Un groupe rebelle touareg nigérien pro-Bazoum, solidaire du Front de libération de l’Azawad (FLA) qui a repris Kidal le 26 avril aux forces armées maliennes, a réuni son conseil extraordinaire, le 1er mai dernier à … Paris !
Selon son communiqué numéro 9 (qui ne précise aucun lieu), une réunion du conseil extraordinaire des Forces Armées Libres (F.A.L, anagramme du FLA malien) s’est tenue en présence du « frère d’armes Mohamed Almaouloud Ramadane », le porte-parole du FLA, qui « a pris part aux travaux. » Or, le 1er mai, Mohamed Almaouloud Ramadane était à Paris : il était invité à 22h30 la veille (le 30 avril) sur le plateau de TV5 et interviewé le lendemain (le 2 mai) à 18h30, toujours à Paris, par la chaîne internationale saoudienne Al-Hadath, devant la Tour Eiffel et Notre Dame. Son profil Facebook atteste de ces rendez-vous.
Menaces contre les autorités militaires nigériennes
Dans son communiqué, le FAL lance un « avertissement à l’endroit de la junte nigérienne » lui enjoignant « de ne pas s’impliquer dans le conflit opposant le Mali à l’Azawad (nom donné par les indépendantistes touareg aux régions du nord du Mali). » Il annonce « la reprise des hostilités sur l’ensemble des zones concernées » afin « de libérer le Sahel de l’imposture putschiste. » Le 26 avril, au lendemain de l’attaque complexe qui a coûté la vie au ministre de la Défense malien Sadio Camara, le FAL a publié un communiqué numéro 8 signé d’un chef d’état-major probablement fantôme du nom d' »Egourou » (crapaud en tamachek), dans lequel il menaçait déjà « de représailles militaires violentes et ciblées sur le territoire nigérien » et ordonnait aux autorités nigériennes de « rester à l’écart d’un conflit qui ne le[s] concerne pas. »
Une possible intervention nigérienne aux côtés des forces armées maliennes, dans le cadre d’une contre-offensive en cours de préparation, semble inquiéter la coalition armée djihadisto-indépendantiste du nord du Mali. Et ses alliés extérieurs : tout le monde sait que le locataire de l’Élysée a juré la perte du général Abourahamane Tiani et de son régime.
Un scénario DGSE de ‘contamination’ au Niger
Dans une toute récente livraison, la lettre confidentielle française Afrique Intelligence, généralement bien informée au sein de l’armée française, écrit que le contre-espionnage français (la DGSE) « traditionnellement très connecté à la communauté touarègue, multiplie les contacts informels avec la direction du FLA et travaille sur un éventuel scénario de ‘contamination’ auprès d’autres groupes armés rebelles de la région.(..) Plusieurs figures du mouvement de libération de l’Azawad accumulent les va-et-vient à Paris, à l’instar de son porte-parole, Mohamed Elmaouloud Ramadane. »
Le promoteur du FAL est l’ancien rebelle nigérien Rhissa Ag Boula, qui commandait, dans les années 1990, au Niger, le FLAA (Front de libération de l’Aïr et de l’Azawad) avant de devenir ministre du Tourisme du président Mamadou Tandja puis de passer au service de Mohamed Bazoum. Lors du renversement de ce dernier, il se trouvait en France où il est resté depuis lors, acquérant le statut de réfugié politique, et affirmant sa volonté de faire libérer Mohamed Bazoum par les armes. Le FAL n’a jusqu’ici commis aucune opération militaire confirmée au Niger.

