« Ceux qui ouvrent leur gueule de loin, a déclaré le président algérien Tebboune en termes particulièrement brutaux, paieront un jour ou l’autre ». Ces menaces contre l’émigration algérienne sont mises à exécution contre un certain nombre d’opposants exilés en Europe proches des islamistes.
Que les services algériens soient à la recherche de boucs émissaires pour expliquer la défiance généralisée de la population algérienne à l’égard du régime, on le savait. La Kabylie suspectée de séparatisme est un des thèmes récurrents de la propagande des militaires algériens. Le Maroc, que le « Haut Conseil de Sécurité » du pays vient d’accuser sans preuves d’avoir allumé des incendies sur le territoire national, est un autre adversaire privilégié par un pouvoir sans ressources politiques.. Enfin la diaspora algérienne, en butte à toutes sortes de discriminations dont celle de ne pas pouvoir rentrer au pays sous prétexte de l’épidémie de Codid, est elle aussi une cible constamment privilégiée.
Il est vrai que les rassemblements hebdomadaires, place de la République à Paris ou ailleurs, les scores de participation aux différents scrutins inférieurs à 10%, voire moins, ou encore l’audience auprès d’une fraction important de l’émigration kabyle du mouvement du MAK (indépendantiste) témoignent d’un malaise général de la diaspora qui a majoritairement basculé dans l’opposition. Les vagues projets du nouveau ministre des Affaires étrangères Lamamra, très proche du président français Emmanuel Macron, de créer une banque de l’émigration pour restaurer un lien de confiance entre la communauté algérienne et Alger, sont totalement décalés.
Les leaders islamistes visés
Mais la surprise, la voici: les services algériens changent désormais de braquet et menacent de mort certains opposants réfugiés à l’étranger particulièrement populaires sur les réseaux sociaux. Leur choix porte de préférence sur les stars islamistes du Net/ L’espoir du pouvoir algérien de convaincre ses interlocuteurs occidentaux qu’entre lui et le péril intégriste, il n’y a rien ou à peu près. Cette posture a particulièrement bien fonctionné durant les années noires entre 1992 et 1998 où la répression violente des militaires algériens contre le Front Islamique de Salut (FIS) n’a guère provoqué de réactions de la part des gouvernements français et européens.
Un des chefs du mouvement politique algérien « Rachad (islamiste) exilé en Angleterre, Larbi Zitout, a été placé sous protection policière par les autorités anglaises à la suite des menaces de mort parvenues à sa famille établie dans les environs de Londres. Le risque d’une agression imminente menaçant sa vie a été jugé suffisamment élevé par la police britannique pour qu’une telle mesure soit envisagée.
En Suisse, un autre opposant proche du mouvement Rachad, Brahim Daouadji, est aussi menacé dans son intégrité, comme le lui ont fait savoir les autorités helvétiques. Cet opposant, enseignant à Mostaganem (nord-ouest de l’Algérie), a connu pa rison avant de s’éxiler.
En France enfin, un clilmat de peur rêgne désormais chez un certain nombre d’activistes politiques connus pour leur opposition au régime d’Alger. Beaucoup s’interrogent sur le silence des autorités françaises et sur leur degré de complicité avec les services algériens décidés à neutraliser toute manifestation de l’opposition à l’étranger.

