Centrafrique, les dés sont jetés pour la présidentielle

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Ce jeudi 3 décembre, la Cour constitutionnelle a rendu son verdict pour la qualification des candidats à l’élection présidentielle du 27 décembre 2020. Il y avait vingt-deux candidats. Il en reste dix sept après l’invalidation de cinq candidatures dont les deux recalés pour les législatives et surtout François Bozizé. Tous les ténors sont validés dont Catherine Samba Panza, ce qui annonce une prochaine alliance avec le président Touadera

Parmi les recalés, il y avait déjà le chef de guerre ( Révolution Justice) Armel Sayo, ci- devant toujours ministre de la modernisation de l’administration et le sulfureux député Jean- Michel Mandaba, toujours en liberté en dépit de ses nombreux forfaits comme le pot-de-vin de 40 millions Fcfa touchés pour accorder des permis à des entreprises chinoises. Ayant été invalidés pour les législatives, ces deux protégés du pouvoir pouvaient difficilement être candidats à la présidentielle. On ne peut qu’être stupéfait de voir le ministre Armel Sayo, doublement invalidé pour les scrutins du 27 décembre, avoir été un interlocuteur des bailleurs pour le relèvement de l’Etat et la  » modernisation de l’ administration ». Évidemment, ni l’ ONU, ni l’Union africaine, ni l’ Union européenne n’avaient élevé la moindre objection pour ce représentant de l’Etat, jugé indigne pour se présenter au suffrage universel.

Une réélection dans un fauteuil pour le President Touadera

Le président Touadera devrait être élu au premier tour le 27 décembre 2020, avec un score très confortable. Le dernier petit obstacle, essentiellement sécuritaire, a été levé avec l’invalidation, sans surprise, de l’ ancien président François Bozizé. Evidemment les risques de troubles ne sont pas à écarter chez les partisans du KNK, les anti balaka et des anciennes milices du régime Bozizé, qui ont été réactivées. Les Gbays, l’ethnie de François Bozizé ne seront pas en reste, notamment dans l’ Ouest et au Cameroun ou ils sont nombreux. Mais la répression sera la hauteur des troubles.


L’invalidation de François Bozizé 
Parmi les candidats ayant été éliminés, se trouvent l’ancien chef de l’État ( 2003- 2013) François Bozizé. Cette élimination n’ est pas surprenante. François Bozizé, a été le principal responsable de la descente aux enfers du pays. François Bozizé (74 ans) aura marqué les quarante dernières années de son pays. Un bref retour sur son passé tumultueux permet de mesurer à quel point il a contribué à poser les bases de la voyoucratie centrafricaine qui s’est épanouie sous la présidence Touadera.

Ce militaire, sans grande instruction mais non dépourvu du sens politique, se mit rapidement au service de l’Empereur Bokassa qui en fit un général de brigade, alors qu’il avait à peine trente ans. Il s’illustra notamment dans les répressions sanglantes des manifestations d’étudiants en 1979. Sous David Dacko, il fut ministre de la Défense. Après le renversement du président Dacko par le général Kolingba, il plongea dans l’opposition, pour devenir un putschiste professionnel. Sa premiere tentative de coup d’État date de 1982 avec son premier exil. En 1993, il se présente sans succès à l’élection présidentielle. Devenu l’un des hommes forts du président Patasse, il  se montre de moins en moins loyal, ce qui l’oblige à un nouvel exil. Nouvelle tentative de coup d’ État, à partir du Tchad, en 2002, qui s’ accompagne de massacres dans l’ Ouest qui se poursuivront jusqu’ à la réussite du coup d’Etat contre le président Patasse, le 23 mars 2003. Ce coup de force se fait avec l’ aide de mercenaires qui formeront en 2012 l’ ossature de l’ ex Seleka et qui aujourd’ hui se retrouvent dans le MPC de Al Khatim, le FPRC de Abdoulaye Hissen et de l’UPC de Ali Darass. La gouvernance de François Bozizé (2003-2013) fut celle du népotisme, du clientélisme, de la prédation et d’ assassinats politiques, dont le plus célèbre fut celui de Charles Massi. Renversé le13 mars 2013, il partit en exil en Ouganda pour ne revenir, en catimini, en Centrafriqie, en  decembre 2019. Toujours sous mandat d’arrêt international émis par la Centrafrique, et en dépit de ce terrible cv  François Bozizé avait quand meme cru bon d’ être candidat à la prochaine élection présidentielle. Nul doute, qu’une fois de plus il choisira le chaos à la paix.

Les habituels candidats

Depuis une vingtaine d’année, les allées du pouvoir sont fréquentées par les mêmes politiciens, dont la plupart ont pourtant un faible bilan à faire valoir, lorsqu’ils étaient dans le premier cercle des présidents Kolingba, Patassé, Bozizé et Catherine Samba Panza. On retrouvera donc sur la ligne de départ, les anciens premiers ministres Anicet Georges Dologuelé ( 1999-2001), Martin Ziguelé ( 2001-2003), Mahamat Kamoun ( 2014-2016), Nicolas Tiangaye (2013-2014), les anciens ministres d’État Abdoul Karim Meckassoua, Cyriaque Gonda et Crépin Mboli- Goumba et Catherine Samba Panza qui a probablement conclu un pacte avec le régime actuel.

Contrairement à l’élection présidentielle de 2015-2016, il n’y aura pas de second tour. A l’ époque, il n’ y avait pas de président sortant-candidat. L’élection était « game over », ce que profita Faustin- Archange Touadera, en candidat dit indépendant. Il bénéficia d’un appui décisif de Catherine Samba Panza, qui vient d’ obtenir un renvoi d’ ascenseur,  et probablement de l’ambassade de France, alors dirigée par le très socialiste et interventioniste Charles Malinas. Les cinq prochaines années vont- elles permettre un retour à la paix ou un essor de la voyoucratie dans les cercles du pouvoir ?

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