Peuls et Bambaras en conflit au centre du Mali

Des violences intercommunautaires ont provoqué, la semaine dernière, la mort de plusieurs dizaines de Peuls au centre du Mali. Les autorités de Bamako y sont accusées de soutenir des groupes bambaras pour combattre les Peuls régulièrement accusés de complicité avec les terroristes.

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Bâties sur des rivalités anciennes renforcées par un contexte sécuritaire fragile, les tensions intercommunautaires au Mali ont franchi, la semaine dernière, un nouveau cap sanglant. Entre le 1er et le 5 mai, de violents affrontements entre agriculteurs bambaras, ethnie majoritaire, et éleveurs nomades peuls, ont éclaté dans les villages de Milimana, Tougou et Kareiri, près de Mopti au centre du pays.

En tout, plus de soixante Peuls ont perdu la vie et de nombreuses familles ont du fuir la zone, notamment en direction la frontière mauritanienne où le Haut Commissariat des nations unies pour les réfugiés a enregistré le passage de plusieurs dizaines de personnes.

Bamako accusé de complicité 

Une tuerie qui a pour origine un règlement de compte entre communautés locales. Armés de kalachnikovs, de jeunes bambaras conduits par un certain Bachirou Coulibaly ont fait irruption dans les villages, accusant les Peuls d’être responsables de l’assassinat de l’adjoint au maire de la commune voisine de Dioura. Ce dernier a été tué le 30 avril par des éleveurs peuls au cours d’une embuscade tendue à une groupe bambara en route pour la foire hebdomadaire de Diondiori située à quelques kilomètres.

La vengeance ne s’est pas faite attendre. D’après plusieurs sources peules, elle a bénéficié de la permission de l’Etat malien. « L’armée malienne n’a pas bougé le petit doigt lors des affrontements » affirme l’une d’entre elles. Les autorités de Bamako sont par ailleurs accusées de soutenir une milice anti-peule formée il y a quelques jours à Banankoro près de la ville de Ségou non loin d’un camp de l’armée malienne. D’après Amadou Cherif Haidara, membre de l’association peule « Tabital Pulaku international », l’assassinat du maire adjoint de Dioura sert de prétexte à l’état malien pour « camoufler le fait qu’il a livré des armes à la milice qu’il a créée. » Des affirmations démenties par les autorités maliennes.

Reste que depuis l’émergence, du « Front de libération du Macina », un groupe terroriste essentiellement composé de peuls qui sévit dans la région de Mopti, les populations sont régulièrement accusées de complicité avec les djihadistes. Au risque de créer des amalgames pouvant mettre le feu aux poudres entre des communautés aux rapports traditionnellement conflictuels sur fond de compétition pour l’accès aux ressources naturelles.

Afin de calmer les tensions, le gouvernement malien a dépêché sur place une mission officielle composées de plusieurs ministres les 5 et 7 mai. La mission l’ONU au Mali, la Minusma, a par ailleurs annoncé l’envoi sur place d’une équipe « composée d’experts des droits de l’Homme et des Affaires civiles », chargée d’enquêter sur les violences.

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