Coronavirus, les « décideurs » algériens se protègent en priorité

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Le Premier ministre algérien Abdelaziz Djerad qui a inspecté, le 30 mars, les structures sanitaires de Blida, est apparu nettement mieux protégé contre l’épidémie que ses interlocuteurs du corps médical.

La ville de Blida, au coeur de la Mitidja, qui se trouve à quelques dizaines de kilomètres de la capitale algérienne est le siège de la première région militaire, un territoire traditionnellement sous le contrôle étroit de l’armée. Or c’est là sans doute là que se trouve l’épicentre de l’épidémie de coronavirus en Algérie. Une partie de la population reste persuadée que le retour de Chine, en décembre dernier, d’un contingent militaire algérien pourrait être à l’origine des premières contaminations dans la région.

Or dans la même ville de Blida, le professeur Si Ahmed El Mahdi, chef du service de chirurgie à l’hôpital Frantz-Fanon, est décédé dans la matinée du lundi 30 mars. Cette personnalité très populaire dans la population est le premier médecin hospitalier algérien de ce niveau à être victime du coronavirus. Il était hospitalisé depuis la semaine passée au service de réanimation.

Son décès a provoqué un grand nombre de témoignages sur les réseaux sociaux. Ce qui explique que le Premier ministre ait cru bon de se déplacer à Blida, sans attendre, dans la journée même de lundi, et alors que les protestations se multipliaient sur les réseaux sociaux sur les difficultés de ravitaillement de la population de la région..

Le premier ministre, Abdelaziz Djerad, s’entretient avec le corps médical

Cherchez l’erreur !

La visite gouvernementale restera comme un énorme raté de communication. Les images parlent en effet d’elles même. On voit en effet le premier ministre, Abdelaziz Djerad, qui s’entretient à Blida avec le corps médical. Lui et ses anges gardiens ont revêtu une combinaison, du type de celles utilisées lors des opérations chirurgicales lourdes, alors que le médecin, face à lui, est protégé par une simple blouse.

Lors de la conférence de presse que le premier ministre a tenu le même jour, on le voit nettement au premier plan ainsi que sa protection rapprochée qui disposent de tenues de combinaisons et de masques. En retrait, le personnel hospitalier est nettement moins protégé. Certains vigiles de l’hôpital, en gilets jaunes, ne disposent même pas de masques protecteurs.

Deux poids, deux mesures !

Les élites algériennes qui ne peuvent plus se faire soigner en France, comme elles avaient l’habitude de le faire depuis des décennies, apprennent à se protéger sur place (1). Les Algériens observent sur les réseaux sociaux que nulle part dans les structures sanitaires du pays n’apparaissent les experts et le matériel chinois annoncés à grand renfort de communication.

Des rumeurs insistantes soupçonnent une concentration de l’aide chinoise dans les hôpitaux militaires, chasse gardée de la nomenklatura algérienne.

Le coronavirus a provisoirement (?) enterré les aspirations citoyenens du Hirak

(1) De façon significative, le médecin nommé à l’ambassade d’Algérie en France et en charge des traditionnels « transferts médicaux » n’était autre que le gendre de Gaïd Salah, l’ex chef d’état major algérien qui fut, jusqu’à son décès en décembre dernier, l’homme fort de la transition en Algérie. Lequel Gaïd Salah n’avait aucune sympathie particulière pour la France, mais savait apparemment reconnaitre la bonne qualité médicale des hôpitaux parisiens.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)