L’embellie entre Said Bouteflika et Gaïd Salah

Les spécialistes parleraient d’ « alliance conflictuelle ». Dans la guerre de succession qui marque aujourd’hui la fin de rêgne d’un président Bouteflika affaibli et malade, les deux hommes forts du régime que sont le général Gaït Salah, chef d’Etat-major, et Saïd Bouteflika, le frère du chef de l’Etat et vice Roi, se parlent, et se parlent même régulièrement.

Une sorte de cohabitation existe qui ne dit pas son nom et dont sont exclus et le Premier ministre, et le chef de l’Etat. En matière d’inventivité institutionnelle, les Algériens sont passés maitres

Un G3 algérien

Les coups tordus et les rivalités entre les deux hommes sont connues.Ce qui l’est moins, ce sont les rencontres régulières qui réunissent Said Bouteflika, Gaït Salah et le général Tartag. En relation directe avec la Présidence, ce dernier a hérité de ce que fut le DRS (services algériens), décapité voici deux ans par le chef de l’Etat mais qui présente encore de beaux restes.

Au sein de ce « G3 » à l’algérienne, les principales nominations ainsi que les décisions stratégiques qui engagent l’avenir du pays, notamment les conséquences de la chute du baril du pétrole qui plonge le pays dans l’austérité, sont examinées avec soin. De telles réunions mettent un peu d’huile dans les rouages d’une machine étatique mise à mal par l’incapacité du président Bouteflika à exercer réellement son mandat, du moins dans les contraintes quotidiennes qu’il suppose (comme celle de recevoir, cette semaine, le Premier ministre russe Medvedev!).

Pour autant, le trio de « décideurs » qui cohabitent tant bien que mal se garde bien d’aborder les sujets qui fâchent. Le premier d’entre eux, la succession proche de Bouteflika, est soigneusement évité. En effet, l’homme fort de l’armée, Gaït Salah, qui a l’oreille de la plupart des chefs de région qui restent les véritables patrons de l’Algérie, a fait savoir au président Bouteflika son hostilité à toute succession familiale qui verrait son frère Saïd se hisser à la première place.

Derrière les embrassades du G3, les couteaux sont tirés….

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)