Cinq cent manifestants arrêtés au Niger

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Hama Amadou, l’homme fort de l’opposition et bête noire du régime, s’est rendu en fin de matinée à la police judiciaire, alors que les émeutes, qui durent depuis la proclamation de la victoire de Mohamed Bazoum à la présidentielle du 21 février, ont provoqué l’arrestation de cinq cent manifestants.

Hama Amadou, l’homme fort de l’opposition

Au début, ce fut la sidération. Mardi après-midi, alors que la Commission Electorale Nationale Indépendante se préparait à annoncer la victoire à la présidentielle du candidat du pouvoir, le socialiste Mohamed Bazoum, les manifestations sont parties du siège de campagne de l’opposition, hébergé au parti Dubara de l’ex général Salou Djibo. Des centaines de jeunes sont sortis en clamant le slogan de leur favori, le candidat de l’opposition Mahamane Ousmane, pour faire de la casse sur les grands axes.

Dans les chancelleries, des consignes de prudence ont été édictées, tandis que les Nigériens et leurs autorités assistaient à l’expression brute de la colère de milliers de jeunes, à Niamey surtout mais aussi Dosso, Gaya et Zinder, la deuxième ville du pays, où se trouve Mahamane Ousmane depuis le jour de l’élection.

De chez lui donc, jeudi, Ousmane a publié une déclaration de remerciement au peuple nigérien puis il s’est déclaré élu avec une majorité de 50,30% des voix, contestant la victoire de Mohamed Bazoum, qu’il juge entachée de fraudes massives, notamment dans la région du Président Mahamadou Issoufou, à Tahoua, où un taux de participation de 80% est enregistré, de 20 à 30% au-dessus du taux enregistré dans les autres régions, assurant un total de près d’un million de voix au candidat rose, sur les 2,5 millions qui lui ont permis la victoire.

Hama Amadou et son parti Lumana, cibles de la répression

Les arrestations ont commencé mercredi. La garde nationale et la gendarmerie sont venues à deux reprises pour arrêter Hama Amadou, qui n’était pas chez lui. Jeudi soir, c’est une unité d’élite de la gendarmerie, le Groupe d’Action Rapide, de Surveillance et d’Intervention, supposé surveiller les frontières contre les attaques terroristes, qui est venue en force pour fouiller à nouveau le domicile de l’ancien Premier ministre. La légalité de cette intervention étant problématique, faute de mandat d’arrêt ou de perquisition, ils ont finalement rebroussé chemin.

Plusieurs proches de l’ancien Premier ministre ont été arrêtés mercredi, jeudi et vendredi, dont l’ancien chef d’état-major de l’armée nigérienne, le général Moumouni Boureima dit Tchanga, un colonel à la retraite et un capitaine, l’ancien suppléant de Hama Amadou à l’Assemblée et le coordonnateur par interim du parti dans la région de Tillabéri.

Jeudi, le ministre de l’Intérieur du Niger a ouvertement accusé Hama d’être à l’origine des émeutes survenues dans la capitale, qui lui est majoritairement acquise, et qui ont visé différents symboles du régime et de ses alliés, jusqu’à incendier la maison du correspondant de RFI pris en grippe depuis longtemps par l’opposition.

Après avoir déploré deux morts (accidentelles) et la destruction d’infrastructures publiques et privées, Alkache Alhada s’est exprimé en ces termes : « Ce sont les Hama qui sont responsables de ça ; ils sont responsables de l’incendie de la maison de Moussa Kaka, comme ils sont responsables des autres incendies, comme ils sont responsables du pillage des boutiques, des stations-service. Une évaluation sera faite. Et ils vont payer, ils paieront parce que tous les actes qu’ils ont posés sont répréhensibles, les auteurs, co-auteurs, instigateurs, y compris ceux de l’extérieur aussi car il y en a certains qui les ont financés aussi de l’extérieur, leurs amis. Nous n’oublierons rien. »

Cependant, bien que beaucoup plus discrètes, des interpellations ont aussi visé les proches du candidat de l’opposition, Mahamane Ousmane, à Zinder. Son directeur de campagne et très proche ami, Falké Bacharou, est également recherché.

Le ministre de l’Intérieur a précisé jeudi que 468 personnes avaient été arrêtées, dont des hommes politiques. La base juridique de ces interpellations se niche dans un communique du procureur de Niamey, pendant la campagne, qui avait menacé de poursuites tout acte de « discrimination raciale ou ethnique de même que toute propagande régionaliste, toute manifestation contraire à la liberté de conscience et à la liberté de culte susceptible de dresser les uns contre les autres les citoyens » ainsi que tout jet de discrédit des décisions de justice. »

Vendredi en fin de matinée, Hama Amadou s’est rendu à la police judiciaire accompagné de ses avocats, pour répondre aux accusations « irresponsables et fausses » du régime, et, sans doute, mettre un terme au harcèlement de ses proches.

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