Ces pépites immobilières qui résistent à la crise financière libanaise

L’action du groupe « Solidere » qui s’est envolée cette semaine témoigne de la résilience de l’économie libanaise en matière d’investissements immobiliers dans un pays souffrant d’un effondrement financier sans précédent.

La Société libanaise pour le développement et la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, plus connue sous le nom de Solidere, réalise des performances exceptionnelles depuis deux semaines. L’action de ce groupe a atteint le seuil de 49 dollars ce vendredi. Un chiffre jamais atteint même en juillet 2008, lorsque le cours boursier avait flirté avec les 40 dollars dans un contexte politique apaisé après l’accord de Doha et l’élection d’un nouveau président. Ce qui avait redonné à l’époque espoir aux Libanais.

Dans un Liban en crise, on ne peut plus acheter d’immobilier ou de foncier par chèque en dollars. “L’action de notre groupe, explique Georges Nour de la société Solidere, est la seule que l’on peut acheter et vendre quel que soit le niveau d’investissement (5000, 10.000, 15.000 ou plus). Le seul échappatoire pour les déposants et les détenteurs de comptes en dollars dans les banques libanaises est d’acheter des actions Solidere qui sont cotées à la bourse de Beyrouth ». Du coup, une forte demande a porté sur les actions dont la cote a sensiblement progressé

45% des investissements de Solidere sont effectués à l’étranger, notamment vers les Emirats Arabes Unis où l’immobilier est florissant

Les pays du  Golfe, des partenaires essentiels

L’action Solidere est encore relativement sous-estimée. La société détient encore un riche portefeuille immobilier et foncier dans la ville de Beyrouth. De plus, les investissements aux Émirats Arabes Unis (EAU)  et en Arabie Saoudite contribuent pour beaucoup à l’euphorie boursière actuelle. À noter en effet que 45% des investissements de Solidere sont réalisés à l’étranger. Ces transactions s’effectuent en « dollars frais », encore appelés « fresh dollars », par opposition à ces « lollars » que les Libanais pouvaient obtenir, avant la crise actuelle, en les échangeant via la Banque Centrale du Liban contre de la livre libanaise. . 

Nassib Ghobril, économiste en chef de la banque Byblos explique que « la success story » de Solidere.: « Le programme de relance économique préconise l’échange des dépôts au-dessus de 100.000 dollars en actions dans les banques. Un des principaux moyens pour les déposants de sortir l’argent des banques est d’acheter des actions Solidere ». Et de poursuivre: « Ce phénomène s’est accéléré ces deux dernières semaines quand le gouvernement a laissé filtrer la teneur de son plan de redressement économique”.

Vers une action cotée 100 dollars

Pour un expert, l’évaluation de Solidere est basée sur les superficies de terrains qu’elle possède au centre-ville de Beyrouth et d’autres propriétés, ce qui rapproche la valeur réelle de l’action de 100 $. Cela explique aussi la demande croissante des investisseurs qui cherchent à acquérir des actions au prix actuel.

Ce succès est sans doute dû à la situation générale de la société, qui a connu une amélioration significative au cours des deux dernières années, après qu’elle ait payé toutes ses dettes aux banques en 2020 et fini d’en régler les intérêts. De plus, ses comptes bancaires ont été renfloués, ce qui permet à Solidere de couvrir toutes les dépenses courantes. Par ailleurs, l’entreprise a réussi à réduire ses coûts de plus de 26 % entre 2018 et 2019 grâce aux efforts de son conseil d’administration.

Les experts sont certains que les actions de Solidere vont poursuivre leur ascension pour atteindre les 100 dollars par action. Ce qui attirera les investisseurs, malgré les conditions difficiles et complexes que connaît le Liban.

 
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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)