
Après 13 ans d’enquête et de procédures, Vincent Bolloré et deux anciens cadres de son groupe ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de corruption liés à l’attribution de la concession du port de Lomé, au Togo. Un procès devrait se tenir en décembre 2026.
Dans un communiqué, l’association Anticor a rappelé que les faits remontaient à la période 2009-2010. La société de communication Havas, contrôlée à l’époque par le groupe Bolloré, aurait fourni des prestations de conseil électoral « très largement sous-facturées » à Faure Gnassingbé, candidat à sa réélection à la présidence togolaise, en contrepartie de l’obtention de conditions avantageuses pour la gestion du port de Lomé via Bolloré Africa Logistics.
En 2022, en cours de procédure, les associations Sherpa et Anticor se sont constituées parties civiles. « Leur objectif commun : rappeler l’importance de la tenue de débats publics en matière de corruption transnationale et faire reconnaître la place des victimes dans ces procédures, notamment les citoyen·nes dont les droits démocratiques et économiques ont été compromis. »
Contradictions judiciaires
Et Anticor de faire état de l’accord antérieur conclu entre le groupe Bolloré et le parquet national financier à travers une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) « pour les mêmes faits« , par laquelle le groupe du milliardaire breton « a accepté de verser une amende de 12 millions d’euros, reconnaissant ainsi sa responsabilité dans des pratiques de corruption au Togo et en Guinée. » C’est ainsi que « dans le prolongement de cette CJIP, Vincent Bolloré et deux autres cadres de Bolloré SE ont bénéficié d’une procédure alternative au procès public : une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC).«
Problème : le tribunal judiciaire de Paris a refusé d’homologuer cette procédure, « estimant que les faits étaient trop graves et nécessitaient un jugement public. » C’est ainsi que la justice est revenue à une procédure plus classique, qui vient donc de conduire au renvoi devant le tribunal de Vincent Bolloré et deux de ses cadres.
Sherpa et Anticor considèrent que « ce procès permettra de mettre en lumière les mécanismes d’ingérence économique mis en œuvre par certaines entreprises multinationales dans des contextes politiques fragiles, et d’interroger la capacité du droit à sanctionner ces stratégies d’influence. » Elles espèrent aussi que seront établies les responsabilités individuelles et reconnu l’impact concret de ces pratiques sur les populations togolaises pour ouvrir la voie « à des formes de réparation adaptées ».


























