Centrafrique (volet 1), des inquiétants bruits de bottes

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Le président Touadera est devenu, au fil des mois, une marionnette, aux mains de conseillers, dont des étrangers,  totalement imperméables à l’intérêt national. Sur fond de possibles mutineries chez un certain nombre de militaires centrafricains.

Quelle sera la vigueur de l’hostilité qui est apparue, ces dernières semaines, dans les rangs des Forces armées, des Forces de sécurité intérieure et de la Gendarmerie. Un vent mauvais souffle qui pourrait être annonciateur d’une tempête comme en ont connue David Dacko, Jean-Bedel Bokassa, Felix-Ange Patassé, François Bozizé  et Michel Djotodia Am-Nondroko

Les militaires se rebiffent  

Le président Touadera ne sait plus comment résoudre les fractures, de plus en plus béantes, dans ses forces armées. Elles sont nombreuses dans un pays habitué à l’inéluctable  » motion de censure militaire », appelée pudiquement « mutinerie ». Quels sont ces mécontentements qui sont bien davantage que de l’humeur ?


les formations dispensées à la fois par l’Union européenne  -EUTM- RCA – et la Fédération de Russie, avec ou sans  le groupe paramilitaire Wagner, sont devenues concurrentielles, faute de coordination et ont, de ce fait, engendré des conflits entre les bénéficiaires de ces formations différentes en tout point. De surcroît, viennent s’y ajouter  les intégrations de combattants rebelles dans les unités mixtes de sécurité.


– plusieurs centaines de jeunes recrues, qui ont été sélectionnées selon des critères très contestés, ont reçu une formation en Angola, en Guinée équatoriale et en Côte-d’Ivoire. A leur retour de stage, ils ont été intégrés dans des grades ne correspondant pas à leur fin de stage. On devine le mécontentement des militaires, déjà en fonction, voyant passer devant eux ces débutants privilégiés. Une illustration du népotisme qui est en cour à Bangui.


– plus grave pour le régime actuel, est le raidissement de plusieurs officiers et sous-officiers ayant des postes de commandement. L’ exemple de l’ancien chef d’Etat-major des Armées, le général de division Ludovic Ngaïfei est éloquent. Cet officier Supérieur était déjà en opposition frontale avec le régime actuel. C’était pour cela qu’il fut limogé, en 2017, par la ministre de la Défense. L’ ancien patron de la  » grande muette » est soudain devenu volubile. Son manifeste   » Quand la souffrance du peuple m’interpelle, à plus d’un titre » est d’une violence rare contre le régime du président Touadera. Ce très long réquisitoire, publié dans les médias le 5 mars 2020, était le point de non-retour du général de division. On comprend donc sa décision de demander immédiatement sa mise à la retraite, ce qui fut fait promptement, le 11 mars 2020. On comprend aussi que le président Touadera préféra prudemment de le verser dans la 2ème section, non pas au bénéfice du ministère de la Défense mais de celui de la Fonction publique. On imagine mal Ludovic Ngaïfei s’occuper de son troupeau de Zébus. Plus qu’ à la retraite, il est bien en réserve.

les rumeurs alarmistes arrivent jusqu’au Palais de la Renaissance, pourtant « en confinement » depuis longtemps. Le chef de l’État a renforcé sa garde présidentielle où le contingent rwandais de la Minusca joue curieusement un rôle de supplétif. L’État-major de la Garde présidentielle a été renouvelé, en avril 2020, avec des nominations de militaires à poigne, comme celles des généraux Jean-Piere Dolle-Waya et Alfred Service. Depuis quelques jours, les opérations rugueuses de la Garde presidentielle  sont signalées à Bangui mais aussi dans sa banlieue. Une paranoïa aigüe a contaminé le Palais de la Renaissance.


– la région de la Lobaye était jusqu’ à présent paisible, si ce n’est quelques accrochages relatifs aux exploitations étrangères des sites miniers. Les habitants, généralement les Ngbaka, ont été outrés par l’expropriation de la famille Bokassa du palais impérial de Berengo, au profit des mercenaires russes de Wagner.

Un vent de fronde

C’est sur cette base de mécontentement, sensiblement accentuée avec le retour de François Bozizé, que des mouvements d’hommes armés et sous commandement sont signalés dans la région et même au-delà. L’ethnie de l’ancien président Bozizé, les Gbaya, pourrait aussi en vouloir à Faustin-Archange Touadera. Plus qu’ailleurs en Centrafrique, la « nouvelle alliance » entre les ex-Seleka et le clan présidentiel constitue un motif de rejet qui pourrait s’amplifier. 

La situation devient sérieuse et très préoccupante pour le pouvoir actuel. Elle l’ est tellement qu’en pleine période de confinement souhaitée par l’OMS, le président Touadera s’est senti obligé de se rendre, le mercredi 22 avril 2020, à Kinshasa pour rencontrer Felix Tshisekedi; puis à Brazzaville pour solliciter les conseils de Denis Sassou-Nguesso, pourtant un peu délaissé ces derniers temps.

Histoire , pour le président centrafricain, de trouver quelques appuis sur le plan régional

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