La Centrafrique n’a pas fini sa descente aux enfers

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Le slogan de campagne du chef de l’Etat centrafricain Touadéra  » la rupture avec le passé » a fait long feu. Le président élu en février 2016 n’a tenu aucun compte de la mauvaise gouvernance qui a conduit à la disparition de l’État sur plus de la moitié du territoire centrafricain. Aujourd’hui, plus du quart des habitants du pays vit dans des camps de fortune tandis que les trois quarts de la population vivent avec moins de 2 dollars par jour.

La communication tous azimuts autour des actions menées par le pouvoir, les nombreux déplacements à l’étranger d’un président rayonnant avec ses hôtes mais ignorant tout des réalités de l’arrière pays, des camps de déplacés et de réfugiés, l’agitation médiatique autour de la lutte contre l’impunité n’ont pas empêché les principaux partenaires techniques et financiers de prendre des mesures préventives. Le tout afin de faire face aux risques d’une aggravation de la crise centrafricaine après le départ de Sangaris prévu fin octobre.

Sur le fil du rasoir

Face à l’insécurité qui couve toujours dans le pays, les forces étrangères sont forcées de muscler leurs dispositif.

La force onusienne de la Minusca tente de son côté de consolider son staff en remplaçant progressivement ses dirigeants originaires de la CEMAC. La montée en puissance de la britannique Diane Corner, actuelle représentante spéciale adjointe du Secrétaire général en RCA, le prochain départ de Parfait Onenga-Anyanga, actuel chef de la Minusca  la nomination du Chilien Fabrizio Hochschild comme Représentant spécial adjoint de Ban Ki-moon et le commandement militaire confié au général sénégalais Balla Keita affecté auparavant au Darfour, vont dans le sens d’un renforcement général du dispositif.

Même tendance du côté de l’ambassade française. L’affectation à Bangui du nouvel ambassadeur Christian Bader, auparavant en poste en Guinée Équatoriale est significative. Spécialiste des États en désintégration, Christian Bader a notamment effectué des missions en Érythrée, en Somalie et au Soudan du sud. Enfin, le retour exceptionnel de l’attaché de défense, en poste lors de l’avancée irrésistible de la Séléka en 2012-2013, n’est pas anodin.

D’autres pays prennent désormais des dispositions similaires. La récente nomination du général tchadien Daoud Yaya Brahim, ancien directeur général de la gendarmerie, héros de la lutte contre Boko Haram, comme ambassadeur du Tchad à Bangui est un parfait exemple.

La Centrafrique n’a pas fini sa descente aux enfers.

 

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