Conseil de l’Europe, le foulard de la discorde

 La campagne de communication du Conseil de l’Europe « célébrant la diversité et le hijab » a provoqué en France une levée de boucliers.

 

Une chronique de Joelle Hazard

L’un des premiers tweets de sa promotion finalement retirés affirmait que « la beauté se trouvait dans la diversité comme la liberté dans le hijab » ! À force d’arguties, le voile musulman était devenu le foulard de la discorde ! Et c’est dommage. La question est grave, ses enjeux sociétaux le sont encore plus.

Dans l’absolu, une femme doit pouvoir décider elle-même du degré de liberté qui lui convient, sachant que la laïcité est l’un des gages de cette faculté. Le voile est d’abord un objet vestimentaire banal. En revanche, le geste ostentatoire que son port peut représenter ne l’est pas ; la provocation qu’il peut signifier non plus ; la revendication identitaire qu’il est susceptible d’exprimer encore moins. La liberté des autres est en cause. Le sujet donne matière à réflexion et l’affaire est une question de mesure, d’autant plus que le foulard, court ou long, ne comporte pas que des inconvénients, loin s’en faut !

Les femmes occidentales en terre d’Islam, lovées dans les soies douces ou à l’abri des toiles rugueuses mais fraîches des mosquées, sont les premières à avoir éprouvé le réconfort que donne le voile et la paix qu’il procure ! Il permet de voir sans être vue, de se sentir plus petite, moins responsable de ses actes, cependant plus « respectable » ! Il donne l’impression d’un retour à l’enfance, où les plus âgées prennent les décisions pour les plus jeunes. Ce voile de toutes les pudeurs estompe les kilos en trop ; il gomme les rides de l’âge et les disgrâces de la nature. Il sert de cache-misère pour des milliers de femmes qui n’ont pas les moyens de s’habiller, même au rabais, et dont le voile transcende alors la condition sociale.

Le voile peut même obéir à des considérations d’esthétique pure – collective ou personnelle. D’Alger à Bagdad, du Caire à Ryad, de Téhéran à Islamabad, de Gaza à Doha, de Dacca à Sanaa, le noir et le blanc des voiles sont éclatants. Ailleurs, les couleurs chamarrées des hidjabs et des abayas composent la toile de fond plus gaie – plus lumineuse encore – du monde musulman. En Orient, la multiplicité des couleurs, passant de l’ombre à la lumière, nous renvoie au passé culturel de chaque peuple, à ses traditions, à l’universalité de sa beauté. Même en France, où le foulard Hermès fut longtemps le « must » de l’élégante sous le vent, le fichu et la capeline sont encore de mise : ils n’enlèvent rien à la jeune femme de sa spontanéité, de sa personnalité, de son unicité (le tissu étant la chance du couturier), bien au contraire.

 Le port du voile intégral peut aussi donner le sentiment d’être dominée ! Mais s’il entrave quelque peu la gestuelle – comme le sari indien ou encore les robes longues d’antan – il n’interdit nullement à la femme la grâce et la touche de mystère qui font son étrangeté, qui la rendent énigmatique. Ce joug infiniment léger induit l’humilité, la patience et la douceur qui siéent le mieux à la femme (aux dires de la majorité des hommes) au risque de la murer dans le silence d’une condition passive…mais n’est-ce pas délicieusement trompeur ? Certaines femmes sont fatales !

Porter le voile n’est malheureusement pas toujours un choix, mais il peut être une façon de prier, de s’en remettre à Dieu dans un monde intériorisé. L’image de Marie – la Madone des Chrétiens – jamais la tête nue, a traversé les siècles et elle apaise ! Dans une société où la femme est en position de repli, où la plupart d’entre elles acceptent la domination de l’homme en se couvrant le visage, en enveloppant leur corps dans de lourds tissus traditionnels, par « pudeur » ; le voile perd de sa neutralité, il devient un appel ; un silencieux reproche… un moyen révolutionnaire de se cacher pour ne pas être malheureuse, dans la limite d’un espace privatif du corps et de l’esprit. Au mieux, c’est une pure expression de féminité, une promesse que l’on retire, une permission que l’on donne, mais il ne devrait pas être une contrainte ! Rien à voir jusqu’à cet instant avec le registre libertaire du législateur ! 

Mais attention ! Il ne faut pas se  méprendre en s’apitoyant ! Lorsque la femme  musulmane tombe le voile, l’homme perd ses repères, sa domination et tout privilège. Le voile est une arme de dissuasion passive qui peut se transformer en étendard. Le mythe de la faible femme musulmane est une fausse piste !

Malheureusement, les Islamistes ont vu dans cette bataille du foulard la défense d’un rempart qu’ils voulaient imprenable, celui d’une foi religieuse contre les autres. Quelle erreur ! Et les inconditionnels des trains de Lois de 1905  y voient une menace, celle d’une communauté contre la laïcité.  Quel malheur !

L’affaire est devenue cruciale en raison d’abus dans la connotation et d’excès dans les comportements. Il eût fallu ne pas singulariser le voile musulman ! Il ne fallait pas en radicaliser le mode, en faire un instrument de prosélytisme religieux, l’utiliser comme signe de ralliement, en faire un uniforme. Pour mille et une raisons de cet acabit, autoriser le port du voile musulman en terre de tradition chrétienne n’est pas une bonne chose, car désormais le voile divise, au propre et au figuré. Et c’est regrettable ; mais c’est comme ça !

 

L’exemple de la Grande Bretagne est caricatural. L’on y voit des policières porter le voile sous leurs casquettes dans l’exercice de leurs fonctions et les salafistes arborer sans complexe de longues barbes…En dépit de cette tolérance Zéro Plus, rien n’y fait, le pays est victime d’actes de terrorisme en boucle : un député conservateur est mortellement poignardé, une attaque suicide est tout juste évitée et un taxi explose. Depuis que le voile musulman est une composante du nouvel art de vivre britannique, le FIS et le Groupe islamique armé algérien, le parti islamiste tunisien Ennahdha et tous les opposants indo-pakistanais, turcs, orientaux, se sont rués vers Londres. Les Frères Musulmans y ont fait souche au sein d’une communauté musulmane pourtant moins nombreuse ou pieuse que ne l’est celle de la France.

La cohabitation confessionnelle s’accommoderait mal en France de signes distinctifs dans la République laïque, où la religion est tenue à l’écart de la vie publique, précisément pour que tous les cultes puissent y être indistinctement pratiqués. Cette conquête sur l’emprise des religions dans la société a pris un siècle et demandé trois révolutions.

Tolérer hidjab, abaya ou tchador dans l’Administration et dans l’ensemble de la société civile conduirait, dans certaines villes surpeuplées, à une surenchère inévitable, à la radicalisation générale, à un vaste bras de fer. La France, à l’inverse de la Grande Bretagne, parie sur l’assimilation non seulement des immigrés de toute provenance mais aussi des croyants de toutes les confessions.

Il faudra une ou deux générations pour que les Français immigrés se sentent complètement « chez eux » chez nous – qu’ils soient de souche, disons-le, et non pas étranges derrière un masque – sans avoir pour autant à renier l’apport culturel de leurs ancêtres.

Pour cela, il ne faut pas se voiler la face. C’est à cette condition que nos enfants se mélangeront spontanément entre eux, s’uniront pour défendre un idéal commun, celui de la vraie « Oummanité », qui est universelle.

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