Comores : la revanche attendue de l’Iran

Elu à la tête des Comores le 12 mai, l'ex président putschiste Assoumani Azali doit en partie sa réussite au soutien de l'ancien chef d'Etat Ahmed Sambi, proche du pouvoir iranien. Une épine dans le pied de Riyad qui redoute une percée de l'influence de Téhéran dans l'océan indien.

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Allié de l’Arabie saoudite au cœur de l’Océan indien, les Comores pourraient désormais tendre la main à l’Iran suite aux présidentielles qui ont consacré la victoire, début mai, non pas d’un, mais de deux anciens chefs d’Etat.

Dix ans après la fin de sa présidence, le colonel Assoumani Azali, ex putschiste qui a régné sur ce petit archipel de 750 000 habitants entre 2002 et 2006, fait son grand retour aux affaires, emportant dans ses bagages son principal bras droit durant la campagne, l’ex chef d’Etat Ahmed Abdallah Sambi. Connu pour sa proximité avec les autorités de Téhéran, ce religieux formé en partie en Iran et surnommé « l’Ayatollah » par ses adversaires avait aidé la grande puissance chiite à renforcer sa présence dans le pays sous sa présidence de 2006 à 2011.

Les années Téhéran

Signe de ce réchauffement des relations entre Moroni et Téhéran, l’Iran avait ouvert sa propre ambassade dans la banlieue de la capitale comorienne en 2010. Un symbole de poids qui avait entrainé dans son sillage la création de plusieurs organismes alimentés par des capitaux iraniens. C’est le cas de la Fondation culturelle « Tybiane » dédiée notamment à la promotion de l’islam ou encore des centres médicaux du Croissant vert iranien qui dispensent des soins gratuits aux plus démunis. En 2010, l’organisation caritative « The Imam Khomeiny Relief Foundation » qui met en place des activités de formation professionnelle s’est par ailleurs installée dans un immeuble du nord de la capitale bâti, à l’origine, sur financement européen.

VRP choyé de Téhéran qui considère les Comores comme un tremplin stratégique vers l’Afrique australe et du sud, Sambi est rapidement récompensé pour ses loyaux services. Des subsides versés depuis l’Iran à travers la Société Anonyme de la Grande-Comore (SAGC), héritière d’une société coloniale française en charge de gérer les terres du pays alimentent, pendant plusieurs années, la confortable fortune que se constitue l’ex chef de l’Etat. A l’époque, l’opposition affirme que la formation de sa garde personnelle est en partie assurée par les « Pasdaran » iraniens. Enfin, lors de la dernière campagne électorale en 2016, des rumeurs circulent dans les cercles diplomatiques faisant état de l’envoi de financements depuis l’ambassade iranienne à Madagascar au profit du candidat Azali.

Duel des titans

Clairement affiché, ce tropisme iranien irrite au plus haut point le pouvoir saoudien qui se pensait en terre conquise dans cette petite République islamique composé à 99% de musulmans sunnites. La tension monte encore d’un cran lorsque Sambi décide de décorer l’émir du Qatar du Grand Croissant de l’Ordre du Croissant Vert des Comores à l’occasion de l’une de ses visites. Riyad, qui s’inquiète à l’époque de voir grossir l’influence de son voisin qatari, parrain des frères musulmans que les saoudiens conspuent, prend ces honneurs pour une provocation.

La monarchie ne restera froissée qu’un temps. L’arrivée au pouvoir du président Ikililou Dhoinine aux Comores ramène l’archipel dans le giron de Riyad. En parvenant à rembourser 80% des 55 millions de dollars de prêts versés par le Fonds saoudien de développement (FSD) à l’Etat comorien, les autorités du pays donnent des gages de bonne volonté. Progressivement, le vent tourne.

En 2013, le royaume saoudien répond à l’influence iranienne en installant sa propre ambassade à Moroni avant de signer un accord de défense avec l’Etat comorien. Célébrant la nouvelle entente avec l’archipel, Riyad accorde un don de 40 millions de dollars dont une partie sert à couvrir les arriérés de salaires des fonctionnaires comoriens. De quoi convaincre Moroni d’emboiter le pas aux Emirats arabes unis, au Bahreïn et au Soudan qui rompent, à la suite de l’Arabie saoudite, les relations diplomatiques avec l’Iran en janvier 2016. Une décision motivée par l’attaque de plusieurs missions diplomatiques saoudiennes par des manifestants qui protestaient contre l’exécution du dignitaire religieux chiite saoudien, cheikh Nimr al-Baqer al-Nimr. Dans la foulée, l’ambassadeur iranien à Moroni est appelé par le ministère des affaires étrangères comorien à « prendre toutes les dispositions appropriées pour quitter le territoire national dans les meilleurs délais ». Un temps rangé du côté des partenaires privilégiés des Comores, l’Iran est finalement mis hors jeu.

Porté à la tête de l’Etat le duo Azali-Sambi pourrait, à nouveau, renverser la donne.

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