire ou économique ne peut compenser.

Cet article La démographie conditionne le destin des peuples est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Rejoignez la nouvelle chaine Whatsapp de Mondafrique https://mondafrique.com/confidentiels/rejoignez-la-nouvelle-chaine-whattsapp-de-mondafrique/ Fri, 26 Dec 2025 03:18:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=107637 Avec quelques 500000 visiteurs par mois pour le site fondé en 2014, 35000 abonnés sur Instagram et 5000 fidèles de nos pages WhatsApp , « Mondafrique » a imposé une vision pluraliste et originale en matière d’information sur le monde arabe et africain

Cet article Rejoignez la nouvelle chaine Whatsapp de Mondafrique est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
REJOIGNEZ LA CHAINE WHATTSAPP DE MONDAFRIQUE

Mondafrique qui rentre dans sa onzième année d’existence le doit à ses fidèles lecteurs qui résident pour moitié en Europe (majoritairement en France, beaucoup au Canada) et pour moitié dans les pays du Maghreb (surtout en Algérie) , du Sahel (le Niger et le Mali en tète)  et du Moyen Orient (notamment le Liban).

Avec quelques 500000 visiteurs par mois pour le site fondé en 2014, 35000 abonnés sur Instagram et 5000 fidèles de nos pages WhatsApp , « Mondafrique » a imposé une vision pluraliste et originale en matière d’information sur le monde arabe et africain. Depuis le début des guerres en Ukraine et au Moyen Orient, nous ne nous interdisons pas d’accueillir des analyses sur les grands équilibres mondiaux qui ne peuvent pas manquer de se répercuter sur le mode africain et maghrébin. 

Notre positionnement critique vis à vis des pouvoirs en place, la diversité des contributeurs du site -journalistes, diplomates, universitaires ou simples citoyens-, la volonté enfin d’apporter des informations et des analyses qui tranchent avec la reste de la presse ont été nos seules lignes de conduite.  

Notre indépendance est totale.

Nous revendiquons une totale transparence. Deux hommes d’affaires et actionnaires du site, l’un mauritanien et l’autre libanais,  nous permettent de disposer de ressources pour faire vivre le site. Qu’ils en soient remerciés.

Le fondateur de Mondafrique, Nicolas Beau, contrôle l’actionnariat, ce qui place notre media à l’abri de toutes les pressions.

Cet article Rejoignez la nouvelle chaine Whatsapp de Mondafrique est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>