Ces mosquées françaises qui cèdent aux sirènes émiraties

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Sous l’impulsion de Mohamed ben Zayed, prince héritier des Emirats, Mohamed Nouaymi, ministre chargé du Conseil National des Minorités Musulmanes, s’intéresse de très près à l’organisation de l’Islam en France.

Le Ramadan est la période où les grandes mosquées rivalisent dans l’organisation de l’ Iftar, la rupture collective du jeûne. Chaque recteur cherche à montrer qu’il possède les meilleures relations avec les « représentants » de « l’Islam de France ». Traditionnellement, ces notables religieux se bousculent pour être être vus à la télévision en si prestigieuse compagnie. Hélas, les grandes mosquées ont plus de mal à recevoir des invités de marque désormais tétanisés dans leurs démarches vers les communautés musulmanes. Il leur faut trouver de nouveaux protecteurs.

Les Emiratis en sauveurs

Cette année, la mosquée d’Evry a cru remédier à cette pénurie d’invités de marque en se tournant vers les pétromonarchies. Son inamovible « recteur », Khalil Merroun, a invité le fameux Mohamed Nouaymi, le ministre chargé aux Emirats du Conseil National des Minorités Musulmanes, qui se propose de prendre le contrôle, dans un premier temps, de toutes les mosquées sous influence marocaine en Europe. Pour ce faire, Nouaymi utilise le Conseil Mondial des Organisations Musulmanes pour qui les Emirats seraient les seuls à disposer de la bonne recette pour éloigner les jeunes du radicalisme. La tradition malékite, la plus répandue au Maghreb, est accusée d’être à l’origine de la montée des fondamentalismes.

Pour mener ce combat, le ministre émirati a fait appel à Mohammed Béchari, qui s’est pourtant réclamé pendant un quart de siècle du…malékisme.  Cet ancien président de la FNMF (qu’un de ses fondateurs, Youssef Leclercq a baptisé, après son éviction la « Fédération Nationale des Marocains Fainéants), était devenu le chantre de « l’Islam de France » quand sa fédération avait gagné les élections du CFCM de 2003, avec l’aide des services spéciaux marocains et grâce aux financements de la Tidjari Bank.

Ce bon Béchari simulera un intérêt pour l’enseignement de l’Islam, en agitant le nom de « l’Institut » Avicenne que Martine Aubry avait autorisé à ouvrir à Lille. Cet établissement a fini par être fermé à Lille, où Martine Aubry a cessé de croire aux  promesses de Béchari, en matière de pêche aux voix et de financement de campagnes.

De l’enseignement au renseignement

Avec l’aide des Séoudiens, Béchari a acheté ensuite à Tourcoing un immeuble coûtant près d’un million d’euros. Mais le maire Darmanin, actuellement ministre des Finances d’Emmanuel Macron, a empêché la délocalisation de l’Institut, où les cours sont plus proches de l’éducation populaire que du véritable enseignement théologique. Sans parler de l’augmentation du nombre de procès intentés par des enseignants abusés par des brochures trompeuses. En fait, les Emirats ont fait appel à Béchari moins pour ses compétences dans l’enseignement, mais pour sa grande expérience dans le domaine du renseignement. Les financements  que lui accordait la Libye de Kadhafi se calculaient au début en valises de dollars, et en cantines d’euros à la fin.

Ces versements prenaient « l’Institut » pour prétexte et rémunéraient son zèle dans le domaine de l’infiltration des courants islamistes, notamment les Frères Musulmans, bête noire de l’auteur du Livre Vert. Après la chute de Kadhafi, Béchari a secondé le cheikh Ben Byia, théologien malékite préposé à la surveillance des imams en Mauritanie qui sera nommé à la tête de la Ligue Islamique Mondiale séoudienne.

Laquelle apporta sa contribution pour excommunier canoniquement les Frères Musulmans, dans le cadre de la coopération avec les services du Maréchal Sissi.

Dans leur recherche du leadership de l’Islam à l’échelle mondiale, les Emirats ont débuté en confiant le volet européen de cette croisade à Béchari. Fin avril, ce dernier convoquait à Copenhague des responsables de mosquées marocaines de Scandinavie. Mais la réunion avait tourné court quand un des participants osa mettre en doute l’authenticité du « doctorat » de Béchari. C’est sans doute en raison de ce contre-temps que le ministre émirati, Mohamed Nouaymi a décidé de se passer de Béchari, absent à la cérémonie organisée en son honneur à la mosquée d’Evry au début du Ramadan. Le cheikh-ministre en a profité pour concrétiser l’accord consistant à acheter, aux fins d’obtenir la majorité,des sièges dans le conseil d’administration de l’ACMIF (Association Culturelle des Musulmans de l’Ile-de-France) gestionnaire de la mosquée la mosquée d’Evry. Laquelle fut tout à tout séoudienne, marocaine, maroco-séoudienne, et toujours au service des campagnes électorales de Manuel Valls, l’ancien Premier ministre français de François Hollande et maire d’Evry, avant de tomber dans l’escarcelle des Emirats.

Chicayas marocaines

Selon des sources proches des Marocains de Scandinavie qui s’opposent courageusement à ces marchandages si peu religieux, Abdallah Boussouf, un quasi-secrétaire d’Etat chargé à Rabat de « l’Islam marocain » à l’étranger bénirait ces opérations, après avoir été à couteaux tirés avec Merroun et avec Béchari, alors que le ministre marocain des affaires religieuses, le professeur Ahmed Toufiq, y serait résolument opposé. Il faudrait de fins limiers pour décrire la structure clanique des instances islamiques chérifiennes, où siègent des personnalités éminemment respectables pour leur piété et leur savoir. Mais visiblement, ces vrais savants pèsent de peu de poids dès lors qu’il s’agit de pétrodollars.

A Lyon, il faudrait s’attendre à une lune de miel entre le Conseil Mondial de Dubaï et le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane. Celui-ci vient en effet de se séparer, dans des conditions désolantes, de l’imam qui lui avait été détaché par le ministre tunisien des affaires religieuses, proche d’Ennahda. Au début du Ramadan, les fidèles ont vu arriver à la mosquée un groupe d’imams égyptiens, dûment sélectionnés par les Moukhabarates du maréchal Sissi. Cela fait suite à la participation de Kamel Kabtane aux colloques organisés par les Emirats, la Ligue Islamique Mondiale et l’Egypte pour diffuser les théories par lesquelles le cheikh Noaymi prétend apporter des solutions miracles aux radicalismes. Kamel Kabtane emboîtera-t-il le pas à Khalil Merroun pour permettre aux Emirats de prendre pied dans sa mosquée? L’avenir le dira.

La Mosquée de Paris orpheline

Même à la mosquée de Paris, la tentation existe de faire un bout de chemin avec les Emirats. Une véritable panique a saisi l’entourage du recteur Boubeker après l’arrestation des protecteurs naturels qu’étaient les généraux Toufik et Tartag, tour à tour chargés des services secrets algériens. Le plus intéressé serait Chemseddine Hafiz qui est passé de l’euphorie à la dépression en moins de quelques jours. L’euphorie provoquée par le retour du général Bendaoud à la tête des opérations extérieures des services de Tartag a amené Hafiz à s’en prendre arbitrairement à Ghaleb Bencheikh, mis à l’écart de l’émission Islam. Ceux qui, à la mosquée, se réclamaient des protections duc lan Bouteflika sont dans une expectative prudente, d’autant que les enquêtes diligentées à Alger sur la gestion de deux ministres successifs des affaires religieuses risquent d’avoir des dommages collatéraux dans l’entourage de Boubakeur.

Maitre Hafiz qui n’a pas de ces prudences pourrait être tenté par une alliance avec le Diable, fût-il émirati.

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