Côte d’Ivoire, l’as de la finance internationale, Tidjane Thiam, présidentiable

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Tidjane Thiam, l’ancien directeur du Crédit suisse, est pressenti comme un potentiel candidat à l’élection présidentielle ivoirienne de 2020 après une absence de vingt ans.

Un article de Syndie Amoussou

Agé de 58 ans, Tidjane Thiam est présenté par la presse internationale comme la personnalité pressentie pour succéder au président Alassane Ouattara. Premier africain à avoir dirigé un géant de la city l’assureur prudentiel

Tout semble présager que Monsieur Tidjane avait un rendez-vous avez le destin ivoirien.  Directeur général du Crédit suisse jusqu’à sa démission en février 2020 à la suite d’un scandale d’espionnage. Une Triste fin de carrière au sein du crédit suisse ou rendez-vous avec le destin ?

Quoi qu’il en soit, cet évènement marque le retour de Tidjane Thiam sur la scène Ivorienne, du moins dans les médias de l’hexagone. L’homme, plutôt discret, fait son entrée sur les réseaux sociaux en janvier (twitter, Instagram). En un temps record, un groupe de soutiens s’est créé sur les réseaux sociaux.  « Les amis de Tidjane Thiam » Le nom de Tidjane fredonne au bout des lèvres et il commence à sonner familier. 

Le 12 Mars 2020. Le journal Jeune Afrique sort un article intitulé « la Côte d’Ivoire attend le retour de Tidjane Thiam, le fils prodige ». Ce qui laisse, de toute évidence, supposer que la candidature de Thiam à la magistrature suprême n’est plus qu’un secret de polichinelle. Car, selon nos confrères de Jeune Afrique, « l’avenir du franco- ivoirien alimente les dîners mondains ».

Une légitimité interne à prouver

Incontestablement brillant, ayant à son actif une expérience avérée dans les rouages de la finance internationale, notamment dans les banques et les assurances, Tidjane Thiam fait la fierté d’une fraction de l’opinion publique africaine. Toutefois sa popularité, en dehors de « l’intelligentsia africaine » et des magnats de la finance mondiale, n’est pas retentissante au sein des masses populaires ivoiriennes. A quelques mois de l’élection présidentielle ivoirienne, Thiam reste peu connu des populations ivoiriennes, surtout d’une couche importante, de la jeunesse. Depuis 1999, il n’a officiellement pas foulé le sol ivoirien. Comment pourra-il être investi de la confiance du peuple ivoirien, alors qu’il n’a pas un ancrage électoral important ? Un constat qui révèle le contraste entre le discours médiatique dominant et la réalité électorale ivoirienne.

C’est sans doute pour palier ce hiatus qu’un groupe de choc, bien que minoritaire, s’organise pour préparer l’entrée en politique de « l’enfant prodige de la Côte d’Ivoire ». Les affiches de campagne et les formules dithyrambiques se multiplient déjà sur les réseaux sociaux. Tout parait investir l’ancien banquier d’un rôle messianique.

Une question taraude également l’esprit des observateurs ivoiriens les plus avertis. En dehors de son expérience en management financier international, Thiam possède- t-il la capacité de gouverner un pays qu’il ne connait quasiment plus (du moins sur le plan sociologique et politique) ? La bataille ne s’annonce pas si facile en présence de leaders et de partis politiques historiques (Laurent Gbagbo du FPI et Henry Konan Bédié du PDCI-RDA) bénéficiant d’une très bonne capacité d’organisation et de mobilisation à l’échelle nationale et internationale. L’un des candidats redoutables, accusé d’enrichissement illicite, Guillaume Soro, l’ancien chef rebelle, a été condamné à vingt années de prison ferme.

La cooptation pourrait être l’occasion rêvée pour Tidjane Thiam de réussir la course présidentielle.  Henry Konan Bédié, dans le gouvernement duquel il fut ministre, est le dernier troglodyte de la politique ivoirienne. Thiam ne pourrait-il pas compter sur le parrainage de ce dernier auprès des barons du PDCI-RDA ?  Gon Coulibaly, le candidat favori du président de la République sortant, affiche une santé fragile. Cette situation malencontreuse pourrait sans doute changer les règles du jeu. Tidjane Thiam a une trajectoire professionnelle similaire à celle du président Ouattara. En créant un capital de sympathie entre le président ivoirien et lui, il est tout à fait possible qu’il soit pressenti comme son successeur.

Malgré le rejet de « la cooptation » et du « parachutage » par une large fraction de l’opinion africaine (la jeunesse ivoirienne en particulier), tous les scénarios de dernières minutes sont possibles.

Le renouveau dans la continuité

Tidjane Thiam est présenté comme un candidat qui se distingue par son extériorité avec les affaires politiques ivoiriennes. Ce qui n’est tout pas tout à fait le cas.

Après avoir travaillé en tant que consultant de management pour le Cabinet de Conseil Mckinsey &Compagny, il est appelé en 1994 par le président Henri Konan Bédié, successeur du premier président Félix Houphouët Boigny, pour occuper le poste du Bureau National d’Etudes techniques et de développement (BNET). Il n’avait que 32 ans.  

Par la suite, il est promu directeur général du BNET.  De 1994 à 1999, durant la phase de la dévaluation du franc CFA, Thiam est fortement impliqué, sous la tutelle des institutions de Breton Woods, dans les négociations visant la privatisation massive des secteurs clés détenus par l’Etat ivoirien.

Durant cette période d’ajustements structurels et de dévaluation du franc CFA, la population ivoirienne vit une hausse de la pauvreté. Parmi les secteurs privatisés on compte des entreprises agricoles, de réseaux téléphoniques, et de services en charge de la production d’électricité. En 1998, il est nommé ministre du plan et du Développement pour aller plus loin dans l’application des directives de Breton Woods.  Cette politique néo libérale a précarisé les couches sociales ivoiriennes et a provoqué un désengagement total de l’Etat ivoirien dans certains secteurs prioritaires.

Ainsi, à l’aune de ce parcours, il apparait sans doute que Thiam n’est pas totalement étranger à la mise en œuvre des politiques publiques ivoiriennes bien que son séjour dans le gouvernement n’ait pas été long. Il sera difficile pour lui, exécutant des mesures de la Banque Mondiale et du FMI, banquier de haut niveau, de persuader une jeunesse ivoirienne de plus en plus séduite par les discours « progressistes » et « émancipateurs » en vogue sur le continent africain. Il faut tout même rappeler le lien filial de Thiam avec le premier président ivoirien, Félix Houphouët Boigny, présenté comme « l’architecte de la France-Afrique ». Il est le fils de la cousine du « Vieux bélier de Yamoussoukro ». Sa socialisation primaire et son parcours professionnel font de lui un homme politique prédisposé à défendre une vision exogène du développement économique et social de la Côte d’Ivoire et à être un interlocuteur privilégié de la communauté internationale. L’Union Africaine a d’ailleurs favorisé son retour en faisant appel à ses services dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

Enfin, le profil de Tidjane Thiam est similaire, à bien des endroits, à celui du président sortant soutenu par la communauté internationale lors de la crise post-électorale.  L’expérience africaine des dernières décennies a pourtant permise de prouver l’inefficacité des mesures néo libérales. L’histoire récente de la Côte d’Ivoire a prouvé qu’un bon technocrate ne fait pas forcément un bon gouvernant capable de permettre à son pays d’atteindre un véritable développement qui ne profite pas qu’à une petite minorité. Car, au-delà des logiques obsessionnelles de résultats, le technocrate ne tient que très peu compte de l’humain. Il est soumis à l’évidence des chiffres. Le hiatus est visible :  la croissance officielle est annoncée à 7 % et la paupérisation croit inexorablement dans la population ivoirienne.  

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pierrejn

Encore un candidat de la finance ! Ici en France nous avons un président banquier. Nous mesurons le désastre. En CI ça sera pire car il n’y pas de filet social pour l’informel et rien pour la jeunesse.
De plus, le système présidentiel est une illusion tragique, un candidat n’est pas le messie, juste un riche propulsé par l’argent et la com’ qui manipule les masses jusqu’à la violence.
Puisse ce cher pays ami élire un homme ou une femme du peuple pour le peuple ! Les talents ne manquent pas, en dehors des écuries claniques.