Centrafrique, le président Touadera apprenti dictateur

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 Réélu dans des conditions calamiteuses, le président centrafricain Archange Faustin Touadera a décidé d’interdire à ses adversaires politiques de sortir du pays, sans aucune base légale provoquant la colère et l’incompréhension. 

 

Sans aucun égard pour son statut d’ancien chef de l’Etat, Cathérine Samba-Panza, qui avait dirigé la transition de 2014 à 2016 en Centrafrique, s’est vu refuser de quitter le territoire national en janvier 2021. Les anciens Premiers ministres et candidats à la présidentielle du 27 décembre 2020 Anicet Georges Douléguélé et Martin Ziguélé se sont également vu refuser en février et en mars 2021 la sortie de l’aéroport de Bangui, tout comme Karim Meckassoua, plusieurs fois ministres sous François Bozizé.  A chaque fois, le même scénario humiliant : la personnalité de l’opposition se présente à l’aéroport où elle se voit notifier l’impossibilité de prendre l’avion. Et comme dans toutes les situations arbitraires, on ne fournit pas la moindre explication, à fortiori la moindre motivation légale. Tantôt, on avance que les personnalités empêchées de voyager sont visées par des « enquêtes sur leurs liens avec les groupes rebelles »,  tantôt, on explique que ces interdictions tombent sous le coup de l’état d’urgence en vigueur dans le pays. 

Cacophonie gouvernementale 

Dans une déclaration publique, le ministre de la communication et des médias, porte-parole du gouvernement Ange Maxim Kazagui avait déclaré que les sorties du territoire pour les personnalités de l’opposition étaient  désormais soumises à une autorisation préalable du ministre de la sécurité publique Henri Wanzet Linguissera. Le prenant au mot, l’ancien Premier ministre Martin Ziguélé a sollicité auprès du ministre de de la sécurité publique l’autorisation de quitter le 1er avril Bangui pour se rendre à Niamey afin de participer à l’investiture prévue le 2 avril du président élu nigérien Mohamed Bazoum. Dans une réponse écrite à la demande de M. Zinguelé,  le ministre de la sécurité M. Linguissera a pris le contrepied de son collègue de la communication, en affirmant qu’il n’est pas de son ressort d’autoriser les sorties du territoire. Selon lui, la délivrance de ce sauf-conduit relève plutôt des autorités judiciaires. Et pour achever de convaincre que nous baignons en pleines dérives autoritaires, la justice centrafricaine, elle, indique qu’elle n’a ouvert aucune enquête contre les personnalités empêchées de sortir du territoire national. Certaines d’entre elles devaient se rendre à l’étranger pour des raisons médicales. Elles doivent désormais s’en remettre au bon vouloir du président Touadéra, seul maître à bord du bateau centrafricain après sa réélection controversée avec la bienveillante compréhension de la communauté internationale qui a fermé les yeux sur les irrégularités qui ont décrédibilisé le scrutin du 27 décembre.  

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