Braquages armés, vols, menaces répétées : la capitale centrafricaine traverse une onde de choc sécuritaire sans précédent. De Gobongo à Sica 2, en passant par Boy-Rabe et PK12, les quartiers de Bangui s’enfoncent chaque jour un peu plus dans l’insécurité, pendant que les autorités locales et nationales semblent incapables d’apporter une réponse concrète.
À Gobongo, dans le 4e arrondissement, la nuit est devenue synonyme de traque. Florida Gaba raconte avoir échappé de justesse à son agresseur après avoir été suivie dans une ruelle mal éclairée. « S’il n’y avait pas eu mes cris, il m’aurait pris mon téléphone ou pire », confie-t-elle, encore traumatisée.
Plus dramatique encore, les familles vivent avec des menaces persistantes. Ndangoué Joe, mère de Dieu-Bénit, subit une pression insoutenable après que son fils a été ciblé à deux reprises par des bandes armées. Cette fois, les agresseurs ne menacent plus seulement de voler, mais de tuer. Résultat : des quartiers entiers vivent barricadés, reclus et méfiants. Les chefs de quartier de Gobongo, Sanze Dieudonné et Pefio Gabriel, tirent la sonnette d’alarme. « Nos jeunes sont tués, nos femmes agressées, nos biens pillés », déplore Pefio, qui réclame l’installation de check-points militaires pour dissuader les criminels.
Mais ces appels restent lettre morte. À défaut d’une politique sécuritaire structurée, l’État se contente de réagir à chaud, envoyant quelques patrouilles temporaires après chaque incident grave — avant de disparaître, laissant les habitants à nouveau seuls face à leurs bourreaux. Gobongo n’est que la partie émergée de l’iceberg. À Sica 2, dans le 2e arrondissement, six personnes ont été tuées en un mois. À Boy-Rabe et PK12, les braquages de motos et les agressions à main armée se multiplient, souvent en plein jour. Des témoins rapportent même que certains criminels circulent librement, armés, sans craindre la moindre interpellation.
Un état de non droit
Cette impunité est ressentie comme une blessure collective, renforçant l’impression que Bangui s’installe dans un état de non-droit. Le malaise sécuritaire actuel renvoie à une vérité implacable : l’État centrafricain a failli à son rôle premier, celui d’assurer la sécurité des citoyens. L’absence d’éclairage public dans plusieurs zones sensibles, l’insuffisance des unités de police et de gendarmerie, le manque manifeste de coordination entre services de défense, sans oublier la multiplication des zones grises contrôlées par des groupes armés ou des bandes criminelles, révèlent une crise de gouvernance sécuritaire profonde. Ce n’est pas la seule faiblesse opérationnelle qui est en cause, mais bien des choix politiques qui privilégient la survie du régime et la protection des élites, au détriment de la sécurité des quartiers populaires. Pour les habitants de Bangui, le constat est amer : les promesses de « sécurité pour tous » faites à chaque discours officiel sonnent creux. Et les populations de Bangui « la coquette » continuent de redouter d’être la prochaine victime d’un énième braquage…