Il y avait foule, ce vendredi 16 septembre, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, pour rendre hommage au juriste Albert Bourgi. Un lieu de mémoire pour cet homme qui en portait tant, franco-sénégalais d’origine libanaise, authentique « boy Dakar » ayant grandi dans le quartier du Plateau, perclus d’architecture coloniale, centre névralgique et cœur historique du poumon culturel de l’Afrique de l’Ouest.
Frère aîné de Robert Bourgi – l’avocat de la Françafrique, héritier des réseaux Foccart – il avait épousé une trajectoire inverse de celle de son cadet : à Robert, la fidélité au gaullisme, aux réseaux affairistes du RPR puis de l’UMP, de Chirac à Sarkozy ; à Albert, les indéfectibles amitiés issues d’un camp progressiste, parfois sculptées au sein de la Fédération des étudiants d’Afrique noire de France (FEANF), où militait un certain Alpha Condé.
L’ex-président guinéen, aîné putatif de cœur de la fratrie Bourgi, renversé par un coup d’État adoubé par la France et les États-Unis, n’avait pas pu faire le voyage. Pas davantage que ses autres frères d’armes, Laurent Gbagbo, représenté au Père-Lachaise par une délégation menée par son avocate Habiba Touré, ou Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), décédé en janvier 2022 après avoir été, lui aussi, lâché deux ans plus tôt par Paris au profit d’une junte militaire.
Car le combat d’Albert Bourgi, c’était aussi celui-là : se battre au profit d’un partenariat renouvelé, équitable et apaisé entre Paris et ses anciennes colonies, à l’heure où des Don Quichotte d’opérette pointaient du doigt une Françafrique en soins palliatifs, sous curatelle et pavillon américain depuis la chute du mur de Berlin.
Il y avait au Père-Lachaise d’autres vieux compagnons et fidèles d’Albert, entourant de leurs hommages chaleureux son fils Renaud et sa fille Cécile, filleule d’Alpha Condé : parmi eux, le juriste sénégalais Doudou Diène, la journaliste franco-rwandaise Madeleine Mukamabano, sans oublier la famille d’Amath Dansokho, son autre « frère » progressiste, décédé en 2019.
Son fils Alcaly Dansokho avait ramené une bouteille de sable prélevé sur la plage jouxtant l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, afin que ses proches en déposent une poignée symbolique sur son cercueil.
Qu’ainsi la terre lui soit plus légère.






























