Centrafrique : l’échec personnel d’Ali Bongo, chef de la junte du Gabon

Présente en république Centrafricaine depuis 1997, l’armée gabonaise doit se retirer en juin 2018. Retrait confirmé par le Gabon qui le justifie  par les avancées du processus de paix. Mais selon plusieurs sources onusiennes, les soldats gabonais sont impliqués dans plusieurs scandales sexuels et disposent d’un équipement qui ne répond plus aux normes de l’ONU. Un échec personnel pour Ali Bongo qui est en charge de la défense du Gabon depuis 1998…

L’armée gabonaise s’est  engagée dès  Janvier 1997 en République Centrafricaine dans la coalition africaine  dénommée  Mission Inter Africaine de Surveillance des Accords de Bangui (MISAB) qui avait pour objectif de  pour ramener la paix en Centrafrique suite aux mutineries violentes  qui avaient ébranlé le pouvoir du président centrafricain Ange Félix Patassé. Cet engagement du Gabon  s’est fait aux cotés de plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’ouest : Le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal, le Togo et le Tchad. Très actif sur le plan diplomatique, le Gabon a obtenu le commandement de cette coalition et c’est le général  Déjo Edouard Nkili, formé à l’école de Guerre de Paris, qui est désigné par Libreville  pour commander (à noter que trois des quatre dirigeants de cette coalition sont des officiers généraux gabonais). Après un an d’activité, la MISAB est remplacée par la Mission des Nations Unies en République Centrafricaine (MINURCA) le 15 Avril 1998. Le Gabon y maintient ses troupes et se voit même confier le commandement de la mission onusienne en la personne du général Barthélémy Ratanga, lui aussi diplômé de l’école de guerre de Paris.

Ali Bongo, ministre de la défense du Gabon

Sur un plan purement gabonais, la même année, plus précisément en novembre 1998, a lieu la deuxième élection pluraliste de l’histoire du Gabon. Sans grande surprise et sans coup férir, Omar Bongo au pouvoir depuis 1967 est déclaré vainqueur avec 66,90% des suffrages. Omar Bongo nomme son fils aîné Ali Bongo – dauphin déclaré depuis le projet royal avorté de 1986  – ministre de la défense. Il confie à son fils deux missions : d’une part, réorganiser la troupe pour s’assurer de vieux jours  et une fin de règne paisible ; d’autre part, veiller que la troupe se trouve du « bon coté » au moment de « la succession » pour qu’Ali accède au pouvoir, si possible sans troubles majeurs. Ali Bongo résume son projet de réforme de l’armée gabonaise (concocté par Gervais Oniane, universitaire formé au Canada, tombé depuis en disgrâce) en un concept dénommé « armée en  OR » c’est-à-dire Opérationnelle et Républicaine.

« L’armée en OR » d’Ali Bongo

En tant que ministre de la défense, Ali Bongo affiche une politique volontariste. A tout le moins il le dit à qui veut bien l’entendre. Mais hormis les officiers qui sont choyés depuis le passage de son père au ministère de la défense dans les années 60, les soldats gabonais n’ont pas des conditions de vie agréables, et même lorsqu’ils  vivent en caserne on ne peut pas dire que celles-ci soient salubres. Pis encore, pour ceux qui se trouvent à l’intérieur du pays ! Quant à l’augmentation de la qualité de vie du soldat gabonais, prière de repasser. Malgré tout, Ali Bongo recrute à tout va, offrant à tous les jeunes éjectés du système scolaire gabonais (3000 chaque année pour un pays de près de 2 millions d’habitants !), un travail et un salaire en échange d’une reconnaissance éternelle  qui se traduit  par un soutien sans faille. Si on  regarde de plus près les « réalisations » d’Ali Bongo comme ministre de la défense, on se rend compte  que celles-ci sont très régulièrement liées à des « affaires ». C’est le cas de l’achat d’avions de chasse de type Mirage F1 AZ d’occasion à l’Afrique du Sud. Ces avions de chasse sont jugés  » trop coûteux » pour des avions d’occasion  par le ministre des finances qui ira même jusqu’à bloquer les achats de son collègue bien prodigue.  S’agissant des  uniformes, si un contrat est passé avec la société française Marck, les soldats eux ne sont pas correctement vêtus et les dotations ne sont pas suffisantes (ils sont parfois obligés d’acheter eux-mêmes des uniformes) tant et si bien qu’il suffit de faire le tour des principaux carrefours de Libreville pour voir des éléments des forces de défense avec des uniformes délavés et souvent hétéroclites provenant de…l’armée française ! Ce contrat avec l’équipementier Mark a d’ailleurs donné lieu à une impressionnante et très médiatique affaire de corruption via des rétro-commissions impliquant un proche collaborateur d’Ali Bongo au ministère de la défense, (et plus tard à la présidence de la République en tant que directeur de cabinet)  Meixant Accrombessi. Malgré sa mise en examen en France, Meixant Accrombessi est toujours proche d’Ali Bongo et est à ce jour son représentant personnel.

Pour faire bonne mesure, il y a aussi des éléphants blancs dont le plus emblématique est l’école de Formation des officiers d’active de Mandilou, non loin de Fougamou dans la province de la Ngounié. Cette école militaire construite par le controversé homme d’affaires Guido Santullo (accusé par l’état gabonais de surfacturation en complicité avec des hauts cadres gabonais !) et livrée sans eau ni électricité malgré son inauguration en 2015 par Ali Bongo lui-même ! A ce jour, cette école est devenue un éléphant blanc et aura coûté au Gabon pas moins de 27 milliards de Francs CFA soit 41,16 millions d’euros.

Quant aux  capacités opérationnelles de l’armée gabonaise à l’ère d’Ali Bongo, on est en droit de se demander ce qu’il en est exactement. Ce que l’on sait en revanche, c’est que cette armée l’a aidé à se hisser au pouvoir et l’aide à se maintenir faisant de son régime une junte militaire dirigée par des civils.

Une armée au service du régime Bongo

A la mort d’Omar Bongo en 2009, l’armée assure à Ali Bongo son soutient total. Tant et si bien qu’il  décide unilatéralement de fermer les frontières lors d’une allocution télévisée sur la première chaîne. Poussé à la démission en Août 2009, Ali Bongo reste le véritable patron de l’armée qui régulièrement prend des ordres chez lui via des officiers supérieurs. A la proclamation des résultats officiels qui le donnent vainqueur, l’armée réprime sans ménagement à Libreville et à Port Gentil  et le soir même alors qu’il n’est pas encore entré en fonction, il se rend au palais présidentiel où il remercie les militaires pour leur soutien tout en leur intimant l’ordre de mater sans ménagement ceux qui contestent son pouvoir. A Port Gentil où la contestation est forte, l’armée tue méthodiquement et organise même des « vols de la morts » en jetant dans l’océan atlantique les corps lestées de leurs victimes.

Ali Bongo est en tant que président de la république gabonaise, le chef suprême des armées, s’il procède à des recrutements massifs, on ne peut pas dire qu’il a fait de l’armée gabonaise une armée opérationnelle bien au contraire ! La qualité de vie du soldat gabonais est toujours aussi médiocre. Pendant ce temps, Ali Bongo se déguise en  « général d’armée » avec un bâton de commandement et ne dédaigne pas de se montrer proche de ses hommes au point de danser avec eux.

Lors de l’élection présidentielle d’ Août 2016, l’armée affiche clairement son soutien à Ali Bongo. Les militaires se rendent en treillis dans des camions de l’armée aux meetings d’Ali Bongo, elle colle les affiches du candidat Ali Bongo et le moment venu elle massacre allègrement les partisans de Jean Ping à son quartier général, selon certains témoins en présence d’Ali Bongo lui-même. Comme en 2009, mais avec plus de précision et de méthode, l’armée (épaulée par la police) organise des « caravanes de la mort » en tuant sans ménagement et en organisant des disparitions forcées.

Il faut également noter que le Gabon est un pays extrêmement militarisé. En 2017, le pays possédait une armée de 21849 hommes pour une population d’1,7 millions d’habitants soit un militaire pour 72 gabonais! S’il  faut établir une  comparaison avec le  personnel de santé on se rend compte que les militaires sont trois fois plus nombreux ( il y a 12301 personnels de santé, soit un personnel de santé pour 142 Gabonais)!

 

L’échec personnel et cuisant d’Ali Bongo

Ali Bongo a promis une armée opérationnelle et républicaine en 1998.  Vingt ans après, le verdict est sans appel : il a échoué lamentablement. Si pour l’aspect républicain on était obligé dès le départ de ne pas y croire, car personne de sérieusement structuré intellectuellement ne pouvait voir en ce fervent partisan de la monarchie absolue au Gabon, un défenseur de la république et de ses valeurs. Pour l’aspect opérationnel, le renvoi du contingent gabonais de la mission de l’ONU déguisé en retrait,  n’est que l’échec de la politique de défense prônée par Ali Bongo depuis 20 ans (doublé d’un échec diplomatique majeur). Les casques bleus gabonais ont été impliqués en Centrafrique dans des affaires de viols et d’exploitations sexuelles souvent sur mineur.e.s. Le Gabon  fait surtout face à des difficultés pour équiper correctement son contingent onusien  afin de le hisser aux standards exigés par l’ONU. Pourtant, le Gabon via son gouvernement avait cherché à éviter cette déconvenue en signant un contrat  en 2014 avec SGR et Nexter pour remettre les troupes gabonaises en Centrafrique au niveau requis par l’ONU. Finalement, ce contrat ne s’est jamais concrétisé, on peut  toujours se demander pourquoi.

 

Gabon : magistrate de haut vol au service du clan Bongo

Selon les révélations du « Canard Enchainé », Marie Madeleine Mborantsuo, la présidente de la cour constitutionnelle du Gabon fait l’objet d’une enquête par le parquet financier depuis trois ans. Elle est soupçonnée notamment de détournements de fonds publics et blanchiment en bande organisée ce qui ne l’a pas empêchée d’être décorée par la cour d’assises de Paris… Mondafrique revient sur certains états de services de la patronne de la cour constitutionnelle.

Marie Madeleine Mborantsuo est sans doute la femme la plus puissante du Gabon. Magistrate de formation, docteur en Droit public de l’Université d’Aix, passée par la Sorbonne, cette dame qui fut autrefois également une reine de beauté (Elle fut Miss Franceville, Capitale du Haut Ogooué) et une maitresse attitrée d’Omar Bongo (avec qui elle a deux enfants) trône au poste de présidente de la cour constitutionnelle depuis sa création en 1991 il y a 26 ans. Continuer la lecture de « Gabon : magistrate de haut vol au service du clan Bongo »

Emmanuel Macron, nouvel « ami » d’Ali Bongo

Les dirigeants africains sont friands de relations « familiales » avec les dirigeants français. On se souvient encore d’un Bokassa qui appelait Charles de Gaulle « papa » et d’un De Gaulle qui appelait Bokassa tout aussi chaleureusement « le soudard », « le couillon » ou encore « le cinglé ». On se souvient également du même Bokassa dont Valéry Giscard d’Estaing était « le Cher Parent » et d’un Jacques Chirac « ami très cher » d’Omar Bongo et de Mobutu Sese Seko. Aujourd’hui cette merveilleuse tradition se perpétue avec une dernière merveille en date : l’amitié entre Emmanuel Macron et Ali Bongo.

On savait Emmanuel Macron et Ali Bongo particulièrement pas très proches. De l’avis de connaisseurs de la politique française, il n’a jamais été question d’amitié entre le fils ainé d’Omar Bongo plus connu pour ses activités musicales (Lorsqu’Ali Bongo a publié son premier Album A brand new man avec l’orchestre de James Brown en 1978, Emmanuel Macron avait un an !) aux résultats décevants malgré des moyens publics colossaux investis et Emmanuel Macron, bourgeois français, technocrate brillant au parcours impeccable et la carrière plus que remarquable. Mais à en croire Ali Bongo qui revendique une amitié avec Emmanuel Macron, on s’était trompé. Continuer la lecture de « Emmanuel Macron, nouvel « ami » d’Ali Bongo »