Centrafrique, le Parti-Etat en ordre de marche derrière Touadera

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Sauf circonstances exceptionnelles, le premier tour des élections présidentielle et législatives devraient se tenir le 27 décembre 2020. Le président Touadera a été investi pour accomplir un second mandat qui ne devrait pas lui échapper.

Le « Mouvement Coeurs Unis » (MCU), le parti présidentiel, a tenu son premier congrès les 25 et 26 septembre 2020, dans un Palais Omnisports de Bangui, rempli comme probablement il ne l’avait jamais été. Les milliers de congressistes arboraient casquettes, tee-shirts et écharpes aux couleurs blanc- bleu du MCU avec en effigie le président Faustin- Archange Touadera. Dans une ambiance digne d’un meeting américain, les nombreux délégués du MCU, venus de la plupart des régions, ont apporté leur soutien et la reconnaissance envers le président Touadera pour son quinquennat qui aurait été salvateur pour le pays. De nombreux participants avaient aussi été recrutés moyennant quelques compensations financières et ont pu bénéficier du transport, avec les moyens de l’Etat. La grande majorité des préfets, des sous-prefets, des autorités traditionnelles, des parlementaires avaient été vivement encouragés pour faire de ce congrès du MCU un événement national. Les administrations centrales des ministères avaient été mobilisées et des centaines de policiers et de militaires avaient assuré la sécurisation de ce rassemblement, peu habituel à Bangui. Évidemment, ce premier congrès du MCU devrait avoir un coût exorbitant avec la restauration du Palais Omnisports, le financement des participants, la logistique avec des transports aériens, la médiatisation et les fournitures et matériels politiques du MCU. Heureusement, le ministre des Finances, ordonnateur du budget de l’État, Henri-Marie Dondra avait été opportunément nommé président du comité d’organisation du congrès. Le MCU n’aura pas besoin d’avoir recours à l’emprunt.
 
 
Les retombées électorales de l’Accord de Khartoum 
 
 
L’Accord de paix et de réconciliation nationale de Khartoum, signé à Bangui le 6 février 2019, avait été conclu entre quatorze groupes armés, avec notamment les anciens mouvements de l’ex Seleka, et le président Touadera, dans la perspective des élections de 2020-2021. Les partis politiques, la société civile, la plateforme religieuse en avaient été soigneusement écartés. Le fondement de ce pacte, élaboré avec le concours de la Russie et bénéficiant de l’hospitalité d’un Omar al-Bechir en perdition, mais ami des parties en présence, était bien d’obtenir le concours des groupes rebelles qui  » administrent » les trois quarts du territoire afin de permettre les élections et surtout d’assurer la victoire de Faustin-Archange Touadera. Vingt mois après la signature de l’Accord, les protagonistes peuvent se féliciter de sa mise en œuvre. Ali Darass a pérennisé la  » souveraineté » de l’UPC sur le sud-est et obtenu sa carte d’électeur alors qu’il n’est pas Centrafricain. Il devrait assurer un vote plébiscitaire pour le président Touadera après son alliance politique. De même dans le nord-est, les Rounga, les Goula de l’ancien président Djotodia et les Kara sont certes à couteaux tirés pour délimiter leur territoire respectif, mais ils soutiendront majoritairement le président Touadera, en reconnaissance de la liberté qui leur est accordée pour l’exploitation des sites miniers et les taxations des éleveurs et commerçants. La participation active du Sultan de Ndélé au congrès du MCU est très significative pour ce ralliement à Faustin-Archange Touadera.
 
 
Pour les régions du nord-ouest, les hors-la-loi du mouvement 3R du Camerounais Abass Sidiki font régner la terreur dans les préfectures de l’Ouham-Pendé, de Nana- Mamberé et de Mamberé-Kadei, fiefs électoraux des candidats Anicet-Georges Dologuélé, Martin Ziguelé et François Bozizé, les principaux challengers de Faustin-Archange Touadera. Les agents de l’ANE sont interdits de séjour et les menaces sur les autorités administratives ne cessent pas. La Minusca a bien combattu le mouvement 3R mais sans pouvoir l’éradiquer en raison de sa mobilité et de son éclatement en petits groupes. Comment la Minusca pourra garantir le scrutin dans cette région ? Comment les candidats pourront y faire campagne ? Cette région qui est plutôt favorable à l’opposition pourrait bien être privée d’une élection crédible voire même être exclue du scrutin. Après l’est qui sera favorable à Faustin-Archange Touadera, le nord-ouest sera « stérilisé » au détriment de ses opposants.
 
 
L’Autorité nationale des élections discréditée 
 
 
L’Autorité nationale des élections (ANE), était un organe technique, créée, en 2015,  pour cinq ans. Selon les termes de la Constitution du 30 mars 2016, elle devait être remplacée par une institution portant le même nom, dans un délai d’une année, soit avant le 30 mars 2017. Le président Touadera a refusé d’appliquer cette disposition constitutionnelle. Poussés par la classe politique, les parlementaires, il a finalement déposé le projet de loi organique prévu par la Constitution. Elle fut ratifiée le 7 juillet  2020, mais cette loi attend toujours sa promulgation. Elle ne peut donc être mise en œuvre. C’est donc toujours l’ancienne ANE qui dirige, seule jusqu’ au terme de son mandat initial, le 24 décembre 2020, le processus électoral, avec le consentement de l’ONU, de l’Union africaine, des États-Unis d’Amérique, la France et l’Union européenne qui continue de la financer abondamment. Cette ANE fait l’objet de critiques de tous ordres par son alignement sur la présidence de la République. Ses démembrements locaux, ses recrutements, ses missions, les inscriptions frauduleuses, notamment d’étrangers, les difficultés d’enrôlement de la diaspora et des réfugiés et le respect du cahier des charges sont notamment mis en cause.  Elle constituera probablement l’un des motifs pour un éventuel boycott de ces élections, qui ne peut-être exclu. 
 
 
Faustin-Archange Touadera peut donc se féliciter de l’Accord de Khartoum, en revanche, les populations qui subissent les exactions des groupes rebelles et qui recherchent en vain le secours de l’Etat attendent encore les progrès significatifs vers la paix et la réconciliation nationale. Le parti-Etat aura le soutien de l’administration, de nombreuses autorités traditionnelles sensibilisées financierement , comme le veut la coutume, et la sollicitude des partenaires de la Centrafrique qui voient en Faustin-Archange Touadera un gage de stabilité. Pour le pouvoir de Bangui, il n’est donc plus envisageable de reporter la date du 27 décembre 2020, comme le réclame l’opposition. Un report ouvrirait une période non prévue par la Constitution et fragiliserait le régime de Bangui, d’autant que l’ANE verra son mandat se terminer définitivement le 24 décembre 2020.  Tout sera donc fait pour l’éviter. Néanmoins,  ce scénario n’est pas à l’abri de circonstances exceptionnelles venant remettre en cause ce calendrier. L’ intensité des pluies est, cette année encore, exceptionnelle quasiment sur tout le territoire national. L’ Oubangui déborde déjà de son lit, provoquant des inondations dramatiques sur ses rives et notamment à Bangui. Les pistes sont devenues partout impraticables. Qu’en sera-t-il en décembre ? La circulation terrestre sera quasiment impossible. Cette intervention de la nature pourrait bien avoir raison de toutes les manoeuvres politiciennes du processus électoral en cours et rendre la date du 27 décembre 2020 impossible à tenir.
 
 
 
 
 
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